jeudi 28 août 2014

Brèves (médicales) de vacances


Pour ceux qui auraient vraiment déconnecté pendant les vacances, ce qui semble être une solution élégante pour prévenir le burn-out, voici quelques idées glanées ici et là que je tenterai de développer plus tard (mais je suis certain que je n'en aurai pas le temps).

Mes amis les oncologues...
Je tenterai d'éclaircir le cas Nicole Delépine que j'avais encensée ICI pour les questions qu'elle posait sur la protocolisation extensive des patients. Il semble, d'après des sources dignes de foi, qu'il faudrait se méfier. Se méfier de la personnalité elle-même de la professeure et se méfier de ses soutiens (anti vaccinalistes et extrême-droite). Mais il est évident que les constatations que je fais constamment sur la façon dont les patients porteurs d'un cancer sont pris en charge ne peuvent que me rendre attentif à quelqu'un du sérail qui ose dire ce que personne ne dit.
Si quelqu'un veut bien s'y mettre...
Je suggère également à la personne qui aurait le temps de se pencher sur le sujet d'une enquête sur les financements, les pratiques, les médecins de l'Institut Gustave Roussy qui fait la pluie et le beau temps sur les prises en charge et les traitements dans le cancer : une fondation privée implantée au centre de l'Etat et profitant des décisions de l'Etat. A suivre.
Toujours est-il que je découvre un article estomaquant dans le JAMA (ICI pour l'abstract et LA pour l'article) : les 71 molécules anti cancéreuses (tumeurs solides réfractaires et / ou métastasées et / ou avancées) approuvées par la FDA entre 2002 et 2014 ont augmenté l'espérance de vie de 2,1 mois en moyenne et au prix moyen de 10 000 dollars par traitement sans compter de sévères effets indésirables (voir LA un commentaire Minerva). Merveilleux !

La pilule estro-progestative pourrait entraîner un sur risque de cancer du sein. L'article publié dans le journal américain Cancer Research est lisible in extenso LA. Il pose de réelles questions même s'il concerne les forts dosages en estrogènes. J'avais abordé ce sujet lors d'une réunion Prescrire en 2012 où intervenait Peter Götzsche (voir LA). Il m'avait dit ne pas avoir d'informations sur le sujet et un chercheur français, Philippe Autier (ICI), m'avait renvoyé dans les cordes avec autorité. Nul doute que les données japonaises (pays où il y avait peu de cancers du seins et peu de contraception estro-progestative, ce qui achangé désormais) sur les liens entre cancer du sein et contraception devront être envisagés dans les années qui viennent... à moins que l'augmentation considérable du nombre des cancers du sein au Japon ne soit liée, comme le suggère Götzsche, qu'à l'augmentation du nombre des mammographes...
Il est évident que nous avons besoin de confirmations et d'autres travaux mais, pour le moment, cette information doit être cachée, les femmes ne doivent pas le savoir, car, selon les socio-historico-anti hygiénistes (voir LA), l'avancée majeure scientifico-sociétale de la contraception ne saurait se satisfaire de propos contraires au progrès.


Formidable offensive pro vaccin anti HPV dans le British Medical Journal.
Dans le même numéro un éditorial (ICI) et un point de vue (LA) insistent sur l'impérieuse nécessité de vacciner les garçons contre le HPV. Je suis choqué. Non par seulement par le contenu de ces articles mais par le fait qu'il s'agit de publi-reportages :
L'éditorial est écrit par trois auteurs (Margaret Stanley, Colm O'Mahony et Simon Barton). MS signale comme liens d'intérêts : "member of scientific advisory boards for GSK Biologicals, MSD Merck, and Sanofi Pasteur MSD and has received consultancy fees from these companies)" ; CO : has received lecture fees from GlaxoSmithKline and Sanofi Pasteur MSD) ; SB : no competing interests. Ils s'autocitent (première référence) avec un éditorial de 2013 où CO et SB have received lecture fees from GSK and SPMSD. On comprend mal que SB, entre 2013 et 2014, soit passé du statut de liens d'intérêts à indépendant de big vaccine.
Quant au point de vue personnel de Gillian Prue (affiliée au HPVAction.org dont il n'est pas possible de savoir s'il y a ou non des sponsors, il ne cesse de citer des articles sponsorisés par GSK, Sanofi Pasteur MSD...
Que fait le BMJ ?


