mardi 9 juillet 2013

Il faudra un jour que je comprenne pourquoi une jeune femme de 27 ans consulte pour un rhume.


Cette phrase que j'avais écrite dans un dernier billet (ICI) a choqué une consoeur sur le Forum Lecteur Prescrire (LecteurPrescrire@yahoogroupes.fr) réservé aux abonnés de Prescrire mais où l'inscription est libre, sans rapports avec la Revue et où les propos ne sont pas modérés (dans les deux sens du terme). 
Cette question est fondamentale, selon moi, si l'on veut comprendre les enjeux de la médecine générale et de la médecine en général.
Il est nécessaire, bien entendu, de s'entendre sur les pré requis de mon propos avec lesquels ma consoeur est peut-être d'accord ou pas d'accord.
  1. Excès de médicalisation de la vie (un pet de travers mérite une consultation)
  2. Excès de médicalisation des symptômes (un rhume "guérit" tout seul en une semaine et en huit jours après consultation d'un médecin)
  3. Excès de prescriptions inutiles (un symptôme, un ou des médicaments)
  4. Excès d'arrogance médicale (profiter de ce rhume pour parler d'autre chose)
  5. Excès de dramatisation de la santé (si vous avez un cor au pied, consultez vite votre médecin)
  6. Excès de recherche de la bonne santé (l'hédonisme comme principe de la vie)
  7. Excès de réquisition des médecins pour des faits banals  de l'existence (désamour, panne d'oreiller, rupture...)  
Cette jeune femme a pris rendez-vous parce qu'elle était gênée par son rhume. Elle ne venait pas non plus pour me demander un arrêt de travail (c'est pour répondre à l'objection classique de ceux qui pensent que le médecin généraliste est un distributeur automatique d'arrêts de travail, ce qui, parfois, n'est pas tout à fait faux).
Ma consoeur argue que le médecin généraliste ne peut pas faire que de la "grande" médecine et que c'est là le "charme" de notre exercice que de recevoir ce type de malades. Elle dit également que si l'on ne reçoit plus les malades qui ont un rhume la suppression des médecins généralistes est prévisible.

Encore une fois, et ma consoeur le sait aussi bien que moi, la pratique de la médecine générale signifie longitudinalité de l'action (sans compter la rare transversalité : faire des points de suture ou voir une fois un malade que l'on ne reverra plus) et donc, je mets un millier de guillemets "éducation" du citoyen.

La patiente à rhume n'a rien à faire dans mon cabinet.
Je persiste.
Cela ne signifie pas : Délégation des tâches. Cette délégation des tâches me rend fou. Le champ de la médecine étant de plus en plus vaste et les médecins refusant de le dire, ils se débarrassent de ces tâches prétendument subalternes sur des tâches (mais ils ne le disent pas, ce n'est pas correct socialement, ils disent les merveilleuses infirmières et aides-soignantes qu'ils méprisent toute l'année en leur laissant les tâches subalternes)... 
Prenons l'exemple de la mesure de la Pression Artérielle. Le rêve de tout médecin qui-a-fait-huit-ans-d'étude c'est de ne plus avoir à la mesurer. Et de citer les merveilleux cabinets de médecine générale du Royaume-Uni avec secrétariat, infirmières, aides-soignantes, assistantes sociales, démonstratrices de prise de ventoline, rendus possibles grâce au NHS tout puissant où une paramedic mesure la PA avant que le médecin du haut de sa splendeur ne fasse le diagnostic d'HTA ou ne renouvelle le traitement anti hypertenseur ou ne le modifie. Les automesures sont arrivées : le patient intériorise sa maladie ou sa prétendue maladie et rend son anxiété plus ou moins palpable... La délégation des tâches est passée du médecin à l'infirmière et s'est retrouvée chez le patient. Des études montrent certes que la prise de PA répétée par des infirmières diminue les chiffres de PA et le nombre d'hypertendus potentiels détectables par les médecins (mais les nouvelles recommandations européennes dont je ne vous donne pas le lien tant je n'ai pas envie de leur faire de la publicité, abaissent encore les objectifs tensionnels, la différence entre non hypertendu et patient mort régressant comme peau de chagrin, recommandations, comme vous vous en doutez, qui ont été rédigées par des experts non pas dénués de liens d'intérêts, on sait que seuls les experts invités dans les congrès et prêtant leur nom à des articles qu'ils n'ont pas écrits sont de vrais experts connaissant la question, mais des experts tellement pétris de liens d'intérêts qu'ils sont incapables de se rappeler qui les a nourris) mais aussi que la prise répétée de la PA augmente le nombre des médicaments anti-hypertenseurs prescrits. On voit que rien n'est simple et que dans l'auberge espagnole appelée également traitement de l'Hypertension, chacun peut apporter ses croyances, ses normes et ses traitements. Il existe même, désormais, ce sont les hypertensiologues qui l'ont créée (on remarque que plus les médecins se spécialisent et plus la conscience de leur ridicule s'éloigne d'eux) une consultation d'annonce pour l'hypertension ! Et je me rends compte que ce n'est pas récent : cela avait dû m'échapper en décembre 2012 : je dois m'y mettre. Nul doute que cette consultation d'annonce sera au programme du futur ECN, catégorie rigolade.
Mais la délégation des tâches, c'est aussi le credo de l'Eglise de Dépistologie. C'est pourquoi les pharmaciens, dont les syndicats doivent être très forts par rapport aux nôtres (ils ne perdent pas d'argent en vendant des génériques, par exemple), voient le champ de leurs compétences élargi : surveillance de l'INR (on comprend immédiatement le lien d'intérêt : compenser par le paiement d'une surveillance jusque là gratuite effectuée par le médecin généraliste le manque à gagner de la non prescription par ces mêmes médecins des Nouveaux Anti Coagulants, appelés NAC, qui n'ont pas besoin de surveillance, on ne rit pas, et qui sont très chers et rapporteront une marge plus importante aux pharmaciens... Si vous ne me suivez pas, demander à votre gériatre préféré qu'il vous prescrive une IRM pour savoir si vous ne couvez pas un Alzheimer), dépistage du diabète, des maladies cardiovasculaires, de la grippe, des angines à streptocoques, et cetera (voir ICI et LA).

