mardi 9 novembre 2021

L'accès direct aux professions paramédicales



Nous sommes en période de pénurie.

Jadis, dans les temps anciens, je choisissais et conseillais, pour la prescription de soins infirmiers, de séances de kinésithérapie, de bilans et de séances d'orthophonie, les professionnels de santé que je connaissais pour leurs compétences et leur professionnalisme.

Désormais, et jusqu'au 30 juin 2021, c'était : "démerdez-vous", "googlisez", "doctolibez". Pour obtenir le plus vite possible un rendez-vous.

Prenons l'exemple des kinésithérapeutes.

J'ai toujours fait confiance puisque j'étais ignorant.

Je pouvais juger de la qualité des soins sur l'évolution des pathologies, sur le soulagement des malades, sur la reprise ou non de l'activité, sur la qualité des relations humaines entre le professionnel de santé et le patient, sur la durée des séances, sur la façon dont elle se passait, sur mes préjugés sur la façon dont les séances devaient se passer, sur les préjugés des patients sur la façon dont les séances devaient se passer. Et cetera. Dont le massage, geste magique oublié qui faisait du kinésithérapeute un "bon".

Mais je n'avais aucune idée du contenu réel des soins : en raison de mon ignorance.

Puis les boxs sont apparus, puis les électrodes sont devenues le deus ex machina de l'industrie des soins kinésithérapeutiques, puis les cabinets sont devenus des salles de sport avec des machines de plus en plus sophistiquées...

Ainsi, en raison d'une médiocre formation initiale, je n'ai jamais eu aucun poids sur le contenu qualitatif des séances, sur les façons de procéder, et cetera. Il existait ainsi une relation asymétrique entre le/la kinésithérapeute et le médecin et, contrairement à toute logique, ce n'était pas le médecin qui était en haut, sauf pour le geste de la prescription.

J'ai fréquenté (professionnellement) un médecin du sport, également rééducateur, qui, non content d'être un bon professionnel, était aussi un homme blasé et désespéré par l'évolution de sa profession. L'ayant consulté il y a bien dix ans, pour un problème personnel (une sciatique hyperalgique), il m'avait conseillé avant tout de ne pas me faire opérer (une très bonne décision), de ne pas aller voir un kiné et m'avait initié à l'autokinésithérapie (qui m'avait "guéri"). 

Unus testis, nullus testis.

Quoi qu'il en soit, je m'étais documenté, et on le verra plus loin, pas aux bonnes sources, et j'avais commencé en cabinet, non seulement de donner des conseils d'autokinésithérapie mais, bien plus que des conseils, à mimer les exercices qu'il était possible de faire en insistant sur la mobilité, le mouvement, sur la récupération des masses musculaires, et cetera.

Et encore n'ai-je pas parlé des ostéopathes dont le seul fait d'écrire leur nom arrache mon enveloppe de calme et de placidité.

Entouré en mon coin d'électrothérapeutes, de dispensateurs de chaleur, de surveillants de boxs, PasTous,  de kinésithérapeutes devenus ostéopathes, j'ai fini par moins prescrire de séances de kinésithérapie et à donner de plus en plus de (mauvais, sans doute) conseils d'autokinésithérapie à des patients qui se mirent à consulter directement les kinésithérapeutes (je faisais des prescriptions a posteriori) et des ostéopathes dont je pus mesurer l'arrogance, l'ignorance, le charlatanisme, la dangerosité et la cupidité. J'ajoute, pour être juste, que les médecins ostéopathes n'ont pas plus ma sympathie et je dirais : encore moins puisqu'ils sont médecins.

Coupable d'être à la fois mauvaise langue et ignorant, je prescrivais sans passion des séances a priori et a posteriori, renouvelait, bla-bla-bla.

Puis, la fréquentation assidue de twitter me fit découvrir des professionnels de santé kinésithérapeutes qui parlaient autrement. Un de mes vieux contentieux avec la profession était, en milieu communautaire, la kinésithérapie des nourrissons pour bronchiolite. J'ai vu que certains kinésithérapeutes évoluaient.

Quoi qu'il en soit, grâce à des kinésithérapeutes de twitter, que je ne nommerais pas car ils ou elles pourraient être victimes d'attaques de la part de leurs collègues, j'ai appris.

J'ai appris sur mon métier (comment gérer et/ou prescrire/ne pas prescrire, moins prescrire d'antalgiques/antiinflammatoires, comment ne pas générer trop d'effets nocebo, comment encore moins prescrire d'examens complémentaires, comment décorréler imagerie et clinique ou clinique et imagerie, et cetera...)

