dimanche 7 décembre 2014

Je ne ferai pas grève du 23 au 31 décembre. Premier épisode.

Il n'y a de richesse que d'hommes

Je suis désolé mais je ne ferai pas grève entre le 23 et le 31 décembre 2014.

Avant que je ne continue vous avez le droit de me "traiter". Je peux vous fournir une liste d'adjectifs et vous avez même le droit au choix multiple. Mais j'ai une préférence : jaune briseur de grève.

Mais ne pensez pas que je sois ravi de mon sort de médecin généraliste.

Disons que je relativise.

Et que je suis médecin généraliste dans l'âme.

Je suis, certes, médecin, mais je suis avant tout médecin généraliste car je ne connais pas de plaisir plus intense que d'exercer la médecine générale.

Est-ce du corporatisme ?

Le médecin généraliste que je suis est avant tout un ignorant qui en sait moins sur le rein que le néphrologue (j'aime bien d'ailleurs lire Perruche en Automne), moins sur le coeur et les vaisseaux que le cardiologue (j'aime bien lire Grange Blanche qui a malheureusement fait une pause), moins sur l'oeil que Le rhinoceros regarde la lune, moins sur les poumons que Totomathon, ou sur la peau que La Boutonnologue, et je pourrais continuer presque à l'infini, l'infini des organes. Il est évident par ailleurs que les spécialistes qui ne blogguent pas et qui ne tweetent pas sont aussi valeureux que ceux que je viens de citer, les spécialistes d'organes à qui j'adresse des patients parce qu'ils partagent, pas tous, le choix n'est pas toujours possible, les mêmes valeurs et préférences que moi.

Les habitués de ce blog sont assez clairvoyants pour penser que je n'adresse pas un patient asthmatique chez un pneumologue parce qu'il a lu la triade Proust / Kundera / Roth, qu'il écoute régulièrement Don Juan / Jenufa / Turandot en n'omettant pas Coltrane / Don Cherry / Desmond,  et qu'il apprécie Klee / Carpaccio / Bacon, mais quand même s'il a lu Bachelard / Illich / McKeown, c'est quand même un plus.  Et s'il ne dit pas de mal de La Revue Prescrire pour des raisons sottes, ce n'est pas mal non plus.

Mais mon ignorance organique, loin de me déranger, me plaît : elle me permet de contempler l'infinie variété de mon métier et son insondable et vertigineuse diversité. Et elle me permet aussi de me réjouir de peu pratiquer des actes techniques et d'être avant tout un non manuel de la médecine.

S'il est de bon ton de dire que personne ne sait ce qu'est la médecine générale (j'ai publié là dessus) il est quand même évident que lorsque un ou plusieurs médecins généralistes qui ne se connaissaient pas auparavant se rencontrent au hasard d'une soirée ou pendant des vacances à la mer, au delà des différences individuelles, de leur appartenance ou non à un syndicat, de leurs opinions politiques ou confessionnelles, de la marque de leur maillot de bain, ils se reconnaissent immédiatement, ils savent immédiatement de quoi ils parlent, ils savent avec quoi ils se collettent tous les jours, qu'ils exercent dans les beaux quartiers ou dans les "quartiers", ils appartiennent au même monde anthropologique, ils ont en face d'eux les mêmes patients, les mêmes problèmes, les mêmes interrogations, et le même système qui est l'éléphant dans le cabinet de consultation, ils n'ont pas besoin de se présenter. Et cette intimité entre inconnus, cette proximité entre collègues, cela, aucun autre médecin (non généraliste) ne peut le ressentir.

Je voudrais dire aussi ceci : ceux qui font bouger les lignes depuis des années, ce ne sont pas les spécialistes d'organes, ce sont les médecins généralistes de base, ce sont les Christian Lehmann, les Dominique Dupagne, les Louis-Adrien Delarue, pour ne citer que les plus emblématiques (je suis en train de me faire des ennemis en ne citant pas les autres), qui ont dénoncé le fluor (pas les dentistes, pas les pédiatres), le dosage du PSA (pas les urologues), les frottis tous les ans (pas les gyn-obs), le dépistage organisé du cancer du sein (pas les radiologues, pas les gyn-obs, pas les oncologues), les anti Alzheimer (pas les neurologues, pas les gériatres), les glitazones (pas les diabétologues), les pilules de troisième et quatrième génération (pas les gynécologues, pas les dermatologues), la vaccination anti grippale et le tamiflu (pas les virologues, pas les infectiologues) et cetera, et cetera.

