mardi 22 octobre 2013

Contraception hormonale : stratégies de diversion de Big Pharma : les prescripteurs et les femmes résistent.


Nous avons relaté (ICI ou LA) les controverses concernant les risques encourus par les femmes prenant la pilule oestro-progestative selon les estrogènes ou les progestatifs combinés qu'on leur a prescrits.

Les faits sont là : les pilules de troisième et quatrième génération sont plus dangereuses que les pilules de deuxième génération. Elles entraînent (sans tenir compte du tabac) un risque thrombo-embolique veineux (dépendant du progestatif) qui, la première année est, et par rapport au levonorgestrel, le progestatif de référence, multiplié par 1,76 pour le norgestimate, par 2,29 pour le gestodène, par 2,92 pour le desogestrel, par 3,55 pour la cyproterone, et par 4,14 pour le drospirenone. Quant au risque thrombo-embolique artériel, il dépend du taux d’éthynil estradiol (en sachant que le dosage optimum de 20 microg est atteint dans des pilules dites de deuxième et de troisième génération).

Cela paraît clair (voir ICI cependant) ? (1)
Il est possible de dire que le risque thrombo-embolique veineux est faible (cet adjectif est éminemment subjectif) puisqu’il est de 1,91 événements thrombo-emboliques veineux pour 10 000 femmes années à condition que la prescription de la pilule se fasse en respectant les contre-indications et sans tenir compte des facteurs de risques. Mais il faut parler des risques thrombophiliques (qui ne se diagnostiquent pas par l'interrogatoire) et surtout du tabac qui entraîne une multiplication par 9 des risques thrombo-emboliques sans distinction et augmente avec l’âge (effet cumulatif). Il n’est donc pas si faible que cela. Le tabac, comme le souligne JY Nau (ICI) est le grand oublié de l'histoire de la contraception estro-progestative et des communiqués des Agences, qu'elles soient européenne ou française. (2)

Ces controverses, et non les risques thrombo-emboliques veino-artériels encourus, ont été considérées comme des risques majeurs par les tenants experto-sociétaux de la contraception estro-progestative (publiant dans Libération, la fine fleur de la gauche bobo LA) dont font partie nombre de spécialités académiques (gynéco-obstétriciens, épidémiologistes, sociologues,  psychiatres, et cetera) dont les féministes (nous n'avons pas vérifié que toutes les chapelles féministes partageaient ce point de vue mais nous dirons, par approximation, que c'est la quasi majorité d'entre elles) arguant que cela allait entraîner une augmentation du nombre d’IVG dans les mois à venir (le fameux pill scare). Ce qui n’a pas été constaté. L'expérience danoise avait d'ailleurs montré qu'il était possible de freiner des quatre fers (passer des pilules de troisième et quatrième génération à celles de deuxième génération) sans augmentation sensible du nombre d'IVG. Vous pourrez consulter les données rapportées par JY Nau (LA) : entre 2010 et 2012 (et à la suite des travaux de Lidegaard que nous avons largement commentés ICI) les proportions de prescriptions de pilules de deuxième génération sont passées de 13 à 67 % du total, les pilules de troisième et quatrième génération passant dans le même temps de 87 à 31 %
Les chiffres français récents publiés par l'ANSM (ICI) indiquent que sur la période décembre 2012 - Août 2013 les ventes de pilules de troisième et quatrième génération ont diminué de 36,6 % par rapport à la même période de l'année précédente (avec une pointe à - 52,4 % en août) alors que dans le même temps les ventes des autres pilules augmentaient de 24,6 % (avec une pointe à + 32 % en août et avec une mention spéciale pour les pilules contenant 20 microg d'ethynil-estradiol  : + 100 %). N'est-ce pas un fameux camouflet pour les experts qui annonçaient l'apocalypse et nous citerons, au hasard, Israël Nisand et Bernard Hédon ? Et ce d'autant que durant les mêmes périodes les implants / DIU ont augmenté de 26,1 % (avec une mention particulière pour les DIU au cuivre chez les femmes de moins de 40 ans : + 50 %).