Je vous conseille donc encore une fois d'écouter les podcast Le temps d'un lapin (j'ai des critiques mais pour l'instant je les garde pour moi) : ICI

Ces podcasts ont conforté certaines de mes pratiques, infirmé d'autres et sont une source inépuisable de réflexions.

Ces podcasts sont instructifs mais désespérants tant ils soulignent de façon criante l'écart, le gouffre, entre ce que j'y entends et ce que je vois.

Donc, c'était la question, oui à l'accès direct : quand les choses nous échappent, feignons de les avoir organisées.

Je ne crois pas que cela changera grand chose au contenu des séances mais comme la prescription n'y changeait rien, je fais confiance aux sociétés savantes des kinésithérapeutes pour qu'elles fassent leur boulot.

J'ajoute qu'à l'époque où l'Association des professionnels de santé du Val Fourré tenait encore des réunions, le dialogue était plus amical que professionnel...

Vous pouvez regarder ou signer (ce que je n'ai pas fait pour des raisons tellement explicites pour celles et ceux qui suivent ce blog) la pétition publiée dans un journal progressiste sur l'accès aux soins (qui me laisse rêveur) : LA.

Nous essaierons d'aborder dans d'autres épisodes l'accès aux IDE et aux orthophonistes.


lundi 25 octobre 2021

La France va mal (suite et pas fin)



Je vous avais parlé de la position peu enviable de la France concernant la consommation de tabac, d'alcool, de cannabis, de benzodiazépines et cetera : voir LA.

La grève des sages-femmes rappelle la (triste) situation de la gynécologie obstétrique en France en termes de résultats sur des données dures de santé publique. 

Sans oublier que le suivi des femmes s'est désormais complètement médicalisé et spécialisé.

Ce n'est pas de l'hospitalocentrisme, c'est du gynécologue-obstétricienno-centrisme

Avec, en France, des résultats très mitigés.

On rappelle qu'aux Pays-Bas, petit pays de 17,4 millions d'habitants connu pour son appartenance au tiers-monde, une femme sur six accouche à la maison (en France : 99 % à l'hôpital). Avec un taux de mortalité infantile de 3,46 pour 1000 naissances (contre 3,8 pour la France) et un taux de mortalité maternelle de 4 pour 100 000 naissances vivantes.

Quelques données sur les sages-femmes (ICI) : 

141 SF pour 100 000 femmes en âge de procréer.



Nbre de gynbos en activité : 5489 en 2020 (LA) : 



Comparaisons internationales


Quelques données supplémentaires sur les SF libérales avec des comparaisons avec d'autres pays : 

Répartition public/privé (LA) (Lena Blanchard) de 2016


Intéressons-nous à quelques indicateurs de santé publique.

La mortalité infantile

La France est à la dix-neuvième place sur les 27 pays de l'Union européenne pour la mortalité infantile (voir ICI) : 3,8 décès pour 1000 naissances (moyenne : 3,4). 

Evolution de la place de la France entre 1999 et 2009 : 


PS du 01/03/2022 : Augmentation significative de la mortalité infantile en France selon l'INSERM : LA et surtout ICI.

La mortalité maternelle en couche

La France est à la vingtième place sur les 27 pays de l'Union européenne pour la mortalité en couches (voir LA) : 4 pour 100 000 naissances. Mais pour index lundi à la seizième (LA)


Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes vu le faible nombre de cas.

Le nombre de naissances prématurées 

La France est dixième !


Encore : 

La France est "bien placée" dans le pire pour le tabagisme pendant la grossesse et pour le nombre de mort subites du nourrisson.



Le nombre d'IVG

232 000 IVG en France en 2019, soit le taux le plus élevé depuis 30 ans. Voir LA

La France est au quatrième rang en Europe pour le nombre d'IVG (ratio pour 1000 femmes en âge de procréer) , et au troisième si on enlève la Russie... (voir LA)



Nous ne parlerons pas : 

Du problème de la contraception très pilulo-centrée.

Du nombre insuffisant de femmes qui pratiquent régulièrement le frottis du col utérin tous les 3 ans et les pratiques non recommandables des professionnels de santé dans ce domaine, c'est à dire le nombre de femmes qui pratiquent trop régulièrement les frottis du col utérin.

Du manque d'information des femmes sur le dépistage organisé du cancer du sein

Du nombre de mammographies sauvages (hors recommandations)

Du sur diagnostic et le sur traitement des 1) lésions du col utérin, 2) des lésions mammaires et du cancer in situ.

