mardi 23 juin 2015

Brigitte Dormont n'est-elle qu'une idiote utile ?


1984 : Emmanuel Goldstein

Sur France-Culture où, par parenthèse, le discours médical haut de gamme est « tenu » par le grand mandarinat (1), Brigitte Dormont a fait des déclarations stupéfiantes (ICI) sur le tiers payant annonçant que sa généralisation (voir LA ce que j'en pense) allait enterrer la médecine générale libérale, ce qui, selon elle, n'était pas une mauvaise chose, parce que cela permettrait aux payeurs de contrôler les prescripteurs et aux politiques de santé d'être appliquées.

Indignation.
Je me dis qu'il faut écrire un truc.
C'est trop !
Dormont vend la mèche allumée par Touraine.
Le Tiers Payant généralisé qui a permis au Parti Socialiste de refaire son unanimité lors du vote de la Loi santé n'était donc pas seulement une mesure de gauche (l'accès libre aux soins pour les défavorisés) mais aussi une mesure de gauche (détruire les méchants libéraux).
On tient la révélation de l'année.

Mais d'autres ont été plus rapides que moi.

Chritian Lehmann et coll. ont produit un articulet (LA), deux billets (ICI et LA) et une video (LA) à la mode UFML  ainsi qu'un peu plus tard un article de blog dans Mediapart (LA) pour nous dire :
  1. que Madame Dormont ne déclarait pas ses liens d'intérêt
  2. que l'économétrie pratiquée par Madame Dormont était une science lyssenkiste
  3. que les mutuelles et autres assurances complémentaires, qui arrosent l'Université Paris-Dauphine (où exerce Brigitte Dormont) sont de vilaines entreprises capitalistes qui recherchent le profit et qui vont manger toute crue l'assurance maladie (solidaire).
A la réflexion : les propos de Brigitte Dormont sont-ils scandaleux, blasphématoires, ou rendent-ils compte de l'évolution inéluctable d'un système de santé français unique au monde dans sa structuration et agité par les tendances lourdes de la mondialisation dont les stigmates les plus visibles sont la financiarisation de la Santé ?

Brigitte Dormont écrit beaucoup.
Je lis aussi un entretien de Brigitte Dormont dans Viva (ICI). Que dit-elle ? Est-elle aussi favorable que cela à la Loi santé de Marisol Touraine ?

  1. Notre sécu n'est pas aussi solidaire qu'on ne le pense
  2. La couverture sociale offerte par la Sécurité sociale aux patients qui ne sont pas en ALD est limitée à 59,7 %
  3. Les règles des complémentaires permettent une sélection des risques ... les primes sont plus élevées pour les personnes les plus malades et les plus âgées
  4. Le coût d'une complémentaire n'est pas proportionnel aux revenus et peut atteindre 8 à 10 % pour les ménages modestes (2,5 % pour les hauts revenus)
  5. L'accord national interprofessionnel (ANI) qui généralise la complémentaire santé au sein des entreprises va creuser les inégalités en transférant une couverture financée sur un mode solidaire par une couverture financée majoritairement par des primes indépendantes des revenus
  6. Il existe avec l'ANI un effet d'aubaine pour les mutuelles et une augmentation des primes pour les chômeurs, les vieux et les étudiants
  7. Il faut plafonner le reste à charge (hors dépassements d'honoraires)
  8. Il est nécessaire de définir un panier de soins pertinent en luttant contre les lobbies comme les laboratoires pharmaceutiques et les villes thermales : est-ce à l'Assurance maladie de faire une politique de l'emploi ?
  9. Le tiers payant généralisé ... met fin à la fiction d'un paiement direct du médecin par le patient.
J'ai résumé.
Peut-on vraiment dire, en lisant ces quelques lignes, que Brigitte Dormont soit favorable à la Loi santé de Marisol Touraine ?

