jeudi 24 mai 2018

La médecine m'inquiète : microf(r)ictions (95)



95
Les laboratoires Servier ont encore la cote chez les cardiologues. Ou plutôt : les cardiologues, dont le président de la Société Française de Cardiologie, acceptent sans barguigner leur argent.
Un article bien documenté (j'ai vérifié) (ICI) rapporte un certain nombre de faits montrant que les laboratoires Servier occupent encore une place de choix dans le sponsoring cardiologique.

Malgré Mediator (voir LA).

Rappelons aux non cardiologues l'apport majeur de Servier à la pharmacothérapie mondiale.

  1. Fenfluramide (Ponderal et Isoméride) : retirés du marché pour effets indésirables graves en 1997.
  2. Amineptine (Survector) : "anti dépresseur" retiré du marché pour hépatotoxicité en 1999
  3. Tianeptine (Stablon) : antidépresseur ASMR V
  4. Trimétadizine (Vastarel) : deux de ses indications "majeures" ôtées par l'EMA en 2012
  5. Almitrine (Duxil et Vectarion) : retirés respectivement du marché pour effets indésirables en 2005 et en 2013
  6. Ivabradine (Procoralan) : anti angineux avec SMR insuffisant.
  7. Rilmédinine (Hyperium) : anti hypertenseur ?
  8. Protelos (ranélate de strontium) : arrêt de commercialisation en 2007 pour effets indésirables graves (ICI)
  9. Fusafungine (Locabiotal) : pulvérisateur nasal ; retrait du marché en 2005 pour effets indésirables (résistances bactériennes) sous son ancienne formule.
  10. Piribedil (Trivastal) : "antiparkinsonien" mineur longtemps présenté en visite médicale comme vasodilatateur cérébral.
  11. Hespéridine (Daflon) : "phlébotonique".
  12. Agomélatine (Valdoxan) : antidépresseur exposant à des effets indésirables hépatiques graves (LA)
Donc, il nous reste Fludex (indapamide), un diurétique qui n'a pas fait la preuve de son efficacité, hormis sur les critères de substitution (PA), Coversyl (périndopril), anti hypertenseur, et Diamicron (gliclazide), anti diabétique oral ayant fait la preuve de son efficacité sur des critères de substitution (comme les autres, d'ailleurs).





Résumé des épisodes précédents : La médecine m'inquiète.

96
Cent pour cent des pratiques homéopathiques sont non validées.

97
Les aliments anti cancer du professeur Khayat.

98
Madame C, quarante-et-un ans, est venue accompagner sa fille pour un vaccin. En fin de consultation : " Ah, docteur, vous pouvez me prescrire une mammographie, ma gynécologue a oublié et je dois la faire tous les deux ans. - Vous avez quelqu'un de votre famille qui a eu un cancer du sein ? " Elle réfléchit : " Non, mais ma belle-soeur, oui. - Elle fait partie de votre famille ? - Non. Mais c'est ce qui m'a alerté. - Depuis quand votre gynécologue vous fait-elle faire une mammographie? - Depuis environ l'âge de trente ans. Je suis tellement inquiète. Il vaut mieux savoir avant, n'est-ce pas, docteur ? " Je lui explique qu'elle n'a pas besoin de faire cet examen, bla bla, les risques, elle est encore plus inquiète et elle réfléchit. Je crois qu'elle va quand même téléphoner à sa gynécologue pour obtenir la fameuse ordonnance. Elle a évalué elle-même les bénéfices/risques de la mammographie. Le patient a toujours raison.



99
"Madame B, cinquante-deux ans, dont tu es le médecin traitant, est venue me consulter après son passage aux urgences non programmées de la clinique pour des précordialgies atypiques... L'examen que j'ai pratiqué est normal : pression artérielle, échographie... Je note toutefois un bilan lipidique limite chez cette patiente non fumeuse. Pour ces raisons je programme une épreuve d'effort qu'elle passera à la clinique dans quelques jours."


100
Mademoiselle A, vingt-huit ans, a perdu son bébé. Aux urgences où elle se rend on lui fait une péridurale pour « régulariser ». La péridurale, selon la patiente, ne « marche » pas. Elle commence par se faire engueuler : « Si, ça marche ! ». Bon, les douleurs qu’elle ressent sont donc factices. On l'engueule encore. On la laisse dans une salle de repos où des enfants courent dans tous les sens. Puis, quelqu’un vient la voir, de loin, et lui demande à la volée : « Vous voulez l’enterrer ou le faire incinérer ? »





mardi 22 mai 2018

La médecine m'inquiète : microf(r)ictions (96)

100 % des pratiques homéopathiques sont non validées

Mais qu'en est-il de l'évaluation des pratiques médicales standardisées et/ou consensuelles non homéopathiques ? Nous envisagerons ici les pratiques "admises" et non les pratiques "innovatrices" non encore complètement évaluées.

Et en effet il y a plus d'essais dans la littérature qui testent des innovations que d'études qui apprécient des pratiques de soins standardisées.

Prasad et Cifu (1) ont analysé 2044 articles parus dans le New England Journal of Medicine entre 2001 et 2010. 

Parmi les 1344 articles qui étudiaient une pratique médicale, 363 (27 %) concernaient des pratiques standards. 

138 articles (38 %) confirmaient l'intérêt de ces pratiques.
146 articles (40,2 %) montraient que ces pratiques n'étaient pas plus efficaces ou pires que les précédentes ou que pas de traitement du tout.
79 articles (21,8 %) ne pouvaient conclure. 
Les auteurs en concluaient que seules 38 % des thérapies standards étaient efficaces !