J'en oublie ? 

La France a médicalisé la procréation, je n'ai pas dit sur médicalisé, depuis la préconception jusqu'au post partum long (en oubliant les points cruciaux), avec des résultats lamentables...


lundi 27 septembre 2021

Le monde d'après ressemble au monde d'avant.



Les faiseurs de miracles nous avaient annoncé que l'après Covid ne serait plus jamais comme l'avant sur le plan de la science médicale et de la réglementation pharmaceutique !

Ce serait mieux après.

Bah, ce n'est pas si simple...

L'histoire ne se répète pas, dit-on, elle bégaie.

Les vaccins chez les enfants.

On apprend par le laboratoire Pfizer, un communiqué de presse, que le vaccin anti Covid Pfizer est efficace et sûr pour les enfants âgés de 5 à 11 ans.

Nous n'avons pas encore les données (pas plus d'ailleurs au moment où j'écris que les journaux médicaux ou les agences gouvernementales d'évaluation) sur cette étude.

Le ministère australien de la santé, la main sur la couture du pantalon, nous annonce qu'il se tient prêt.

Le ministère israélien de la Santé enclenche la vaccination chez les enfants de 5 à 11 ans (il n'a pas plus de données ou alors, c'est secret défense).

Maryanne Demasi, ICI, sur son excellent blog nous apprend : 

  1. Que le vaccin a été testé sur des enfants "sains", c'est à dire sans facteurs de risques, sans maladies nécessitant la prescription au long cours d'immunosuppresseurs ou de corticoïdes...
  2. Qu'il n'y a pas assez de sujets pour détecter un effet indésirable rare
  3. Que le critère principal de l'essai est un critère de substitution (non clinique)
  4. Et que, le vaccin va être administré chez des enfants à risques dont ceux traités par immunosuppresseurs et corticoïdes

Les masques chez les enfants aux US (et accessoirement en France).

L'épisode du Bangladesh

Sur la foi d'une étude contrôlée (trois bras) menée au Bangladesh en milieu rural sans vaccination et sans immunité naturelle chez des adultes il est démontré que le port d'un masque chirurgical est efficace pour diminuer la transmission du Covid symptomatique et que le port d'un masque en tissu est inefficace (transmission identique au bras contrôle).

Et pourtant, comme rappelé par Vinay Prasad LA, les autorités recommandent le port du masque chirurgical à l'école, notamment à San Francisco (mais ailleurs aux US), dans des zones où les taux de vaccination sont très élevés et où il existe probablement une forte immunité naturelle en précisant : il vaut mieux être masqué", quel que soit le masque (i.e. en tissu). Tout est faux dans l'affaire.

Par ailleurs, je ne peux résister à l'envie de publier un texte critique sur l'étude menée au Bangladesh qui rend le commentaire de Vinay Prasad moins crédible mais qui rend les mesures de masquage des enfants encore plus infondées : LA.

Mais l'affaire ne s'arrête pas là. 

Les deux études américaines.

Deux essais menés aux US et menés (et vantés) par le CDC, agence officielle étasunienne, sont parus.
Leurs auteurs affirment qu'ils démontrent l'utilité du masque en milieu scolaire sur la diminution de la diffusion du virus du covid (et la diminution du nombre de clusters).

Les voici : 

CDC’s Maricopa and Pima County Study : LA
et
Pediatric cases in counties with or without mask requirements : ICI

Les critiques de Vinay Prasad sont cinglantes : ICI.

Signalons aussi que les thuriféraires français des 2 études précitées n'ont pas bougé d'un poil, n'ont pas émis le moindre doute sur la validité des études et n'ont pas répondu aux objections de Vinay Prasad (ce qui est quand même la moindre des choses quand, scientifiquement, on n'est pas d'accord avec quelqu'un).

Vacciner ceux qui ont déjà fait le Covid

En France, comme aux US, on n'a pas molli.

Voici une capture d'écran concernant la réponse du fameux Fauci à la question : faut-il vacciner les infectés ?


Bon, c'est tout pour aujourd'hui.





mercredi 22 septembre 2021

Covid : la revanche de l'hygiène et le retour des hygiénistes.



