mardi 30 août 2022

Espérance de vie. Histoire de santé publique sans consultation. 7

Vanité (Giovanni Francesco Barbieri dit Guerchin. 1591 - 1666) 


Je rencontre Monsieur A, 84 ans, et lui demande innocemment comment il va.

Ce n'est certes pas une question à poser à un homme de son âge, âge qu'il ne fait pas, comme on dit, mais je lui ai posé la même question il y a un mois et il m'a dit qu'il pétait le feu (sic), je n'ai donc pas fait attention et j'ai parlé de façon automatique.

Sa réponse m'a ouvert des horizons.

L'espérance de vie d'un homme de 82 ans est de six ans et neufs mois selon les professionnels du viager. Signalons que l'espérance de vie d'un homme de 82 ans entrant en EHPAD est plutôt de 2 à 3 ans selon le sexe, l'âge et le motif d'admission.

Il m'explique, nous sommes à la sortie de "ma" boucherie sous les halles de Versailles (il y a un macaron où est écrit "Fournisseur officiel de docdu16" avec mes armoiries et mes quartiers de roture), qu'on vient de lui diagnostiquer un cancer.

Il paraît frais comme un gardon.

Je sens qu'il n'a pas envie d'en dire plus.

"Comment vous sentez-vous ?
- Normal. Sauf que je dois prendre des médicaments... et qu'ensuite il y aura de la radiothérapie...
- Ah..."

Et là, tout d'un coup, il sort de la poche de sa veste une ordonnance.
"Vous qui êtes médecin, vous devez savoir de quoi il s'agit."

Oui, je sais, c'est un cancer de la prostate, mais je ne dis rien, je le garde pour moi.

Bla-bla.

Il a renoncé à aller voir ses petits-enfants dans le sud parce qu'il était urgent de commencer le traitement.

Je le rassure, je lui parle du temps qu'il fait (chaud).

What else ?



dimanche 28 août 2022

Bilan médical du lundi vingt-deux août au dimanche vingt-huit août 2022. C'est (toujours) les vacances : no comments

 

Comment faites-vous pour que vos enfants lisent des livres ?

Visiteur médical et Médecin généraliste

L'hommage du New-Yorker à Sempé qui a 113 fois fait la une entre 1978 et 2018




Via @SBurtey : L'aspirine n'est pas un bon traitement pour prévenir la maladie thromboembolique veineuse après une chir ortho. On reste à l'hbpm.

Nirmatrelvir Use and Severe Covid-19 Outcomes during the Omicron Surge


ICI : Pas d'effets chez les adultes entre 40 et 65 ans. Bénéfice après mais sans NNT indiqué : 500 000 dollars pour éviter 1 hospitalisation (étude rétrospective cas-témoin)



Crédit : J... Green


Causes de mort contribuant au changement de l'espérance de vie chez les hommes états-uniens entre 2010 et 2020


Bientôt le cannabis ?

Les études in vitro (ou ex vivo) ne remplaceront jamais les essais randomisés.


La prise matutinale vs vespérale des anti-hypertenseurs ne modifie pas la survenue d'événements cardio-vasculaires à 5 ans 


Via @FZores : Dans l'insuffisance cardiaque ischémique avec FEVG<35% la revascularisation la plus complète possible par angioplastie ne fait pas mieux que le traitement pharmaco optimal



Via @RPanh : Edvard Munch : Self-Portrait with the Spanish Flu 1919



Et le feuilleton Doctolib continue.

dimanche 21 août 2022

Bilan médical du lundi quinze août au dimanche vingt-et-un août 2022. C'est les vacances : no comments

Sempé (1932 - 2022)

 
Demander à des hommes gays d'être prudents n'est pas de l'homophobie.
ICI


Un monde parfait...



Délire hygiéniste...



Colloque sur la procrastination 
18 heures
Reporté




La faillite de la recherche : pas d'essais randomisés
LA


Ceux qui ne seraient pas vaccinés devraient être confinés... et par ailleurs ne devraient pas avoir droit et accès à l'assurance chômage... Quand on fait prendre de tels risques à la société on doit en payer le prix"




US : le nombre de morts liées à la prescription d'opiacés


Le PDG de Pfizer : je suis positif au Covid 19, j'ai reçu 4 doses de Comirnaty et je me sens bien en  souffrant de symptômes légers. Je me suis isolé et j'ai commencé à prendre Paxlovid.
 