38 % des pratiques non homéopathiques académiques sont validées.


Un projet du BMJCE (British Medical Journal Clinical Evidence) a lui analysé 3000 pratiques médicales. Il en a conclu que 35 % de ces pratiques sont prouvées (ou probablement prouvées), 15 % sont délétères et 50 % n'ont aucune efficacité démontrée.

35 % de 3000 pratiques médicales non homéopathiques sont validées


Prasad et Cifu ont réanalysé  50 % des pratiques à l'efficacité incertaine et montré que 38 % de celles-ci pouvaient être cependant considérées comme validées. Ce qui conduit à 54 % de pratiques validées.


Après réévaluation 54 % des pratiques médicales non homéopathiques sont validées.



Une étude australienne (2) a évalué 5209 articles concernant des pratiques médicales et a identifié 156 pratiques potentiellement inefficaces ou non sûres.

Il y avait des similitudes entre les résultats australiens et ceux de Prasad et Cifu mais aussi des discordances liées sans doute au fait que le contexte des pratiques était différent : 10 ans de NEJM pour les premiers et le corpus complet de la médecine pour les deux autres. Mais surtout : différences entre pratiques hospitalières et communautaires.

(1) Prasad VK, Cifu AS. Ending medical reversal: improving outcomes, saving lives. Baltimore (USA): Johns Hopkins university press;2015.
(2) Elshaug A, Watt A, Mundy L, Willis CD. Over 150 potentially low-value health care practices: An Australian study. Med J Aust. 2012;197(10):556-560

dimanche 20 mai 2018

La médecine m'inquiète : microf(r)ictions (97)

Le professeur David Khayat, oncologiste, est un éminent médecin.

Les aliments anticancer du Pr David Khayat

Les aliments anticancer du Pr David Khayat

Pour lire la suite : ICI.

Sans commentaires.

jeudi 17 mai 2018

La médecine m'inquiète : microf(r)ictions (98)


98
Madame C, quarante-et-un ans, est venue accompagner sa fille pour un vaccin. En fin de consultation : " Ah, docteur, vous pouvez me prescrire une mammographie, ma gynécologue a oublié et je dois la faire tous les deux ans. - Vous avez quelqu'un de votre famille qui a eu un cancer du sein ? " Elle réfléchit : " Non, mais ma belle-soeur, oui. - Elle fait partie de votre famille ? - Non. Mais c'est ce qui m'a alerté. - Depuis quand votre gynécologue vous fait-elle faire une mammographie? - Depuis environ l'âge de trente ans. Je suis tellement inquiète. Il vaut mieux savoir avant, n'est-ce pas, docteur ? " Je lui explique qu'elle n'a pas besoin de faire cet examen, bla bla, les risques, elle est encore plus inquiète et elle réfléchit. Je crois qu'elle va quand même téléphoner à sa gynécologue pour obtenir la fameuse ordonnance. Elle a évalué elle-même les bénéfices/risques de la mammographie. Le patient a toujours raison.



Résumé des épisodes précédents.

99
"Madame B, cinquante-deux ans, dont tu es le médecin traitant, est venue me consulter après son passage aux urgences non programmées de la clinique pour des précordialgies atypiques... L'examen que j'ai pratiqué est normal : pression artérielle, échographie... Je note toutefois un bilan lipidique limite chez cette patiente non fumeuse. Pour ces raisons je programme une épreuve d'effort qu'elle passera à la clinique dans quelques jours."


100
Mademoiselle A, vingt-huit ans, a perdu son bébé. Aux urgences où elle se rend on lui fait une péridurale pour « régulariser ». La péridurale, selon la patiente, ne « marche » pas. Elle commence par se faire engueuler : « Si, ça marche ! ». Bon, les douleurs qu’elle ressent sont donc factices. On l'engueule encore. On la laisse dans une salle de repos où des enfants courent dans tous les sens. Puis, quelqu’un vient la voir, de loin, et lui demande à la volée : « Vous voulez l’enterrer ou le faire incinérer ? »



Illustration :
Johann Walter (1869-1932)Forêt de bouleauxVers 1903-1904Huile sur toileH. 81 ; L. 103 cmRiga, musée national des Beaux-Arts de Lettonie© Photo Normunds Brasliņš

Exposition

10 avril - 15 juillet 2018 Musée d'Orsay - Paris







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lundi 14 mai 2018

La médecine m'inquiète : micro f(r)ictions (99)

Le Tintoret (1519 - 1594)  - Autoportrait (1547)


99
"Madame B, cinquante-deux ans, dont tu es le médecin traitant, est venue me consulter après son passage aux urgences non programmées de la clinique pour des précordialgies atypiques... L'examen que j'ai pratiqué est normal : pression artérielle, échographie... Je note toutefois un bilan lipidique limite chez cette patiente non fumeuse. Pour ces raisons je programme une épreuve d'effort qu'elle passera à la clinique dans quelques jours."




Résumé des épisodes précédents.

100
Mademoiselle A, vingt-huit ans, a perdu son bébé. Aux urgences où elle se rend on lui fait une péridurale pour « régulariser ». La péridurale, selon la patiente, ne « marche » pas. Elle commence par se faire engueuler : « Si, ça marche ! ». Bon, les douleurs qu’elle ressent sont donc factices. On l'engueule encore. On la laisse dans une salle de repos où des enfants courent dans tous les sens. Puis, quelqu’un vient la voir, de loin, et lui demande à la volée : « Vous voulez l’enterrer ou le faire incinérer ? »