jeudi 6 mai 2021

Un article fondamental que l'on pourrait renommer : l'innumérisme pour enfumer.



Cet article sur l'innumérisme en médecine (et je dois avouer que je ne connaissais pas le terme tout en connaissant son contenu) est d'une extrême pertinence.

Je vous laisse le lire tranquillement : ICI.

Que dit l'auteur ?

  1. Que les notions de base en statistique médicale ne sont pas (toujours) connues ou comprises ou intégrées par la société civile (si l'on exclut a priori les mathématiciens, les statisticiens, les bio statisticiens et les chercheurs en général qui devraient savoir et, bien entendu, ... les patientes et les patients...) et pas plus par les professionnels de santé (en sachant que la notion de professionnels de santé est, par ces temps de vaccination contre la Covid, très extensible et qu'il faudrait vérifier dans chacune des professions si les notions de base citées dans l'article sont enseignées, et combien de temps, et surtout utilisées en pratique). 
  2. Ces notions de base sont en effet fondamentales pour prendre des décisions partagées avec les patients (précisons ici que la démarche de prise de décision partagée n'est pas consensuelle chez les professionnels de santé). Il est nécessaire que le praticien soit au courant, en lisant un article de recherche, en lisant un point de vue, un avis, en tentant de suivre des recommandations, sur une thérapeutique ou sur une procédure, de cerner ce qui est en jeu dans le cadre des données actuelles de la science. Comment fournir des données à un patient quand on ne connaît pas les données de base ?
  3. L'information des patients passe par une présentation claire des données et des choix qui s'offrent au professionnel de santé et au patient. Pourquoi les autorités de santé, les auteurs d'article, les communiqués de presse, les articles dans les journaux médicaux ou grand public, n'utilisent pas ces données de base et ne les vulgarisent-elles pas pour que le moment du choix soit facilité ? Notamment en médecine générale.
  4. L'exemple de la façon dont les autorités, les agences gouvernementales, la Direction Générale de la Santé, les ministres, communiquent sur les vaccins contre la Covid montre combien l'innumérisme est répandu dans les instances décisionnelles.
  5. Il faut donc que les autorités aident les médecins praticiens et les professionnels de santé qui vaccinent en fournissant des informations validées et statistiquement pertinentes.
Qui pourrait dire le contraire ?

Je rajoute ceci : 
  1. Ces données statistiques de base doivent non seulement être enseignées (et elles le sont) à un moment du cursus de formation mais utilisées chaque fois que c'est nécessaire dans tout le cours de l'enseignement et dans les différentes spécialités. Ce doit être un réflexe pour les enseignants à la fois dans les cours, les travaux dirigés ou au lit du malade.
  2. Ces données statistiques de base sont inhérentes à la pratique médicale et sont la première démarche à adopter quand un praticien (ou une praticienne) s'adresse à une personne qui vient chercher du soin.
  3. Ces données statistiques de base doivent être utilisées chaque fois qu'un médecin (ou une médecine), raisonne, écrit un article, un commentaire, s'adresse à ses pairs ou à des patients ou à des citoyens, recueille un consentement pour initier un traitement ou une procédure ou pour ne pas initier un traitement, une procédure, afin que, plus jamais (sauf exceptions confirmant la règle) il soit possible de présenter des résultats (abstract, article en pré print et a fortiori publié) en ne parlant que de risque relatif sans aborder les souvent déprimants risques absolus, par exemple. Que plus jamais des séances de formation médicale continue esquivent ces données de base. 
  4. Benoit Soulié n'a pas abordé ce point : l'innumérisme est sans doute une volonté délibérée de garder le pouvoir des chiffres et cet innumérisme est trop souvent feint dans le but de généraliser des procédures qui n'ont pas fait la preuve de leur efficacité.
  5. Si les autorités ne proposent pas des données claires en mettant en avant le risque absolu vs le risque relatif, en comparant la réduction du risque absolu et du risque relatif, ou ne ne citant pas le nombre de malades à traiter, ce n'est pas par innumérisme mais par malhonnêteté.
  6. Car les agences gouvernementales, pour l'obtention de nouvelles AMM par exemple, ne s'occupent pas du risque absolu, elles s'occupent du risque relatif sur des critères de substitution pour permettre une commercialisation (parfois accélérée) de molécules qui n'ont pas fait la preuve réelle de leur efficacité.
  7. Ainsi, l'innumérisme supposé des chercheurs qui publient des études pour faire de argent, du buzz, de l'auto promotion ou pour d'autres raisons que mon esprit pur et naïf ne peut même pas imaginer, est-il un écran de fumée (il serait quand même étonnant, non, je ne suis pas moqueur, qu'un grand professeur de médecine ne sache pas ces données de base). Quand on lit dans de grandes revues internationalement reconnues : réduction de 50 % de la survenue d'un infarctus du myocarde, d'une verrue plantaire ou d'une exacerbation de bronchite chronique...
  8. Benoit Soulié demande des données robustes, des infographies claires, des données complètes, mais il oublie que cet enfumage des données fournies par les industriels, les agences, les Leaders d'opinion, les médecins twitter (une étude a montré que les médecins twitter qui disaient du bien des produits sur twitter avaient des liens d'intérêts avec les firmes commercialisant les-dits produits), les communiqués de presse, les visiteurs médicaux, est voulue.
  9. L'exemple des vaccins anti Covid est pertinent : les "informations" fournies ici et là sont d'une extrême imprécision : efficacité vs efficience, critères absolus vs critères intermédiaires, études prospectives vs études rétrospectives, études randomisées vs études de cohorte, et cetera. Sans oublier un détail : la comparaison des systèmes de santé.
Donc, article essentiel.