Disons que cette grève ne va pas servir la médecine générale et les médecins généralistes.

C'est mon corporatisme à moi. Donc, je ne la ferai pas.

Car ce mouvement est avant tout corporatiste : il mélange des chèvres et des choux et personne ne me fera croire que j'ai, en tant que médecin généraliste, les mêmes intérêts que les notaires (qui se disent "furibards", ils ont dû réunir une assemblée générale du Rotary ou du Lion's pour trouver un adjectif aussi désuet, vieilli et vieillot), les pharmaciens, les artisans taxis, les infirmiers et infirmières, les huissiers de justice, les kinésithérapeutes, j'en passe.

Car ce mouvement "libéral" dont la majorité des membres râle toute l'année contre les grèves de nantis fonctionnaires à la SNCF, à la RATP ou dans les transports aériens se met à mimer la CGT ou Sud dont les slogans habituels sont "Nous faisons chier le pauvre monde pour défendre les intérêts de tous" en fermant les cabinets pour une semaine en prétendant que c'est pour le bien de la santé publique.

Car ce mouvement composé de médecins qui ont fait dix ans d'études (quelle contrainte !) compare ses honoraires, son niveau de vie, ses habitudes sociales à ceux des coiffeurs et des plombiers dans un emballement mimétique abasourdissant alors que l'on n'a jamais vu un coiffeur ou un plombier faire grève (sinon récemment des sans papiers employés au noir dans des salons de coiffure low cost).

Car ce mouvement dont un des objectifs est de libérer le secteur 2 et de tuer les mutuelles veut nous faire croire qu'en augmentant les honoraires libres le reste à charge pour les patients ou non patients consultants va diminuer ! Est-ce que les adhérents des mutuelles ont été consultés ? Est-ce que les citoyens ont été consultés ?

Car ce mouvement, devenu par un tour de passe passe anti capitaliste quand il s'agit des Mutuelles et parlant de lutte contre les fonds de pension internationaux (i.e. sans doute les hedge funds luxembourgeois) oublie de parler, dans sa défense de l'hospitalisation privée (il n'y a plus de cliniques mais des hôpitaux privés par une sorte de renversement sémantique), des intérêts internationaux présents dans les groupes de santé avec, par exemple, l'Australien Ramsay Health Care actionnaire majoritaire de la Générale de Santé, le plus gros groupe "français"... Vous pouvez même, les gauches de la gauche du mouvement, consulter, une fois n'est pas coutume le blog de JL Mélenchon : LA.

Car ce mouvement, qui s'oppose à juste titre aux réseaux de soins mutualisés ne dit rien des réseaux de soins actuels centrés autour de l'hospitalisation privée où les spécialistes d'organes capturent les patients de ville et les rabattent sur les structures dans lesquelles ils ont des intérêts. Ce consumérisme médical est le fondement du néo libéralisme rawlsien : le citoyen patient qui a lu Doctissimo ou qui écoute son coiffeur décide de passer un examen complémentaire et le médecin prescrit. Si le médecin ne prescrit pas le patient conscient de ses droits ira en voir un autre et écrira au CISS ou à Que Choisir pour se plaindre que l'accès aux soins n'est pas assuré. Parce que j'en ai le droit et Parce que je le vaux bien.

Car ce mouvement ne prend pas en compte la montée irrépressible des associations de patients, sinon pour leur dire ce qu'elles doivent penser (voir LA), ces patients qui sont, ne l'oublions pas, le troisième élément de l'Evidence Based Medicine. Vous savez que je suis à fond pour les associations de patients (je me demande d'ailleurs pourquoi et de quel droit je serais contre) à condition qu'elles respectent une politique claire concernant leurs liens et possibles conflits d'intérêt.

Mais surtout.

Deux points constituent le centre de la crise de la médecine et Ce mouvement ne peut en parler.

La corruption généralisée.
Le gouvernement et les agences gouvernementales sont infiltrés par big pharma et big matériel et les politiques publiques, depuis les campagnes de santé publique jusqu'à la fixation du prix des médicaments, sont dominés par le lobby santéo-industriel qui a ses leviers de commande, ses obéisseurs, ses toutous, comme la DGS ou les différentes ARS.
Depuis la première année de médecine, et même avant dans les prépas, jusque dans les couloirs des hôpitaux publics et privés et ceux des cabinets médicaux libéraux big pharma et big matériel règnent en maîtres.