La pandémie de Covid est une expérience moderne tout à fait impressionnante : il sera peut-être un jour possible de déterminer ce qui a le plus influencé son passage de la pandémicité à l'endémicité. Les facteurs de déclin d'une pandémie sans traitement curatif sont multiples : l'écoulement du temps (la peste qui a dévasté Marseille plusieurs fois dans l'histoire en tuant à chaque fois entre 40 et 50 % de la population en 1720 a fini par disparaître sans traitements, sans hypothèses physiopathologiques, sans médecins mais avec la quarantaine), les mesures politiques (le confinement), les pratiques médicales (la prise en charge des patients en réanimation), la santé publique (le dépistage, l'isolement, la recherche de clusters), l'hygiène en général (les mesures barrières) et la vaccination.

La pandémie de covid nous aura rappelé que la politique et l'hygiène avaient un avenir en médecine.

Mais l'hygiène en médecine a surtout un passé.

Pour ne pas polémiquer inutilement et ne pas (les temps sont durs pour une réflexion sereine) m'attirer un veto a priori, je ne parlerai pas des interactions entre l'hygiène et la vaccination mais entre l'hygiène et les antibiotiques (sujet que j'ai déjà abordé ICI).

L'exemple du rhumatisme articulaire aigu, du streptocoque et de la pénicilline.

L'hygiène, les progrès de l'hygiène, n'ont pas fait disparaître le RAA. Les antibiotiques : oui.

Mais les effets de l'hygiène n'ont pas été modestes et une remontée dans le temps est nécessaire.

La perspective épidémiologique historique peut être occultée comme ici dans cette figure en initiant la courbe de mortalité due au RAA à l'année 1930 : 




ou non occultée en prenant plus de recul comme dans cette figure où les courbes danoises commencent en 1860 (et la lecture des chiffres rapportés par Thomas McKeown (ICI) pourrait permettre de remonter encore plus loin : 




Peut-on espérer que la vaccination seule permettra l'éradication du Covid sur la planète tout entière ?

Sans doute non. La pandémie va devenir une affection endémique.


L'hygiène dans la gestion du Covid

Avant la mise à disposition du vaccin, c'est le principe hygiénique de prévention qui a prévalu avec zéro preuves tangibles de l'efficacité des mesures sur des critères robustes comme la mortalité :

  1. Nettoyage obsessionnel des surfaces à l'intérieur comme à l'extérieur avec photographies ad hoc de rues inondées de désinfectants, avec le conseil de passer les "courses" à l'eau de javel en revenant du supermarché et autres mesures qui, malheureusement, n'ont pas encore été toutes et partout abandonnées... Sans parler des tenues de cosmonautes en consultation...
  2. Mise en avant du manuportage et du lavage des mains au savon mais surtout avec du soluté hydro-alcoolique : il y a des tutoriels pour se laver les mains (comme si la personne qui allait chercher son courrier dans sa boîte aux lettres entrait en salle d'opération), des conseils pour avoir du SHA en ambulatoire... et des messages contradictoires sur le port de gants : oui, non, peut-être, parfois, mais... Pas de gants !
  3. Mise en avant de la contamination par projection avec bien entendu la distanciation sociale, le port du masque (cf. infra) mais aussi la mise en place de parois en plexiglass (au mieux) dans les boutiques, les écoles, les lieux clos, sans preuves robustes d'efficacité mais ensuite, toujours sans preuves robustes d'inefficacité, retour en arrière : ce serait dangereux. 
  4. Mise en avant de la distanciation sociale et du port du masque : en extérieur en général (certains intimaient de porter le masque en faisant de la course à pied), en extérieur en zones denses (critère flou), en extérieur partout, en extérieur sur les plages (il y avait des préfets fous) en intimant des distances non fondées sur des preuves solides (cela variait selon les pays entre 1 et 2 mètres, car Mesdames et Messieurs, le coronavirus national n'avait pas la même virulence... Distanciation sociale à l'intérieur, dans les boutiques, détermination de jauges (aucune preuve robuste bien entendu).
  5. Mise en avant du port du masque. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Cela ne dépendait pas chers crétines et crétins de concitoyennes et de concitoyens de l'efficacité du port du masque  (et de quel type de masque: tissu, chirurgical ou FFP2) fondé sur des critères robustes mais de l'état des stocks desdits masques et de leur disponibilité. Passons sur quel masque utiliser et comment la gestion de la pénurie dans les hôpitaux a fait fi de toute considération scientifique, les hygiénistes étaient sans doute aux abonnés absents, les professionnels de santé les plus exposés étant parmi les moins protégés, quant au vulgum pecus, la citoyenne lambda, on lui intimait de porter un masque quand il n'y en avait pas et c'était jamais le bon.
  6. Mise en avant (tardive) de la contamination par aérosolisation (notion connue depuis la nuit des temps par les hygiénistes, les épidémiologistes, les virologues, les infectiologues, et autres médecins mais qui avait été oubliée pour des raisons assez incompréhensibles). Il devenait urgent d'ouvrir les fenêtres d'aérer...
  7. J'ai oublié quelque chose ?


