lundi 31 août 2026

L'Odyssée de Nolan ! Est-il possible de ne pas aller voir le film et de ne pas donner son avis ?


Est-il possible de passer au travers du film L'Odyssée de Christopher Nolan ?

Est-il possible de ne pas aller le voir ? 

Est-il possible de ne pas donner son avis ?

Est-il possible de donner son avis sans se faire agonir par les Odysséologues, les Homèrologues, les historiens spécialistes de l'Antiquité hellénistique, les historiens tout court, les  cinéphiles tout venant et les cinéphiles spécialistes du péplum, les critiques de cinéma, les sociologues, voire les psychologues, les psychiatres (sans oublier les psychanalystes ou les Girardolâtres toujours à l'affût du moindre mythe), les politiciens, les industriels ?


1. Marketing mondial.

Le marketing mondial a fonctionné et fonctionne à plein régime. "As-tu vu l'Odyssée ?" est la question qui se pose sur les plages, au bureau, dans le métro, sur les réseaux, lors d'apéros simples ou dînatoires ou dans les dernières réunions des clubs de lecture.

Cette injonction est impérative et comme tout le monde exprime une opinion allant de "J'aime, j'aime pas" à "... les rapports compliqués du récit homérique avec la sociologie woke...", c'est la parole de tous contre celle des experts habituels, ceux qui écrivent dans les journaux, sur les blogs, sur les sites spécialisés, ou qui vloguent sur leurs comptes Instagram, TikTok ou YouTube, il est naturel de penser que donner son propre avis apportera quelque chose, permettra de faire l'intéressant, élargira le débat ou s'inscrira dans une démarche sociétale, celle d'en être ou de ne pas en être. Mais je n'y crois guère.

Ce billet de blog participe donc à l'insu de son plein gré au marketing mix hollywoodien (je n'ai pas de contrat avec Universal).

Dont acte.

Quant aux controverses muskiennes sur la noirceur d'Hélène par exemple, sur le "wokisme" du film, c'est une aubaine pour les marketeurs et les financiers à moins qu'Elon Musk,plus malin que moi, n'ait signé un contrat d'exclusivité avec Universal et acheté des actions dans un processus classique de délit d'initié.


2. Comment juger le film 

Nul doute que de nombreuses thèses de sociologie, d'histoire du marketing, de manipulation des foules, de rapports entre la culture de masse et la culture populaire, de la culture élitiste et de la culture générale, sont en préparation. Sans oublier celles, déjà ennuyeuses avant de les avoir lues, sur le marketing, l'argent, le capitalisme, et les olives de Kalamata.

Je sors de la salle et j'ignore comment me positionner (cela m'a plutôt plu) au-delà de "J'aime/J'aime pas" le positionnement binaire qui clôt la discussion.

Je donne mon avis et je ne peux pas ne pas me rappeler ce que j'ai entendu dire du film avant d'aller le voir, les propos contradictoires qui m'ont incité à dépenser 19 euros. Mon avis qui va me classer dans une catégorie avec des personnes qui pensent comme moi et qui, pourtant, ne me ressemblent pas.

Je ne l'ai pas vu en IMAX.



3. Est-ce un bon blockbuster ?

Je vais rarement au cinéma voir ce genre de films, je les regarde parfois devant mon grand petit écran sur les plates-formes dédiées, donc, je n'ai pas d'avis très informé. En jetant un oeil sur la liste des 20 derniers Top blockbusters sur différents sites il semble que la définition du terme soit polysémique : ICI et LA.

Disons qu'il s'agit d'un blockbuster qui a des ambitions intellectuelles (c'est la marque de fabrique de Christopher Nolan).


4. Est-ce un bon peplum ?

Pour moi, le péplum de référence c'est Les 10 commandements (1956) réalisé par Cecil B. DeMille et qui n'est pas vraiment un péplum mais, bref. Sans ignorer Ben-Hur (1959). Je ne me lasse pas de revoir ces deux films quand ils sont disponibles.

L'Odyssée <<<<<<<<<<<<< Les 10 commandements.

Il est pourtant difficile de dire que Cecil Billet de Mille est un meilleur réalisateur que Christopher Nolan... Quant à William Wyler... 


Charlton Heston dans Les 10 commandements.


On peut préférer dans le vrai genre péplum de compétition Jason et les argonautes (1963) dans le style américano-britannique.

L'odyssée >>>>> Jason et les argonautes.



5. Est-ce un bon film ?

On entre dans le subjectif pur.

Ma grille est celle-ci (pour tous les films) avec une note de 0 à 5 : 

  • Réalisation : 4
  • Scénario : 3
  • Cinéma : 3
  • Acteurs : 3
  • Intérêt : 3
  • Note globale : 16

Comme vous n'avez pas d'éléments de comparaison vous êtes bien avancés.


6. Est-ce une bonne adaptation d'Homère ?

Les questions subsidiaires : 

Faut-il avoir lu l'Odyssée d'Homère avant d'aller voir le film ?

Faut-il avoir relu l'Odyssée d'Homère avant d'aller voir le film ?

Non à ces deux questions.

Faut-il avoir des souvenirs de l'Odyssée lue ici ou là in extenso ou en abrégé ?