L'arrogance médicale.
Le rôle de la médecine dans l'amélioration de l'espérance de vie dans les pays développés et, surtout, de l'amélioration de l'espérance de vie en bonne santé, est lié aux conditions socio-économiques et aux pratiques individuelles et non, sinon dans la marge, à la médecine pure et dure.

Espérance de vie à 35 ans selon le sexe et la catégorie socio-professionnelle.
Une femme cadre a une espérnce de vie de 51,7 ans à 35 ans.



Pour la suite de nos réflexions sur le Je ne ferai pas grève du 23 au 31 décembre je parlerai plus précisément des problèmes que pose la Loi santé comme le Tiers Payant Généralisé et / ou les réseaux de soins mutualisés et sur les solutions que n'apporte pas Ce mouvement concernant les déserts médicaux, la démédicalisation nécessaire de la société, l'hospitalisation publique, le cas des spécialités d'organes qui demandent un effort particulier, et cetera.


16 commentaires:

  1. A JCG
    C’est un point de vue que je partage totalement. Tu as formulé et explicité ce qui me trottait dans la tête.

    On peut m’opposer que je ne sois pas légitime pour me positionner, puisque je ne fais pas partie de cette boutique (corporatiste) même si je suis MG de formation. Mais je passe outre parce que j’ai une opinion que je pense fondée.
    Je ne me situerai pas sur un plan idéologique parce que je ne suis pas une idéologue. J’ai besoin de comprendre pour adhérer et je ne peux adhérer que lorsque j’ai compris et que les idées sont en accord avec mes propres valeurs.
    J’ai eu un long débat, sur ce blog, avec les gens de l’UFML, et j’ai pu apprécier leur style agressif, leur mauvaise foi et leur démagogie à tous crins.
    Ce mouvement est corporatiste et faux-cul, parce qu’il prétend demander un C à 50 euros et les honoraires libres pour tous les médecins pour le bénéfice de la qualité des soins et de la population alors qu’aucune étude n’a montré de relation entre les deux.
    Ce mouvement est opportuniste et démagogique car il collige tous les sujets de mécontentement pour arriver à coller ensemble des groupes dont les problématiques et les aspirations sont très différentes. Qu’est-ce qu’il y a de commun entre un chirurgien travaillant en clinique privée dans le seizième arrondissement de Paris et pratiquant de très généreux dépassement d’honoraires, une jeune-femme MG travaillant à temps partiel en secteur 1 et prenant au moins 20 mn par patient parce qu’elle l’estime nécessaire et assommée par les cotisations CARMF, et un MG de 55 ans en secteur 1 voyant 50 patients ou plus par jour dans un désert médical faute de confrères pour prendre la relève?
    Ce mouvement est confus et incohérent. D’une part, parce qu’il mélange rémunération, conditions de travail et qualité des soins sans être capable d’établir de lien crédible entre ces aspects et ses revendications. Et aussi car s’il prétend combattre le libéralisme et pose au gauchisme lorsqu’il s’agit de dénoncer les manœuvres des mutuelles, il défend une médecine la plus ultra-libérale et inégalitaire qui soit, avec, pour seul étalon d’excellence, la satisfaction du médecin quant à son degré de liberté et ses revenus.
    Ce mouvement relève de la pensée magique, parce qu’il prône que la satisfaction de ses revendications aurait pour effet immédiat et miraculeux l’amélioration de la qualité des soins.
    Je vais sûrement me faire plein d’amis. Mais, comme je l’ai dit, je passe outre.


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  2. JCG et CMT, mes héros....
    Un billet enthousiasmant. Une lucidité tranchante bienvenue. Merci encore.

    Amitiés

    Bruitdessabots

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  3. Bonjour , je vous lis depuis plusieurs années, et je profite de ce billet pour vous remercier, je n'exerce plus la médecine tout à fait comme je le faisait il y a 6 ans quand je me suis installé notamment grâce à vous, please don't stop !!