Puis la vaccination est arrivée. Avec la rapidité de l'éclair.

Nous avons donc quitté l'hygiène pour entrer dans la médecine. La médecine qui avait déjà pointé son nez avec les tests de dépistage.

Nous n'avons pas parlé non plus des mesures politiques que sont les différents types de confinement et le moment où ils ont été mis en place, la fermeture des écoles (ou non), le télétravail... Mais surtout : les mesures de dépistage, de traçage, d'isolement avec leurs différents degrés et leurs différentes modalités d'application.


De la vaccinolâtrie à l'hygiénisme

L'extraordinaire efficacité annoncée des différents vaccins a rendu fous les vaccinolâtres. 

Puis le déclin progressif de cette efficacité en situation réelle, et il faut souligner aujourd'hui pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté dans mes propos qu'il est vraisemblable que les vaccins anti covid sont un apport déterminant pour rendre cette pandémie endémique (cf. supra), et en tenant compte des variants (la notion de vaccination efficace quel que soit le vaccin a volé en éclats) a rendu les vaccinolâtres partisans inconditionnels de l'hygiène.

La diminution de l'efficacité des vaccins en situation réelle et le fait que les vaccinolâtres se rendent compte, sauf quelques terroristes, qu'il ne sera sans doute pas possible de vacciner tout le monde dès la sortie de la maternité et jusqu'à la fin de vie en EHPAD, avec un rappel tous les ans, voire deux, pour de simples raisons logistiques et pour cause d'effets indésirables chez les plus jeunes, les ont convaincus que pour valider l'efficacité des vaccins il fallait mettre le paquet sur l'hygiène.

Les vaccinolâtres prétendaient que l'hygiène n'avait eu aucun rôle sur la diminution considérable de la morbimortalité des maladies infectieuses depuis, disons, le début du vingtième siècle, en raison de l'efficacité absolue de LA vaccination, sont devenus des hygiénistes. Et des hygiénistes enragés comme seuls les convertis en sont capables. 

Ils sont passés brutalement, et comme seuls les convertis en sont capables, de vaccinolâtres à hygiénistes bon teint.

Et comme tous les hygiénistes : ils valident la morale comme argument d'autorité.

Si la vaccination ne marche pas assez bien c'est parce que : on porte mal le masque (cela me rappelle quelque chose), pas le bon masque, pas au bon endroit... et ad libitum...

Cet hygiénisme triomphant s'accompagne d'un activisme politique débordant : contrôles des populations, contrôles des lieux d'éducation, contrôles des professionnels de santé, contrôles des EHPAD, contrôles du CO2, et cetera. 

Et comme tous les hygiénistes, la fabrique de la peur n'est jamais loin.

Si vous ne faites pas ceci ou cela vous allez mourir.

Et l'insulte sociale : achetez des masques, pas des écrans plats.

Et l'insulte intellectuelle : les pauci-neuronaux qui ne portent pas bien leur masque et/ou qui ne se vaccinent pas.

Sans oublier la délirante proposition du zéro-covid dans un contexte mondialisé.

L'hygiène : oui.

L'hygiénisme : non.




mardi 24 août 2021

Air Médecine


Joe Cocker

L'Air Médecine est à l'origine une expression ironique employée par certains médecins sur les réseaux sociaux à l'égard des non médecins qui les critiquent sur leur façon de pratiquer la médecine (éthique et soins). 

L'idée est la suivante : seuls les médecins, parce qu'ils ont fait de longues études, sont capables de comprendre les maladies, de les traiter et de gérer leurs comportements à l'égard des patients qui les consultent.

Cela est tout à fait faux.

Voici ce qu'entre autres j'avais écrit sur le sujet en septembre 2016 : LA.

Certains médecins, par compétence, par corporatisme, par arrogance, par sentiment de faire partie de l'élite et par d'autres raisons que je vous laisse imaginer dont économiques ne sont pas réceptifs à la critique profane.

Cette rigidité est sans doute liée au sentiment que leur pouvoir (le pouvoir médical) s'est amenuisé au fil du temps. 

Par rapport aux patients : le fait que la pratique de l'Evidence Based Medicine inclut "les valeurs et les préférences des patients" n'est pas passé. La décision partagée, c'est à dire pour résumer, le choix des soins à pratiquer (et aussi, ne l'oublions pas, à ne pas pratiquer) après que la présentation des différentes possibilités a été proposée par le soignant n'est pas entré dans les moeurs. 