C'est mieux.

Le film dure 2 heures 53 (173 minutes). Christopher Nolan et ses scénaristes ont dû faire des coupes (ou des choix esthétiques) : on prétend que lorsque un aède racontait l'Odyssée en totalité (il y avait de nombreuses versions) il lui fallait 24 heures.

On peut donc ergoter à l'infini sur ce qu'il a montré (ce qu'il a choisi), sur ce qu'il a omis (ce qu'il a éliminé), sur la façon de représenter les scènes (le cyclope, Circé, et cetera)... 

Ma critique principale est celle-ci : Nolan a réalisé un film d'action où la dimension religieuse, tragique et mythologique, est (presque) absente. Les apparitions d'Athéna sont anecdotiques et peu convaincantes et si Poseidon est est largement cité, de nombreux aspects complexes (Hermès, Athéna encore, Éole) sont abandonnés.

Alors que le poème d'Homère est avant tout d'un drame de la destinée et de la vengeance des dieux.

Autre chose : le parti-pris des remords d'Ulysse sur les massacres qu'il a commis et les compagnons qu'il a perdus est tout à fait acceptable mais peu crédible.

Citons la phrase prononcée par Pénélope (dans l'excellent Paix à Ithaque de Sandor Maraï — la traduction de Eve Barre est malheureusement exécrable) : "... j'ai appris que les hommes ne sont jamais aussi dangereux que lorsqu'ils se vengent des crimes qu'ils ont eux-mêmes commis." 

Selon Ulysse/Nolan le massacre de Troie est inacceptable et le massacre des prétendants est justifié. D'un côté la culpabilité, de l'autre la vengeance.

***

La comparaison avec un film pur produit du péplum hollywoodo-cinecittien (les producteurs sont Carlo Ponti, Dino De Laurentiis et William W Schorr), Ulisse, réalisé par un certain Mario Camerini et sorti en 1954. Le film dure1 heure quarante et en dit plus de façon scénaristique que l'Odyssée nolanienne. La version italo-américaine, et notamment la version française "déclame" comme s'il s'agissait d'une tragédie de Sophocle, ce qui est plutôt bienvenu. Notons au passage le langage moderne adopté par Nolan, "Yes Sir", sans doute pour ne pas dérouter le spectateur moyen qui pense que la terre est plate.


Ulysse (1954)

Je n'ai pas vu The return. Le retour d'Ulysse (2025) avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche. Emily Wilson (ICI) dont j'ai lu l'article en cours de rédaction m'a suggéré ceci : Ralph Fiennes incarne un Ulysse nu revenu à Ithaque (le roi est nu) et Matt Damon un Ulysse boursouflé après être passé au buffet All Inclusive.

J'ai malheureusement vu le premier épisode de la série franco-italo-portugaise Odysseus (2013) : une catastrophe sans intérêt, sinon celui d'entrer dans le musée des nanars.

.... 



7. L'Odyssée selon Nolan. 

Nolan nous martèle qu'Ulysse se sent coupable d'être presque le seul survivant ainsi que des massacres perpétrés à Troie et de toute cette furie meurtrière qui, finalement, n'a servi à rien.

Il martèle l'idée très à la mode (mais authentique) d'un Ulysse souffrant d'un trouble de stress post-traumatique (Post Traumatic Stress Syndrome).

Nolan montre aussi la violence de la prise de Troie en ne nous épargnant aucun détail : c'est mal la violence ! 

Mais il n'a pas peur d'en rajouter lors du massacre des prétendants.

Nolan passe à côté de la dimension sexuelle d'Ulysse qui, probablement à l'insu de son plein gré, passe d'un lit à l'autre, d'une nymphe à une déesse et/ou à une magicienne. Ulysse est un homme facile.

Et pendant ce temps-là Pénélope tisse la toile de sa ceinture de chasteté. Hors de l'Odyssée, dans des récits mythologiques et/ou romanesques, Pénélope a eu (aurait eu) des aventures avec Hermès et, bien entendu, Antinoos.

Une analyse scène par scène du film peut paraître superflue mais cela fait partie de la critique purement cinématographique.


a.

Polyphème le cyclope est un mannequin ridicule. Nolan et les accessoiristes auraient pu faire mieux. Mais surtout Nolan a totalement biffé "Je m'appelle Personne" qui est une des idées homériques les plus subtiles qui soit pour illustrer Ulysse le subtil.

b.

L'épisode des Lestrygons, telle qu'elle est représentée n'a aucun intérêt ni scénaristique, ni esthétique, ni explicatif.

c.

Circé. Cet épisode est à la fois extrêmement bien foutu et terriblement mal foutu. 

Mal foutu : Circé la magicienne est représentée en femme laide alors que ce sont ses pouvoirs de séduction qui retiendront Ulysse et ses compagnons pendant un an ! Dans le film cité plus haut (Ulysse 1954) Pénélope et Circé sont jouées par la même actrice Silvana Mangano, ce qui ajoute au mystère ! 

Hors Odyssée : avec Ulysse elle aura un fils, Télégonos qui tuera plus tard son père et qui se mariera avec Pénélope ! Quant au rôle d'Hermès il est négligé.