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  4. passionnant... et bien écrit...
    mais vous vous dispersez presque autant que les organisateurs de cette grève...Il est un sujet qui demande d'être tranché rapidement et pour lequel l'ensemble de la profession doit se mobiliser: le tiers_payant généralisé... J'ai hate de connaitre votre point de vue là dessus... plutot que de vouloir encore excentrer le débat sur des sujets annexes ( tout aussi importants je le conçois mais hors sujet ici...).
    je vous rejoins en revanche sur l'inefficacité de cette greve.. qui d'ailleurs en réalité n'en est pas une.... la fermeture des cabinets entre le 23 et le 31 decembre ne peut pas s'apparenter à une greve... elle n'est qu une interdiction d'exercer pour les médecins remplaçants..
    en effet proclamer une greve dans une période où, de toute façon, la majorité des médecins libéraux avait prévu de prendre des vacances, c'est de la poudre aux yeux... et c'est également déloyal vis à vis des remplaçants qui ont besoin des periodes de vacances pour travailler... ainsi les medecins ne prennent pas de risque avec cette greve...elle aurait eu plus de poids à la rentrée , en janvier car faire greve c'est accepter de se priver de revenu pour defendre une cause importante... en faisant greve à noel , ils ne privent de revenus que leur remplaçant...
    bref..
    j’attends la suite...

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  5. Je ne ferai pas grève non plus, non seulement je trouvé ces revendications démago-opportunistes encore plus fourre-tout que foutoir, mais surtout le choix dans la date (excusez-moi, ça m’a échappé ) me fait trop penser à la grève des pilotes Air France (j’en connais assez bien les tenants et aboutissants). Ça fait vraiment « grève Megève » de nantis déconnectés ...et en plus, je n’ai pas les moyens d’aller à Megève !!...
    Pour moi faire grève, c’est aller manifester, ou rester sur place (au cabinet médical) pour expliciter mes revendications aux patients. Ce n’est pas comme cela se profile pour tous mes petits copains, foutre le camp en famille ou au ski ou les deux.
    Je me contenterai de refuser les patients en provenance d’autres patientèles, plus par confort personnel que pour ne pas jouer les briseurs de grève, ce dont je n’ai rien à foutre et j’accepte à l’avance tous les adjectifs qu’on voudra bien me coller, je n’en suis plus à un près.
    En ce qui concerne le tiers payant généralisé, mon cher Lambert Vincent, je ne l’accepterai pas car je n’ai pas envie de passer mes WE à courir derrière les 500 mutuelles de l’hexagone et que je n’ai pas les moyens de consacrer un mi-temps de secrétariat à cette Khônerie. Je ne fais aucune, mais lors aucune confiance à MST et à l’administration qui nous promettent que ce sera facile.
    Je suis beaucoup plus ignorant que Docteur du 16, et en plus je n’ai pas le temps d’aller butiner sur tous les Blogs qu’il a cité ; le sien (avec CMT ) me fait déjà assez de bien comme ça. Continuez merci.

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    1. Salut anonyme
      Donc "tu n'accepteras pas " le tpg obligatoire mais tu ne feras pas grève ? La loi ne prevoit pas de te demander ton avis cher ami.....

      "Nantis déconnectés" on est jamais si bien trahi que par les siens .Qu est ce qui l faut pas entendre .....

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  6. oui mais pourra t on refuser le tiers payant?
    on sait pas encore à quoi on s'expose..les pharmaciens n'ont pas eu le choix! ils ne peuvent pas le refuser!

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  7. A la Réunion le tiers payant généralisé existe depuis plusieurs années mais je ne l'applique pas (sauf CMU bien sur et aussi pour qques patients en grande difficulté). A noter que je ne fais pas non plus de télétransmission....car je suis au cabinet pour faire de la médecine pas de l'informatique et que les actes devenus "gratuits" perdent de leur valeur...
    je ne ferai pas grève non plus.
    D'autre part je pense que le tiers payant généralisé associé à la télétrans ouvre la porte à tous les excès

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  8. a Ph Mauboussin : Je maintiens que faire grève la veille des fêtes sera perçu par l'immense majorité de la population comme une grève de nantis. Justement parce que je ne suis pas déconnecté et que j'écoute ce que disent mes patients, en particulier ceux qui jonglent avec les fins de mois difficiles et avec les dépassements d'honoraires de certains de mes confrères, figures de proue de ce mouvement. Traitre faisait partie des adjectifs que je m'attendais à recevoir...
    En ce qui concerne le refus du tiers-payant, hormis quelques cas particuliers en attente de CMU, ou autre, mes patients accepterons, je leur en ai déjà parlé, d'avancer les 23 euros, et sinon pourrons toujours "changer de crèmerie" le cas échéant... tant qu'il restera encore quelques généralistes en voie de disparition dans mon coin comme ailleurs.