Par rapport aux administratifs : certains médecins pensent que les hôpitaux et toutes les structures de soin en général "allaient mieux avant" quand les médecins étaient aux commandes. 


La pandémie de Covid a montré de façon éclatante que les études de médecine, courtes, moyennes ou longues ne rendaient pas les médecins intelligents et "scientifiques". Que de pauvres médecins généralistes, je veux dire pauvres en esprit, puissent réaliser des études bidons sur les bienfaits en préventif de l'azithromycine, de la prednisone et/ou de l'HCQ et/ou des anticoagulants, passe encore, mais que de grands professeurs issus du sérail puissent se fourvoyer dans leurs services (et là soulignons encore le poison du corporatisme qui fait qu'aucune enquête ne sera faite, qu'aucune sanction ne sera prise, qu'aucun changement dans le processus de commandement ne sera entamé) et sur les réseaux sociaux et sur les écrans en racontant tout et n'importe quoi. Pas tant comme de vulgaires administratifs ou de vulgaires patients ou de vulgaires citoyens, mais comme des médecins se prétendant des scientifiques et alignant les contre-vérités avec un aplomb étonnant et un manque d'esprit autocritique désespérant. 

Et ainsi, le paradoxe de cette affaire est le suivant : la pandémie covidienne a montré que l'Air Médecine s'appliquait aussi et surtout aux médecins, soit qui ne "voient" jamais de malades, soit qui en "voient" pour d'autres raisons que la spécialité dont ils sont spécialistes. On a vu des épidémiologistes parler de démographie, des démographes parler d'épidémiologie, des infectiologues parler de statistiques, de statisticiens parler d'infectiologie, d'urgentistes parler de pré hospitalier, de pré hospitaliers parler d'urgences, et cetera. De médecins parler de politique, de politiques médecins parler de médecine.

Cette pandémie aura été un naufrage pour la communication médicale à la fois grand public (proposer des mesures de santé publique fondées sur du vent, revenir sur ces mesures à partir de vent, expérimenter sans faire d'essais contrôlés, tirer des conclusions sur un coin de table, affoler les populations, les rassurer à tort, mentir encore, stigmatiser les citoyens, les traiter de débiles) et à destination de la communauté médicale (publications pourries, études pourries, communiqués pourris).

Tristounet.

Et je vous parie un dollar contre un hôpital chinois flambant neuf construit en huit jours que le monde d'après sera identique.



jeudi 3 juin 2021

La France va mal.




Il fut un temps, et il y a encore des gens qui le pensent, où les Français.es (surtout les médecins et les médecines) prétendaient que notre pays avait le meilleur système de santé du monde.

Prenons un angle particulier, celui des conduites à risque.

Restons en Europe.

Nous, les Français sommes des champions.

Numéro 1 pour le cannabis.

Numéro 2 pour la consommation d'alcool et de benzodiazépines.

Numéro 3 pour le tabac.

On voit donc que la politique de répression contre le cannabis ne fonctionne pas.

Et les addictologues, les politiciens, les sociologues, en majorité désormais, prônent la libéralisation du cannabis comme solution au fait que les Français sont ses premiers consommateurs tout en promouvant le cannabis thérapeutique dont le niveau de preuve des essais cliniques est celui de l'homéopathie.

On voit qu'en France on est tout aussi capable d'être dans le peloton de tête en réprimant (cannabis), en favorisant (alcool), en faisant semblant d'agir (tabagisme) et en remboursant (benzodiazépines).

(il est vrai que j'aurais pu étendre mon propos en parlant du taux de suicide en général, du taux de suicide des adolescents en particulier, de l'utilisation des antidépresseurs...)

J'oubliais : 16,2 % des femmes françaises enceintes fumaient au troisième trimestre.

Rajoutons ceci : la France est le premier pays européen pour le nombre d'accidents du travail mortels (3,5 pour 100 000 travailleurs), ce qui est le double de la moyenne européenne (1,7).




Quelles conclusions en tirer ?

La France va mal.

La France va mal.

La France va mal.

Et, comme dit l'autre, ce n'est pas faute de dépenser un pognon de dingue.

La France est encore sur le podium : nous sommes les numéros 1 en termes de pourcentage du PIB consacré à la santé (11,3 %), devant l'Allemagne (11,25), la Suède (11), l'Autriche (10,4), la Belgique (10,3), le Danemark et les Pays-Bas (10,1).

Tout ça pour ça ?

