mardi 26 mai 2026

Histoire de santé publique sans consultation. Épisode 35. Radiothérapie.


Lors d'un dîner, une amie que je n'ai pas vue depuis un certain temps nous raconte comment elle a vécu son cancer du sein et comment elle s'en est sortie d'un point de vue cancérologique. Cela fait dix ans.

J'écoute avec prudence. 

Faire des impairs est toujours possible.

(Je rappelle que je ne suis pas un chaud partisan du dépistage organisé du cancer du sein, ce qui est en général très mal ressenti chez les profanes et chez les professionnels de santé. Quant à celles des profanes qui ne veulent pas participer au dépistage, elles le font, parfois mal informées, pour de "mauvaises" raisons)

La soirée s'écoule et, tout d'un coup, elle nous dit, entre le saint-pourçain et le fromage, il fallait sans doute que ça sorte. "Ça été dur." 

Parmi tout ce qu'elle a dit, j'ai retenu ceci : "pendant les séances de radiothérapie j'ai vraiment eu l'impression d'être de la viande"

Je me suis rappelé ce que me racontaient mes patientes. Je ne lui en ai pas parlé.

On vient les chercher en VSL, on les emmène à la clinique, depuis Mantes-La-Jolie environ 45 minutes, transbordement, salle d'attente, stress, peu de mots, un interrogatoire d'identité, on les enfourne dans l'appareil, dix minutes de traitement, stress, fatigue, rebelote pour le retour : transbordement, VSL, quarante-cinq minutes, retour à domicile... Cinq fois par semaine pendant trois semaines.

Mon amie a aussi raconté les souffrances de la chimiothérapie mais j'ai retenu ceci : "Ils étaient gentils".  

Morale de l'affaire : les seins ne résument pas une personne.

vendredi 15 mai 2026

Hantavirus : soyons démagogues !

 


En constatant comment d'énormes moyens ont été mobilisés pour enrayer une éventuelle épidémie à hantavirus, il est difficile de ne pas prétendre que l'histoire bégaie.

En examinant la couverture médiatique exceptionnelle pour ces quelques cas, il est difficile de ne pas prétendre qu'il existe deux poids et deux mesures.

L'histoire bégaie. 

Ce sont les mêmes experts et les mêmes organisations qui ont failli lors de la première phase de la pandémie coronavirus car, à part l'ex-professeur Raoult, qui a changé ?, ce sont les mêmes experts qui sont en charge du barrage contre la pandémie.

Ce sont les mêmes politiques publiques qui sont appliquées : le copier-coller des ministères et des agences.

Ce sont les mêmes politiciens — ou presque — qui jouent au jeu des chaises médicale de l'incompétence. 

C'est la même Organisation Mondiale de la Santé, celle qui prétendait que la transmission aéroportée des coronavirus n'existait pas puis qui a corrigé tardivement le tir qui est à la manoeuvre.

Ce sont les mêmes rassuristes et les mêmes faiseurs de peur qui savent tout et qui le déclarent dans les medias.

Ce sont les mêmes complotistes et les mêmes "tout va très bien madame la marquise" qui sont complaisamment interrogés pour parler et pour modéliser.

Ce sont les mêmes logisticiens auto-proclamés ou exo-désignés  qui commettent les mêmes erreurs, en faisant très fort : transporter des malades symptomatiques et PCR + sur des vols réguliers.

(Ne parlons pas de la patiente états-unienne et de son parcours rocambolesque pour être finalement mise en quarantaine dans l'île de Pitcairn et des 40 habitants ! Ne lisez pas, c'est tragique : le bateau Hondius, l'ile de Sainte-Hélène  puis la traversée jusqu'à Pitcairn au travers de la Polynésie française en utilisant plusieurs moyens de transport)

Ce sont pourtant les mêmes incertitudes qui persistent pour les infections virales transmises par voie respiratoire (grippes, coronavirus dont le fameux SARS-CoV-2) : incertitudes sur mutations/non mutations, symptomatique/non symptomatique, PCR+/PCR-, PCR+guéri/non guéri, PCR+ contagieux/non contagieux, PCR+ et cultures virales +/-, charges virales significatives/non significatives, non contaminateurs/super contaminateurs, non propagateurs/super propagateurs, portage sain/non portage sain, transmission/non transmission, taux d'anticorps protecteurs/non protecteurs, diagnostic/sur diagnostic, et cetera.