(J'ai utilisé une image sortie d'ICI)

PS. Un article de 2010 que je n'avais pas lu : LAMisleading communication of risk. Editors should enfforce transparent reporting in abstracts
Editors should enforce transparent reporting in abstracts

samedi 1 mai 2021

La médecine à l'estomac



1 - L'impudeur

Je découvre sur twitter la vidéo d'un réanimateur qui se laisse filmer au moment où il annonce à la famille d'un malade que leur parent est mort.

Je l'écoute et je le regarde et je me demande si je fais partie du même monde.

Je me demande comment on a pu en arriver là.

Je suis presque le seul.

Je lis des commentaires sur le caractère pédagogique de la démarche.

Je lis des commentaires sur l'exemplarité de la démarche : gnan, gnan, les mesures barrières, la vaccination, le gouvernement, bla bla.

Je lis des commentaires sur la bienveillance de la démarche.

Je lis des commentaires sur l'humanité des soignants.

Je reçois des messages privés (les intéressés se reconnaîtront) me disant combien ils sont choqués et comment ils n'osent pas réagir sur le réseau de peur de se faire assassiner.

J'essaie de qualifier cette vidéo : impudique ? sensationnelle ? putassière ? tragique ?

Un de mes correspondants privés, promis, juré, ce n'est pas moi qui l'ai pensé le premier, on me l'aurait reproché, me parle du kitsch kundérien. Je développe ?

C'est au delà de tout.

Cette semaine j'ai appris par téléphone, chez moi, le décès d'une de mes patientes qui m'a été annoncé par sa fille.

Avons-nous été filmés ?

Vais-je passer sur LCI ?

Dois-je faire un selfie avec le cercueil au milieu de l'église ?

Dois-je retrouver une vieille photographie de la patiente posant avec moi une veille de Noël ?

Vais-je publier, avec l'accord des familles, les photographies des trois personnes de ma patietèle qui sont mortes de la Covid ?

Milan Kundera : "Il ne s'agit pas de ressentir les émotions mais de les proclamer." Et encore : "Le sentiment n'est plus sentiment mais imitation du sentiment, son exhibition."




2 - La maladie est le salaire du péché ou le retour de l'hygiénisme

La stigmatisation des mauvais citoyens et des mauvaises citoyennes ne portant pas leurs masques quand il faut, où il faut, au bon endroit, sous le nez, sur le menton, jamais, la stigmatisation de ceux qui ne prennent pas de précautions, qui claquent la bise, qui se parlent en privé sans masque, nous fait revenir au bon vieux temps de l'hygiénisme quand la maladie était le salaire du péché.