Bien foutu : la scène de transformation des marins en cochons est particulièrement réussie.

d.

Les enfers. Pas terrible. Dans le poème d'Homère et comme dans la version 1954 la mère d'Ulysse qu'il ne savait pas morte apparaît, ça en jette. Nolan ne s'y est pas intéressé.

e. (Nausicaa)

La partie Nausicaa s'est envolée. On peut le comprendre car il s'agissait encore d'un récit dans un récit, donc encore des flash-backs et des complications scénaristiques (remarquons que Nolan ne s'est jamais privé dans ses films précédents d'accumuler les mystères, les  sous-entendus, les faux-semblants, les fausses pistes et les scénarios déroutants pour lesquels il faut lire une revue de cinéma pour tenter de comprendre où Nolan a bien voulu en venir — notamment dans Inception, Tenet et Interstellar). Cela dit Nolan, dans ce film, a multiplié les chausse-trapes, en faisant des clins d'oeil au spectateur averti (je connais les textes) comme au spectateur profane en l'emmenant sur des pistes incertaines, en lui cachant certain faits par provocation ou par malice. 

Mais si le film d'action l'emporte Nolan ne peut s'empêcher quand même de surplomber le récit (comme il le fait toujours) en affirmant "C'est moi le chef... Je sais tout et je ne vous dirai pas tout... C'est moi le génie..." 

f. Charybde et Scylla

Pour Charybde et Scylla, disons que le monstre est plus réussi visuellement que Polyphème mais c'est un peu risible et le spectateur n'a pas très peur. Pas de trouvailles géniales de mise en scène et le maelström ressemble à une tempête dans un verre d'eau. 

g. Calypso

Calypso parvient à garder Ulysse 7 ans comme prisonnier en le retenant grâce à ses chants, selon Homère. Dans la version Nolan elle lui fait manger des lotus (le scénario amalgame l'épisode Calypso et celui de l'île des Lotophages). On me dit (sur BlueSky) que les lotus sont une allégorie sur les opioïdes et que c'est l'addiction qui le maintient chez la nymphe, une addiction liée à son trouble de stress post-traumatique. Ouah !

h. Les sirènes

Rien à dire sur l'épisode des sirènes vu et revu dans d'autres films mais 1) c'est filmé un peu planplan et Damon ressemble à Saint-Sébastien, il ne manque plus que les flèches le transperçant. 2) on aurait pu entendre leurs chants et notamment quand elles mentent à Ulysse en lui disant que Pénélope et Télémaque sont sur leur île (Ulyssse 1954). 

i. Troie

Les scènes de la prise de Troie ont deux intérêts, me semble-t-il : un intérêt psychologico-historique (j'ai lu quelqu'un demander qu'on lui raconte le film de Nolan sans "spoiler" ; mais il avait raison : Homère a été spolié de son histoire par Nolan...) pour informer le spectateur innocent (admirez ma grande bonté) du passé glorieux sanglant, violent et déicide d'Ulysse. Quant à la représentation du Cheval de Troie, elle est plutôt réussie (sans roues) bien qu'alourdie par l'épisode Sinon dont l'intérêt est semble-t-il explicatif : la vérité passe par la trahison et vice-versa.

Cela dit, le déferlement de violence est majeur (Nolan expliquant le syndrome d'Ulysse ou voulant faire du spectacle : la violence immorale de la guerre, la violence immorale de la violence que je vais quand même vous montrer en détail) et à moins avis, moins bien filmé que quelques batailles de Game of Thrones... dont la meilleure est, selon moi, La bataille des bâtards réalisée par Miguel Sapochnik.

j. Le massacre des prétendants.

C'est sans doute la partie la plus bizarroïde du film. Le récit homèrien est simple : il tue, aidé par Télémaque, tous les prétendants et toutes les servantes sauf une. 

Mais dans Nolan : que c'est compliqué et peu réaliste (je ne parle pas du vrai réalisme mais du réalisme d'un poème épique). Le trou dans le plafond. Et Matt Damon à qui il fait jouer tour à tour le rôle de Keanu Reeves dans John Wick, celui de John Krasinski dans Jack Ryan, celui de Tom Cruise dans Mission Impossible ou celui de Tom Hardy ou Jason Statham dans des films de gangsters.

Nolan passe du film épique au film d'action. Et c'est plutôt raté.


8. Le casting

Matt Damon a autant de charme en Ulysse que Matt Damon en représentant de la middle-class du midwest.

Matt Damon quand il part pour Troie (Crédit Vogue)



Matt Damon à son retour à Ithaque


Pour le reste, en regardant la présentation du casting tel qu'il est présenté sur Google, on se demande si les publicitaires ont vu le film. 





Pour finir....

Il ne vous reste plus qu'à aller voir le film... ou pas...

  • qui n'est pas à la hauteur des glorieux anciens (Ben Hur, Les 10 commandements...)
  • qui est mieux réalisé que les anciennes versions qui ont désormais un charme kitschique
  • qui n'est pas le meilleur Nolan
  • qui est un peu long
  • qui est le digne représentant du cinéma industriel hollywoodien
  • qui n'a pas su choisir entre l'antiquité et la modernité

Une (petite) série d'articles critiques sur le film.

