lundi 27 septembre 2021

Le monde d'après ressemble au monde d'avant.



Les faiseurs de miracles nous avaient annoncé que l'après Covid ne serait plus jamais comme l'avant sur le plan de la science médicale et de la réglementation pharmaceutique !

Ce serait mieux après.

Bah, ce n'est pas si simple...

L'histoire ne se répète pas, dit-on, elle bégaie.

Les vaccins chez les enfants.

On apprend par le laboratoire Pfizer, un communiqué de presse, que le vaccin anti Covid Pfizer est efficace et sûr pour les enfants âgés de 5 à 11 ans.

Nous n'avons pas encore les données (pas plus d'ailleurs au moment où j'écris que les journaux médicaux ou les agences gouvernementales d'évaluation) sur cette étude.

Le ministère australien de la santé, la main sur la couture du pantalon, nous annonce qu'il se tient prêt.

Le ministère israélien de la Santé enclenche la vaccination chez les enfants de 5 à 11 ans (il n'a pas plus de données ou alors, c'est secret défense).

Maryanne Demasi, ICI, sur son excellent blog nous apprend : 

  1. Que le vaccin a été testé sur des enfants "sains", c'est à dire sans facteurs de risques, sans maladies nécessitant la prescription au long cours d'immunosuppresseurs ou de corticoïdes...
  2. Qu'il n'y a pas assez de sujets pour détecter un effet indésirable rare
  3. Que le critère principal de l'essai est un critère de substitution (non clinique)
  4. Et que, le vaccin va être administré chez des enfants à risques dont ceux traités par immunosuppresseurs et corticoïdes

Les masques chez les enfants aux US (et accessoirement en France).

L'épisode du Bangladesh

Sur la foi d'une étude contrôlée (trois bras) menée au Bangladesh en milieu rural sans vaccination et sans immunité naturelle chez des adultes il est démontré que le port d'un masque chirurgical est efficace pour diminuer la transmission du Covid symptomatique et que le port d'un masque en tissu est inefficace (transmission identique au bras contrôle).

Et pourtant, comme rappelé par Vinay Prasad LA, les autorités recommandent le port du masque chirurgical à l'école, notamment à San Francisco (mais ailleurs aux US), dans des zones où les taux de vaccination sont très élevés et où il existe probablement une forte immunité naturelle en précisant : il vaut mieux être masqué", quel que soit le masque (i.e. en tissu). Tout est faux dans l'affaire.

Par ailleurs, je ne peux résister à l'envie de publier un texte critique sur l'étude menée au Bangladesh qui rend le commentaire de Vinay Prasad moins crédible mais qui rend les mesures de masquage des enfants encore plus infondées : LA.

Mais l'affaire ne s'arrête pas là. 

Les deux études américaines.

Deux essais menés aux US et menés (et vantés) par le CDC, agence officielle étasunienne, sont parus.
Leurs auteurs affirment qu'ils démontrent l'utilité du masque en milieu scolaire sur la diminution de la diffusion du virus du covid (et la diminution du nombre de clusters).

Les voici : 

CDC’s Maricopa and Pima County Study : LA
et
Pediatric cases in counties with or without mask requirements : ICI

Les critiques de Vinay Prasad sont cinglantes : ICI.

Signalons aussi que les thuriféraires français des 2 études précitées n'ont pas bougé d'un poil, n'ont pas émis le moindre doute sur la validité des études et n'ont pas répondu aux objections de Vinay Prasad (ce qui est quand même la moindre des choses quand, scientifiquement, on n'est pas d'accord avec quelqu'un).

Vacciner ceux qui ont déjà fait le Covid

En France, comme aux US, on n'a pas molli.

Voici une capture d'écran concernant la réponse du fameux Fauci à la question : faut-il vacciner les infectés ?


Bon, c'est tout pour aujourd'hui.





mercredi 22 septembre 2021

Covid : la revanche de l'hygiène et le retour des hygiénistes.



La pandémie de Covid est une expérience moderne tout à fait impressionnante : il sera peut-être un jour possible de déterminer ce qui a le plus influencé son passage de la pandémicité à l'endémicité. Les facteurs de déclin d'une pandémie sans traitement curatif sont multiples : l'écoulement du temps (la peste qui a dévasté Marseille plusieurs fois dans l'histoire en tuant à chaque fois entre 40 et 50 % de la population en 1720 a fini par disparaître sans traitements, sans hypothèses physiopathologiques, sans médecins mais avec la quarantaine), les mesures politiques (le confinement), les pratiques médicales (la prise en charge des patients en réanimation), la santé publique (le dépistage, l'isolement, la recherche de clusters), l'hygiène en général (les mesures barrières) et la vaccination.

La pandémie de covid nous aura rappelé que la politique et l'hygiène avaient un avenir en médecine.

Mais l'hygiène en médecine a surtout un passé.

Pour ne pas polémiquer inutilement et ne pas (les temps sont durs pour une réflexion sereine) m'attirer un veto a priori, je ne parlerai pas des interactions entre l'hygiène et la vaccination mais entre l'hygiène et les antibiotiques (sujet que j'ai déjà abordé ICI).

L'exemple du rhumatisme articulaire aigu, du streptocoque et de la pénicilline.

L'hygiène, les progrès de l'hygiène, n'ont pas fait disparaître le RAA. Les antibiotiques : oui.

Mais les effets de l'hygiène n'ont pas été modestes et une remontée dans le temps est nécessaire.

La perspective épidémiologique historique peut être occultée comme ici dans cette figure en initiant la courbe de mortalité due au RAA à l'année 1930 : 




ou non occultée en prenant plus de recul comme dans cette figure où les courbes danoises commencent en 1860 (et la lecture des chiffres rapportés par Thomas McKeown (ICI) pourrait permettre de remonter encore plus loin : 




Peut-on espérer que la vaccination seule permettra l'éradication du Covid sur la planète tout entière ?

Sans doute non. La pandémie va devenir une affection endémique.