Un contrôle glycérique très strict vs strict chez les femmes enceintes ne modifie pas le poids de l'enfant à la naissance.







Pour notre entreprise (pharmaceutique) cette question soulève à la fois un gros problème éthique et un gros problème économique. Si personne n'y voit d'objection, passons directement au problème économique. (via Dominique Dupagne)



mercredi 10 août 2022

Virons-les ! A propos d'une expérience en maternité. Allégorie et deuxième degré.

La moulinette du génial Jean-Christophe Averty (1928 - 2017)

Dr Yellokoum 🦁🤱🏼🍄 raconte sur twitter son expérience de la maternité.

Ce n'est pas piqué des hannetons.

Voir ICI.

Tout y passe : 

Frein de la langue (du bébé) qui empêche la tétée.

Torticolis (du bébé), tout le monde le dit.

Prise en charge par une psychométricienne proposée par l'interne (femme)de pédiatrie.

Ostéopathie pour le bassin du bébé avec cette phrase hors-sol : " Vous pouvez aller chez untel, il ne touche pas, il travaille en surface." 

Rebelote pour le frein. La pédiatre insiste "Si on le fait maintenant, on le fait comme ça. Si c'est plus tard, c'est ORL ou stomato et sous anesthésie générale"

La pédiatre : "Y a pas de torticolis"

La sage-femme conseille l'ostéopathie pour la maman.

La sage-femme libérale conseille l'ostéopathie parce que bébé "s'étire en diagonale"

Un détail : la maternité est de niveau 3 en CHU !

Ouah !

(Je n'ajoute pas, vous connaissez mon manque de confraternité, que le médecin généraliste de notre pharmacienne n'était pas tombé dans le piège du frein)

A mon (humble) avis il y a dans cette "prise en charge" un résumé succinct que rien ne va en médecine, je dis résumé succinct mais je devrais écrire une goutte d'eau dans l'océan de khonneries qui a envahi la santé.

La médecine remonte le temps où il y avait plus de bébés qui naissaient les jours de pleine lune, où la façon de "porter" un bébé indiquait le sexe de l'enfant à venir, où écouter du hard-rock ou du classique pendant la grossesse influençait le caractère de l'enfant, et cetera.

Voici revenu le temps des ténèbres.

Mais, plus précisément, la médicalisation de la santé, le règne du zéro défaut, le culte de l'enfant parfait, le mythe de la bonne mère, la normalisation de la vie des personnes non malades comme celle des personnes malades, sans compter celles qui ne le sont pas et qui pourraient le devenir, sont des facteurs d'anxiété majeurs.

On parle des soignants que l'on a éliminés des soins parce qu'iels ne voulaient pas se faire vacciner.

Je pense qu'il faudrait virer les enseignant.es qui parlent d'ostéopathie bénéfique dans leurs cours aux étudiants en médecine comme aux élèves infirmières, aux futurs kinésithérapeutes, aux apprenties sages-femmes ou aux puéricultrices.

Je pense qu'il faudrait virer les soignant.es qui établissent des diagnostics erronés pour des maladies qui n'existent pas et sans examiner les personnes, qui parlent à J1 de couper un frein de langue, qui proposent à J1 de l'ostéopathie à un bébé, qui parlent d'ostéopathie pour une femme qui vient d'accoucher.

Virons-les !

Une analyse plus fine de tout cela, et la lecture des commentaires sur twitter à propos de l'expérience de notre pharmacienne est vertigineuse, permettrait sans doute de revenir à des fondamentaux du soin. Et de la médecine. Et ne me dites pas que les professionnels de santé, ici une professionnelle de santé, sont des personnes à part quand iels deviennent des soignés, non, ils ont le regard plus acéré.

Les fondamentaux du soin.

Ecouter.

Observer.

Rassurer.

Ne pas inquiéter.

Conseiller des pratiques éprouvées.

Savoir que la grossesse n'est pas un état pathologique.