Et ainsi, de la critique de Lehmann et coll., ne retient-on que leur polémique sur les liens d'intérêt de Brigitte Dormont et de ses piètres qualités scientifiques. Le reste, sur les mutuelles, a déjà été écrit par Lehmann C. (ICI par exemple) et il n'est pas certain que Brigitte Dormont ne puisse y souscrire.



Et je me suis dit que, finalement,  Brigitte Dormont avait fait œuvre d'idiote utile, mais pas seulement.

(Avant de continuer je précise quelques informations sur ma Déclaration Personnelle d'Intérêt (2)).


De quoi Brigitte Dormont est-elle le nom ?




Brigitte Dormont fait partie du main stream de la pensée économique et médicale française, ce qui renseigne, non pas tant sur la collusion des élites que sur notre avenir commun, à moins, bien entendu de croire à un complot mondial dont l'objectif final serait de ralentir l'accroissement continu de l'espérance de vie dans les pays développés et d'augmenter de façon considérable la mortalité infantile dans les pays bénis où n'existent ni le tout à l'égout ni les avancées des idées pasteuriennes.

Brigitte Dormont est accessoirement proche du Parti Socialiste (mais, on l'a vu, pas si proche que cela). Peu importe puisqu'elle est aussi proche du professeur Guy Vallancien connu pour ses idées "progressistes", i.e. sa croyance en un monde néo libéral où les robots remplaceront les médecins pour les actes techniques et où les médecins pourront devenir enfin humanistes (je n'ai pas dit transhumanistes) et, je cite Laurent Alexandre, "accompagner les malades en les tenant par la main", elle participe au CHAM, officine néolibérale sponsorisée par l'industrie où l'on côtoie Guy Vallancien et Didier Tabuteau (énarque socialiste), entre autres, officine dont vous verrez ICI le programme de la réunion annuelle 2015 et dont le conseil scientifique, excusez du peu, comprend, entre autres et hormis Brigitte Dormont, le scientifique Claude Evin (voir LA pour une biographie personnelle), le très politique Didier Tabuteau, la brillante Elisabeth Hubert, le transhumaniste Laurent Alexandre (et fondateur de Doctissimo), la brillantissime Denise Silber, papesse de la médecine 2.0 au service du fric, Claude Le Pen et Guillaume Sarkozy, et cetera, et cetera.
Vous savez sans doute ce que je pense également des think tanks proches du PS auxquels notre amie a collaboré comme Terra Nova et dont j'ai analysé la prose futuriste avec beaucoup de distance (LA).


Brigitte Dormont est une idiote utile.

Brigitte Dormont est bien notre idiote utile qui dévoile les intentions cachées de Marisol Touraine (pour ceux qui pensent que Marisol Touraine a une quelconque influence dans le domaine de la santé, lire LA).
Encore faudrait-il que Marisol Touraine eût des intentions cachées.
Marisol Touraine suit le mouvement. C'est tout. Le mouvement généralisé et mondialisé de la médecine dans les sociétés développées. Le mouvement que j'ai décrit cent fois et qui passe par les cases : augmentation inéluctable des dépenses de santé (une analyse de ses tenants et aboutissants serait passionnante puisqu'elle permettrait d'intéresser tous les acteurs de ce jeu de bonneteau sociétal), accès aux soins (dont les soins inutiles considérés comme des "droits"), corruption généralisée des agences gouvernementales de santé, corruption (passive et active) des médecins, droit à la santé (et négation du droit à l'hygiène), hédonisme généralisé, influence déterminante des corrupteurs (big pharma et big matériel pour la médecine proprement dite et big junk food et big tobacco et big alcoolo et big pesticido pour l'hygiène) dans l'appareil d'Etat, ce que j'appelle le lobby santéo-industriel, mise en avant des associations de patients qui, pour défendre leurs droits à être bien soignés, n'hésitent pas à accepter l'argent de big pharma, des mutuelles et à considérer que le consumérisme sauvera le monde, et cetera, et cetera.