Prendre position dans la survenue d'un ou deux cas mortels dus à l'hantavirus sur un bateau de croisière doit rendre prudent : il faut bien entendu louer la célérité des moyens mis en oeuvre tout en regrettant l'amateurisme de certaines des solutions qui ont été proposées et il ne faut pas (trop) minimiser les conséquences possibles de ces deux décès et de leurs effets collatéraux (épidémie, pandémie).

Il n'est plus possible de dire avec l'expérience du coronavirus "il n'y aura pas de première vague" ou "le virus est sous contrôle, il ne se passera rien". 

Deux poids, deux mesures.

Commençons par affirmer qu'il vaut mieux en faire trop que pas assez bien qu'en médecine, en santé publique c'est plus compliqué, en faire trop est souvent délétère mais évite de vous faire critiquer et encore moins condamner.

Continuons en regrettant que les ressources engagées à la suite de la mort de 2 personnes dues à un virus respiratoire sur un bateau de croisière et que l'ampleur de la communication médiatique mondiale ne soient pas déployées à la même échelle pour étudier et pour lutter, parlons de notre pays, soyons modestes, contre les infections nosocomiales dans les établissements de soins et, plus précisément, de la transmission des virus respiratoires comme ceux de la grippe, du Cid ou du VRS et des centaines d'autres virus du même type à des malades hospitalisés pour une autre raison.

Soyons démagogues.

Faire de la démagogie, c'est regretter que les moyens considérables engagés pour des affections aiguës touchant quelques rares personnes pendant une période courte et non itérative ne soient pas envisagés pour des pathologies chroniques et/ou aiguës touchant beaucoup plus de patients, des maladies qui ne sont pas potentiellement mortelles mais certainement mortelles comme par exemple, pour rester dans le domaine respiratoire, la BPCO, l'asthme, ou le cancer du poumon sans "oublier" les maladies nosocomiales transmises à l'intérieur de l'environnement hospitalier qui représentent un poids considérable qui se répète tous les ans en touchant tous les malades hospitalisés. Les chiffres précis de la nosocomialité sont difficiles à apprécier en raison d'une importante sous-déclaration par les établissements hospitaliers et par tous les personnels, mais, selon l'Institut Pasteur, cela concernerait 750 000 personnes par an en France et, selon l'INSERM et Santé Publique France, 6 % des patients hospitalisés soit un malade à traiter pour nuire de 18 !

Faire de la démagogie, c'est déplorer que tant de ressources soient engagées dans des démarches pharmaceutiques consuméristes qui ont conduit pour certaines à des progrès notables et pour d'autres à des déceptions problématiques (avec un retour sur investissement pour la santé publique parfois nul) alors que la majorité des maladies à transmission respiratoire sont liées à des conditions psychosociales et environnementales prédominantes. qui mériteraient des mesures sociales et éducationnelles.

Faire de la démagogie, c'est dénoncer des politiques de santé publique (décidées et menées par l'exécutif, les ministères, les agences gouvernementales, les instituts de recherche) qui sont plus guidées pour communiquer et pour investir par l'urgence médiatique et la culture de la peur (grippe aviaire, Ebola, variole du singe) que par les infections aiguës et chroniques qui tuent et handicapent un million de fois plus de personnes. 

Faire de la démagogie, c'est dénoncer les politiques de santé "privée" (décidées et menées par l'industrie pharmaceutique, l'industrie des matériels, les fondations) qui s'intéressent par essence aux solutions moléculaires ou techniques et qui considèrent le citoyen en bonne santé ou malade comme une cible de marketing et une opportunité de cash-flow.

Conclusion.

Soyons démagogues, demandons l'impossible, demandons de communiquer autant sur la BPCO que sur l'hantavirus, de communiquer autant sur l'asthme que sur l'hantavirus, de communiquer autant sur le cancer du poumon que sur l'hantavirus. 

Chiche ?


PS : le seuil de peur est différent selon que les patients sont africains ou européens.


jeudi 23 avril 2026

Paxlovid : enterrement du paxlovid en grandes pompes (corrompues). Ne pas en donner chez les vaccinés.


Nous avons déroulé sur ce blog et depuis 2022 les errements de la HAS concernant le paxlovid (nirmatrelvir - ritonavir).

Nous ne ferons pas d'autocitations, ICI. Mais vous pouvez consulter :




Tenons-nous en aux publications de la HAS : ICI, indiquant un Service Médical Rendu important (!).