Watson EmilyLA


Une critique à la fois ironique et virulente de la traductrice d'Homère dont Christopher Nolan dit s'être inspiré.

Morel Josué sur CritiKat. ICI

Il n'a pas aimé mais il le dit bien.

Goblot Cahen Catherine. LA

Une Helléniste distinguée qui a aimé le film. (Pour élargir son audience ?)

Bégaudeau François sur Instagram et avant d'aller voir le film. ICI

Brillant et provocateur.






mardi 4 août 2026

Quelques informations glanées en 48 heures sur le réseau "nazi" X (Musk).


1. Molimard reste sur X

Le chef incontesté de la désinformation en santé, le professeur Mathieu Molimard continue de communiquer sur X avec le soutien de Dominique Costagliola : 

  • est-ce de l'entrisme ?
  • est-ce une stratégie de communication ?

2. Les HEPA portables ne "marchent" pas dans la vie réelle institutionnalisée.


Une étude randomisée (britannique) menée en grappe dans des établissements de soins chez des personnes âgées (moyenne 87 ans),  HEPA portables (47 établissements) vs rien (44 établissements) ne montre pas de différence significative sur le critère principal (le taux d'infections respiratoires en période hivernale) et sur le critère secondaire (le taux d'absentéisme dans le personnel).

L'article (et de nombreuse critiques méthodologiques ont été formulées) est LA.  

Un commentaire en anglais : ICI.

3. Les molécules autorisées par la FDA en oncologie le sont de plus en plus sur des critères de substitution (on le savait)


Le résumé de l'article est LA. Le reste est payant.

Mais voici un commentaire salé (des auteurs) : 


Bonnes vacances.






samedi 25 juillet 2026

Toujours être prudent pour prescrire dans la "vraie" vie à partir des résultats d'un essai clinique contrôlé robuste (et a fortiori peu robuste).


Le commentaire de Andrew J Fox que vous trouverez ICI est une pépite. Il analyse les différences de résultats entre un essai contrôlé robuste positif et une étude observationnelle plutôt robuste (est-ce un oxymore ?) négative.

En bref : une étude contrôlée bien menée signifie qu'il faut se méfier d'une généralisation dans la vraie vie sans tenir compte des conditions de la vraie vie et des vraies prescriptions. 

Les faits.

1. L'étude contrôlée

L'essai contrôlé spironolactone vs placebo chez des patients présentant une insuffisance cardiaque sévère a été publié en 1999 : Randomized Aldactone Evaluation Study (RALES) (ICI).


Un résumé : 


Les conclusions des auteurs : 

Conclusions

Blockade of aldosterone receptors by spironolactone, in addition to standard therapy, substantially reduces the risk of both morbidity and death among patients with severe heart failure. (N Engl J Med 1999:341:709-17.)

La spironolactone fait le job.


2. L'étude observationnelle

Quelques années après Juurlink et coll publient en 2004 un essai observationnel dans lequel ils analysent les liens entre les prescriptions de spironolactone et les dossiers d'hospitalisations de 1,3 million de patients adultes en Ontario entre 1994 et 2001 (LA).


Les résultats sont pour le moins surprenants (et terrifiants).

  • La publication de l'essai RALES s'est accompagné d'une "explosion" des prescriptions de spironolactone
  • Parmi les patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque les prescriptions de spironolactone sont passées de 34 pour 1000 patients en 1994 à 149 pour 1000 en 2001
  • Les hospitalisations pour hyperkaliémie sont passées de 2,4 à 11 pour 1000 patients
  • La mortalité associée est passée dans le même temps de 0,3 à 2 pour 1000 patients
  • La publication de RALES n'a pas été associée à une diminution significative des taux de réadmission pour insuffisance cardiaque et des taux de décès
  • Il s'est passé quelque chose.

Conclusions: The publication of RALES was associated with abrupt increases in the rate of prescriptions for spironolactone and in hyperkalemia-associated morbidity and mortality. Closer laboratory monitoring and more judicious use of spironolactone may reduce the occurrence of this complication.

Ouaouh !

3. Un peu de technique

Andrew J Fox souligne à juste titre la différence entre validité interne et validité externe d'un essai clinique. Nous en avions parlé sur ce blog : ICI.

La validité interne d'un essai clinique c'est analyser sa robustesse, s'assurer qu'il n'existe pas de biais, d'interférences, d'erreurs méthodologiques, et cetera, dans le cadre strict de l'essai. Voir ICI 

La validité externe d'un essai clinique interroge sur l'extension de ses résultats en dehors de son contexte expérimental.

Andrew J Fox soulève des points critiques bien connus chez les commentateurs des essais cliniques contrôlés et leurs rapports avec la vraie vie.