Les médicaments pour traiter l'hépatite C sont trop chers.
Nous avons assisté à un feuilleton politico-médiatique concernant cette affaire et c'est un repenti, JF Bergmann, lui qui fut au centre d'un système qui se tut pour le Mediator, qui a écrit un article lumineux  sur le sujet : big pharma met le paquet sur le prix des médicaments anti hépatite C car la maladie est en train de disparaître ! Lire LA.

La génétique au service de la médecine "prédictive" est une imposture.
Un numéro de la Revue Esprit est consacré à ce sujet (ICI). Je retiendrai essentiellement ceci : il n'existe pas d'un point de vue génétique de médecine "individualisée" (pour 1000 dollars il est possible d'obtenir de décryptage de son génome) car la génétique est avant tout, et sauf exceptions, une science des populations. J'essaierai d'expliquer les deux versants du pari génétique : épistémique et ontologique. C'est fait ! ICI

Une note littéraire.
Je lis le Dictionnaire amoureux de Marcel Proust écrit par les Enthoven père et fils et je tombe sur une entrée consacrée au docteur du Boulbon ou plutôt à l'albumine mentale. Je ne me rappelais pas que ce médecin était l'ancêtre de Knock de Jules Romains (et du disease mongering anglo-saxon, voir LA) et je vérifie que Proust a bien écrit avant Jules Romains : avant, mais de peu (1922). Les Enthoven m'apprennent que le docteur du Boulbon faisait parfois attendre ses patients jusqu'à ce qu'il ait terminé la lecture d'un livre...
Passage savoureux dans Proust (La Recherche Tome II, p 303 - La Pléiade 1952). La grand mère du narrateur, malade, s'adresse au docteur :
"Mais j'ai aussi un peu d'albumine.
- Vous ne devriez pas le savoir. Vous avez ce que j'ai décrit sous le nom de l'albumine mentale. Nous avons tous eu, au cours d'une indisposition, notre petite crise d'albumine que notre médecin s'est empressé de rendre durable en nous la signalant. Pour une affection que les médecins guérissent avec des médicaments (on assure, du moins, que cela est déjà arrivé quelquefois), ils en produisent dix chez des sujets bien portants en leur inoculant cet agent pathogène, plus virulent mille fois que tous les microbes, l'idée qu'on est malade..."
Je propose donc que la stratégie de Knock soit remplacée par la stratégie de du Boulbon (voir LA) et que l'on rende à Marcel (dont le père et le frère étaient médecins) ce que l'on attribue à tort à Jules.

Un article de blog utile.
J'étais passé à côté d'un billet remarquable (un peu trop enthousiaste à mon goût sur les vertus de l'administration) du docteur Milie (ICI) qui concerne le travail de nos patients et ce qui peut leur arriver (arrêts, invalidité). On y trouve des conseils pertinents.

(Chicago : photographie du docteur du 16)

samedi 16 août 2014

Simon Leys est mort.


Simon Leys est mort le 11 août dernier à l'âge de 78 ans.

Cet homme courageux est le chaînon manquant.

Courageux : continuateur des whistleblowers il a été le premier à dénoncer, non d'un point de vue idéologique mais de manière factuelle, l'imposture formidable de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne et de la voie chinoise du communisme. C'était en 1971 "Les habits neufs du Président Mao".