Car Brigitte Dormont, dont je ne doute à aucun moment qu'elle ne réfléchisse pas au delà de l'économétrie, passe à côté du contexte général de la Santé dans les pays développés. Mais lui demande-t-on de réfléchir à la place des médecins sur les rôles comparés de la médecine et de l'hygiène dans l'allongement, pour l'instant inarrêtable, de l'espérance de vie ?

Brigitte Dormont est une idiote utile qui souligne que la médecine libérale à la française est une exception mondiale et... française (et je ne reviendrai pas sur ce qui l'a fondée : l'anti étatisme des médecins français). Mais, comme le disent les crétins franchouillards de chez franchouillards qui pensent que le fait d'être les seuls à faire quelque chose donne raison (voir Concorde et Minitel), attention, le ridicule ne tue pas, "la médecine française est la meilleure du monde".

Brigitte Dormont est une idiote utile qui a constaté qu'une grande majorité des doctorants en médecine, et notamment les IMG, souhaitaient travailler dans des maisons de santé pluridisciplinaires en tant que salariés. Pourquoi ne pas les décevoir ?



Et ainsi, Lehmann et coll. auraient dû, bien au contraire, remercier Brigitte Dormont de mettre les pieds dans le plat.

La lecture de Lehmann et coll. est déterminante pour qui ne sait pas que la société française est gangrénée par la corruption et que cela n'épargne surtout pas les médecins (Brigitte Dormont est décrite comme une femme de pouvoir qui profite de la haute fonction publique pour manger à tous les râteliers et, notamment, pour collaborer avec l'Etat, l'industrie et les mutuelles. N'engageons cependant pas un comparatif qui serait désastreux entre les niveaux de compétence et de corruption des experts économistes et ceux des experts médicaux. Nous aurions beaucoup à perdre, nous les professionnels de santé). Et le formindep n'est pas en reste en soulignant la corruption des institutions et des médecins par big pharma (ICI).


MEDICAL DOCTORS


La lecture de Lehmann et coll. est déterminante pour qui ne sait pas que les socialistes en théorie favorisent volontiers la fonction publique (n'oublions pas que les membres de la fonction publique seraient étonnés par un tel constat) en privilégiant l'hôpital (le "camembert" de leur article est classique mais toujours aussi pertinent) et en prônant le salariat pour la médecine générale (on me dit qu'une grande majorité des jeunes médecins et des jeunes doctorants en médecine générale seraient aux aussi favorables au salariat). A ce dernier propos, ajoutons ceci : les partisans du libéral (dont je suis en partie pour des raisons anti étatiques historiques) pensent que c'est parce que nous nous "tuons" à la tâche que les jeunes ne veulent plus faire de médecine générale et préfèrent le salariat mais des enquêtes chez les jeunes en général (les non médecins pour faire court) montrent que non seulement le salariat les attire mais plus encore la fonction publique...

La lecture de Lehmann et coll. est déterminante quand les auteurs se lancent dans la critique de l'économétrie à partir de formules absconces dont ils tirent la substantifique moelle et nous parlent de Lyssenko à propos de cette universitaire. Pas moins. Ils reprochent à Brigitte Dormont d'étudier les conditions socio-économiques des médecins comme une catégorie comme une autre de la population, de les mettre en comparaison et de s'interroger sur les raisons qui font qu'il y a plus de médecins dans le seizième arrondissement de Paris que dans le neuf-trois. Les études économétriques n'ont pas que des désavantages. Elles comparent. Comparaison n'est pas raison mais les médecins qui, d'un côté, ne veulent plus entendre parler de métier sacerdotal, revendiquent en même temps une légitimité différente (le soin étant différent de la construction de ponts, par exemple). Il est vrai que seuls les économistes mentent. Les médecins, tels des anges descendus du ciel, ne mentent pas sur des phénomènes majeurs de santé publique (sans se servir de formules également absconces) comme le dépistage du cancer du sein, le dépistage du cancer colo rectal ou le remboursement sans façon de nombres d'anti cancéreux hors de prix et inutiles.