  • La population des essais cliniques contrôlée est particulière : elle répond à des critères d'inclusion stricts ce qui signifie que les patients exclus sont peut-être ceux qui sont les plus nombreux dans le monde réel, ici, par exemple, l'âge moyen dans l'étude contrôlée était de 65 ans et l'âge moyen dans l'étude observationnelle était 75 ans
  • La prescription de spironolactone dans la "vraie" vie a été étendue à des malades qui n'ont pas été étudiés dans l'essai contrôlé selon l'adage classique (et faux) : qui peut le plus peut le moins
  • Ainsi les prescriptions ont été étendues au minimum à des malades tout-venants, c'est à dire les patients exclus de l'essai contrôlé, c'est à dire, les trop vieux, les trop polypathologiques, les trop polymédicamentés, les trop insuffisants rénaux, les trop hors protocoles, les trop non-observants, les trop non compliants, les pas assez sévères, les peu représentés comme les minorités, les femmes...
  • La population des essais cliniques contrôlés est mieux suivie : les dosages de kaliémie ont été en l'occurence beaucoup plus fréquents et chez les malades les moins fragiles a priori


4. Les conseils d'Andrew J Fox

Andrew J Fox est hospitalier et donne quelques conseils (qui pourraient a fortiori être suivis en médecine générale, lieu de tous les dangers, de toutes les interactions, de tous les imprévus, de toutes les surprises, et j'en passe) : 

  • Si vous jugez que le patient que vous avez devant vous n'aurait pas pu être inclus dans l'essai RALES, soyez prudent : c'est qu'il est trop âgé, trop fragile, trop polypathologique...  Pesez le rapport bénéfices/risques
  • Si vous doutez que le patient que vous avez devant vous aurait pu être inclus dans l'essai RALES, soyez prudent... Interrogez-vous sur la nécessité de lui prescrire de la spironolactone
  • Si vous pensez que le patient que vous avez devant vous aurait pu être inclus dans l'essai RALES, soyez attentif à suivre scrupuleusement les conditions de l'essai : initiation des doses, titration, suivi des procédures de contrôle (ici dosages de la kaliémie aux mêmes fréquences). Si ce n'est pas possible, soyez encore plus prudent
  • Faites attention aux critères d'entrée dans l'essai
  • Tenez compte du fait que si certains patients n'ont pas été inclus dans l'essai RALES c'est parce que les investigateurs pensaient qu'ils n'en tireraient pas profit : pourquoi prendre le risque de tester vous-même ?
Il est évident que ces conseils sont encore plus difficiles à observer en milieu extra-hospitalier et notamment en médecine générale. C'est pourquoi les prescripteurs doivent être prudents, méfiants et toujours s'interroger : fais-je de la médecine expérimentale, vais-je apporter quelque chose au patient, ai-je le droit de prendre des risques ?


5. Conclusions plus générales

  • La règle voulait jusqu'à présent (sauf exceptions) que l'obtention d'une autorisation de mise sur le marché pour une molécule dans une indication précise soit fondée sur au moins un essai clinique contrôlé robuste : vs placebo ou vs molécule de référence
  • Cette règle est de plus en plus contournée avec des essais de non-infériorité, par exemple.
  • Cette règle est de plus en plus combattue par les industriels qui prétendent désormais qu'il suffit de réaliser des essais robustes IRL (In Real Life), c'est à dire des essais observationnels, comparatifs ou non, rétrospectifs ou non, sur dossiers cliniques électroniques ou non (sans avoir vu les patients), cas-témoins et cetera pour obtenir une autorisation.
  • Il est des cas où, malgré une étude contrôlée négative (pas forcément bien menée, d'ailleurs), certains prétendent que les études observationnelles positives suffisent (il arrive même, comme dans le cas du Beyfortus/nirsevimab (LA) le mélange de données négatives contrôlées avec des données positives non contrôlées entraîne, comme par hasard, des résultats positifs.
  • Cet exemple rapporté par Andrew J Fox montre que la validité externe a de l'importance !
  • Le dogme que les essais observationnels ne peuvent être menés dans une indication particulière que si une étude contrôlée robuste a déjà montré des résultats positifs est en train de s'effondrer
  • Mais il est clair que les études observationnelles ont toujours des indications : recherche d'effets indésirables rares, analyse de sous-groupes de patients, et cetera.


PS du 26/07/2026 : commentaire de Vinay Prasad : LA.


dimanche 19 juillet 2026

"A voix nue" : enfances et adolescences maltraitées.


Crédit : Fondation pour la Recherche Médicale


L'émission/podcast "A voix nues" sur France-Culture (voir ICI), au-delà des critiques que je ne ferai pas aujourd'hui, est un formidable moyen d'entendre en cinq fois trente minutes une personne du monde des arts, de la littérature, du spectacle, de la médecine, de la recherche, de la gastronomie ou de la politique parler d'elles-mêmes, la première émission est souvent consacrée à l'enfance, à la famille...

Des personnes que l''on connaît ou que l'on croit connaître, des personnes que l'on a envie d'écouter ou qu'on n'aurait pas envie d'écouter, des personnes qui sont en écrasées par leur oeuvre ou dont l'oeuvre les écrase, des personnes qui se livrent ou ne se livrent pas, des personnes qui s'inventent peut-être une vie, des personnes qui racontent des banalités sur la peinture ("quelle est votre marque de pinceau ?"), sur la littérature ("les barbares qui écrivent avec un traitement de texte"), sur la sculpture ("le poids de votre burin"), le cinéma (" le numérique, ce fléau"), la photographie ("l'arrivée de l'argentique"), la médecine ("mes exploits en Afrique...")..