Nous ne parlerons pas des conflits d'intérêts de la HAS en cette occasion (ce domaine que la HAS ne maîtrise pas du tout).

Nous ne parlerons pas de la manipulation des données par la HAS (mélanges de patients vaccinés et non-vaccinés, mélange d'essais contrôlés et non-contrôlés, artifices statistiques dignes des pires escroqueries de l'industrie pharmaceutique). RIP.

Nous ne citerons pas la société savante des médecins généralistes dont l'avis de 2022 était prudent, modéré et juste. C'est LA.

Un essai clinique randomisé est nécessaire pour valider l’utilisation du Paxlovid® chez les sujets vaccinés

Nous ne citerons pas les messages sur X des employés de l'industrie vantant le paxlovid dans le genre "on n'a pas besoin d'essais", "qui peut le moins peut le plus", "ne pas faire perdre de chances", "l'absence de preuves ne signifie pas la preuve de l'absence".

Ils se reconnaîtront et nous connaissons déjà leurs arguments fallacieux pour se défendre (en bon français, des arguments de merde ou en langage marketing, des éléments de langage). Ils ont le temps d'effacer leurs gazouillis muskiens ou muskistes.


***

Les dernières publications (toujours pas d'essais contrôlés) : LA, sont négatives. Des essais non payés par l'industrie.



La conclusion : 

Nous sommes ici dans un cas d'école : généralement l'industrie et ses employés défendent le fait de ne pas continuer de réaliser des essais contrôlés robustes parce qu'on sait déjà que c'est efficace. Désormais l'industrie, sans essais cliniques contrôlés robustes, se terre, engrange les millions de dollars et paye les agences gouvernementales (directement ou indirectement) pour ne pas bouger, agences qui auraient dû exiger des essais contrôlés complémentaires.

Confidence : tout le monde le sait.



PS du 27/04/2026 : un billet de John Mandrola sur les retards à la publication de l'étude dans le NEJM en raison de l'appât du gain des laboratoires Pfizer. C'est LA.



jeudi 16 avril 2026

Le comité Molimard, Costagliola, Maisonneuve installé pour dire la santé !


Lutter contre la désinformation en santé ne peut pas être une mauvaise idée.

Le problème vient de ce que les représentants désignés de la désinformation, la liste est longue, Raoult, escroc notoire, mégalomane infatué, Perronne, universitaire dévoyé, menteur patenté, et je ne citerai pas les sous-fifres qui accompagnent ces personnages qui furent des vedettes de la médecine académique, ces chercheurs de gloire, je ne voudrais pas leur faire de la publicité, revendiquent également cette lutte.

Le Comité Mathieu Molimard, Dominique Costagiola et Hervé Maisonneuve a été missionné par Yannick Neuder alors qu'il était ministre de la Santé des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées de France (sic) sous le gouvernement François Bayrou. Après la dissolution du gouvernement Bayrou, le cardiologue et homme politique français s'est distingué par des entreprises de désinformation comme le remboursement du dosage du cadmium (inutile) ou un plan de dépistage obligatoire des maladies cardiovasculaires (non fondé scientifiquement). 

Ainsi, l'information en santé n'est pas une notion hors-sol, un concept anidéologique et apolitique qui serait secrétée naturellement par La Science (n'oubliez pas les trémolos dans la voix) qui dirait à chaque instant la Vérité au moment t à partir de données issues des sciences fondamentales (la physique, la chimie, les mathématiques, par exemple).

Il est tout à fait symptomatique que les 3 missionnaires ne soient pas des cliniciens.

C'est l'hospitalo-centrisme sans malades.

Il serait également utile que nos croisés luttant contre les mécréants marseillais et autres, aient pris la peine de définir 1) la santé (si c'est possible) ou dans quelle acception ils l'entendent et 2) la médecine au sein de la santé et comment ils la définissent, notamment par rapport à la science.

Revenons aux fondamentaux : 

La santé (telle que définie par l'OMS en 1948) : 

« La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

La médecine telle que définie par Skrabanek et McCormick en 1989 :

"La médecine n'est ni art ni science. C'est au contraire une discipline empirique fondée sur des talents diagnostiques et thérapeutiques et aidée par la technologie, c'est à dire l'application efficace de la science."

Je reviendrai bientôt sur le rapport lui-même.



dimanche 8 mars 2026

Vinay contre Prasad ou Prasad contre Vinay ? Avec une suite...