L'hygiène dans la gestion du Covid

Avant la mise à disposition du vaccin, c'est le principe hygiénique de prévention qui a prévalu avec zéro preuves tangibles de l'efficacité des mesures sur des critères robustes comme la mortalité :

  1. Nettoyage obsessionnel des surfaces à l'intérieur comme à l'extérieur avec photographies ad hoc de rues inondées de désinfectants, avec le conseil de passer les "courses" à l'eau de javel en revenant du supermarché et autres mesures qui, malheureusement, n'ont pas encore été toutes et partout abandonnées... Sans parler des tenues de cosmonautes en consultation...
  2. Mise en avant du manuportage et du lavage des mains au savon mais surtout avec du soluté hydro-alcoolique : il y a des tutoriels pour se laver les mains (comme si la personne qui allait chercher son courrier dans sa boîte aux lettres entrait en salle d'opération), des conseils pour avoir du SHA en ambulatoire... et des messages contradictoires sur le port de gants : oui, non, peut-être, parfois, mais... Pas de gants !
  3. Mise en avant de la contamination par projection avec bien entendu la distanciation sociale, le port du masque (cf. infra) mais aussi la mise en place de parois en plexiglass (au mieux) dans les boutiques, les écoles, les lieux clos, sans preuves robustes d'efficacité mais ensuite, toujours sans preuves robustes d'inefficacité, retour en arrière : ce serait dangereux. 
  4. Mise en avant de la distanciation sociale et du port du masque : en extérieur en général (certains intimaient de porter le masque en faisant de la course à pied), en extérieur en zones denses (critère flou), en extérieur partout, en extérieur sur les plages (il y avait des préfets fous) en intimant des distances non fondées sur des preuves solides (cela variait selon les pays entre 1 et 2 mètres, car Mesdames et Messieurs, le coronavirus national n'avait pas la même virulence... Distanciation sociale à l'intérieur, dans les boutiques, détermination de jauges (aucune preuve robuste bien entendu).
  5. Mise en avant du port du masque. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Cela ne dépendait pas chers crétines et crétins de concitoyennes et de concitoyens de l'efficacité du port du masque  (et de quel type de masque: tissu, chirurgical ou FFP2) fondé sur des critères robustes mais de l'état des stocks desdits masques et de leur disponibilité. Passons sur quel masque utiliser et comment la gestion de la pénurie dans les hôpitaux a fait fi de toute considération scientifique, les hygiénistes étaient sans doute aux abonnés absents, les professionnels de santé les plus exposés étant parmi les moins protégés, quant au vulgum pecus, la citoyenne lambda, on lui intimait de porter un masque quand il n'y en avait pas et c'était jamais le bon.
  6. Mise en avant (tardive) de la contamination par aérosolisation (notion connue depuis la nuit des temps par les hygiénistes, les épidémiologistes, les virologues, les infectiologues, et autres médecins mais qui avait été oubliée pour des raisons assez incompréhensibles). Il devenait urgent d'ouvrir les fenêtres d'aérer...
  7. J'ai oublié quelque chose ?


Puis la vaccination est arrivée. Avec la rapidité de l'éclair.

Nous avons donc quitté l'hygiène pour entrer dans la médecine. La médecine qui avait déjà pointé son nez avec les tests de dépistage.

Nous n'avons pas parlé non plus des mesures politiques que sont les différents types de confinement et le moment où ils ont été mis en place, la fermeture des écoles (ou non), le télétravail... Mais surtout : les mesures de dépistage, de traçage, d'isolement avec leurs différents degrés et leurs différentes modalités d'application.


De la vaccinolâtrie à l'hygiénisme

L'extraordinaire efficacité annoncée des différents vaccins a rendu fous les vaccinolâtres. 

Puis le déclin progressif de cette efficacité en situation réelle, et il faut souligner aujourd'hui pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté dans mes propos qu'il est vraisemblable que les vaccins anti covid sont un apport déterminant pour rendre cette pandémie endémique (cf. supra), et en tenant compte des variants (la notion de vaccination efficace quel que soit le vaccin a volé en éclats) a rendu les vaccinolâtres partisans inconditionnels de l'hygiène.

La diminution de l'efficacité des vaccins en situation réelle et le fait que les vaccinolâtres se rendent compte, sauf quelques terroristes, qu'il ne sera sans doute pas possible de vacciner tout le monde dès la sortie de la maternité et jusqu'à la fin de vie en EHPAD, avec un rappel tous les ans, voire deux, pour de simples raisons logistiques et pour cause d'effets indésirables chez les plus jeunes, les ont convaincus que pour valider l'efficacité des vaccins il fallait mettre le paquet sur l'hygiène.

Les vaccinolâtres prétendaient que l'hygiène n'avait eu aucun rôle sur la diminution considérable de la morbimortalité des maladies infectieuses depuis, disons, le début du vingtième siècle, en raison de l'efficacité absolue de LA vaccination, sont devenus des hygiénistes. Et des hygiénistes enragés comme seuls les convertis en sont capables. 

Ils sont passés brutalement, et comme seuls les convertis en sont capables, de vaccinolâtres à hygiénistes bon teint.

Et comme tous les hygiénistes : ils valident la morale comme argument d'autorité.

Si la vaccination ne marche pas assez bien c'est parce que : on porte mal le masque (cela me rappelle quelque chose), pas le bon masque, pas au bon endroit... et ad libitum...

Cet hygiénisme triomphant s'accompagne d'un activisme politique débordant : contrôles des populations, contrôles des lieux d'éducation, contrôles des professionnels de santé, contrôles des EHPAD, contrôles du CO2, et cetera. 

Et comme tous les hygiénistes, la fabrique de la peur n'est jamais loin.

Si vous ne faites pas ceci ou cela vous allez mourir.

Et l'insulte sociale : achetez des masques, pas des écrans plats.

Et l'insulte intellectuelle : les pauci-neuronaux qui ne portent pas bien leur masque et/ou qui ne se vaccinent pas.

Sans oublier la délirante proposition du zéro-covid dans un contexte mondialisé.

L'hygiène : oui.

L'hygiénisme : non.




mardi 24 août 2021

Air Médecine


Joe Cocker

L'Air Médecine est à l'origine une expression ironique employée par certains médecins sur les réseaux sociaux à l'égard des non médecins qui les critiquent sur leur façon de pratiquer la médecine (éthique et soins). 