La lecture de Lehmann C et coll. est passionnante quand les auteurs rapportent les propos qu'il trouve infâmants de Brigitte Dormont sur les femmes, leur façon de s'installer, leur façon de travailler, et cetera. "Les femmes, ces branleuses peu motivées qui travaillent trop peu", écrivent-ils. Je ne me lancerais pas dans une contre critique des propos prétendûment féministes des auteurs qui font preuve, en l'occurrence, d'idiots utiles en soulignant les charges de travail inhumaines de ces femmes médecins qui doivent gérer un cabinet médical libéral, faire la syndicaliste, faire l'épouse, faire la mère de famille alors que les mêmes hommes, parlons des générations précédentes pour ne froisser personne, avaient une femme secrétaire, une femme femme de ménage, une femme et cetera, et, objectivement, ont toujours un temps de travail ménager moins important que celui de leur femme/épouse/compagne quel que soit son statut. 



Ce qui manque à l'article de Lehmann et coll., c'est la perspective mondialisée de la santé que j'ai vaguement évoquée dans le tourbillon des facteurs concourant à l'état de santé. Mais, prétendre, comme ils écrivent, que "Taper sur la médecine de ville, maillon faible... une spécialisté française", c'est méconnaître la situation de l'exercice de la médecine générale dans presque tous les pays développés, même ceux pour lesquels l'argent investi dans la médecine générale est en pourcentage plus important que celui alloué aux hôpitaux et aux spécialistes d'organes... La lecture de nos cousins britanniques les éclaireraient par exemple : voir LA. Et leur montreraient que, quel que soit le système de rémunération, quel que soit le mode d'enseignement, quel que soit l'accès direct aux spécialistes d'organes, la médecine générale n'attire plus.

Enfin, ce qui manque à l'article de Lehmann et coll., ce sont les perspectives.
Voici un billet de Richard Smith, ancien directeur du BMJ, qui sonne juste et qui devrait parler aux médecins français (ICI) sur les pleureuses.


Cessons de faire les pleureuses et questionnons.

Est-il possible de supprimer les mutuelles ?
Est-il possible de faire baisser les coûts de la santé ?
Est-il plausible de moins prescrire ?
Est-il possible de dissoudre les agences gouvernementales corrompues ?
Est-il possible de mener des véritables politiques de santé publique contre big junk food, big tobacco et big alcool ?
Est-il possible de supprimer la médecine à l'acte ?
Est-il possible de salarier tous les médecins ?
Est-il possible de revoir les programmes de dépistage ou du moins les auditer sérieusement ?
Est-il possible de former plus de médecins à la médecine générale ?
Ad libitum.


Notes :

(1) (sur France Inter le discours médical est lui « tenu » directement et sans aucun complexe par big pharma) et délivre un message convenu sur les progrès ininterrompus de la médecine (ce qui, par ricochet, devrait faire réfléchir à qui, sur les chaînes du service dit public, « tient » l’histoire, la philosophie, l’art, la littérature, la sociologie – encore que l’écoute de Caroline Broué (@cbroue) aux alentours de midi renseigne sur la main mise des Fassin boys, entre autres, sur l’entreprise éhontée de déconstruction du monde au nom de l’écrasement de l’idéologie des Lumières). L'émission Le téléphone sonne du mercredi 17 juin 2015 était un résumé éloquent de la main mise de la cancérologie sur les animaux malades.

(2) DPI :
  1. Je souscris à une mutuelle (AXA) qui me permet de déduire des frais professionnels
  2. Je ne suis pas un fanatique de la médecine libérale à la française
  3. Je suis pour une transformation du paiement à l'acte vers une médecine plus centrée sur des objectifs individuels/sociétaux mais la transition me paraît complexe
  4. Je ne suis pas opposé au Tiers Payant Généralisé (voir ICI) pour des raisons idéologiques mais parce que ce n'est pas au point techniquement
  5. J'ajoute que j'étais médecin référent et que nous avons connu les avantages/inconvénients de ce TPG
(3) Le programme de 2014 (LA) comporte une session intitulée (sans rire) "Bâtir un système sanitaire  équitable : la vision des industriels".