1 Interrogation

Il est possible qu'il existe 3 Vinay Prasad : celui d'avant le Covid, celui de pendant le Covid, celui d'après le Covid.

2 Avant le Covid.

Oncologie : 

Critique admirable des protocoles en oncologie qui privilégient l'intérêt des firmes avant l'intérêt des patients. Les firmes utilisent tous les moyens pour obtenir une magique significativité en négligeant ce qui compte pour les patients.

Je ne vais pas revenir sur toutes les tares qu'il a dénoncées (à la suite bien entendu d'autres auteurs comme Ben Goldacre) : manque d'équipoise, groupes témoins ne correspondant pas aux standards de soin, critères de substitution ou surrogates retenus comme critères principaux de jugement (notamment la PFS, progression free survival, "remplaçant" la survie globale), absence de mesures de qualité de vie quand les améliorations de survie se comptent en mois, pratique du crossover, et cetera. Sans oublier ce qui ne concerne pas que l'oncologie : populations à l'étude, manipulation des données statistiques, des données cliniques, faux malades, non publications des essais négatifs, et cetera.

Cette critique a malheureusement été sans effets.

Tout médecin praticien qui n'a pas lu le livre de Cifu/Prasad a raté quelque chose dans sa vie.

Un résumé du livre en forme d'auto-citation : ICI.

Ils n'étaient pas les seuls à clamer dans le désert : LA.

VP a aussi critiqué de façon brillante les relations incestueuses entre la FDA et les firmes.

Pourtant, le poids des firmes était tel que la majorité des molécules qui ont obtenu une autorisation de mise sur le marché aux US améliorait en moyenne la survie globale de 2,1 mois.



Entre 2006 et 2023, seules 32 % des molécules approuvées par la FDA amélioraient la survie globale (LA). 


Mais l'enjeu financier était bien entendu énorme malgré des molécules peu efficaces : LA.


Dépistologie : 

Nous ne développerons pas le constat fondamental de Vinay Prasad, à la suite bien entendu de tous les pionniers que sont Gilbert Welch, par exemple : aucun dépistage organisé ne permet de diminuer la mortalité globale.


3 Pendant le Covid

Dans le cas du Covid VP a continué dans le même sens en hurlant dans son micro, dans ses podcasts, qu'il fallait des essais cliniques contrôlés, des essais cliniques contrôlés, des essais cliniques contrôlés.

Il a demandé des essais cliniques contrôlés pour les vaccins : rappelons quand même que seuls deux vaccins ont survécu à la pandémie : Moderna et Comirnaty. Il n'existe que 2 essais cliniques contrôlés concernant ces 2 vaccins qui ont montré de façon formelle qu'ils étaient efficaces pour prévenir les formes graves.






4 Ses aventures à la FDA



Anish Koka a écrit un article remarquable : c'est LA.


mercredi 4 février 2026

Histoire de santé publique sans consultation. Épisode 34. Une consultation de cardiologie.


J'accompagne un ami médecin généraliste à la retraite chez son cardiologue/rythmologue pour le contrôle de son pace-maker.

Mon confrère aime que je l'accompagne quand il a un rendez-vous médical car il dit perdre ses moyens quand il est en face d'un confrère dans le sens où il ne parvient pas à bien écouter, où il semble ne pas comprendre, où il se sent dominé, où il n'arrive pas à s'exprimer, à raconter son histoire de façon correcte, où il n'arrive pas à argumenter, et où, à la fin de la consultation il a beaucoup oublié.

Je l'accompagne mais je ne dis rien, je dis parfois un mot, c'est pour cela que mon ami me convie à ses aventures médicales, et il m'arrive de prendre des notes.

Bref, mon ami est hypertendu, présente un trouble du rythme et consulte un rythmologue.

Ce billet, je l'écris pour ceci : 

Avant que le rythmologue ne pointe son nez, la secrétaire fait asseoir mon ami médecin sur une chaise inconfortable, poitrail dénudé, lui pose des électrodes, pratique un ECG assis, puis lui prend la pression artérielle toujours en en position assise, le bras pendant, à l'aide d'un tensiomètre électronique, et annonce à la cantonade des chiffres de pression artérielle arrondis et en les minorant pour la systolique (il était écrit — j'ai vu l'écran, 168/84) avant de les inscrire dans le dossier électronique : "16/8".

Fin de la blague.