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  9. Je lis ce qui s’écrit et cela m’inspire plusieurs remarques.
    La première c’est que Vincent Lambert et Popper31 ont raison. Le choix de la date de grève est dans la droite ligne de la démagogie et de l’esbroufe qui est à l’origine de ce mouvement dont les revendications ont été ensuite reprises par d’autres syndicats. Le mouvement a été initié par « les médecins pigeons » dont les fondateurs, faux MG directeur de clinique et vrai médecin esthétique à Nice, n’étaient et ne sont pas vraiment représentatifs du MG de base.
    De manière générale, ce qui légitime, en quelque sorte, une grève et qui témoigne de la sincérité des opinions et de l’engagement personnel des grévistes, c’est la part de sacrifice qu’ils sont prêts à consentir pour en donner la preuve, en particulier en acceptant de perdre du revenu.
    Or, dans le cas présent, les médecins qui font grève, par le choix de la date, s’arrangent pour ne pas perdre de revenu et reporter cette perte sur les remplaçants, et même pour économiser de l’argent, en évitant d’en débourser pour être remplacés, tout en créant un maximum de gêne pour les patients. Pendant qu’ils seront dans les îles ou au ski les patients seront en difficulté. A leur retour ils pourront dire à leurs patients qui se plaindront : « Ah mais, vous comprenez, je faisais grève ». Cela fait partie de l’hypocrisie et de la démagogie de tous les mouvements de type populiste.
    Mais il y a d’autres choses plus importantes.
    Le modèle proposé par ce mouvement n’est rien d’autre qu’un modèle ultralibéral, dont l’ultra-libéralisme est simplement adapté aux besoins des médecins, et de certains médecins seulement.
    L’exemple le plus représentatif du modèle ultralibéral d’organisation des soins et de la médecine dans le monde c’est, probablement, les Etats Unis. Dans les autres pays, les médecins ne sont pas libres de faire ce qu’ils veulent, ils ont des contraintes imposées, non par leur entreprenariat mais par l’Etat pour assurer qu’ils rendent bien un service à la communauté. Et cela en échange de certains avantages. Or, aux Etats Unis, ce qu’on constate, c’est la quasi disparition de la médecine générale (au 29 ème rang sur 31 pays de l’OCDE pour le ratio MG/M spé cf p 69 du rapport plus loin). Parce que dans le modèle ultralibéral ce qui prédomine, c’est la technique et la marchandisation des soins. La promesse, promesse commerciale et non médicale, est : « ça va vous coûter cher mais vous en aurez pour votre argent ». Et comme il faut bien faire marcher le commerce, c’est le but, la profusion technique est la règle. Cela suit la pente naturelle des croyances culturellement dominantes qui est de penser que « faire quelque chose » c’est toujours mieux que de ne rien faire, et qu’en faire plus est toujours mieux que d’en faire un peu moins. Nous avions fait référence aux écrit de Bernard Shaw à ce sujet, qui, au début du siècle, avait déjà très bien compris le problème.
    Dans un tel système les patients en viennent vite à penser qu’il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints et préfèrent aller directement voir le spécialiste que de passer par la case généraliste.
    Le médecin généraliste a cependant un rôle qu’aucun autre médecin ne peut avoir : celui d’écouter et de faire la part des choses dans ce que lui dit le patient. Et, peut-être, éventuellement, de découvrir les raisons pour lesquelles ce patient tourne en rond avec des plaintes somatiques diverses, depuis des années comme dans ce cas http://www.docteurmilie.fr/wordpress/ . Peut-être, probablement, que sans l’intervention opportune d’un MG ce type de patient aurait fini par se faire découper sur le billard par des chirurgiens interloqués cherchant à comprendre ce qui n’allait pas « là dedans », mais uniquement dans une optique de spécialistes d’organes.
    ...à suivre

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  10. SUITE
    Cet article permet aussi de comprendre à quel point le médecin qui propose des solutions techniques ou médicamenteuses à des problèmes qui ont leur origine dans l’histoire du patient, sans jamais chercher vraiment à savoir, est en train, délibérément ou pas, d’utiliser la fragilité du patient à son propre profit. La question de la formation est au centre de ces problématiques.