Ce qui perturbe beaucoup en entendant ces récits de vie privée et professionnelle, c'est combien — vous allez dire que c'est enfoncer des portes ouvertes — l'enfance et l'adolescence ont pu pour certaines et certains être un véritable calvaire ou une réelle souffrance laissant des cicatrices cashées et désormais visibles.

J'ai écouté en remontant le temps : Françoise Hardy, Félicité Herzog, Edouard Durand, Dominique Versini, Agnès Desarthe, Jean-François Corty, Marion Muller-Collard, Philippe Aghion, Valérie Zenatti, Dominique Moïsi, Lyonnel Trouillot, Hélène Darroze, Anwar Abu Eisheh, Pierre Richard, Valérie Lemercier, ..., Hiam Abbas, Eric Fottorino, Sandrine Bonnaire, Beata Umubyehi Mairesse, Anne Cheng...

Cette liste n'est pas exhaustive.  A chaque fois, il semble, il y a des exceptions, que l'enfance et l'adolescence sont des périodes "compliquées", voire atroces, très éloignées des clichés sur la beauté de l'enfance, sur les bons sentiments de l'enfance, sur la naïveté de l'enfance. 

Les catastrophes de l'enfance apparaissent là dans toute leur nudité dans les vies de ces personnes célèbres, qui sont racontées à la fois comme des souffrances mais aussi comme des motifs de vengeance contre ce qu'ils ou elles ont subi.

Cette partie émergée de l'iceberg cache sans doute l'essentiel :  imagine-t-on tout ce qui est enfoui, les récits cachés d'enfances et d'adolescences de personnes non-célèbres à qui personne ne tend le micro ? Soulignons quand même que sur France-Culture, l'émission/podcast de Sonia Kronlund "Les pieds sur terre" (voir LA) fait le boulot en recueillant les récits d'anonymes. Mais, et toutes celles et ceux qui ne diront jamais rien, soit pas pudeur, soit parce qu'on ne leur a jamais tendu de micro, ils sont invisibles, perdus dans leur coin,  malheureux à jamais.  

Éliminons parce que cela vient immédiatement à l'esprit les enfants abandonnés, placés, battus, violentés, déplacés d'orphelinats en famille d'accueils, ces jeunes femmes et ces jeunes hommes allant d'hôtels minables en hôtels de passe. Toutes ces histoires que personne n'entendra dans "À voix nue" mais peut-être dans "Les pieds sur terre"

Parlons surtout de ces familles bancales, de ces pères absents, de ces pères volages, de ces pères odieux, de ces pères frappeurs, de ces pères agresseurs, de ces pères violeurs, de ces oncles dans le même métal... De ces placements dans des internats où les enfants les plus fragiles pleurent, se font harceler, et parfois voient rarement leurs parents "qui travaillent".

Parlons de ces mères victimes sans argent, sans profession, de ces mères trompées, de ces mères trompeuses, de ces mères violentes, complices, résignées, de ces mères injustes (qui n'ont jamais pris une telle ou un tel dans ses bras), de ces enfants ayant affaire avec les amantes de leur père, les amants de leur mère,  ayant à subir les disputes, les cris, les objets divers qui volent dans l'air, la culpabilité...

Parlons aussi de ces frères ou soeurs dominants, méchants, violeurs, pervers. Demi-frères, demi-soeurs,  tontons et tatas, cousins et cousines.

Parlons encore et encore de ces enfants qui ont construit des vies qui les ont menées à être interrogées dans une émission sur France-Culture, c'est à dire qui sont devenus célèbres, sur des mensonges, des violences, des injustices, des drames, des crimes... jamais punis.

C'est effrayant.

Faisons attention à nos enfants et à ceux des autres : ils ne nous appartiennent pas.

dimanche 7 juin 2026

Histoire de santé publique sans consultation. Épisode 36. Ça n'arrivera pas en France.

 


La police trumpiste a empêché des éditorialistes diabétologues de distribuer leur article à l'entrée du congrès de l'American Diabetes Association. Cet éditorial critiquait la baisse des subventions étatiques dans le domaine biomédical. Beaucoup de gens en France protestent sur les réseaux sociaux.. Voir l'article ICI.


Ça n'arrivera pas en France !

Imagine-t-on  en France qu'à l'entrée d'un congrès de cardiologie la police macroniste empêche la diffusion d'un éditorial dénonçant la pose immodérée de stents par des cardiologues interventionnistes chez des patients asymptomatiques ? Ou la diffusion d'un éditorial dénonçant la prescription immodérée de coroscan chez des patients ou des personnes n'en ayant pas besoin ?

Cela n'arrivera pas parce qu'aucune revue officielle de cardiologie n'aurait accepté l'éditorial et qu'aucun congrès de cardiologie n'aurait accepté un abstract défendant ces points de vue.

Il n'est donc pas nécessaire de déployer la milice Molimard (MoCoMa) pour s'opposer à la police macroniste ! Point n'en est besoin puisque les éditorialistes imaginaires gardent (pour les plus conscients) ces propos dans la sphère privée. 


