vendredi 28 septembre 2012

Générication du monde. Histoire de consultation 131.


Il s'agit plutôt d'une historiette.
Le jeune A, seize ans, vient avec sa mère me montrer ses boutons.
Il s'agit d'une allergie de contact. Sur tout le corps, enfin, sur le tronc, le dos, les membre supérieurs et inférieurs...
Je recherche des allergènes, des circonstances favorisantes, des séjours dans l'herbe, un changement de lessive, de savon liquide et je bloque.
Puis la maman a une idée lumineuse : elle lui a acheté sur le marché un survêtement à dix euro Made in China, "Ysenventpleinsurlemarché..."
La chronologie convient et nous convenons qu'il s'agit du survêtement mais elle ne se rappelle pas, il ne se rappelle pas la marque exacte. Demain elle m'a promis de me l'apporter. Demain c'était hier et elle ne me l'a pas encore rapporté.
Je n'ai pas fait de déclaration de pharmacovigilance. Tout le monde sait que certains vêtements Made in N'importe où peuvent entraîner des allergies.
Je me pose la question suivante en regagnant mon fauteuil : dois-je prescrire un princeps d'anti histaminique en faisant précéder la mention tapuscrite de mon ordinateur de la mention manuscrite NON SUBSTITUABLE  afin que le médicament délivré ne soit pas fabriqué en Chine dans un endroit reculé où ni la FDA, ni l'EMA et encore moins l'ANSM ne mettront les pieds ?
Je pense avant de prescrire à ma formidable responsabilité de prescripteur qui doit mettre en balance  l'équilibre des comptes de l'Assurance Maladie, la santé financière des pharmaciens dont on me dit qu'elle est précaire, la santé financière de Big Pharma, celle de Small Pharma (les vendeurs de génériques), les arguments moraux et sentimentaux dans le style En prescrivant un générique on casse le monopole de Big Pharma et on permet à de pauvres femmes africaines de pouvoir être traitées par des anti VIH à moindre prix et fabriqués en Chine, au Brésil ou en Inde, les arguments scientifiques de la Revue Prescrire dont la prescription en DCI et la générication du monde sont les piliers de son oeuvre morale civilisatrice, et cetera, et cetera.
(Je n'ai pas encore écrit un grand post définitif sur les génériques, cela ne va pas tarder mais il sera trop tard : mêmes les médecins généralistes sont devenus substituables).

PS du 30 septembre 2012 : un site montre comment est fabriqué le Zyrtec (édifiant) : ICI

14 commentaires:

Le docteur SBK a dit…

de tout façon ça rime à rien ces génériques, les français ne seront pas mieux portants ( le commentaire du stroumpf grognon)

Dominique Dupagne a dit…

Qu'est-ce qui te fait penser que les médicaments de marque (princeps) ne sont pas fabriqués en Chine ou en Inde ?

CMT a dit…

La France à adopté une définition très restrictive du générique ( même molécule) la où la plupart des autres pays ont adopté des définitions plus larges.
La France est aussi le deuxième pays d Europe où les génériques coûtent le plus cher ( 15 c le code contre 5 aux pays bas d après un rapport). Il n y a pas de mise en concurrence des fabroquants. Les autorités ne savent pas faire. Les plus chers sont les plus utilisés, statines et anti hypertenseurs ( statines 28 c contre 5 aux pays bas). La pression est portée sur le patient. Pas de tiers payant si refus de substitution. Les économies sont modérées en regard de ce que permettrait un contrôle accru en amont sur les prix et une formation des médecins d où seraient exclus les labos.

Docteurdu16 a dit…

@DD Bien entendu que je n'en sais rien. Mais je prétends que s'il n'existait qu'un ou deux sites de fabrication pour un grand labo de Big Pharma, il serait possible, éventuellement, de contrôler.
Mais les problèmes sont ailleurs.

Chantal a dit…

Dr du 16, même les médicamenets non génériques sont parfois fabriqués en Inde, car moins cher. Je le sais parce qu'un médicmanet original a disparu du marché, ne resta plus que deux ou trois génériques - j'ai contacter l'entreprise (big Pharma via mail) et eu la réponse que le médicament ne pouvait même plus être fabriqué en Inde sans perte alors le produit fut retiré.

Big pharma gagne toujours - aussi bien avec l'original que la copie - seul le premier a théoriquement développer le produit alors que le second n'a eu aucun frais de rechercehe ou d'achat de licence. donc de Big pharma le plus grand gagant est celui du générique (au fond ils le sont les 2, l'un plus que l'autre).

Bon samedi

Picorna a dit…

tout à fait d'accord avec Dominique : cf. Lovenox / héparine Baxter contaminée de manière volontaire par du sulfate de chondroïtine sur-sulfaté en Chine.
Derrière certains génériqueurs se cachent des labos Big pharma : sandoz (l'actuel) est une marque de Novartis.