Illustration.
Emmanuel Goldstein est un personnage d'Orwell (1984), opposant fabriqué par le régime, inspiré par Lev Davidovich Bronstein, alias Trotsky, ce qui ne manquera pas de faire froncer les sourcils des nombreux naïfs qui pensent que le trotskisme est un mouvement démocratique. Voici ce qu'en pensait Orwell in Notes on NationalismThe fact that Trotskyists are everywhere a persecuted minority, and that the accusation usually made against them, i. e. of collaborating with the Fascists, is obviously false, creates an impression that Trotskyism is intellectually and morally superior to Communism; but it is doubtful whether there is much difference.


10 commentaires:

  1. Je crois que tu as fait une analyse fouillée des derniers épisodes en date du combat de l’UFML contre l’establishment dont les membres de l’UFML regrettent au fond surtout de ne plus faire partie.
    Nous avions déjà dit que, ce qui se joue au fond, dans le combat et dans les revendications de l’UFML c’est un combat poujadiste entre les petites cliniques privées familiales et les gros groupes qui phagocytent peu à peu l’ensemble des cliniques privées. « « Pourquoi ce serait eux et pas nous ? » Tel est le questionnement récurrent et, tout le débat tourne, encore une fois autour des questions de revenus. Brigitte Dormont a-t-elle ou non raison de dire que les médecins libéraux gagnent mieux leur vie que les cadres du privé, formules à l’appui ?
    Le discours de l’UFML est encore une fois très très égocentré et corporatiste et laisse peu de place à des questionnements généraux sur le système de santé et sa capacité à répondre aux besoins de la population.
    Je suis admirative de la hargne et de la virtuosité technique déployée par l’UFML (voir video) quand il s’agit de démolir l’ennemi désigné, en l’occurrence Brigitte Dormont, mais assez dubitative sur la soif de rigueur qui s’empare d’eux alors qu’ils font eux-mêmes montre d’une mauvaise foi permanente quand il s’agit de défendre leur revendication fondamentale sur le niveau de revenus.
    Brigitte Dormont a des conflits d’intérêts ? C’est clair. Elle n’est qu’un exemple parmi des milliers d’autres et c’est un problème devenu prégnant au sein de tous les milieux académiques financés sur fonds publics quoique bien plus ancien en médecine, cela depuis que on rend les milieux académiques comptables de la « valorisation industrielle et financière » de la moindre de leurs recherches.
    L’UFML a, quant à elle, des sacrés conflits d’intérêts, dès lors qu’elle défend des positions purement corporatistes où toutes les questions essentielles, notamment, sur l’accès aux soins, sont laissées de côté en attendant des jours meilleurs. Assez logiquement puisqu’elles pourraient heurter frontalement les revendications d’absence totale de contrainte et de maximisation des revenus. Lorsque ces questions sont abordées, comme celle du tiers payant, l’exigence de rigueur se fait brusquement moins pressante et on peut se contenter de vagues propos du genre : « les médecins pratiquent déjà largement le tiers payant ». La lecture des articles de recherche m’a appris à me méfier des adjectifs et des adverbes tels que « faible » , « largement » qui ne servent presque toujours qu’à cacher la misère de l’argumentation factuelle.

    Je pense que ce déploiement de verbiage et de hargne n’est là que pour occulter les contradictions fondamentales de l’UFML dont, d’une part, beaucoup de membres doivent tout aux mutuelles sans lesquelles l’explosion des dépassements d’honoraires n’aurait pas été possible et dont ils ne souhaitent donc pas la disparition mais seulement qu’elles soient totalement inféodées à leurs besoins, sans pour autant apporter la moindre garantie en matière d ’accès ou de qualité de soins aux patients, et, d’autre part, l’exigence d’un revenu de base maximisé (on compare les revenus des médecins aux revenus des ministres, rien de moins)et garanti par l’argent public, mais libéré de toute contrainte réglementaire ou de service.