Ça n'arrivera pas en France !

Imagine-t-on  en France qu'à l'entrée d'un congrès d'orthopédie la police macroniste empêche la diffusion d'un éditorial dénonçant la pratique immodérée d'arthroscopie du genou par des orthopédistes chez des patients présentant des lésions méniscales banales pour lesquelles un simple traitement médical aurait suffi ? Ou la diffusion d'un éditorial dénonçant la chirurgie immodérée des épaules chez des patients ou des personnes n'en ayant pas besoin ?

Cela n'arrivera pas parce qu'aucune revue officielle d'orthopédie n'aurait accepté l'éditorial et qu'aucun congrès d'orthopédie n'aurait accepté un abstract défendant ces points de vue ?

Il n'est donc pas nécessaire de déployer la milice Molimard (MoCoMa) pour s'opposer à la police macroniste ! Point besoin puisque les éditorialistes imaginaires gardent (pour les plus conscients) ces propos dans la sphère privée.


Ça n'arrivera pas en France !

Imagine-t-on  en France qu'à l'entrée d'un congrès de neurologie la police macroniste empêche la diffusion d'un éditorial dénonçant la théorie amyloïde comme marqueur de la maladie d'Alzheimer et l'utilisation de molécules dites anti-Alzheimer luttant contre les plaques amyloïdes-bêta ? 

Cela n'arrivera pas parce qu'aucune revue officielle de neurologie n'aurait accepté l'éditorial et qu'aucun congrès d'orthopédie n'aurait accepter un abstract critiquant la théorie et  les molécules utilisées ?

Il n'est donc pas nécessaire de déployer la milice Molimard (MoCoMa) pour s'opposer à la police macroniste ! Point besoin puisque les éditorialistes imaginaires gardent (pour les plus conscients) ces propos dans la sphère privée.


J'ai de nombreux autres exemples concernant de nombreuses spécialités.

Vous complèterez.




mardi 26 mai 2026

Histoire de santé publique sans consultation. Épisode 35. Radiothérapie.


Lors d'un dîner, une amie que je n'ai pas vue depuis un certain temps nous raconte comment elle a vécu son cancer du sein et comment elle s'en est sortie d'un point de vue cancérologique. Cela fait dix ans.

J'écoute avec prudence. 

Faire des impairs est toujours possible.

(Je rappelle que je ne suis pas un chaud partisan du dépistage organisé du cancer du sein, ce qui est en général très mal ressenti chez les profanes et chez les professionnels de santé. Quant à celles des profanes qui ne veulent pas participer au dépistage, elles le font, parfois mal informées, pour de "mauvaises" raisons)

La soirée s'écoule et, tout d'un coup, elle nous dit, entre le saint-pourçain et le fromage, il fallait sans doute que ça sorte. "Ça été dur." 

Parmi tout ce qu'elle a dit, j'ai retenu ceci : "pendant les séances de radiothérapie j'ai vraiment eu l'impression d'être de la viande"

Je me suis rappelé ce que me racontaient mes patientes. Je ne lui en ai pas parlé.

On vient les chercher en VSL, on les emmène à la clinique, depuis Mantes-La-Jolie environ 45 minutes, transbordement, salle d'attente, stress, peu de mots, un interrogatoire d'identité, on les enfourne dans l'appareil, dix minutes de traitement, stress, fatigue, rebelote pour le retour : transbordement, VSL, quarante-cinq minutes, retour à domicile... Cinq fois par semaine pendant trois semaines.

Mon amie a aussi raconté les souffrances de la chimiothérapie mais j'ai retenu ceci : "Ils étaient gentils".  

Morale de l'affaire : les seins ne résument pas une personne.

vendredi 15 mai 2026

Hantavirus : soyons démagogues !

 


En constatant comment d'énormes moyens ont été mobilisés pour enrayer une éventuelle épidémie à hantavirus, il est difficile de ne pas prétendre que l'histoire bégaie.

En examinant la couverture médiatique exceptionnelle pour ces quelques cas, il est difficile de ne pas prétendre qu'il existe deux poids et deux mesures.

L'histoire bégaie. 

Ce sont les mêmes experts et les mêmes organisations qui ont failli lors de la première phase de la pandémie coronavirus car, à part l'ex-professeur Raoult, qui a changé ?, ce sont les mêmes experts qui sont en charge du barrage contre la pandémie.

Ce sont les mêmes politiques publiques qui sont appliquées : le copier-coller des ministères et des agences.

Ce sont les mêmes politiciens — ou presque — qui jouent au jeu des chaises médicale de l'incompétence. 

C'est la même Organisation Mondiale de la Santé, celle qui prétendait que la transmission aéroportée des coronavirus n'existait pas puis qui a corrigé tardivement le tir qui est à la manoeuvre.

Ce sont les mêmes rassuristes et les mêmes faiseurs de peur qui savent tout et qui le déclarent dans les medias.

Ce sont les mêmes complotistes et les mêmes "tout va très bien madame la marquise" qui sont complaisamment interrogés pour parler et pour modéliser.