Mais si les faits sont têtus, Big Pharma l'est plus encore.
Ils ont d'abord envoyé leurs experts pour se battre en terrain découvert.
Le gynécologue David Serfaty et les autres co signataires (qui appliquent la doctrine Bruno Lina, du nom de ce grand virologue français, «Trop de corruption tue la corruption», doctrine conséquentialiste fondée sur  : "C'est parce que je reçois des subventions de tous les labos que je suis indépendant des labos..."), la lecture de leur Competing Interests étant pour le moins intéressante (ils travaillent avec toutes les grandes entreprises de la contraception hormonale), ont écrit un article (LA) qui reprend tous les poncifs que nous ont assenés les experts académiques et non académiques (le mensonge que je préfère est : "Il y a moins de phénomènes thrombo-emboliques sous contraception estro-progestative que lors d'une grossesse"), et dont le point d'orgue est une étude diligentée par Bayer Health Care (3) qui réfuterait tout danger avec les pilules de troisième et quatrième génération (ICI et LA).
Et cela marche ! 
Il y a des gens qui y croient et qui relaient l'article tel un économiste Frédéric Bizard (voir ICI) qui en profite d’ailleurs pour tacler l’Agence dans une belle envolée franco anti française en se permettant de donner des leçons de santé publique (mais oui…) qui seront démenties par les faits (comme on l'a vu plus haut avec le rapport de l'ANSM). Il écrit ceci : "26 spécialistes internationaux de renom de gynécologie, obstétrique et médecine de la reproduction estiment que 'cette crise a porté préjudice à tous, spécialement aux femmes'. Ils critiquent le fait que les autorités sanitaires françaises se sont 'senties obligées de réagir' sous la pression." A aucun moment il ne s’est posé la question des liens d’intérêts.
Mais il n'est pas le seul. 

Les blogueurs s'en mêlent comme Docbuzz, l'autre information santé (sic) comme il s'appelle lui-même, (ICI) ou les journaux comme le Quotidien du Médecin (LA)  ou le JIM (ICI). Et, très curieusement, JY Nau (ICI).

Puis arrive en sous-main l'EMA (European Medicines Agency). L'EMA a déjà été secoué par des scandales dominés, on s'en serait douté, par la non déclaration ou la non bonne gestion des liens d'intérêt (par exemple ICI avec un Français bien connu). Par l’intermédiaire du PRAC (Pharmacovigilance Risk Assessment Committee) Big Pharma publie un communiqué assassin et malin (ICI) qui parachève le marketing mix mis en place. Le communiqué innocente LES pilules estro-progestatives en mettant tout dans le même sac (première, deuxième, troisième et quatrième génération), ce qui est une stratégie classique pour enfumer tout le monde et pour rendre toute discussion difficile : « Le PRAC confirme que les bénéfices de tous les contraceptifs hormonaux combinés continuent d’en surpasser les risques ». Et passez muscade.
Et ça marche !
On prend les mêmes et on recommence : Docbuzz (ICI) et le Quotidien du Médecin (LA) qui s'y colle avec bravoure en reprenant les éléments de langage appris chez Big Pharma mais où ce qui est le plus consternant ce sont les commentaires des médecins (ou prétendus tels car c'est quasi anonyme).
Mais Le Monde résiste (ICI) et dit que l'EMA "ne fait curieusement pas la distinction entre les diverses générations de contraceptifs". CQFD.

Big Pharma a utilisé ses moyens habituels mais les médecins et les femmes n'ont pas marché comme le montrent les expériences danoises et désormais françaises.
Encore un effort et on pourra, en France et ailleurs, parler de contraception sans être intimidés par les experts et les féministes qui tentent de nous faire croire que la contraception hormonale est une des plus grandes avancées médicales et sociales de la médecine du vingtième... C'est faire fi de tous les indicateurs qui montrent combien les femmes sont encore exploitées tant dans la vie privée que dans la vie professionnelle.





Notes
(1) Le directeur de la rédaction de Prescrire a dit un jour qu'il fallait s'habituer à la disparition des pilules P3G et P4G. Il n'avait pas tort.
(2) Il est intéressant de noter que JY Nau qui, à juste titre sans doute (avis personnel), est un obsédé du tabagisme, aborde enfin la validité intrinsèque des risques thrombo-emboliques de la contraception hormonale par ce biais ! 
(3) Il faut oser, n'avoir aucun sens commun, être au dessus des lois ou des réalités, pour écrire ceci : These results contrast with those of published prospective cohort studies, sponsored by Bayer HealthCare, at the request of the European Medicine Agency (EMA) and the Food and Drug Administration (FDA) for an expanded post-marketing surveillance, which did not find such differences. This discrepancy led to an intensive scientific discussion among epidemiologists about possible confounders and biases in the published studies..