L'idée est la suivante : seuls les médecins, parce qu'ils ont fait de longues études, sont capables de comprendre les maladies, de les traiter et de gérer leurs comportements à l'égard des patients qui les consultent.

Cela est tout à fait faux.

Voici ce qu'entre autres j'avais écrit sur le sujet en septembre 2016 : LA.

Certains médecins, par compétence, par corporatisme, par arrogance, par sentiment de faire partie de l'élite et par d'autres raisons que je vous laisse imaginer dont économiques ne sont pas réceptifs à la critique profane.

Cette rigidité est sans doute liée au sentiment que leur pouvoir (le pouvoir médical) s'est amenuisé au fil du temps. 

Par rapport aux patients : le fait que la pratique de l'Evidence Based Medicine inclut "les valeurs et les préférences des patients" n'est pas passé. La décision partagée, c'est à dire pour résumer, le choix des soins à pratiquer (et aussi, ne l'oublions pas, à ne pas pratiquer) après que la présentation des différentes possibilités a été proposée par le soignant n'est pas entré dans les moeurs. 

Par rapport aux administratifs : certains médecins pensent que les hôpitaux et toutes les structures de soin en général "allaient mieux avant" quand les médecins étaient aux commandes. 


La pandémie de Covid a montré de façon éclatante que les études de médecine, courtes, moyennes ou longues ne rendaient pas les médecins intelligents et "scientifiques". Que de pauvres médecins généralistes, je veux dire pauvres en esprit, puissent réaliser des études bidons sur les bienfaits en préventif de l'azithromycine, de la prednisone et/ou de l'HCQ et/ou des anticoagulants, passe encore, mais que de grands professeurs issus du sérail puissent se fourvoyer dans leurs services (et là soulignons encore le poison du corporatisme qui fait qu'aucune enquête ne sera faite, qu'aucune sanction ne sera prise, qu'aucun changement dans le processus de commandement ne sera entamé) et sur les réseaux sociaux et sur les écrans en racontant tout et n'importe quoi. Pas tant comme de vulgaires administratifs ou de vulgaires patients ou de vulgaires citoyens, mais comme des médecins se prétendant des scientifiques et alignant les contre-vérités avec un aplomb étonnant et un manque d'esprit autocritique désespérant. 

Et ainsi, le paradoxe de cette affaire est le suivant : la pandémie covidienne a montré que l'Air Médecine s'appliquait aussi et surtout aux médecins, soit qui ne "voient" jamais de malades, soit qui en "voient" pour d'autres raisons que la spécialité dont ils sont spécialistes. On a vu des épidémiologistes parler de démographie, des démographes parler d'épidémiologie, des infectiologues parler de statistiques, de statisticiens parler d'infectiologie, d'urgentistes parler de pré hospitalier, de pré hospitaliers parler d'urgences, et cetera. De médecins parler de politique, de politiques médecins parler de médecine.

Cette pandémie aura été un naufrage pour la communication médicale à la fois grand public (proposer des mesures de santé publique fondées sur du vent, revenir sur ces mesures à partir de vent, expérimenter sans faire d'essais contrôlés, tirer des conclusions sur un coin de table, affoler les populations, les rassurer à tort, mentir encore, stigmatiser les citoyens, les traiter de débiles) et à destination de la communauté médicale (publications pourries, études pourries, communiqués pourris).

Tristounet.

Et je vous parie un dollar contre un hôpital chinois flambant neuf construit en huit jours que le monde d'après sera identique.



jeudi 3 juin 2021

La France va mal.




Il fut un temps, et il y a encore des gens qui le pensent, où les Français.es (surtout les médecins et les médecines) prétendaient que notre pays avait le meilleur système de santé du monde.

Prenons un angle particulier, celui des conduites à risque.

Restons en Europe.

Nous, les Français sommes des champions.

Numéro 1 pour le cannabis.

Numéro 2 pour la consommation d'alcool et de benzodiazépines.

Numéro 3 pour le tabac.

On voit donc que la politique de répression contre le cannabis ne fonctionne pas.

Et les addictologues, les politiciens, les sociologues, en majorité désormais, prônent la libéralisation du cannabis comme solution au fait que les Français sont ses premiers consommateurs tout en promouvant le cannabis thérapeutique dont le niveau de preuve des essais cliniques est celui de l'homéopathie.

On voit qu'en France on est tout aussi capable d'être dans le peloton de tête en réprimant (cannabis), en favorisant (alcool), en faisant semblant d'agir (tabagisme) et en remboursant (benzodiazépines).

(il est vrai que j'aurais pu étendre mon propos en parlant du taux de suicide en général, du taux de suicide des adolescents en particulier, de l'utilisation des antidépresseurs...)

J'oubliais : 16,2 % des femmes françaises enceintes fumaient au troisième trimestre.




Quelles conclusions en tirer ?

La France va mal.

La France va mal.

La France va mal.

Et, comme dit l'autre, ce n'est pas faute de dépenser un pognon de dingue.

La France est encore sur le podium : nous sommes les numéros 1 en termes de pourcentage du PIB consacré à la santé (11,3 %), devant l'Allemagne (11,25), la Suède (11), l'Autriche (10,4), la Belgique (10,3), le Danemark et les Pays-Bas (10,1).

Tout ça pour ça ?

En cette exceptionnelle période de Covid où le seul point de vue pertinent actuel est celui du degré d'engorgement des services de réanimation (et il est clair que ce sont les services de réanimation qui "sauvent des vies", mais il n'y a pas que les personnels des services de réanimation qui souffrent), accessoirement le nombre de morts, mais les médecins, les syndicalistes, les politiques, exigent, demandent encore plus de moyens pour l'hôpital.

Or, là encore, la France est en pointe : un rapport de la Drees (ICI) indique : "La France est le pays de l’OCDE qui dépense la part la plus importante de son PIB pour les soins courants à l’hôpital (3,5%)" Il faut néanmoins relativiser cette notion et la mettre en parallèle avec le niveau de vie par habitant et les "performances" des indicateurs de santé publique. Par exemple le Luxembourg, très riche, consacre une faible part de son PIB aux soins courants à l'hôpital.