    Le système français, qui est de type libéral mais subventionné par l’Etat, et n’existe nulle part ailleurs, produit pas mal d’effets pervers, parmi lesquels, des habitudes de surconsommation médicamenteuse.
    Il faudrait donc aussi libérer le médecin généraliste du paiement à l’acte, facteur d’augmentation indue des actes médicaux, pour qu’il puisse se sentir autorisé à passer du temps avec le patient, et à lui dire des choses qu’au départ, il n’a pas forcément envie d’entendre, comme « vous n’avez pas vraiment besoin de ce médicament ». Autrement dit pour qu’il puisse sortir d’une relation essentiellement commerciale avec le patient.
    On pourrait imaginer, un système par capitation, comme cela se fait au Royaume Uni, mais en prévenant les effets pervers, c'est-à-dire , ne pas placer le médecin en bout de chaîne de sorte qu’il passe très peu de temps avec le patient, parce qu’il y des chances que moins le médecin passe de temps avec le patient, plus la consultation se conclue par une prescription, même si cette corrélation ne paraît pas systématique. Et majorer la capitation lorsqu’il s’agit de patients chroniques, comme cela se fait déjà plus ou moins en France.
    Enfin, il ne faut pas oublier que le ratio généralistes/ spécialistes est particulièrement élevé en France, et c’est cette particularité, entre autres, qu’un virage ultra-libéral pourrait infléchir.
    Dans le rapport de l’OCDE 2013 intitulé « panorama de la santé » j’avais relevé plusieurs spécificités de la médecine française :
    Les médecins français se distinguent en 2013 par :
    - Un âge moyen plus élevé que celui de la moyenne OCDE : 42% âgés de plus de 55 ans contre 32% en moyenne (la France est troisième après Israël et l’Italie)
    - Une proportion légèrement plus faible de femmes : 41% contre 44% en moyenne sur 28 pays OCDE avec un maximum en Estonie avec 74% de femmes suivie de la Slovénie à 59%
    - Un ratio généralistes / spécialistes élevé : la France se situe au quatrième rang sur 31 pays OCDE avec plus de 40% de généralistes, après l’Irlande , le Portugal et l’Australie. La moyenne est à 30%.
    - Cela devrait se traduire par des dépenses de santé moindres en raison de la fonction de tri des MG et de l’absence d’accès direct aux spécialistes qui pratiquent des actes techniques onéreux. Mais ce n’est pas le cas. Une analyse plus détaillée montre que les dépenses de santé sont largement tirées par les dépenses d’origine hospitalière en France ces dernières années, avec une externalisation des coûts vers la ville, notamment chimiothérapies à domicile, molécules issues des biotechnologies prescrites en hôpital ou par des spécialistes et augmentation très importante des dépenses de transport.
    - P 76 77 Au niveau du revenu : le revenu des médecins français comparé au revenu moyen dans le pays semble inférieur au revenu des médecins d’autres pays de l’OCDE en particulier pour les médecins généralistes (rapport de 2,1). Mais la présentation des données présente un biais majeur : c’est le bénéfice commercial qui est pris en compte pour les médecins généralistes et non les honoraires comme dans les autres pays . Il y a d’autres limitations qui s’appliquent à la France et qui contribuent à la sous estimation du revenu réel des médecins : absence de distinction entre MG salariés et libéraux, les salariés ayant des niveaux de rémunération nets moindres que les libéraux. La prise en compte du bénéfice commercial des médecins français plutôt que de leur revenu, comme pour les autres pays, est un biais majeur compte tenu du fait que les charges déclarées par les MG sont proches de 50% de leur revenu en moyenne.




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  11. GT nouveau retraité14 décembre 2014 à 19:47

    Quelques remarques à partir du tiers-payant obligatoire.
    Il y a longtemps que nos patients sont solvabilisés par l'Assurance Maladie. Tous ont bien compris que les honoraires qu'ils nous versent ne sont qu'une avance qui leur sera remboursée (non-sens administratif et comptable). Qui de nous n'a pas entendu au moins une fois cette réflexion : "Mais prenez la consultation Docteur la Sécu nous rembourse" ? Nous sommes donc bien in fine payés par la Sécu.
    Non, le vrai, le seul problème est le paiement à l'acte qui est inadapté à notre pratique aujourd'hui. Il pousse à la multiplication des actes (souvent inutiles) de telle sorte que celui qui travaille le plus vite (le plus mal ?) gagne le plus. Quant à la dévalorisation d'un acte qui ne serait pas payé par le patient, croyez bien que ça ne gêne pas nos confrères spécialistes qui pratique la dispense d'avance de frais, sans parler des confrères hospitaliers qui ne voient même pas les cartes vitales.