Illustration : Gustav Klimt. Le baiser (détail) : 1907 - 1908

10 commentaires:

bloodybetty888 a dit…

"Léfémistes" -> genre toutes les féministes? Vous pouvez peut être citer des noms et remplacer par "certaines féministes", parce qu'il ne me semble pas que ce sujet fasse l'unanimité parmi "léféministes". Cordialement.

CMT a dit…

Super post ! Merci.
Et qui redonne un peu d’optimisme parce que cela montre que lorsque l’ANSM est mise au pied du mur par des patientes, elle peut se mettre à faire son travail. Et que lorsque des journalistes consciencieux font des articles informatifs pour sensibiliser les femmes sous contraception, que des médecins correctement informés prennent conscience d’un problème qu’ils ignoraient, il est possible de redresser la barre et d’éviter des tragédies inutiles.

Les conflits d’intérêts des rédacteurs du fameux article du PRAC intitulé « Statement on combined hormonal contraceptives containing third- or fourth-generation progestogens or cyproterone acetate, and the associated risk of thromboembolism « sont accessibles par l’article et par le biais du site du British Medical Journal. Les voici : http://jfprhc.bmj.com/content/suppl/2013/04/10/jfprhc-2013-100624.DC1/jfprhc-2013-100624supp.pdf . On ne peut pas (plus) être surpris en s’apercevant que presque tous ses membres ont des conflits d’intérêts, la plupart d’ordre financier, avec les laboratoires fabricant des pilules contraceptives.
Je en reprendrai que les conflits de l’auteur principal et de l’auteur français David Sarfaty, membre du PRAC : « Johannes Bitzer
Department of Obstetrics and Gynaecology,
University Hospital Basel,
Basel, Switzerland
Recipient of grants and honoraria for
research projects, educational lectures
and consultant service from Bayer
Health Care, Merck (MSD), Gedeon
Richter, Pfizer.

David Serfaty
Président de la Société Francophone de
Contraception, Paris, France
Recipient of grants and honoraria for
research projects, educational lectures
and consultant service from HRA,
Conceptus, Gedeon Richter, Bayer.
La liste des sommités citées dans cet article est impressionnante et leurs conflits d’intérêts ne le sont pas moins.
Et ces conflits d’intérêts concernent très particulièrement et majoritairement les laboratoires mis en cause par les plaintes, à savoir Bayer, MSD, Pfizer http://www.liberation.fr/societe/2012/12/29/trente-nouvelles-plaintes-en-janvier-contre-la-pilule-contraceptive_870655 . Pour Bayer 14 signataires sur 18 déclarent des conflits d’intérêts avec cette firme. Les quatre restants ne déclarent pas de conflits d’intérêts ou ne citent pas de noms des laboratoires avec lesquels ils ont des conflits d’intérêts.
La liste des pilules contraceptives commercialisées en France avec leur nom, leur dosage en œstrogène et le progestatif qu’elles contiennent ainsi que les laboratoires qui les fabriquent avait été publiée par le gouvernement fin 2012, au moment de la crise provoquée par la plainte initiale http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/Classification_des_contraceptifs_oraux.pdf .

CMT a dit…

Concernant les conflits d’intérêts des membres de l’EMA, il est notable que les deux présidents français du Comité des produits médicaux à usage humain (CHMP), de l’EMA aient été mis en examen dans le cadre de l’affaire du Mediator.
Dans un commentaire il y a six mois j’écrivais ceci : « Ainsi, deux anciens directeurs du CHMP (comité des médicaments à usage humain qui évalue les demandes d’ AMM dans le cadre de la procédure centralisée) de l’agence européenne du médicament Jean-Michel Alexandre et Eric Abadie ont été mis en examen dans l’affaire du Médiator. Les deux ont en commun d’être passés par l’ANSM. Le premier a dirigé le CHMP de 1995 à 2000. Et le deuxième, Eric Abadie, de 2007 à 2012. Les deux avaient été signalés à l’office européen de lutte anti-fraude (OLAF) par Michèle Rivasi en raison de leurs conflits d’intérêts et de leur rôle dans l’affaire du Mediator. http://www.lyoncapitale.fr/Journal/univers/Actualite/Societe/Mediator-Si-Jean-Michel-Alexandre-et-Eric-Abadie-sont-mis-en-examen-c-est-grace-a-nous-se-felicite-Michele-Rivasi
Et comme, plus on fait de grandes déclarations moins ça change le Ministère de la santé a envoyé Joseph Emmerich comme représentant au CHMP. Celui-ci recruté récemment à l’ANSM dans le département où il présentait le plus de conflits d’intérêts (forcément) a été rémunéré par Bayer jusqu’à avril 2012. http://hippocrate-et-pindare.fr/2013/01/11/preuve-que-lansm-garde-des-liens-avec-lindustrie-pharmaceutique/ http://www.ema.europa.eu/ema/index.jsp?curl=pages/contacts/2010/02/people_listing_000002.jsp&mid=WC0b01ac0580028c7c »

