vendredi 19 décembre 2008

TU AVORTERAS DANS LA DOULEUR

Pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté chez le lecteur car je me méfie (j'espère à tort) de ses a priori, je précise en préambule :
  1. Que je suis contre l'interruption volontaire de grossesse (IVG) pour des principes moraux non religieux qui s'intègrent dans une vision générale de la vie : opposition à la peine de mort, par exemple, mais je n'ai pas le temps de développer ici.
  2. Que toutes les femmes qui viennent consulter chez moi pour une IVG ne sont pas découragées par moi et sont adressées dans ce que j'espère être les meilleurs conditions morales et matérielles vers les structures qui pratiquent l'IVG.
  3. Je préviens en revanche ces femmes et, plus rarement (parce qu'il est trop souvent le partenaire invisible), leur compagnon (comme on dit pudiquement), des possibles traumatismes (sans, je l'espère, les exagérer) que cette IVG pourrait induire d'un point de vue pratique et fantasmatique tout comme des exceptionnelles complications locales.
  4. Je prescris la contraception sous toutes ses formes (dont la pilule sous toutes ses formes et la pilule remboursée laissant le désogestrel aux spécialistes de la corruption pharmaceutique) et n'y vois non seulement aucun inconvénient mais un fantastique progrès pour la vie pratique, érotique, amoureuse, sexuelle, quoi encore ?, des femmes.
  5. C'est pourquoi aussi je suis opposé à la pilule contraceptive masculine qui est, pour moi, une formidable régression puisqu'elle dépouille la femme de sa propre responsabilité et de ses choix et qu'elle tend à la renvoyer dans ses rôles séculaires que sont le mariage, la fidélité et la soumission à l'homme (fût-il aimé et aimant) et la soumet potentiellement au pouvoir masculin de mentir ou de ne pas mentir.
  6. Je prescris tout autant la pilule du lendemain.
  7. Je remets systématiquement des conseils personnalisés pour toute prise de pilule oestroprogestative indiquant comment prendre, comment faire quand on oublie, et ce tera, et cetera.
  8. Je conseille aussi sur la prévention des Infections sexuellement Transmissibles (IST).
Cela dit, je suis opposé à la banalisation de l'IVG, comme moyen contraceptif pour les femmes qui ne peuvent acheter le desogestrel et comme celles qui oublient de prendre le levogestrel.
Je suis opposé à la banalisation car elle pourrait avoir tendance, pour le coup, à déresponsabiliser les femmes, tout en n'ignorant pas que l'ignorance est à la base de la majorité des situations. Mais aussi l'insouciance.
Il existe bien entendu d'autres raisons d'être enceintes pour une femme (désir de se savoir capable d'être enceinte, désir d'être enceinte, désire de désirer un bébé, et cetera) mais ce n'es pas le sujet ici.

Le sujet est : je trouve que la prescription de pilule contragestive est plus douloureuse, plus contraignante, plus angoissante que l'IVG chirurgicale. Je ne voudrais donc pas que, pour des raisons idéologiques et pratiques (centres d'orthogénie versus cliniques chirugicales), les douleurs féminines fussent négligées.

C'est mon expérience (expertise interne) et je n'ai pas de publications (expertise externe) pour dire le contraire.

3 commentaires:

Nicolas a dit…

Quelle contradiction que d'encenser l'apport de la pilule pour les femmes et de rejeter les même avantages qu'apporterait la pilule masculine !

Le vrai féminisme, c'est la conquête des droits des femmes, ce n'est pas se battre contre les droits des hommes.

Docteurdu16 a dit…

@ Nicolas. C'est vous qui y voyez une contradiction : quand la femme prend la pilule, quand elle l'oublie, quand elle ne souhaite plus la prendre, quand elle la prend à l'insu de son mari, elle décide. Elle n'a pas besoin de demander à son mari / amant / s'il l'a prise. C'est tout.

Nicolas a dit…

Tout pareil dans l'autre sens, avec une pilule masculine.

En fait, le jour où nous aurons ces deux pilules, nous aurons atteint le contrôle symétrique de la fécondité conté dans « la Nuit des temps ». Chacun porte sa bague-à-tout-faire-pilule-carte-d'identité-carte-bleue, et un couple peut procréer seulement quand l'homme et la femme enlèvent chacun sa bague.