Ce sont les mêmes logisticiens auto-proclamés ou exo-désignés  qui commettent les mêmes erreurs, en faisant très fort : transporter des malades symptomatiques et PCR + sur des vols réguliers.

(Ne parlons pas de la patiente états-unienne et de son parcours rocambolesque pour être finalement mise en quarantaine dans l'île de Pitcairn et des 40 habitants ! Ne lisez pas, c'est tragique : le bateau Hondius, l'ile de Sainte-Hélène  puis la traversée jusqu'à Pitcairn au travers de la Polynésie française en utilisant plusieurs moyens de transport)

Ce sont pourtant les mêmes incertitudes qui persistent pour les infections virales transmises par voie respiratoire (grippes, coronavirus dont le fameux SARS-CoV-2) : incertitudes sur mutations/non mutations, symptomatique/non symptomatique, PCR+/PCR-, PCR+guéri/non guéri, PCR+ contagieux/non contagieux, PCR+ et cultures virales +/-, charges virales significatives/non significatives, non contaminateurs/super contaminateurs, non propagateurs/super propagateurs, portage sain/non portage sain, transmission/non transmission, taux d'anticorps protecteurs/non protecteurs, diagnostic/sur diagnostic, et cetera.

Prendre position dans la survenue d'un ou deux cas mortels dus à l'hantavirus sur un bateau de croisière doit rendre prudent : il faut bien entendu louer la célérité des moyens mis en oeuvre tout en regrettant l'amateurisme de certaines des solutions qui ont été proposées et il ne faut pas (trop) minimiser les conséquences possibles de ces deux décès et de leurs effets collatéraux (épidémie, pandémie).

Il n'est plus possible de dire avec l'expérience du coronavirus "il n'y aura pas de première vague" ou "le virus est sous contrôle, il ne se passera rien". 

Deux poids, deux mesures.

Commençons par affirmer qu'il vaut mieux en faire trop que pas assez bien qu'en médecine, en santé publique c'est plus compliqué, en faire trop est souvent délétère mais évite de vous faire critiquer et encore moins condamner.

Continuons en regrettant que les ressources engagées à la suite de la mort de 2 personnes dues à un virus respiratoire sur un bateau de croisière et que l'ampleur de la communication médiatique mondiale ne soient pas déployées à la même échelle pour étudier et pour lutter, parlons de notre pays, soyons modestes, contre les infections nosocomiales dans les établissements de soins et, plus précisément, de la transmission des virus respiratoires comme ceux de la grippe, du Cid ou du VRS et des centaines d'autres virus du même type à des malades hospitalisés pour une autre raison.

Soyons démagogues.

Faire de la démagogie, c'est regretter que les moyens considérables engagés pour des affections aiguës touchant quelques rares personnes pendant une période courte et non itérative ne soient pas envisagés pour des pathologies chroniques et/ou aiguës touchant beaucoup plus de patients, des maladies qui ne sont pas potentiellement mortelles mais certainement mortelles comme par exemple, pour rester dans le domaine respiratoire, la BPCO, l'asthme, ou le cancer du poumon sans "oublier" les maladies nosocomiales transmises à l'intérieur de l'environnement hospitalier qui représentent un poids considérable qui se répète tous les ans en touchant tous les malades hospitalisés. Les chiffres précis de la nosocomialité sont difficiles à apprécier en raison d'une importante sous-déclaration par les établissements hospitaliers et par tous les personnels, mais, selon l'Institut Pasteur, cela concernerait 750 000 personnes par an en France et, selon l'INSERM et Santé Publique France, 6 % des patients hospitalisés soit un malade à traiter pour nuire de 18 !

Faire de la démagogie, c'est déplorer que tant de ressources soient engagées dans des démarches pharmaceutiques consuméristes qui ont conduit pour certaines à des progrès notables et pour d'autres à des déceptions problématiques (avec un retour sur investissement pour la santé publique parfois nul) alors que la majorité des maladies à transmission respiratoire sont liées à des conditions psychosociales et environnementales prédominantes. qui mériteraient des mesures sociales et éducationnelles.

Faire de la démagogie, c'est dénoncer des politiques de santé publique (décidées et menées par l'exécutif, les ministères, les agences gouvernementales, les instituts de recherche) qui sont plus guidées pour communiquer et pour investir par l'urgence médiatique et la culture de la peur (grippe aviaire, Ebola, variole du singe) que par les infections aiguës et chroniques qui tuent et handicapent un million de fois plus de personnes. 

Faire de la démagogie, c'est dénoncer les politiques de santé "privée" (décidées et menées par l'industrie pharmaceutique, l'industrie des matériels, les fondations) qui s'intéressent par essence aux solutions moléculaires ou techniques et qui considèrent le citoyen en bonne santé ou malade comme une cible de marketing et une opportunité de cash-flow.

Conclusion.

Soyons démagogues, demandons l'impossible, demandons de communiquer autant sur la BPCO que sur l'hantavirus, de communiquer autant sur l'asthme que sur l'hantavirus, de communiquer autant sur le cancer du poumon que sur l'hantavirus. 

Chiche ?


PS : le seuil de peur est différent selon que les patients sont africains ou européens.