Comprendre qu'un nouveau-né n'est pas un malade en puissance.

Un nouveau-né appartient à sa mère (et à son père, bien entendu), pas aux soignants.




Il est clair que dans cette moulinette idéologique je pourrais envoyer avec le bébé et l'eau du bain, le paternalisme, la misogynie, le patriarcat en oubliant que tous les intervenants, d'après ce témoignage, étaient des femmes, ce qui montre le pouvoir étonnant du maternalisme, le maternage forcé, le matriarcat volontaire, l'intériorisation de la violence faite aux femmes par les femmes elles-mêmes... 

Je peux rajouter qu'il ne s'agit pas de surmédicalisation mais de médicalisation de la santé.

Les femmes sont au centre de ce processus. Comme par hasard.

Et ce pourquoi elles sont faites : faire des enfants sains.

Jadis, il fallait choisir entre la vie de la mère et la vie de l'enfant et, devinez qui faisait le choix ? Le père.

Désormais la société patriarcale et maternalisée, choisit et la mère et l'enfant, c'est à dire une mère parfaite et un nouveau-né parfait avec des normes, de plus en plus de normes à respecter, depuis la meilleure musique à écouter en faisant l'amour jusqu'à la meilleure position pour donner le sein, sans oublier l'ostéopathie, l'acupuncture ou l'homéopathie.

Les injonctions, souvent contradictoires, pour la bonne santé dans un monde imparfait, sont sources de culpabilité, d'anxiété, de dépression, de mal être et non d'épanouissement à moins d'avoir les moyens intellectuels et sensibles de s'extraire de cette gangue de bons sentiments et de contraintes débiles. Et grâce aussi à un entourage emphatique, aimant, bienveillant qui rassure et qui réconforte. 

Virons les chefs de service qui laissent entrer l'ostéopathie, l'homéopathie, l'acupuncture, le yoga, et cetera, dans les maternités, virons les pédiatres, les sages-femmes, les puéricultrices, qui laissent entrer les coupeurs de freins dans les services, les manipulateurs des nouveau-nés, les séances d'ostéopathie pour les femmes, et qui prescrivent de l'homéopathie pour arrêter les montées de lait... 

Virons-les une bonne fois !

PS : Attention : deuxième degré.

dimanche 7 août 2022

Bilan médical du lundi premier août au dimanche 7 août 2022 : validité externe, menaces, pédiatrie hospitalière, Mediapart, vacciner, douleurs neuropathiques.

 
Marilyn Monroe (1/06/1926 - 4/08/1962)

Validité externe d'un essai clinique.

La validité externe d'une étude clinique, nous prendrons l'exemple d'une étude contrôlée molécule active vs placebo, est au centre de la pratique médicale.

Voyons d'abord la définition de la validité externe : ICI

En résumé : une étude clinique bien menée montre que la molécule A est supérieure au placebo sur des critères définis par avance et considérés comme robustes, c'est à dire adaptés à la pathologie et/ou pertinents pour l'évolution clinique du patient, soit la maladie B. 

Pour savoir si une étude randomisée est robuste, lire LA l'article de Guyatt et Busse datant de 2016. 

Dans quelle mesure les résultats de cette étude sont applicables aux patients tout venants, qu'ils soient vus à l'hôpital ou qu'ils soient vu en extra-hospitalier et porteurs de la maladie B ? Tout venants signifie des patients qui n'ont pas été inclus dans l'essai parce qu'ils étaient, par exemple, trop vieux, trop polymédicamentés, trop jeunes, ou que leurs fonctions rénale, cardiaque, pulmonaire étaient trop dégradées ou parce qu'il s'agissait de femmes, de représentants de minorités ou autres...

Il est possible de dire par provocation que la validité externe n'est pas tellement que cela au centre de la pratique médicale puisque nous l'avons dit très souvent ICI ou LA, la plupart des pratiques médicales (hospitalières) ne sont pas fondées sur des résultats significatifs et reproduits émanant d'études cliniques contrôlées menées selon une méthodologie robuste.

Vous imaginez aisément que les pratiques entre-hospitalières sont encore plus sujettes à caution non pas parce que les médecins extra hospitaliers seraient des crétins finis, mais parce qu'il n'existe pas le plus souvent d'essais contrôlés et que les populations qui les consultent sont différentes ou mal catégorisées. 