Il est curieux et désespérant de constater qu'il semblait que des progrès avaient été accomplis sur la non stigmatisation des patients ne respectant pas les règles hygièno-diététiques dont les experts préventologues assuraient qu'elles avaient un effet sur la morbidité et la mortalité.

Les chiens sont lâchés. 

Après la Covid on pourra dire sans sourciller que les dépendants à l'éthanol qui meurent de cirrhose, ils l'ont bien mérité, que les dépendants au tabac qui meurent d'un cancer du poumon ou d'une maladie cardiovasculaire, ils l'ont bien mérité, que les consommateurs d'héroïne qui meurent d'une overdose, ils l'ont bien mérité... Je continue ?

"Ce n'est pas pareil." 

J'avais oublié cet argument.






3 - Le retour de la posture morale de la médecine

L'indignation des citoyennes et des citoyens qui ont pris toutes leurs précautions et qui pourtant ont attrapé la maladie s'étale partout sur les médias traditionnels comme sur les réseaux sociaux. Cette indignation morale stigmatise les coupables, c'est à dire à les citoyennes et les citoyens qui n'ont pas pris toutes leurs précautions par égoïsme, par manque d'altruisme, par incivisme, par folie.

Si tout le monde avait suivi les recommandations de la science, "on n'en serait pas là". 

Mais cela va plus loin : "on" s'étonne que les "bons", voir plus haut, ne trouvent pas de place dans les services de réanimation à cause des mauvais et certains s'interrogent, au second degré bien entendu, sur la légitimité des "déviants" à être soignés. 

Rien que ça.

Des médecins, j'ai des copies d'écran pour les services de répression de l'immoralité, voudraient que les personnes qui portent mal ou qui ne portent pas de masques dans la rue soient matraqués par la police de Gérald Darmanin... Des médecins se demandent si les covidiens méritent leurs médecins (il sauraient pu parler de covidaïques de sinistre mémoire)...

Chaque fois que la médecine fait de la morale elle se trompe de sujet.

Nombre de soignants et de citoyens modèles attribuent même, j'ai lu cela, toutes les morts de la Covid au président Macron et rattachent même cela au numerus clausus promulgué en... 1971 Comme si, autour de nous, en Belgique, en Allemagne, en Espagne, et cetera pour nos pays limitrophes (vous remarquerez que je n'ai pas cité le Brésil qui est aussi un pays limitrophe), il n'y avait pas eu de morts...

Et alors, quand la mort touche des jeunes, des sans facteurs de risque, des femmes enceintes, il faut trouver des coupables, outre le gouvernement Macron, et démontrer quand même que la maladie est le salaire du péché. Si des soignants meurent en soignant des patients et des patientes atteintes de Covid, si des enfants, des maigres, des naïfs, des sans traitement, sont touchés et/ou meurent, c'est en raison de l'immoralité de ceux qui ne respectent pas les mesures-barrières, qui ne souhaitent pas se faire vacciner,  qui se moquent des anciens, qui veulent vivre leur vie sans contraintes, qui privilégient l'économie à la santé.

Cela rappelle furieusement ce que l'on entendait à propos du sida...



4 - Le retour des scientistes.

Jamais les scientistes ne se sont sentis aussi à l'aise pour donner des leçons.

Ils ont joué sur du velours. Après que Raoult et consorts ont déliré et menti (mais ils déliraient, mentaient et truquaient depuis longtemps), que Péronne et compagnie ont dérapé (mais ils déliraient, mentaient et truquaient depuis longtemps), que Buzyn, Salomon et l'Etat ont déliré (mais ils déliraient, mentaient et truquaient depuis longtemps), il était tellement facile de passer pour de purs esprits scientifiques.

Voici dans le désordre les mesures sur lesquelles les scientistes n'ont cessé d'avoir raison : port du masque chirurgical dehors, port du masque chirurgical dedans, port du masque ffp2 dehors, port du masque ffp2 dedans, nettoyage des surfaces, lavage des mains, jauges dans les magasins, distance physique 1 mètre, distance physique 1,5 m, distance physique 2 m, confinement, fermeture des écoles, fermeture et/ou ouverture des commerces et lesquels, capteurs de CO2, aération des pièces, contrôle des frontières, dépistage, traçage, isolement, sensibilité et spécificité des tests RT-PCR, des tests antigéniques, des auto tests, des tests salivaires, ...