Il y avait déjà eu plusieurs alertes en Europe, et les danois avaient agi pour réduire les risques et modifier les prescriptions. L'information devrait mieux circuler en Europe par d'autres voies que les canaux officiels.

Docteurdu16 a dit…

@bloodybetty888 Vous avez raison : j'ai écrit que je n'avais pas vérifié toutes les chapelles du féminisme. Mais je dirais que je parlais du féminisme institutionnel et bien pensant et qui s'exprime largement dans les journaux institutionnels et bien pensants. Par ailleurs il existe probablement des femmes non féministes qui ne "résistent" pas. Il n'y a donc pas un communautarisme féministe ou anti féministe.
Je réponds enfin à la question que vous ne m'avez pas posée : je ne suis pas féministe car je suis un homme (méfions-nous des hommes féministes) mais je suis à 100 % pour le combat des femmes pour leur égalité sociale...
Bonne journée.

Anonyme a dit…

"Nous ordonnons que les pollutions contagieuses des hérétiques soient extirpées des villes et déracinées des villages. Il n’y aura à leur endroit aucune possibilité de rassemblement, si bien que, nulle part, ne s’assemblera une réunion sacrilège de tels hommes. Aucun rassemblement qu’il soit public ou caché ne sera permis à la perversité de tels hommes, qui puisse servir de retraites à leurs fausses doctrines ". Édit de Théodose du 16 mai 391.

Dr MG a dit…

Abandon des pilules 3 et 4G par les femmes, seulement 53% de femmes faisant la mammographie de dépistage malgré le "matraquage"; n'y aurait-il pas le début de quelque chose ?

N'y aurait-il pas le début d'une prise de conscience que les KOL ( leaders d'opinions aux ordre de BigPharma) mentent ?

bloodybetty888 a dit…

J'aime beaucoup ce passage de votre article : "en mettant tout dans le même sac (...), ce qui est une stratégie classique pour enfumer tout le monde et pour rendre toute discussion difficile".
C'est beau de faire un article avec des liens, des citations, des références et tout et tout, mais sur le mouvement féministe, oh ben on va pas s'emmerder :
"nous n'avons pas vérifié que toutes les chapelles féministes partageaient ce point de vue mais nous dirons, par approximation, que c'est la quasi majorité d'entre elles"
Le "féminisme institutionnel et bien pensant et qui s'exprime largement dans les journaux institutionnels et bien pensants" -> c'est quoi, c'est qui? Je crois que vous fantasmez complètement, ce qui est du plus mauvais effet au milieu d'un article prétendant à la rigueur scientifique.

Sinon, à par ce point, votre billet est intéressant merci de l'avoir écrit.

Anonyme a dit…

à blooddybetty888 :
Merci de nous aider à mieux discerner les différentes prises de positions féministes sur la question en ayant la bienveillance de nous indiquer quelques pistes web...

Popper31 a dit…

Dans le genre contre attaque de Big Pharma pour vendre de nouveau des hormones, vous avez dans Le Généraliste FMC du 11 octobre, l'article du Dr Jean Belaisch gynécologue ancien président de la Société Française de Gynécologie !!!...qui ne trouve dans les traitements à la Française aucune augmentation (ou si peu) des risques liés au THS et en appelle au fameux dialogue singulier, pour traiter efficacement la ménopause. Je n'ai pas été voir ses conflits d'intérêt (qui ne sont pas mentionnés dans l'article)mais cela pourrait être intéressant.

Oubli pilule a dit…

L'oubli est inférieur à 12 heures, prenez immédiatement le comprimé oublié, et continuez les prises suivantes normalement.