Plus d'argent pour l'hôpital.

Plus d'argent pour l'hôpital.

Plus d'argent pour l'hôpital.

Les dépenses hospitalières continuent d'augmenter en France plus que le PIB.

Les dépenses allouées à la ville représentent 25 % des dépenses de santé en France (LA). Ce qui est faible comparé à d'autres pays.

Quelques conclusions simples :

  1. La France est à la traîne pour la prévention et pour l'éducation sur les conduites à risques. Pourquoi ? Faute de moyens ? Sans doute. Manque de volonté politique ? Sans doute. Poids historique et culturel des lobbyes ? Pas faux. Que faire ?
  2. La France dépense plus que ses voisins pour l'hôpital. Les médecins demandent plus d'argent. Mais refusent toute réforme. Les hospitaliers demandent plus d'argent et affirment : faites-nous confiance. Les médecins libéraux de ville demandent plus d'argent et affirment : faites-nous confiance.
  3. La France, se voilant la face derrière l'excellence supposée de son système de santé où l'on peut croiser Didier Raoult ou Christian Perronne, où l'université promeut ici ou là l'homéopathie, où des pratiques non fondées sur les preuves comme l'ostéopathie, la psychanalyse, les cures thermales ou les dépistages organisés des cancers (c'est pour provoquer !) sont non seulement tolérées mais promues, oublie que les conditions de vie en général, le niveau socio-économique, le type de profession, sont des facteurs déterminants de la santé. L'exemple du Covid est incroyable : plus les personnes sont nées à l'étranger et plus elles meurent du Covid !
  4. N'oublions pas cependant que la France, par certains côtés, est un pays de cocagne, vous pouvez aller voir plusieurs médecins dans la même journée, vous pouvez vous faire tester gratuitement pour le Covid tous les jours sans aucun contrôle, vous pouvez fréquenter les urgences pour une angine, vous pouvez, sans facteurs de risque, être remboursés pour un PSA annuel, un frottis du col utérin annuel, une mammographie dès 40 ans, et cetera.

La tolérance française à l'égard de la prévention des morts évitables est surprenante.

Pourquoi ne pas s'interroger ?


jeudi 6 mai 2021

Un article fondamental que l'on pourrait renommer : l'innumérisme pour enfumer.



Cet article sur l'innumérisme en médecine (et je dois avouer que je ne connaissais pas le terme tout en connaissant son contenu) est d'une extrême pertinence.

Je vous laisse le lire tranquillement : ICI.

Que dit l'auteur ?

  1. Que les notions de base en statistique médicale ne sont pas (toujours) connues ou comprises ou intégrées par la société civile (si l'on exclut a priori les mathématiciens, les statisticiens, les bio statisticiens et les chercheurs en général qui devraient savoir et, bien entendu, ... les patientes et les patients...) et pas plus par les professionnels de santé (en sachant que la notion de professionnels de santé est, par ces temps de vaccination contre la Covid, très extensible et qu'il faudrait vérifier dans chacune des professions si les notions de base citées dans l'article sont enseignées, et combien de temps, et surtout utilisées en pratique). 
  2. Ces notions de base sont en effet fondamentales pour prendre des décisions partagées avec les patients (précisons ici que la démarche de prise de décision partagée n'est pas consensuelle chez les professionnels de santé). Il est nécessaire que le praticien soit au courant, en lisant un article de recherche, en lisant un point de vue, un avis, en tentant de suivre des recommandations, sur une thérapeutique ou sur une procédure, de cerner ce qui est en jeu dans le cadre des données actuelles de la science. Comment fournir des données à un patient quand on ne connaît pas les données de base ?
  3. L'information des patients passe par une présentation claire des données et des choix qui s'offrent au professionnel de santé et au patient. Pourquoi les autorités de santé, les auteurs d'article, les communiqués de presse, les articles dans les journaux médicaux ou grand public, n'utilisent pas ces données de base et ne les vulgarisent-elles pas pour que le moment du choix soit facilité ? Notamment en médecine générale.
  4. L'exemple de la façon dont les autorités, les agences gouvernementales, la Direction Générale de la Santé, les ministres, communiquent sur les vaccins contre la Covid montre combien l'innumérisme est répandu dans les instances décisionnelles.
  5. Il faut donc que les autorités aident les médecins praticiens et les professionnels de santé qui vaccinent en fournissant des informations validées et statistiquement pertinentes.
Qui pourrait dire le contraire ?