Docteurdu16 a dit…

@ Picorna. Je suis d'accord. Cela souligne plusieurs choses : 1) le lobby politico-administrativo-industriel a donné les clés à Big Pharma ; 2) la générication augmente les risques. Il est trop tard. les libéraux sont pour la générication ; les anticapitalistes itou. Il ne reste plus qu'à passer sous le bulldozer.

CMT a dit…

Vraiment, je crois que le débat autour des génériques est un faux débat.
Le problème de fond n’est pas un problème d’outils mais un problème de rapports de force.
On apprend ainsi, que le marché mondial des médicaments représentait quelques 855 milliards de dollars en 2011 d’après le LEEM. C’était 4 fois plus qu en 1990.. Et la France (avec 63 millions d’habitants et 4,8% du marché mondial des médicaments) était en quatrième position derrière les Etats Unis (313 millions d’habitants et 37,7%), le Japon (120 millions d’habitants et 11,7%), l’Allemagne (82 millions d’habitants et 5%), et devant la Chine (1,3 milliards d’habitants et 4,7%) qui arrive en cinquième position. http://www.leem.org/article/marche-mondial

La part des génériques a beaucoup augmenté, depuis 2003 le chiffre d’affaires des génériques a doublé tous les 3 ans et en 2011 il était estimé à quelques 130 milliards de dollars soit 15% du marché des médicaments.
Le problème ne peut pas être posé en termes de qualité parce que cela fait longtemps que nos grands labos font fabriquer leurs principes actifs en Chine et en Inde (80% des principes actifs qui composent les médicaments vendus en Europe) http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/06/09/10929-mondialisation-risques-sur-medicaments. La raison en est très simple, il y en a une et une seule : c’est plus rentable.

CMT a dit…

Le problème ne peut pas être posé en termes de justice car quand les gros labos commencent à être gênés par la concurrence des génériques ils mettent en œuvre plusieurs types de stratégies. Premièrement, ils font en sorte, à travers les accords ADPIC (accords des droits à la propriété intellectuelle pour les aspects qui touchent au commerce) que leur droit à protéger leurs brevets prédominent sur toute autre considération, y compris de santé publique. En gros, cela veut dire : vous n’aurez le droit de vous soigner que si vous nous versez des royalties. Pour s’assurer l’efficacité de cette stratégie les laboratoires multiplient les me-too qui n’apportent rien et ils s’empressent de les breveter. C’était le cas pour le Glivec. Deuxièmement, autre stratégie : ils attaquent les points de législation qui autorisent un pays comme l’Inde, principal producteur mondial de génériques pour les pays pauvres, à produire des médicaments proches de ceux dont les labos possèdent les brevets, en vue d’interdire aux laboratoires indiens toute forme de concurrence avec leurs propres produits. C’est Novartis qui s’y colle dans l’affaire du Glivec mais tous les gros laboratoires sont derrière Novartis http://www.evb.ch/fr/p25019893.html .
Troisièmement, ils deviennent leurs propres génériqueurs. Le génériqueur de Servier est Biogaran. Le génériqueur de Sanofi pasteur MDS est Winthrop. Lors de la fin du brevet du Stilnox en 2003 celui-ci a été remplacé par le Zolpidem de Winthrop. Ainsi Sanofi a conservé 80% du chiffre d’affaires des ventes du Stilnox la première année de générication et 60% la deuxième. Le Zolpidem a été mis sur le marché avant la fin du brevet du Stilnox. Même stratégie de Sanofi pour le Plavix, dont il a fait un sel qu’il dit très proche du médicament original dont le brevet arrive à échéance seulement en 2013 au lieu de 2011 pour le Plavix. Le Plavix coûte très cher à la sécu, en 2007 c’était le médicament le plus remboursé avec plus de 400 millions d’euros, n’apportant rien de plus que l’aspirine dans plusieurs indications d’après la revue Prescrire http://dmg.medecine.univ-paris7.fr/documents/Cours/COP/seance4%20risqueCV/Aspirine%20et%20haut%20RCV%20-%20PRESCRIRE%202009.pdf

En dernière instance, si tout cela ne s’avère pas suffisant, et le gâteau des génériques devenant bien trop appétissant, les laboratoires sortent les liasses de billets (billets accumulés grâce à la mansuétude des autorités des pays gros consommateurs de médicaments) et se mettent à acheter massivement des laboratoires fabricant des génériques. Novartis rachète Fouguéra Pharmaceuticals aux Etats Unis pour 1,5 milliards de dollars, Abbott a racheté Piramal 3,7 milliards, GSK rachète un laboratoire fabricant des génériques argentin pour 253 millions… http://www.actulabo.com/gnriques/index.html