Le problème des scientistes en médecine, tient à plusieurs choses : la médecine n'est pas une science mais une méthode pour prodiguer des soins dans le cadre d'une alliance thérapeutique entre le soigné et le soignant. La méthode expérimentale n'est pas neutre tant pour le choix des sujets de recherche, leur financement, que pour leur interprétation et leur publication. Les pratiques de soins les plus répandues ne sont pas toujours (rarement ?) fondées sur des preuves expérimentales de bonne qualité. Les agences gouvernementales qui valident les soins ne sont pas indépendantes.

Mais surtout : un certain nombre de médecins partisans de la Science pure et dure estiment que la médecine est une science Inhumaine (qui ne doit pas avoir de liens avec les "prétendues" sciences humaines) et une science Asociale (qui ne doit pas avoir de liens avec les "prétendues" sciences sociales)

En réalité les chercheurs ont raison de mener des recherches mais ont tort de considérer que ceux qui ne pensent pas comme eux à un instant t sont des ignares ou des menteurs. Et, au lieu de s'attaquer aux citoyennes et aux citoyens qui n'ont pas leur éminente culture scientifique, ils auraient dû balayer devant leurs portes, dénoncer depuis des dizaines d'années les institutions académiques, leurs collègues qu'ils fréquentaient ou non dans des congrès internationaux ou au chevet des malades ou autour des paillasses qui ne respectaient pas les pratiques de la science expérimentale.

Est-il encore temps ?

Y aura-t-il un après Covid de la recherche ?






5 - Un monde sans.

Le monde Orwellien. Les restrictions, c'est la liberté.

Il ne s'agit d'ailleurs pas d'un article comme mentionné par Barbara Serrano mais d'un commentaire, une opinion en quelque sorte. Voir ICI.

Ce commentaire rappelle furieusement les comparaisons hâtives de John Ioannidis entre les pays : l'auteur Oliu-Barton donne en exemple des pays qui sont peu représentatifs de la pandémie mondiale comme la Nouvelle-Zélande, l'Islande, la Corée du sud, le Japon ou l'Australie.

Rappelons que tout ce beau monde, Miquel Oliu-Barton et certains autres co-auteurs, travaillent pour l'institut Bruegel dont le président est Jean-Claude Trichet, ex gouverneur de la banque de France, ex président de la Banque centrale européenne, institut dont le financement est assuré, outre par de nombreux fonds européens publics, par des entreprises privées sans doute neutres de tout engagement partisan comme (voir LA à la page 96 du rapport financier 2018 et la note en bas de page) Amazon, Mastercard, Novartis, Pfizer,  Sanofi, Shell ou Standard and Poor's. 

On voit que les auteurs qui émanent de cet institut privé ne sont pas des gauchistes : on peut leur faire confiance sur l'économie.

Le monde sans est une donnée classique des démagogues en santé publique : un monde sans cancer, un monde sans sida, un monde sans maladies, un monde sans douleurs, un monde sans mort. C'est aussi un vieux thème de science-fiction avec le célébrissime soma du Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley.

Quel soignant n'aimerait pas un monde sans tabac, sans alcool, sans héroïne ? ...

Cette utopie du monde sans cache une réalité sociale que les instituts néolibéraux sponsorisés par les institutions néolibérales et par les firmes mondialisées masquent : ce ne sont pas que les vieux qui sont morts ou qui sont atteints par la Covid, l'injustice ce n'est pas les jeunes qui meurent quand même, ce sont les pauvres, les immigrés, les travailleurs qui ne peuvent télétravailler, les personnes qui sont entassées dans des appartements trop petits, les personnes qui utilisent les transports en commun. Ici, nous parlons de la France. Mais, mondialement, où sont les morts ? Majoritairement dans les pays à faibles et moyens revenus. Mais une étude anglaise portant sur 17 millions de personnes montre que les minorités ethniques sont les plus touchées, en Angleterre, par la Covid : LA.





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