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| Crédit : Fondation pour la Recherche Médicale |
L'émission/podcast "A voix nues" sur France-Culture (voir ICI), au-delà des critiques que je ne ferai pas aujourd'hui, est un formidable moyen d'entendre en cinq fois trente minutes une personne du monde des arts, de la littérature, du spectacle, de la médecine, de la recherche, de la gastronomie ou de la politique parler d'elles-mêmes, la première émission est souvent consacrée à l'enfance, à la famille...
Des personnes que l''on connaît ou que l'on croit connaître, des personnes que l'on a envie d'écouter ou qu'on n'aurait pas envie d'écouter, des personnes qui sont en écrasées par leur oeuvre ou dont l'oeuvre les écrase, des personnes qui se livrent ou ne se livrent pas, des personnes qui s'inventent peut-être une vie, des personnes qui racontent des banalités sur la peinture ("quelle est votre marque de pinceau ?"), sur la littérature ("les barbares qui écrivent avec un traitement de texte"), sur la sculpture ("le poids de votre burin"), le cinéma (" le numérique, ce fléau"), la photographie ("l'arrivée de l'argentique"), la médecine ("mes exploits en Afrique...")..
Ce qui perturbe beaucoup en entendant ces récits de vie privée et professionnelle, c'est combien — vous allez dire que c'est enfoncer des portes ouvertes — l'enfance et l'adolescence ont pu pour certaines et certains être un véritable calvaire ou une réelle souffrance laissant des cicatrices cashées et désormais visibles.
J'ai écouté en remontant le temps : Françoise Hardy, Félicité Herzog, Edouard Durand, Dominique Versini, Agnès Desarthe, Jean-François Corty, Marion Muller-Collard, Philippe Aghion, Valérie Zenatti, Dominique Moïsi, Lyonnel Trouillot, Hélène Darroze, Anwar Abu Eisheh, Pierre Richard, Valérie Lemercier, ..., Hiam Abbas, Eric Fottorino, Sandrine Bonnaire, Beata Umubyehi Mairesse, Anne Cheng...
Cette liste n'est pas exhaustive. A chaque fois, il semble, il y a des exceptions, que l'enfance et l'adolescence sont des périodes "compliquées", voire atroces, très éloignées des clichés sur la beauté de l'enfance, sur les bons sentiments de l'enfance, sur la naïveté de l'enfance.
Les catastrophes de l'enfance apparaissent là dans toute leur nudité dans les vies de ces personnes célèbres, qui sont racontées à la fois comme des souffrances mais aussi comme des motifs de vengeance contre ce qu'ils ou elles ont subi.
Cette partie émergée de l'iceberg cache sans doute l'essentiel : imagine-t-on tout ce qui est enfoui, les récits cachés d'enfances et d'adolescences de personnes non-célèbres à qui personne ne tend le micro ? Soulignons quand même que sur France-Culture, l'émission/podcast de Sonia Kronlund "Les pieds sur terre" (voir LA) fait le boulot en recueillant les récits d'anonymes. Mais, et toutes celles et ceux qui ne diront jamais rien, soit pas pudeur, soit parce qu'on ne leur a jamais tendu de micro, ils sont invisibles, perdus dans leur coin, malheureux à jamais.
Éliminons parce que cela vient immédiatement à l'esprit les enfants abandonnés, placés, battus, violentés, déplacés d'orphelinats en famille d'accueils, ces jeunes femmes et ces jeunes hommes allant d'hôtels minables en hôtels de passe. Toutes ces histoires que personne n'entendra dans "À voix nue" mais peut-être dans "Les pieds sur terre"
Parlons surtout de ces familles bancales, de ces pères absents, de ces pères volages, de ces pères odieux, de ces pères frappeurs, de ces pères agresseurs, de ces pères violeurs, de ces oncles dans le même métal... De ces placements dans des internats où les enfants les plus fragiles pleurent, se font harceler, et parfois voient rarement leurs parents "qui travaillent".
Parlons de ces mères victimes sans argent, sans profession, de ces mères trompées, de ces mères trompeuses, de ces mères violentes, complices, résignées, de ces mères injustes (qui n'ont jamais pris une telle ou un tel dans ses bras), de ces enfants ayant affaire avec les amantes de leur père, les amants de leur mère, ayant à subir les disputes, les cris, les objets divers qui volent dans l'air, la culpabilité...
Parlons aussi de ces frères ou soeurs dominants, méchants, violeurs, pervers. Demi-frères, demi-soeurs, tontons et tatas, cousins et cousines.
Parlons encore et encore de ces enfants qui ont construit des vies qui les ont menées à être interrogées dans une émission sur France-Culture, c'est à dire qui sont devenus célèbres, sur des mensonges, des violences, des injustices, des drames, des crimes... jamais punis.
C'est effrayant.
Faisons attention à nos enfants et à ceux des autres : ils ne nous appartiennent pas.

