La validité externe d'un essai est cependant à la fois au centre de la démarche d' Evidence Based Medicine et son impossibilité car les populations des essais contrôlés (outre le fait que la critique de leur robustesse peut être infinie) sont souvent à mille lieues des populations communautaires (on pourrait même dire que les populations communautaires correspondent exactement aux populations exclues des essais contrôlés !)

L'exemple du paxlovid est parlant. La HAS, mais d'autres agences non françaises, ont validé (pour des raisons qui pourraient paraître mystérieuses à des esprits scientifiques mais que l'on pourrait énumérer ainsi : qui peut le plus peut le moins, le principe de prévention, la peur des réactions de l'opinion publique à la non disposition d'un traitement "qui marche", ne pas fâcher les industriels qui les nourrissent, bla-bla-bla) la prescription du paxlovid chez des malades vaccinés alors que l'étude pivot Epic-HR (LA) ne comprenait aucun malade vacciné !


Publier des évènements indésirables liés à un médicament peut entraîner des menaces venant des employés de l'industrie pharmaceutique et des académiques



Article tout à fait surprenant : ICI.


Les hôpitaux, les prisons et les putes, telles sont les universités de la vie. J'ai passé plusieurs licences, vous pouvez me donner du Monsieur. Charles Bukowski


Pédiatrie hospitalière.

Cinq recommandations dans le cadre de Choosing Wisely pour améliorer la qualité des soins chez les enfants hospitalisés : LA. Prendre en compte : 

(1) length of intravenous antibiotic therapy before transition to oral antibiotics, (2) length of stay for febrile infants evaluated for serious bacterial infection, (3) phototherapy for neonatal hyperbilirubinemia, (4) antibiotic therapy for community-acquired pneumonia, and (5) initiation of intravenous antibiotics in infants with maternal risk factors for sepsis.

Grosse (grosse) polémique à propos d'un article de Lise Barnéoud dans Mediapart.

Malheureusement l'article (Vaccination, jusqu'où doit aller l'altruisme ?) ne peut être lu que sur abonnement : voir LA.

Donc, le commenter sans que vous l'ayez lu serait peu contributif .

En revanche, je vous propose de lire la discussion sur twitter initiée par Dominique Dupagne (@DDupagne) pour comprendre l'intensité des débats.


Vacciner tous les enfants (0-16) contre le covid et... contre le reste.

Pierre Callamand, pédiatre au centre hospitalier de Béziers, nous a gratifié d'un tweet enthousiaste et comminatoire pour la vaccination universelle des enfants contre toutes les maladies où il existe un vaccin. Etonnamment il n'a pas parlé de la grippe saisonnière et de la varicelle (un oubli ?)


Nous diffusons largement.

Image du centre hospitalier de Béziers


Les douleurs neuropathiques : des recommandations sous influence.

On me transmets des recommandations pour la prise en charge des douleurs neuropathiques : ICI

Je lis cela et comprends très vite que la lecture critique d'article ne fait pas partie de la philosophie de ces recommandations.

Je regarde les liens d'intérêts sur la base Eurosfordocs et je comprends : que les auteurs n'ont pas déclaré leurs liens d'intérêts et que je n'ai pu constater leurs conflits d'intérêts que parce que j'ai cherché.

C'est nul.

Le tableau suivant est très explicite (communiqué par 

Boson de Guiz

Effet collatéral du Covid : l'industrie arrose moins.

J'en profite pour regarder qu'à cause du Covid, de l'annulation des congrès, de la diminution de mise en place d'études cliniques, les sommes octroyées par l'industrie pharmaceutique et des matériels aux médecins a largement diminué. Sans doute que ces nouveaux pauvres vont bientôt se plaindre sur les réseaux sociaux de leur nouvelle précarité...






Hello San Francisco (
Joe Pierre, MD
)

Cette phrase devrait être une évidence : 

Gros problème de notre société, qui semble ne pas prendre conscience que l'angoisse et la tristesse ne sont pas des maladies...

Autrice : 
Dr Peecs