Je rajoute ceci : 
  1. Ces données statistiques de base doivent non seulement être enseignées (et elles le sont) à un moment du cursus de formation mais utilisées chaque fois que c'est nécessaire dans tout le cours de l'enseignement et dans les différentes spécialités. Ce doit être un réflexe pour les enseignants à la fois dans les cours, les travaux dirigés ou au lit du malade.
  2. Ces données statistiques de base sont inhérentes à la pratique médicale et sont la première démarche à adopter quand un praticien (ou une praticienne) s'adresse à une personne qui vient chercher du soin.
  3. Ces données statistiques de base doivent être utilisées chaque fois qu'un médecin (ou une médecine), raisonne, écrit un article, un commentaire, s'adresse à ses pairs ou à des patients ou à des citoyens, recueille un consentement pour initier un traitement ou une procédure ou pour ne pas initier un traitement, une procédure, afin que, plus jamais (sauf exceptions confirmant la règle) il soit possible de présenter des résultats (abstract, article en pré print et a fortiori publié) en ne parlant que de risque relatif sans aborder les souvent déprimants risques absolus, par exemple. Que plus jamais des séances de formation médicale continue esquivent ces données de base. 
  4. Benoit Soulié n'a pas abordé ce point : l'innumérisme est sans doute une volonté délibérée de garder le pouvoir des chiffres et cet innumérisme est trop souvent feint dans le but de généraliser des procédures qui n'ont pas fait la preuve de leur efficacité.
  5. Si les autorités ne proposent pas des données claires en mettant en avant le risque absolu vs le risque relatif, en comparant la réduction du risque absolu et du risque relatif, ou ne ne citant pas le nombre de malades à traiter, ce n'est pas par innumérisme mais par malhonnêteté.
  6. Car les agences gouvernementales, pour l'obtention de nouvelles AMM par exemple, ne s'occupent pas du risque absolu, elles s'occupent du risque relatif sur des critères de substitution pour permettre une commercialisation (parfois accélérée) de molécules qui n'ont pas fait la preuve réelle de leur efficacité.
  7. Ainsi, l'innumérisme supposé des chercheurs qui publient des études pour faire de argent, du buzz, de l'auto promotion ou pour d'autres raisons que mon esprit pur et naïf ne peut même pas imaginer, est-il un écran de fumée (il serait quand même étonnant, non, je ne suis pas moqueur, qu'un grand professeur de médecine ne sache pas ces données de base). Quand on lit dans de grandes revues internationalement reconnues : réduction de 50 % de la survenue d'un infarctus du myocarde, d'une verrue plantaire ou d'une exacerbation de bronchite chronique...
  8. Benoit Soulié demande des données robustes, des infographies claires, des données complètes, mais il oublie que cet enfumage des données fournies par les industriels, les agences, les Leaders d'opinion, les médecins twitter (une étude a montré que les médecins twitter qui disaient du bien des produits sur twitter avaient des liens d'intérêts avec les firmes commercialisant les-dits produits), les communiqués de presse, les visiteurs médicaux, est voulue.
  9. L'exemple des vaccins anti Covid est pertinent : les "informations" fournies ici et là sont d'une extrême imprécision : efficacité vs efficience, critères absolus vs critères intermédiaires, études prospectives vs études rétrospectives, études randomisées vs études de cohorte, et cetera. Sans oublier un détail : la comparaison des systèmes de santé.
Donc, article essentiel.

(J'ai utilisé une image sortie d'ICI)

PS. Un article de 2010 que je n'avais pas lu : LAMisleading communication of risk. Editors should enfforce transparent reporting in abstracts
Editors should enforce transparent reporting in abstracts

samedi 1 mai 2021

La médecine à l'estomac



1 - L'impudeur

Je découvre sur twitter la vidéo d'un réanimateur qui se laisse filmer au moment où il annonce à la famille d'un malade que leur parent est mort.

Je l'écoute et je le regarde et je me demande si je fais partie du même monde.

Je me demande comment on a pu en arriver là.

Je suis presque le seul.

Je lis des commentaires sur le caractère pédagogique de la démarche.

Je lis des commentaires sur l'exemplarité de la démarche : gnan, gnan, les mesures barrières, la vaccination, le gouvernement, bla bla.

Je lis des commentaires sur la bienveillance de la démarche.

Je lis des commentaires sur l'humanité des soignants.

Je reçois des messages privés (les intéressés se reconnaîtront) me disant combien ils sont choqués et comment ils n'osent pas réagir sur le réseau de peur de se faire assassiner.

J'essaie de qualifier cette vidéo : impudique ? sensationnelle ? putassière ? tragique ?

Un de mes correspondants privés, promis, juré, ce n'est pas moi qui l'ai pensé le premier, on me l'aurait reproché, me parle du kitsch kundérien. Je développe ?

C'est au delà de tout.

Cette semaine j'ai appris par téléphone, chez moi, le décès d'une de mes patientes qui m'a été annoncé par sa fille.

Avons-nous été filmés ?

Vais-je passer sur LCI ?

Dois-je faire un selfie avec le cercueil au milieu de l'église ?

Dois-je retrouver une vieille photographie de la patiente posant avec moi une veille de Noël ?

Vais-je publier, avec l'accord des familles, les photographies des trois personnes de ma patietèle qui sont mortes de la Covid ?

Milan Kundera : "Il ne s'agit pas de ressentir les émotions mais de les proclamer." Et encore : "Le sentiment n'est plus sentiment mais imitation du sentiment, son exhibition."




2 - La maladie est le salaire du péché ou le retour de l'hygiénisme

La stigmatisation des mauvais citoyens et des mauvaises citoyennes ne portant pas leurs masques quand il faut, où il faut, au bon endroit, sous le nez, sur le menton, jamais, la stigmatisation de ceux qui ne prennent pas de précautions, qui claquent la bise, qui se parlent en privé sans masque, nous fait revenir au bon vieux temps de l'hygiénisme quand la maladie était le salaire du péché.

Il est curieux et désespérant de constater qu'il semblait que des progrès avaient été accomplis sur la non stigmatisation des patients ne respectant pas les règles hygièno-diététiques dont les experts préventologues assuraient qu'elles avaient un effet sur la morbidité et la mortalité.

Les chiens sont lâchés. 

Après la Covid on pourra dire sans sourciller que les dépendants à l'éthanol qui meurent de cirrhose, ils l'ont bien mérité, que les dépendants au tabac qui meurent d'un cancer du poumon ou d'une maladie cardiovasculaire, ils l'ont bien mérité, que les consommateurs d'héroïne qui meurent d'une overdose, ils l'ont bien mérité... Je continue ?

"Ce n'est pas pareil." 

J'avais oublié cet argument.






3 - Le retour de la posture morale de la médecine

L'indignation des citoyennes et des citoyens qui ont pris toutes leurs précautions et qui pourtant ont attrapé la maladie s'étale partout sur les médias traditionnels comme sur les réseaux sociaux. Cette indignation morale stigmatise les coupables, c'est à dire à les citoyennes et les citoyens qui n'ont pas pris toutes leurs précautions par égoïsme, par manque d'altruisme, par incivisme, par folie.

Si tout le monde avait suivi les recommandations de la science, "on n'en serait pas là". 

Mais cela va plus loin : "on" s'étonne que les "bons", voir plus haut, ne trouvent pas de place dans les services de réanimation à cause des mauvais et certains s'interrogent, au second degré bien entendu, sur la légitimité des "déviants" à être soignés. 

Rien que ça.

Des médecins, j'ai des copies d'écran pour les services de répression de l'immoralité, voudraient que les personnes qui portent mal ou qui ne portent pas de masques dans la rue soient matraqués par la police de Gérald Darmanin... Des médecins se demandent si les covidiens méritent leurs médecins (il sauraient pu parler de covidaïques de sinistre mémoire)...