En cette exceptionnelle période de Covid où le seul point de vue pertinent actuel est celui du degré d'engorgement des services de réanimation (et il est clair que ce sont les services de réanimation qui "sauvent des vies", mais il n'y a pas que les personnels des services de réanimation qui souffrent), accessoirement le nombre de morts, mais les médecins, les syndicalistes, les politiques, exigent, demandent encore plus de moyens pour l'hôpital.

Or, là encore, la France est en pointe : un rapport de la Drees (ICI) indique : "La France est le pays de l’OCDE qui dépense la part la plus importante de son PIB pour les soins courants à l’hôpital (3,5%)" Il faut néanmoins relativiser cette notion et la mettre en parallèle avec le niveau de vie par habitant et les "performances" des indicateurs de santé publique. Par exemple le Luxembourg, très riche, consacre une faible part de son PIB aux soins courants à l'hôpital.

Plus d'argent pour l'hôpital.

Plus d'argent pour l'hôpital.

Plus d'argent pour l'hôpital.

Les dépenses hospitalières continuent d'augmenter en France plus que le PIB.

Les dépenses allouées à la ville représentent 25 % des dépenses de santé en France (LA). Ce qui est faible comparé à d'autres pays.

Quelques conclusions simples :

  1. La France est à la traîne pour la prévention et pour l'éducation sur les conduites à risques. Pourquoi ? Faute de moyens ? Sans doute. Manque de volonté politique ? Sans doute. Poids historique et culturel des lobbyes ? Pas faux. Que faire ?
  2. La France dépense plus que ses voisins pour l'hôpital. Les médecins demandent plus d'argent. Mais refusent toute réforme. Les hospitaliers demandent plus d'argent et affirment : faites-nous confiance. Les médecins libéraux de ville demandent plus d'argent et affirment : faites-nous confiance.
  3. La France, se voilant la face derrière l'excellence supposée de son système de santé où l'on peut croiser Didier Raoult ou Christian Perronne, où l'université promeut ici ou là l'homéopathie, où des pratiques non fondées sur les preuves comme l'ostéopathie, la psychanalyse, les cures thermales ou les dépistages organisés des cancers (c'est pour provoquer !) sont non seulement tolérées mais promues, oublie que les conditions de vie en général, le niveau socio-économique, le type de profession, sont des facteurs déterminants de la santé. L'exemple du Covid est incroyable : plus les personnes sont nées à l'étranger et plus elles meurent du Covid !
  4. N'oublions pas cependant que la France, par certains côtés, est un pays de cocagne, vous pouvez aller voir plusieurs médecins dans la même journée, vous pouvez vous faire tester gratuitement pour le Covid tous les jours sans aucun contrôle, vous pouvez fréquenter les urgences pour une angine, vous pouvez, sans facteurs de risque, être remboursés pour un PSA annuel, un frottis du col utérin annuel, une mammographie dès 40 ans, et cetera.

La tolérance française à l'égard de la prévention des morts évitables est surprenante.

Pourquoi ne pas s'interroger ?

La suite ICI


jeudi 6 mai 2021

Un article fondamental que l'on pourrait renommer : l'innumérisme pour enfumer.



Cet article sur l'innumérisme en médecine (et je dois avouer que je ne connaissais pas le terme tout en connaissant son contenu) est d'une extrême pertinence.

Je vous laisse le lire tranquillement : ICI.

Que dit l'auteur ?

  1. Que les notions de base en statistique médicale ne sont pas (toujours) connues ou comprises ou intégrées par la société civile (si l'on exclut a priori les mathématiciens, les statisticiens, les bio statisticiens et les chercheurs en général qui devraient savoir et, bien entendu, ... les patientes et les patients...) et pas plus par les professionnels de santé (en sachant que la notion de professionnels de santé est, par ces temps de vaccination contre la Covid, très extensible et qu'il faudrait vérifier dans chacune des professions si les notions de base citées dans l'article sont enseignées, et combien de temps, et surtout utilisées en pratique). 
  2. Ces notions de base sont en effet fondamentales pour prendre des décisions partagées avec les patients (précisons ici que la démarche de prise de décision partagée n'est pas consensuelle chez les professionnels de santé). Il est nécessaire que le praticien soit au courant, en lisant un article de recherche, en lisant un point de vue, un avis, en tentant de suivre des recommandations, sur une thérapeutique ou sur une procédure, de cerner ce qui est en jeu dans le cadre des données actuelles de la science. Comment fournir des données à un patient quand on ne connaît pas les données de base ?
  3. L'information des patients passe par une présentation claire des données et des choix qui s'offrent au professionnel de santé et au patient. Pourquoi les autorités de santé, les auteurs d'article, les communiqués de presse, les articles dans les journaux médicaux ou grand public, n'utilisent pas ces données de base et ne les vulgarisent-elles pas pour que le moment du choix soit facilité ? Notamment en médecine générale.
  4. L'exemple de la façon dont les autorités, les agences gouvernementales, la Direction Générale de la Santé, les ministres, communiquent sur les vaccins contre la Covid montre combien l'innumérisme est répandu dans les instances décisionnelles.
  5. Il faut donc que les autorités aident les médecins praticiens et les professionnels de santé qui vaccinent en fournissant des informations validées et statistiquement pertinentes.
Qui pourrait dire le contraire ?