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  12. Je ne répondrais pas a CMT qui a une fluente incroyable mais qui comme d´habitude se sert des études scientifiques ou des données qui lui vont bien pour affirmer son opinion qui s'approche plus d une opinion politique déguisée qu une véritable opinion médicale ou médicaux économique ( ce n est pas un mal d avoir une opinion politique) . Sur la rémunération les biais sont doubles sens c est a dire que la france a des prélèvements obligatoires bien supérieur aux autres pays ce qui minore d autant plus leur rémunération réelle . En outre , les biais que vous soulevez permet pas de connaître le tarif horaire qui est le véritable dénominateur pour savoir si une personne est bien payée . En outre dans certain pays les coûts administratifs sont en sus du revenus des médecins etc etc
    Comme toujours vous avez un raisonnement spécieux , vous cachez la nuance , vous êtes absolutiste . A chacune vos interventions je pourrais vous contre dire ( sauf sur les vaccins ou autre point de vu technique que je maitrise très mal ) point par point , étude contre étude . Mais je reconnais que vous êtes une des rares à avoir un argumentaire construit

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  13. Ouah! Je viens de découvrir ce blog et ces commentaires ultra déprimants de jeunes médecins bobos très représentatifs de la gauche caviar ,se donnant bonne conscience!! Les boules,les boules !!!

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  14. A Bleu Horizon,
    Vous dites que vous ne me répondez pas mais vous me répondez tout de même tout en le faisant de manière vague sans argumenter vraiment.

    Les biais des comparaisons internationales sont multiples et demandent de prendre en considération un ensemble de paramètres. Par exemple, le travail effectivement pris en considération peut varier beaucoup selon les activités considérées comme le temps de travail effectif (temps clinique, de lecture, administratif, d’entretien du cabinet, temps pour recevoir les visiteurs médicaux, temps d’astreinte, dont on sait qu’il n’est pas un temps de travail effectif mais un temps pendant lequel le médecin est à disposition des patients etc. tout cela peut constituer le temps de travail, et varie beaucoup d’un médecin à l’autre dans une même spécialité et selon les spécialités). Voici une évaluation qui arrive à la conclusion qu’en prenant en compte tous ces paramètres, le temps de travail MOYEN d’un généraliste c'est-à-dire le temps de travail de l’ensemble des généralistes divisé par le nombre de généralistes était de 54Hs par semaine dont 43 hs de temps clinique comprenant 6h env d’astreinte sur 46 semaines travaillées.

    Cela dépend aussi du revenu pris en considération et nous savons tous, médecins qui avons exercé ou exercent en libéral que le BNC du médecin libéral sous-estime, en général, son revenu réellement disponible. En raison des amortissements, des frais de déplacement et, cas extrême, des artifices comptables. Cela est particulièrement vrai pour les spécialités les plus rémunératrices. Par exemple, des médecins travaillant en clinique privée et constitués en société d’exercice libéral (SEL) peuvent déclarer des bénéfices non commerciaux négatifs par une judicieuse répartition de leur revenu entre salaires, immobilisations et je ne sais quoi (je ne suis pas expert comptable). Vous trouverez des explications là-dessus dans ce document http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/revaind09f.PDF .
    (encadré 1 p 2).
    Je précise aussi que dans ce document, « Revenu global des médecins ayant une activité libérale » quant on parle de revenu cela se réfère bien au revenu officiellement disponible après avoir déduit les charges déclarées par le médecin. Les médecins ayant une activité libérale sont environ 130 000 (108 000 libéraux exclusifs et 21 000 mixtes) en France et étaient estimés à 115 000 à l’époque dans ce document.
    Les médecins qui, quoique libéraux, déclarent un BNC nul voir négatif (en déficit donc) représentent 5% de l’ensemble des médecins ayant une activité libérale soit quelques 6 000 médecins et se recrutent surtout parmi les spécialistes pour les deux tiers (69%) en particulier les radiologues, anesthésistes et chirurgiens dont les revenus sont de 156 000 euros annuels en moyenne (tableau1 . p3) C'est-à-dire en fait parmi les médecins les mieux rémunérés. Leur BNC=<0 est intégré dans la moyenne du BNC qui sert de référence à tout le monde, y compris à l’OCDE, pour estimer le revenu des médecins libéraux en France. Cela signifie que ce BNC sous estime énormément le revenu disponible moyen des médecins libéraux puisqu’il estime à zéro le revenu de médecins qui peuvent gagner plus de 200 000 euros nets annuels et l’intègre dans le calcul de la moyenne.