Chaque fois que la médecine fait de la morale elle se trompe de sujet.

Nombre de soignants et de citoyens modèles attribuent même, j'ai lu cela, toutes les morts de la Covid au président Macron et rattachent même cela au numerus clausus promulgué en... 1971 Comme si, autour de nous, en Belgique, en Allemagne, en Espagne, et cetera pour nos pays limitrophes (vous remarquerez que je n'ai pas cité le Brésil qui est aussi un pays limitrophe), il n'y avait pas eu de morts...

Et alors, quand la mort touche des jeunes, des sans facteurs de risque, des femmes enceintes, il faut trouver des coupables, outre le gouvernement Macron, et démontrer quand même que la maladie est le salaire du péché. Si des soignants meurent en soignant des patients et des patientes atteintes de Covid, si des enfants, des maigres, des naïfs, des sans traitement, sont touchés et/ou meurent, c'est en raison de l'immoralité de ceux qui ne respectent pas les mesures-barrières, qui ne souhaitent pas se faire vacciner,  qui se moquent des anciens, qui veulent vivre leur vie sans contraintes, qui privilégient l'économie à la santé.

Cela rappelle furieusement ce que l'on entendait à propos du sida...



4 - Le retour des scientistes.

Jamais les scientistes ne se sont sentis aussi à l'aise pour donner des leçons.

Ils ont joué sur du velours. Après que Raoult et consorts ont déliré et menti (mais ils déliraient, mentaient et truquaient depuis longtemps), que Péronne et compagnie ont dérapé (mais ils déliraient, mentaient et truquaient depuis longtemps), que Buzyn, Salomon et l'Etat ont déliré (mais ils déliraient, mentaient et truquaient depuis longtemps), il était tellement facile de passer pour de purs esprits scientifiques.

Voici dans le désordre les mesures sur lesquelles les scientistes n'ont cessé d'avoir raison : port du masque chirurgical dehors, port du masque chirurgical dedans, port du masque ffp2 dehors, port du masque ffp2 dedans, nettoyage des surfaces, lavage des mains, jauges dans les magasins, distance physique 1 mètre, distance physique 1,5 m, distance physique 2 m, confinement, fermeture des écoles, fermeture et/ou ouverture des commerces et lesquels, capteurs de CO2, aération des pièces, contrôle des frontières, dépistage, traçage, isolement, sensibilité et spécificité des tests RT-PCR, des tests antigéniques, des auto tests, des tests salivaires, ...

Le problème des scientistes en médecine, tient à plusieurs choses : la médecine n'est pas une science mais une méthode pour prodiguer des soins dans le cadre d'une alliance thérapeutique entre le soigné et le soignant. La méthode expérimentale n'est pas neutre tant pour le choix des sujets de recherche, leur financement, que pour leur interprétation et leur publication. Les pratiques de soins les plus répandues ne sont pas toujours (rarement ?) fondées sur des preuves expérimentales de bonne qualité. Les agences gouvernementales qui valident les soins ne sont pas indépendantes.

Mais surtout : un certain nombre de médecins partisans de la Science pure et dure estiment que la médecine est une science Inhumaine (qui ne doit pas avoir de liens avec les "prétendues" sciences humaines) et une science Asociale (qui ne doit pas avoir de liens avec les "prétendues" sciences sociales)

En réalité les chercheurs ont raison de mener des recherches mais ont tort de considérer que ceux qui ne pensent pas comme eux à un instant t sont des ignares ou des menteurs. Et, au lieu de s'attaquer aux citoyennes et aux citoyens qui n'ont pas leur éminente culture scientifique, ils auraient dû balayer devant leurs portes, dénoncer depuis des dizaines d'années les institutions académiques, leurs collègues qu'ils fréquentaient ou non dans des congrès internationaux ou au chevet des malades ou autour des paillasses qui ne respectaient pas les pratiques de la science expérimentale.

Est-il encore temps ?

Y aura-t-il un après Covid de la recherche ?






5 - Un monde sans.

Le monde Orwellien. Les restrictions, c'est la liberté.

Il ne s'agit d'ailleurs pas d'un article comme mentionné par Barbara Serrano mais d'un commentaire, une opinion en quelque sorte. Voir ICI.

Ce commentaire rappelle furieusement les comparaisons hâtives de John Ioannidis entre les pays : l'auteur Oliu-Barton donne en exemple des pays qui sont peu représentatifs de la pandémie mondiale comme la Nouvelle-Zélande, l'Islande, la Corée du sud, le Japon ou l'Australie.

Rappelons que tout ce beau monde, Miquel Oliu-Barton et certains autres co-auteurs, travaillent pour l'institut Bruegel dont le président est Jean-Claude Trichet, ex gouverneur de la banque de France, ex président de la Banque centrale européenne, institut dont le financement est assuré, outre par de nombreux fonds européens publics, par des entreprises privées sans doute neutres de tout engagement partisan comme (voir LA à la page 96 du rapport financier 2018 et la note en bas de page) Amazon, Mastercard, Novartis, Pfizer,  Sanofi, Shell ou Standard and Poor's. 

On voit que les auteurs qui émanent de cet institut privé ne sont pas des gauchistes : on peut leur faire confiance sur l'économie.

Le monde sans est une donnée classique des démagogues en santé publique : un monde sans cancer, un monde sans sida, un monde sans maladies, un monde sans douleurs, un monde sans mort. C'est aussi un vieux thème de science-fiction avec le célébrissime soma du Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley.

Quel soignant n'aimerait pas un monde sans tabac, sans alcool, sans héroïne ? ...

Cette utopie du monde sans cache une réalité sociale que les instituts néolibéraux sponsorisés par les institutions néolibérales et par les firmes mondialisées masquent : ce ne sont pas que les vieux qui sont morts ou qui sont atteints par la Covid, l'injustice ce n'est pas les jeunes qui meurent quand même, ce sont les pauvres, les immigrés, les travailleurs qui ne peuvent télétravailler, les personnes qui sont entassées dans des appartements trop petits, les personnes qui utilisent les transports en commun. Ici, nous parlons de la France. Mais, mondialement, où sont les morts ? Majoritairement dans les pays à faibles et moyens revenus. Mais une étude anglaise portant sur 17 millions de personnes montre que les minorités ethniques sont les plus touchées, en Angleterre, par la Covid : LA.