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  2. Ce qui me parait important pour que la médecine puisse perdurer c'est de souligner combien elle ne peut pas être soumise à une logique comptable. Depuis l'introduction de la tarification à l'acte (T2A),le ROSP (rendement selon les objectifs de la santé publique), le SIGAPS cotation mise en place depuis 2002 qui permet de valoriser financièrement une publication scientifique et le concours première année de médecine plus que réalisable si on est inscrit dans une école privée de préparation onéreuse, la médecine prend le pli de la rentabilité, la performance et du clientélisme.
    En ce qui concerne la médecine générale et sa formation: elle devrait être la base de TOUT MEDECIN, la spécialisation choisie dans un second temps.C'est ce qui se pratiquait jusqu'à l'avènement de l'internat classant dans le service de santé des armées. Un médecin démarrait une spécialité après avoir occupé un poste de médecine générale plusieurs années au sein des forces. Ce système permettait le renouvellement des postes d'unité et de former des spécialistes qui connaissaient le milieu en dehors de l'hôpital.

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  3. J' ai, comme toi, recoupé les déclarations incriminées de Mme Dormont avec les autres écrits (notamment de Viva) et me suis aperçu que cette dame est , effectivement...un être humain.
    et que donc comme telle, elle ne dit pas 100% de bêtises derrière ses indéniables maladresses d'expression

    De Gaulle aurait dit,alors qu 'on l' accusait de vouloir enterrer la république (en fait les partis modèle IVe) : "ils ne savent pas qu' en réalité ils sont déjà morts"
    AMTHA ce que nous nommons, en France, en 2015 "médecine libérale" n' a déjà plus de sens depuis ...oh longtemps (1928-1945-1967?).
    Ce n' est pas l' état socialiste qui a fait disparaître les petits commerces comme le craignaient les électeurs de Pierre Poujade mais la grande distribution et les émules de feu Edouard Leclerc.
    OK avec toi pour le plus gros de tes propos
    Jeep

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  4. A la lecture de ce texte, j'ai eu une illumination. Madame Dormont est une petite joueuse. Elle ne va pas au bout de sa pensée, ce que je vais faire à sa place. Je pense même que je vais apporter ma contribution à Terra Nova (gracieusement bien sur) car que ne ferais je pour le bien de l'humanité...
    Le T.P.G., le panier de soins, les contrôles des assureurs sur l'activité du généraliste,le R.O.S.P.,Sophia..., la mise au pas de cet incompétent qui n'a même pas réussi les E.C.N.,tout ça c'est de la gnognote.
    Ce qu'il faut c'est SUPPRIMER le généraliste, ce branleur incontrôlable qui a l'audace de réclamer des honoraires.
    Puisque madame Dormont met en équation la médecine générale, elle a sans doute constaté et mesuré que le S.M.R.(service médical rendu) du généraliste est lamentable (5 pour les connaisseurs))j’espère qu'elle a bien tenu compte dans ses calculs du peu d'acte technique pratiqué en médecine générale, de l'existence scandaleuse de consultations qui ne débouchent sur aucune décision ou prescription.On ne sait pas ce qui se passe dans ces consultations de médecine générale, (même si docteur 16 en raconte quelques unes de temps en temps).
    Comment voulez vous contrôler une activité aussi nébuleuse. Impossible d'y appliquer une tarification à l'activité.(T2A).
    Alors voila la solution: Foin des généralistes qui sont des nantis à rien foutre. Supprimons les et mettons à la place une solution EGALITAIRE !!!!
    Pas besoin de dépenser l'argent public pour former à grands frais des généralistes qui ne soignent presque rien.
    Les pharmaciens suffirons pour faire des vaccinations et contrôler les traitements anti coagulants. Les sages femmes s'occuperont de la Femme et de la contraception. les infirmières pourrons faire les renouvellements des traitements chroniques. (Elles auront une petite formation pour ça bien sur). Le reste, c'est à dire les vraies maladies, celles que le généraliste ne sait pas soigner puisqu'il est obligé de faire appel à de vrais médecins (les spécialistes),c'est pour les médecins sérieux qui travaillent dans les hôpitaux. Eux, au moins valent l'investissement que la nation fait pour les former.
    Voila une idée qu'elle est bonne. Tout le monde sera à la même enseigne, on paiera moins cher. Plus d'avance de frais, que du payant, tout sous contrôle des assureurs. On en aura pour son argent. Fini de se faire voler par des médecins ratés dont on ne sait pas exactement ce qu'il font...
    Chiche....