CMT a dit…

Dans le même temps un lobbying intense se développe pour mettre fin au « price linkage » c'est-à-dire à l’obligation pour un médicament générique, de coûter moins cher que l’original car ce serait une « entrave au développement du marché ».Il faut juste rappeler ici que le seul et unique intérêt des génériques était de coûter moins cher que les princeps.
Les principaux fabricants de génériques ne sont pas des petits poucets et siègent dans des pays développés. En 2009 c’était Téva en premier un laboratoire israélien pour 18% du chiffre d’affaires générés par les génériques, et Sandoz en deuxième position avec 10% du marché des génériques. Sandoz est la division génériques de Novartis en Suisse. On comprend mieux l’acharnement de Novartis contre l’Inde qui lui retire le « pain de la bouche », si on peut dire. Les suivants sont américains.
Finalement on a fait un grand détour par les génériques pour revenir au point de départ et la question posée est toujours la même : quand est-ce qu’on va se mettre à fabriquer des médicaments de qualité pour répondre utilement aux vrais besoins de santé des populations au lieu de fabriquer des médicament coûteux, de mauvaise qualité et inutiles pour répondre aux besoins de rentabilité des multinationales pharmaceutiques ?


Picorna a dit…

@docdu16 qu'on soit pour ou contre ou ni l'un ni l'autre (finalement comme la plupart des médecins, on veut surtout avoir des médicaments fiables génériques ou princeps), nous sommes cernés.

Nous connaissons de gros problèmes d'approvisionnement en hématologie et cancérologie suite à la "mondialisation" : des usines à l'autre bout du monde et en France qui ont le monopole de la production d'une molécule ferment, se font fermer pour des raisons de problèmes de production :
- velcade (médicament anti-myélome, sans alternative actuellement) : arrêt de production d'un des conditionnement par une usine américaine (résidus suspects dans les flacons), heureusement, sa production et partagée sur une autre usine
- torisel : production arrêtée car même problème que le velcade dans la même usine (pour le torisel, c'est moins gênant car l'efficacité est très contestable, beaucoup plus que les effets secondaires qui sont bien présents), la consigne est de continuer pour les patients en cours répondeurs (très peu nombreux, s'ils existent même vraiment…) malgré les dépôts au fond du flacon
- rupture de stock mondiale de caelyx (anthracycline liposomale utilisée dans certaines hémopathies et surtout le cancer du sein) : problème de production
- en France : arrêt de production de l'alkéran par voie orale utilisé dans le myélome en 1ère ligne, médicament de base pour le sujet âgé, l'usine a été fermée, l'ANSM n'a rien anticipé, rupture de stock, il a fallu attendre 2 mois pour qu'on puisse importer de la production allemande en attendant qu'un nouveau labo reprenne le flambeau
- plus grave quand on nous annoncé un risque de rupture de stock en ARACYTINE, médicament majeur et indispensable pour le traitement des leucémies aiguës (impossible d'attendre 2-3 mois une remise à disposition en cas d'attente)
- Belustine, BCNU, BUSULFAN utilisés dans des conditionnement greffe (la première est toujours en rupture de stock)
- Arrêt de commercialisation (merci Sanofi-Aventis) de la mitoguazone nous obligeant à changer nos protocoles de rattrapage de lymphome de Hodgkin (officiellement pour des raisons de difficultés de production mais n'est-ce pas non plus un problème de coût ?)

J'en passe et des meilleurs. C'est vraiment inquiétant.

pr mangemanche a dit…

Les ruptures de stock annoncées et l'affichage de la pénurie, ou la pénurie organisée, sont aussi des stratégies de marketing très efficaces...
Le " y en aura pas pour tout le monde" est mis régulièrement en scène à la sortie du dernier smartphone, du dernier bouquin de Machin, etc.
Permet l'attachement affectif et la fidélisation de la clientèle...

Anonyme a dit…

Incroyable désinformation sur les génériques qui fait des ravages même sur des confrères lisant des blogs sérieux.
Un seul exemple sur la mondialisation du médicament : la 1er molécule mondiale en prescription c'est l'atorvastatine (Tahor)est fabriquée à Porto Rico (source APM 4/5/12 interview du directeur de la business unit primary care").

mio noroc a dit…

Moi même j'avais un petite accident dans le TOYS"R'US dans un magasin de jouet ou j'ai travaille un mois simplement en déplacent les sachet d'achat pour clients et des liquides sont gouter de ou que une petite tache mai douloureuse et a reste plus de 10 jour rouge! J'avais signale au responsable mais il avait aucun suite pour une recherche de ou ça venait.
Une autre fois j'avais aussi des irritations de tongue de ou j'ai jette car pour un prix de 4 € cette pas rentable de les réclamer vu acheter dans un magasin a 40 km! Acheter Made in China nous apporte de pas cher mais aussi des surprises heureusement pas si risque pour la vie mais sont que des article de Chine et il faut se poser la question si on doit toujours acheter Made In China!