Les compagnies qui soutiennent les soutiens des auteurs de l'article










jeudi 8 avril 2021

Le nouveau médecin est arrivé : le médecin parfait



Les médecines et les médecins sont des humains comme les autres.

La pandémie mondiale de Covid montre que le fait d'avoir "fait" Bac + 7 ou 8 ou 9 ne rendait ni intelligent ni "scientifique".

Le défilé médiatique ininterrompu et incessant des professeurs, des non professeurs, des pseudo professeurs, de médecine (et/ou de chirurgie) sur les écrans et sur les ondes donne le vertige.

Les patients avec qui, nous, les médecins praticiens, parlons lors de nos entretiens singuliers sont perdus. Et ne sont pas perdus. Ils sont à la fois informés et désinformés. Ils savent et ne savent pas. Ils comprennent surtout et enfin que l'arrogance médicale n'est pas un vain mot.

Il y a aussi une génération spontanée de médecins qui ont toujours raison parce qu'ils suivent les données de la science qui changent tout le temps et donc, s'ils disent le contraire de ce qu'ils disaient hier, c'est parce qu'ils suivent au plus près ces mêmes données de la science. Disent-ils. Sauf que lorsqu'on regarde les données qu'ils avancent pour dire un jour "Oui", un jour "Non" et un jour "Peut-être", ce qui ne manque pas, c'est le manque de données robustes pour étayer leurs dires. 

Cela dit, cela nous change des personnes qui disent avoir toujours raison en gardant la même ligne, celle d'avoir toujours raison sans jamais changer d'avis. Alors qu'ils ne cessent de le faire.

Bref.

Désormais, au fur et à mesure de l'évolution de la situation, nous découvrons qu'il existe des médecins parfaits autoproclamés. Des médecins qui savent toujours tout au bon moment. Une sorte de prédestination intellectuelle et scientifique. Une contingence de l'omniscience. Des Pic modernes de La Mirandole à l'âge des réseaux sociaux et du médicalement correct universel...

Comme l'analogie est un procédé rhétorique méprisable, je ne dirai pas que ces parfaits me font penser à des protagonistes de la guerre idéologique qui sévissait au vingtième siècle entre staliniens et non staliniens.

Ces médecins parfaits autoproclamés portent toujours bien les masques (sauf certains, mais pas d'ad hominem), se passent en boucle la video de Lila Bouadma où elle montre comment les mettre, les porter, les changer, et les portent donc avec autorité et à-propos selon les lieux et les circonstances, savent en une seconde comment transformer un masque chirurgical en FFP2 (sans le toucher) et les raisons scientifiques et sources pour quoi ils doivent le faire et à quelle seconde, ne le touchent bien entendu jamais avec les doigts pendant leurs harassantes journées de labeur où non seulement ils soignent l'humanité souffrante (et reconnaissante) mais où ils planifient les séances de vaccination AZ en leurs cabinets (non sans remercier leur secrétariat si efficace et bienveillant) et vont vacciner dans les centres dédiés pendant leurs week-ends (tout en pestant contre l'idéologie des anciens valorisant les médecins dévoués)... Et ainsi les masques des médecins parfaits ne descendent-ils jamais sous leurs nez alors qu'ils ne cessent de parler d'or à leur patientèle, et ainsi les lunettes des parfaits ne sont-elles jamais embuées,  ilelles respectent des distances sociales (dont on sait par ailleurs, c'est certainement culturel, voire anthropologique, qu'elles sont différentes selon les pays et les latitudes et avec le même niveau de preuves sur leur efficacité, vérité en deçà mensonge au delà), les respectent toujours quelles que soient les circonstances, utilisent le SHA avec dextérité et compétence, se passent en boucle la vidéo de Nathan Pfeiffer Smadja où il montre comment un médecin parfait hospitalier pratique l'hygiène, sans allergie, ilelles aèrent, aèrent, aèrent, ouvrent les fenêtres, créent des courants d'air, se caillent en hiver sans être malades l'oeil rivé sur les appareils de mesure de CO2, et, last but not least, s'informent en permanence, la dernière étude scientifique adoubée par le cercle des parfaits, tout en se moquant des anciennes gloires (qu'ils n'avaient jamais encensées) pour montrer combien ils avaient eu raison de ne pas le faire, (dans l'ordre des pestiférés : Carl Heneghan, Peter Goetzsche, John Ioannidis, Tom Jefferson, Vinay Prasad), et cetera. 

Et pourtant ces médecins parfaits ont encore le temps de réfléchir aux problèmes sociétaux (le confinement, les écoles, la distanciation sociale, les inégalités de santé) puisqu'ils ne voient jamais leur famille, ne voient jamais leurs amis, ne prennent pas les transports en commun, ne fréquentent pas les cabines d'ascenseurs, font porter des masques à leurs enfants à partir de 2 ans, ne les envoient pas à l'école si les mesures barrières scientifiquement établies ne sont pas respectées, ne fréquentent jamais les cantines pas plus que les salles de repos non aérées où trônent les fameuses machines à café et à friandises qui pourraient être les nouveaux bijoux indiscrets à la Diderot, mangent donc et boivent dans leurs bureaux, des parfaits, nous disent-ils.