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  5. d'accord avec docdu16 et drbill sur le fond mais sur la forme: comment expliquer, si faire disparaitre ainsi le MG est voulu, que les pouvoirs publics continuent d'augmenter le numerus clausus en essayant d'y favoriser le choix de la mg ...? Du moins c'est ce que j'ai cru comprendre ces dernières années
    t lambert

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  6. Bonne remarque.
    Il ne vous aura pas échappé que, malgré cette ouverture du numerus clausus le nombre de jeunes médecins généralistes qui décident de s'installer en libéral n'augmente pas, voir diminue.
    Ces jeunes femmes et hommes s'orientent vers des carrières salariées qu'ils ressentent comme moins contraignantes.
    Les tracasseries administratives incessantes, les déserts médicaux ruraux et urbains effraient à juste titre nos jeunes.
    De plus, l'administration a inventé de nouveaux métiers pour les médecins: le contrôle de l'activité de ses confrères, par et pour l'administration. Et oui beaucoup de médecins ne voient jamais de malades et ont pour métier de mesurer l'activité des autres médecins (les médecins D.I.M. ou délégués à l'information médicale par exemple...).
    De sorte que, on peut dire que l'on favorise le choix de la médecine générale et qu'on augmente le numerus clausus pour faire preuve de sa bonne foi en étant certains que le nombre de généralistes libéraux va diminuer.
    Mais la réalité est que nos jeunes ont bien compris que la médecine générale n'a pas d'avenir. En continuant à ne pas considérer la médecine générale comme une discipline à part entière, en continuant à en faire un choix par défaut à la faculté, en continuant à mettre des bâtons dans les roues de ceux qui sont déjà installés, en continuant à leur faire comprendre qu'ils sont nuls et leur interdire de primo prescrire certains traitements...
    le métier va s'éteindre par lui même par une diminution constante du choix des jeunes pour la médecine générale libérale.
    C'est la que nos politiques vont appliquer ce que leurs penseurs des think tank leur préconisent: la fin la médecine générale libérale. Ils auront beau jeu de dire que, c'est la faute aux médecins qui n'ont plus la vocation et ne sont intéressés que par leur confort de vie et l'argent etc...blablabla...Tout cela a déjà commencé.
    Peut être qu'un jour nos jeunes confrères qui osent encore s'installer en médecine générale libérale se verront proposer des postes de contrôleurs de l'activité des gens chargés de faire un travail calibré et mal payé d'application des préconisations médicales des assureurs auprès des patients.....

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  7. A Dr Bill,
    La société dans son ensemble survalorise la technique et les actes techniques en médecine. J’en sais quelque chose, en tant que médecin PMI, qui plus est, un exercice largement féminin donc forcément déjà dévalorisé, je me trouve à peine tout juste au dessus des médecins contrôleurs dont vous parlez. Mon métier est largement basé sur le bla bla. Comprendre les patients, quelles informations et aides leur manquent pour faire au mieux, informer, dépister . Je fais peu d’actes techniques. Et pourtant j’ai une nette conscience d’être très utile à la population dont je m’occupe.
    Peu importe ; l’utilité réelle du médecin n’est pas ce qui compte ni aux yeux des médecins eux-mêmes ni aux yeux des patients, ni aux yeux des gouvernants, mais ce qui compte c’est l’importance du plateau technique, la masse d’argent mobilisée, le commerce généré et que ceux qui peuvent payer et ont de l’influence soient contents.