Je rajoute ceci : 
  1. Ces données statistiques de base doivent non seulement être enseignées (et elles le sont) à un moment du cursus de formation mais utilisées chaque fois que c'est nécessaire dans tout le cours de l'enseignement et dans les différentes spécialités. Ce doit être un réflexe pour les enseignants à la fois dans les cours, les travaux dirigés ou au lit du malade.
  2. Ces données statistiques de base sont inhérentes à la pratique médicale et sont la première démarche à adopter quand un praticien (ou une praticienne) s'adresse à une personne qui vient chercher du soin.
  3. Ces données statistiques de base doivent être utilisées chaque fois qu'un médecin (ou une médecine), raisonne, écrit un article, un commentaire, s'adresse à ses pairs ou à des patients ou à des citoyens, recueille un consentement pour initier un traitement ou une procédure ou pour ne pas initier un traitement, une procédure, afin que, plus jamais (sauf exceptions confirmant la règle) il soit possible de présenter des résultats (abstract, article en pré print et a fortiori publié) en ne parlant que de risque relatif sans aborder les souvent déprimants risques absolus, par exemple. Que plus jamais des séances de formation médicale continue esquivent ces données de base. 
  4. Benoit Soulié n'a pas abordé ce point : l'innumérisme est sans doute une volonté délibérée de garder le pouvoir des chiffres et cet innumérisme est trop souvent feint dans le but de généraliser des procédures qui n'ont pas fait la preuve de leur efficacité.
  5. Si les autorités ne proposent pas des données claires en mettant en avant le risque absolu vs le risque relatif, en comparant la réduction du risque absolu et du risque relatif, ou ne ne citant pas le nombre de malades à traiter, ce n'est pas par innumérisme mais par malhonnêteté.
  6. Car les agences gouvernementales, pour l'obtention de nouvelles AMM par exemple, ne s'occupent pas du risque absolu, elles s'occupent du risque relatif sur des critères de substitution pour permettre une commercialisation (parfois accélérée) de molécules qui n'ont pas fait la preuve réelle de leur efficacité.
  7. Ainsi, l'innumérisme supposé des chercheurs qui publient des études pour faire de argent, du buzz, de l'auto promotion ou pour d'autres raisons que mon esprit pur et naïf ne peut même pas imaginer, est-il un écran de fumée (il serait quand même étonnant, non, je ne suis pas moqueur, qu'un grand professeur de médecine ne sache pas ces données de base). Quand on lit dans de grandes revues internationalement reconnues : réduction de 50 % de la survenue d'un infarctus du myocarde, d'une verrue plantaire ou d'une exacerbation de bronchite chronique...
  8. Benoit Soulié demande des données robustes, des infographies claires, des données complètes, mais il oublie que cet enfumage des données fournies par les industriels, les agences, les Leaders d'opinion, les médecins twitter (une étude a montré que les médecins twitter qui disaient du bien des produits sur twitter avaient des liens d'intérêts avec les firmes commercialisant les-dits produits), les communiqués de presse, les visiteurs médicaux, est voulue.
  9. L'exemple des vaccins anti Covid est pertinent : les "informations" fournies ici et là sont d'une extrême imprécision : efficacité vs efficience, critères absolus vs critères intermédiaires, études prospectives vs études rétrospectives, études randomisées vs études de cohorte, et cetera. Sans oublier un détail : la comparaison des systèmes de santé.
Donc, article essentiel.

(J'ai utilisé une image sortie d'ICI)

PS. Un article de 2010 que je n'avais pas lu : LAMisleading communication of risk. Editors should enfforce trransparent rreporting in abstrracts.

PS du 29 novembre 2021 : un article de Luc Périnaud : LA

Editors should enforce transparent reporting in abstracts