Chaînon manquant : il a permis aux hommes et aux femmes de gauche (pas tous, malheureusement) de mettre une distance définitive entre eux et le communisme moscovite ou pékinois et d'en finir avec le négationnisme des crimes du communisme (et pas seulement du stalinisme et du maoïsme) défendu encore au nom, pour les uns, de la lutte contre le nazisme, et, pour les autres, de la lutte contre l'impérialisme américain. C'est le chaînon manquant qui permet de faire comprendre aux hommes et aux femmes de gauche qu'il n'y a pas de honte à ne pas être communiste, qu'il n'y a pas de honte à ne pas parler aux communistes négationnistes, qu'il n'y a pas de honte à ne pas les frayer tant qu'ils n'ont pas reconnu les crimes dont ils sont ou dont ils ont été complices. 

Mais son courage, celui d'avoir résisté aux "chiens", celui de ne pas avoir cédé devant les prophètes de l'Homme Nouveau, celui d'avoir résisté aux dénonciations, celui d'avoir continué de dire ce qui se passait contre les psychopathes de la gauche prolétarienne (je ne dirais pas les noms de Serge July, Olivier Rolin, André Glucksman, Gérard Miller, Jean-Claude Milner ou Marin Karmitz), contre les psychotiques de Tel Quel et apparentés (dont je tairais encore les noms comme ceux de Philippe Sollers, Julia Kristeva, Marcelin Pleynet, Roland Barthes, sans oublier Michel Foucauld - qui, égal à lui-même, soutint plus tard un autre autoritarisme, celui de l'Ayatollah Khomeini, ou Jean-Paul Sartre, l'homme qui se trompa sur tout...), son courage fut de continuer à écrire, à décrire... Mais il y a encore l'inénarrable Alain Badiou qui continue de "tout" justifier "pour ne pas céder à la réaction"... 

Le plus étonnant, finalement, ce sont les justifications actuelles des maoïstes de l'époque, ces hommes qui ont toujours eu raison, c'est leur obscurantisme, c'est leurs maigres justifications qui permettent de douter du moindre mot qu'ils peuvent prononcer sur n'importe quel sujet, en dépit, sans doute, de la common decency.

C'est le chaînon manquant qui permet, à distance, de relier Georges Orwell, Arthur Koestler, Albert Camus à la "grande" littérature, celle de Conrad, Michaux, Borges, Kafka ou Kundera. 
Mais il est aussi le chaînon manquant nous permettant de "comprendre" le génocide cambodgien et comment, de façon anecdotique, un diplomate français à Phnom Penh refusa qu'un journaliste français se mariât à une Cambodgienne pour lui sauver la vie parce qu'il savait qu'il était déjà marié... Et lire Leys renvoie à Rithy Pahn, homme admirable dont j'ai déjà parlé deux fois en ce blog. Un article de ce jour lu dans le journal Le Monde parle encore LA de la folie de la période. 

Simon Leys, dont la lecture devrait faire partie de l'hygiène de l'homme du vingt-et-unième siècle, a écrit de nombreux livres dont en 2012 "Le Studio de l'inutilité", recueil de textes dont chacun des paragraphes, ou presque, pourrait alimenter la réflexion d'humains curieux de leur monde. Mais le reste de ses écrits mérite de l'attention, de la relecture, de la culture, de la documentation et, comme dirait Kundera, de la lenteur. Son admiration pour Georges Orwell mérite également toute notre attention de la part d'un écrivain que je qualifierais "à l'ancienne" de réactionnaire, mais c'est une autre histoire.

Vous pouvez lire une courte biographie de lui dans La Libre Belgique : LA.
Vous pouvez le voir à Apostrophes montrer son calme, son intelligence, et faire de MA Macciochi, ex communiste moscovite, au début pleine de suffisance, une vulgaire crétine ICI.
Pierre Assouline en dresse un portrait flatteur : ICI.

(Vous pourrez lire ici ou là des polémiques concernant Simon Leys. Ne vous en épargnez pas. Personne n'est parfait.)
(Vous remarquerez que Wikipedia est peu loquace à son sujet... ou peu disert... ou très étique...)

Je ne résiste pas, dans la série psychiatrie pratique, catégorie les psychopathes alzheimériens, à vous communiquer un texte laudateur, avec de nombreux extraits, sur le "Studio de l'inutilité" publié par des amis de Philippe Sollers. Le monde est fou. LA