    Les MG sont eux-mêmes, en majorité, dans une admiration béate vis-à-vis des spécialistes et de leur haute technicité. Ils ne remettent pas en question une seconde les prescriptions des hospitaliers. A tel point que cet aspect a été totalement intégré dans les pratiques commerciales des labos, qui, lorsqu’ils veulent qu’un médicament soit prescrit par les MG en ville, commencent pas l’imposer, moyennant négociations et ristournes à l’hôpital.

    Pour tenter d’imiter à leur « petit niveau » la technicité hospitalière, les MG se précipitent sur toutes les supposées innovations, qui sont à plus de 90% des me-too, que les délégués médicaux leur présentent. A tel point que cela a été totalement intégré dans les négociations de prix entre les labos et l’administration : tout nouveau médicament sera plus prescrit par les MG qu’un plus ancien, quelle que soit sa valeur intrinsèque.

    Etre MG exige des qualités variées : esprit critique, connaissance étendue des maladies et de la psychologie humaine, qualités humaines. Un spécialiste qui a un gros plateau technique peut être un rustre, sa technicité suffit à impressionner.

    Je ne suis pas sûre que MST et le gouvernement aient un plan bien arrêté en tête en ce qui concerne les MG. MST a l’air plus perdue qu’autre chose. Ce qui la rend influençable et sensible au lobbying .

    Quant à la technique générale que vous mettez en évidence : mettre des professionnels dans l’impossibilité de faire correctement leur travail pour ensuite les accuser d’être incapables et inutiles, elle n’est pas utilisé que pour les MG. Elle est déjà largement utilisée dans le secteur public pour justifier les réductions budgétaires ou, plus exactement, la réorientation des budgets vers des activités qui génèrent des bénéfices pour le secteur privé.

    Pour que la médecine générale soit aimée et prise au sérieux il faudrait que les MG commencent pas s’aimer et se prendre au sérieux eux-mêmes.

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  8. merci à docdu16, drBill et CMT. Débat très intéressant.
    2 remarques:
    - malgré cela, je continue à vouloir faire un métier "amené à disparaitre".
    - la conclusion de CMT est fracassante !
    t lambert

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  9. Je ne cherche pas à décourager T. Lambert et lui prie d'accepter mes excuses, car en aucun cas je ne cherche à discréditer le métier de généraliste que j'exerce avec beaucoup de bonheur.
    C.M.T. a raison quand elle parle du rôle du généraliste comme outil économique alimentant un système néo libéral.
    Cependant je suis moins en accord quand elle parle de l'admiration béate de ses mêmes généralistes devant leurs collègues spécialistes hyper spécialisés instrumentalisés par l'industrie comme leader d'opinion pour vendre leur camelote.
    Le scandale des n.a.c.o. par exemple montre que ce système a des limites. Nous sommes plusieurs collègues à remettre systématiquement en questions la prescription des n.a.c.o. faites par des spécialistes.
    Les discussions que j'ai avec mes collègues montrent aussi que très souvent nous remettons en cause les prescriptions d'anticholinestérasiques dans les démences.
    par contre elle a raison quand elle dit que les MG doivent "s'aimer eux-mêmes" car à force de leur faire comprendre depuis la faculté qu'ils ne sont que de petits médecins ratés car il n'ont pas eu un bon résultat aux E.C.N. ou qu'ils manquent d'ambition car il ne font pas de spécialité, les MG finissent par croire qu'ils sont nuls.
    Quand à se prendre au sérieux, ça commence, mais un peu tard.

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  10. Bonsoir,

    Laurent Alexandre n'est pas un transhumaniste, au contraire il dénonce et appelle à un débat :
    https://www.youtube.com/watch?v=RpzZu0m-pF8
    Si l'on réfléchit à ses paroles, il n'a pas faux, la société est eugéniste. Les gens sont demandeurs d'enfants parfaits, non porteurs de maladie.
    Dans une autre vidéo, Laurent Alexandre dit même que ce sont les gays aux USA qui veulent l'utérus artificiel ! :
    https://www.youtube.com/watch?v=ZEu_WSwi4AQ

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