Les médecins parfaits (et les médecines parfaites) ont quand même des péchés mignons : 

se moquer des crétins anencéphales qui ne pensent pas comme eux, les autres médecins qui ont fait autant d'années d'études qu'eux, voire plus, les autres médecins pauci-neuronaux qui enseignent pourtant à des étudiants en médecine, les médecins qui donnent leur avis sur tout (et qui n'ont le droit de le faire, comme preuve d'adoubement, que s'ils expriment la doxa du jour, voire de l'heure ou de la minute, se moquer des médecins qui sortent de leur spécialité, les vrais comme les faux épidémiologistes, les vrais comme les faux urgentistes, les vrais comme les faux réanimateurs, les vrais comme les faux infectiologues...

se moquer des journalistes sans cerveaux, ah, les journalistes, tous des pourris, des journalistes à qui ces médecins parfaits ne cessent de donner des leçons de journalisme, l'ultracrépidarianisme étant un passe-temps sans limites, se moquer des journalistes et courir sur les plateaux pour en placer une, les seuls journalistes ayant du mérite étant celleux qui rédigent des articles bienveillants sur eux, ces médecins parfaits ne relevant pas eux-mêmes du droit à la critique, puisqu'ils sont parfaits à tout moment, surtout quand ils se trompent, la science étant tellement changeante, et donc, pour en revenir aux plumitifs, les médecins parfaits ont leurs propres organes de presse, les journaux dans lesquels il est possible de s'exprimer, et ainsi l'idée du journalisme qu'ils se font est celle-ci : écrire exactement ce que je leur ai dit...

se moquer des patientes et des patients qui n'ont pas l'heur être bac + je ne sais combien, des passantes et des passants rencontrés dans la rue, des non altruistes qui portent le masque sous le nez, et, sachez-le, braves gens, ce sont des putains d'hommes âgés, on a des statistiques, aussi fiables que celles de l'IHU de Marseille, ou des jeunes qui se claquent la bise à l'entrée des lycées, ou des jeunes, les salopards qui se réunissent pour faire des teufs, des anniversaires, des barbecues ou des apéros... des jeunes qui ne pensent qu'à eux, qui ignorent qu'ils ont des grands-parents, des parents... se moquer des patients et des patientes qui ne comprennent pas à l'instant le cherry-picking des médecins parfaits, qui ne comprennent pas à l'instant les derniers virages de l'opinion scientifique, voire les têtes-à-queue, qui ont le culot de se rendre compte que les grands professeurs issus de la prestigieuse université française sont parfois aussi des crétins finis (et ils ont pourtant suivi le cursus), sont parfois aussi des escrocs finis (et leurs pairs ne disaient rien jusque là), sont parfois des manipulateurs et des fraudeurs minables, sont parfois des délinquants médicaux en prescrivant ou en conseillant de prescrire des traitements inefficaces et dangereux...

Les médecins parfaits débusquent et ont identifié La conjuration des imbéciles plutôt que la conjuration des complotistes...

Il existe donc, comme au bon vieux temps, une ligne du Parti et non pas une ligne scientifique, cette frontière mouvante changeant tout le temps qui s'oppose à la précédente, mais un mur grillagé avec des VoPos pour tirer sur les récalcitrants.

Il n'est pas possible, selon la ligne du Parti, d'être mou/molle, d'être hésitante/hésitant, il faut foncer avec la certitude que demain les lendemains chanteront.

Et il ne faut pas se tromper. Pas faire d'anachronisme ou d'anatopisme.

Quelle est la doxa actuelle des médecins parfaits ? Nous sommes le 7 avril 2021.

Il faut vacciner à tout prix et ne pas s'arrêter à d'éventuels effets indésirables (qu'il faut taire également pour la cause du peuple) parce que la Covid est mortelle et que le rapport Bénéfices/Risques des vaccins restera toujours favorable (sauf en Nouvelle-Zélande). Ce n'est sans doute pas faux.

A ce propos : l'exemple israélien est mis en avant pour 1) démontrer l'efficacité de la vaccination (ce n'est sans doute pas faux) ; 2) mettre en avant l'efficacité de la logistique dans un pays en guerre (ce n'est sans doute pas faux) ; 3) souligner l'importance d'une politique concertée de santé publique (ce n'est sans doute pas faux).

Mais : l'exemple israélien est l'expression : 1) d'un nationalisme intégral ; 2) d'un cynisme intégral ; 3) d'une conduite tout à fait inégalitaire de la vaccination à l'échelle du pays lui-même (les citoyens israéliens puis les autres), de la région (mais le pays est en guerre) ; du monde (les usines de vaccin sont saturées et nous avons piqué les doses aux pays qui avaient moins de ressources et aux pays qui ont cru, naïvement, suivez mon regard, à l'universalisme du commerce mondial).



Ils ont eu raison. Mais il est évident que si tous les pays avaient mené la même politique, c'eût été une guerre mondiale.



La seule solution raisonnable est le zéro Covid. Là, les choses sont moins claires.

Il est possible de discuter. Mais non : le zéro Covid est LA solution. Puisqu'on a réussi à éradiquer la variole (et la poliomyélite) il sera possible d'éradiquer les coronavirus mortels (qui ont un réservoir non humain depuis la nuit des temps). Comme dirait Poutine : On ira jusque dans les chiottes du G7 et dans les latrines du Tiers-Monde pour vacciner tous les sans-abris de la planète, tous les intouchables, tous les Afghans cachés dans des grottes... Est-ce une utopie ? Est-ce la seule façon de revenir à un monde normal ? Est-ce que l'éradication du virus comme en Nouvelle-Zélande (île ou îles de presque 5 millions d'habitants) et sans vaccin (oui mais, disent les parfaits il y a le Vietnam, la Corée du Sud...) signifiera que nous ne porterons plus jamais de masques en hiver (et en été) et dans les transports en commun ? Est-ce que le zéro Covid nous obligera à nous vacciner chaque année contre le coronavirus ?

(Je n'ai pas parlé du dépistage, du diagnostic, de l'isolement, et cetera)

(Je n'ai pas parlé du retour à la société d'avant avec les wagons à bestiaux pour aller travailler, les embouteillages, les temps de transport, les classes bondées, l'enseignement en présentiel qui ressemble à une garderie généralisée pour que les parents puissent aller se faire exploiter avec joie...)

La perfection a ses limites.

Retournons à nos imperfections.

PS - Je vous propose de lire le site Du côté de la science (ICI) pour les informations pertinentes qu'il donne sur de nombreux sujets concernant la pandémie. Selon la formule consacrée : ce n'est pas parce que je conseille le site que je suis d'accord sur TOUT (cf. supra) ce qui est dit et que je peux critiquer ou non, ici ou là, ce qui est écrit et l'idéologie (parfois) sous-tendue. Je revendique la mollesse... l'hésitation... et les certitudes également.