Voulez-vous que je commente ?

vendredi 2 janvier 2026

Histoire de santé publique sans consultation. Épisode 33. Mourir.

Tom Blachford (1987 - )
356 At Ceres (Arrival) 2025
(photographie de la photographie : docdu16)


Un ancien patient me contacte par téléphone pour me demander d'intervenir parce que l'équipe médicale qui s'occupe de son épouse (78 ans) a décidé un arrêt des soins et un transfert en soins palliatifs (le service est un "grand" service de l'AP-HP qui a une excellente réputation — niveau de preuves ? ).

Je suis ennuyé pour différentes raisons.

1 - Je ne suis plus le médecin traitant.

2 - Le médecin traitant actuel est d'accord avec les médecins hospitaliers.

3 - Je ne connais pas le dossier du patient et je ne l'ai pas examiné.

4 - En gros, pour résumer et en modifiant les données pour des raisons de confidentialité et pour ne pas désespérer des patientes qui seraient atteintes des mêmes maladies, la patiente dont le pronostic de la maladie principale est compromis (espérance de vie évaluée à deux mois) souffre d'une complication encore plus mortelle (espérance de vie réduite à une quinzaine de jours) pour laquelle une intervention chirurgicale pourrait être envisagée avec peu d'espoir de succès mais avec un risque majeur pour la patiente de ne pas survivre pendant l'intervention.

5 - Il faut ajouter que selon les dires du mari de la patiente, elle ne souffre pas, elle est parfaitement consciente et se demande ce qu'elle fait à l'hôpital.

6 - Problème : La patiente est informée de son état et des risques de l'intervention chirurgicale. Elle n'a pas choisi, elles pose des questions, elle demande à son entourage qui est partagé sur la décision à prendre. N'oublions pas aussi que les informations dont je dispose sont des informations de seconde main.

7 - Problème : Les soignants peuvent-ils donner le choix à une patiente, c'est à dire lui demander son avis, alors qu'ils savent qu'elle va "rester sur la table" ? Si elle dit "je veux être opérée", est-ce de la décision partagée que de lui "obéir" ou un gâchis de ressources ?

8 - La famille veut un deuxième avis.

9 - Le PU-PH en charge du patient m'appelle et m'engueule parce que je ne suis pas un spécialiste de la maladie principale dont le patient va mourir et me fait un cours sur une molécule que je connais pour sa faible efficacité et son prix astronomique et qui, d'habitude, "marche". Je résume : "D'où peut parler un médecin généraliste pour demander un deuxième avis ? ..." Je tente de rester courtois et je recentre le deuxième avis sur le versant éthique. Bon, ça se termine sans éclats.

10 - En gros, toujours en n'ayant pas lu le dossier et en n'ayant pas vu et entendu la patiente, je suis assez d'accord avec l'attitude du service.

11- J'en parle à droite et à gauche et je résume les avis que j'ai recueillis (ce n'est ni un sondage ni un travail sociologique) : 

  • C'est le patient qui doit décider et s'il veut qu'on l'opère il faut l'opérer
  • Si les soignants pensent que la malade va rester sur la table, il est raisonnable, compte-tenu de l'espérance de vie, de s'abstenir
  • C'est un cas complexe où la décision partagée est asymétrique et où l'avis des soignants semble plus solide que celle des patients.
12 - J'ai une longue conversation téléphonique avec la fille de la patiente.

13 - La patiente est finalement transférée en soins palliatifs où elle mourra une quinzaine de jours après dans des conditions satisfaisantes (douleurs, humeur) selon sa fille.

14 - La fille de la patiente me rappelle quelques jours après la mort de sa mère pour me demander si son frère peut m'appeler car il n'a toujours pas compris pourquoi l'intervention chirurgicale n'a pas été pratiquée, "ils auraient pu tenter le coup". Je réexplique à la soeur ce que je lui ai dit la première fois et j'ajoute que dans certains cas, compte tenu de mon âge, dans certains cancers, mais c'est l'avis d'une personne en bonne santé, j'ai 73 ans, je refuserai certaines chimiothérapies compte tenu de l'augmentation de l'espérance de vie attendue et des effets indésirables liés aux traitements. Un blanc sur la ligne. Elle me dit n'avoir jamais envisagé que quelqu'un, un médecin qui plus est, puisse refuser une chimiothérapie.

15 - Le frère ne m'a jamais appelé.


A vos commentaires.