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  15. ... Pour les comparaisons internationales il y a différents biais possibles. Mais dans la mesure où la France est le seul pays pour lequel ce sont les bénéfices non commerciaux qui sont comparés aux honoraires bruts des médecins des autres pays (voir encadré p 76 du rapport http://www.oecd.org/fr/els/systemes-sante/Panorama-de-la-sante-2013.pdf «5) en France, c’est le revenu net et non le revenu brut qui est utilisé » ), je suis en droit d’estimer que cela constitue un biais majeur, compte tenu, en particulier, de la sous estimation notoire du BNC .

    Pour ce qui concerne le taux horaire on peut prendre l’estimation du temps de travail tout compris donc, y compris des éléments qui ne sont pas pris en compte pour les salariés, et le rapporter au BNC moyen pour les généralistes en 2013 de 81 300. Cela fait ; 81300/ 46 semaines X 54= 34 euros nets de l’heure, comprenant astreintes, temps passé avec les visiteurs médicaux, temps de lecture d’articles, temps administratif etc. C'est-à-dire 4,55 fois le SMIC horaire net qui est de 7,47.. Pour les spécialistes je n’ai pas sous la main d’estimation précise, mais si on prend un chirurgien, qui, en 2005, gagnait 153 000 euros nets en moyenne et si on suppose qu’il travaille, mettons 70 heures par semaine, ce qui me paraît exagéré, surtout en clinique privée, où il n’y a pas d’urgences donc pas de gardes et où il ne s’agit que d’interventions programmées, cela lui ferait 3220 heures de travail sur 46 semaines et un taux horaire de 47,5 euros de l’heure =6,37 fois le SMIC. On peut estimer que ce n’est pas assez. Moi, il me semble que ce n’est déjà pas mal.



    En rapport avec la population en général, il y a un document de l’INSEE http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1288 qui permet de voir comment se situent les médecins par rapport à la population générale et aux très hauts revenus. Sachant que l’évolution des salaires du privé est exponentielle, c'est-à-dire que plus on va vers les hauts salaires plus les salaires augmentent vite, les 1% des salariés du privé, incluant les grands patrons rémunérés plusieurs millions par an, sont rémunérés, plus de 124 000 euros bruts annuels soit 100 000 euros nets ou 8200 euros nets par mois. Ces très hauts salaires concernent très majoritairement des hommes, travaillant dans la finance, dans le commerce de gros et le conseil et surtout en île de France, avec des hausses de salaires ces dernières années.
    Si l’on prend ce seuil de 124 000 euros bruts, au dessus duquel se situent 1% des salariés du privé, cela concerne 1 pour 200 ou 0,0,5% des salariés de la fonction publique d’Etat et territoriale et 8% des non salariés (agriculteurs exclus). Les non salariés ayant des très haut revenus (8% des non salariés) étaient 159 000 en 2007, parmi lesquels la majorité, 27% soit quelques 43 000 étaient des médecins qui avaient un revenu moyen net de 151 000 euros soit 12 500 euros par mois. Donc, le tiers des 130 000 médecins libéraux ont un revenu comparable ou supérieur aux 1% des salariés du privé les mieux rémunérés et aux 0,0,5% des salariés du public les mieux rémunérés


    Vous pouvez me traiter d’absolutiste, mais je vois tous les jours une majorité de patients bénéficiaires de la CMU, des familles qui vivent à 6 dans des trois pièces, qui fréquentent les épiceries sociales parce qu’elles ne peuvent pas payer le prix au supermarché, et aussi des familles à la rue avec bagages et enfants. Je dois dire que cela m’aide pas mal à relativiser la misère matérielle dont se plaignent les médecins.

    Et puis j’ai en horreur les démago pujado populistes , qui jouent aux gauchistes, qui font de l’esbroufe, qui mentent comme des arracheurs de dents, qui aiment à attiser la haine, à théâtraliser, à jouer les victimes et qui utilisent les frustrations des uns et des autres à leur propre profit. Tout ça me sort par les yeux. J’ai eu les mêmes à la maison et cela n’apporte rien de bon.

    Essayez quand même d’argumenter de manière plus précise parce que vous n’avez pas cité un seul fait concret.

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