Revenons à notre consoeur.
Quest-ce que risque cette jeune femme de 27 ans, hormis le désagrément d'être enrhumée ? Une septicémie ? Une déviation de la cloison nasale ? Passer à côté d'une allergie ? 
En passant chez le médecin elle risque surtout qu'on lui prescrive du Derinox ou du Rhinadvil.
En passant chez le pharmacien elle risque qu'on lui prescrive de l'Aturgyl ou de l'Actifed.
Voilà.

Un dernier point sur la médecine générale longitudinale : je dis à ma patiente et dès son plus jeune âge, ou je le dis à ses parents, qu'un rhume ne mérite pas une consultation, qu'un rhume se soigne tout seul, qu'elle achète des mouchoirs en papier et qu'avec un peu d'eau de mer cela devrait aller mieux. Et le Nombre de Malades A Ne Pas Traiter (NMNT) va augmenter : voir ICI. N'est-ce pas le but de la médecine générale en ces temps de sur consommation tout azimuts ?

Bon, à ce moment, j'envoie le texte à ma consoeur pour lui demander, d'abord, si elle accepte que je publie sa participation involontaire et, ensuite, si elle a des commentaires à faire et / ou si je peux publier le billet tel quel. Elle me répond longuement et me dit que le jour où elle a lu le billet elle a vu des malades lourds et éprouvants et qu'elle n'a en revanche pas vu de rhume. Et qu'elle n'aimerait pas que les politiques pensent (mais ils le pensent déjà) que la médecine générale, c'est le rhume.

Bon, elle a accepté.

Et vous, que pensez-vous du mystère humain qui fait qu'au vingt-et-unième siècle, une jeune femme de 27 ans consulte pour un rhume ? C'était la question de Ch M.


32 commentaires:

zigmund berthold a dit…

ce sera suffisamment rare pour que je le signale : sur ce sujet je suis ok avec toi à 100%
la délégation de tâches agite beaucoup les oph moi ça me rend fou de rage

Frédéric a dit…

Docteur,

je soupçonne un puissant lien d'intérêt entre vous et des fabriquants de mouchoirs et/ou d'eau salée.

Mentalo a dit…

Pour le point 7, je me demande s'il ne vaudrait pas mieux consulter un marabout, ils m'ont l'air bien efficaces. ;-)

PharmaML a dit…


Le problème des pharmaciens est leur modèle économique: la marge. Justifiée quand le fabricant et le vendeur était la même personne, elle ne l'est moins depuis l'industrialisation du médicament . Résultat ils sont pris entre 2 gros sur les médicaments remboursables qui représentent la majorité du chiffre d'affaires: la sécu qui cherche par tous les moyens de baisser le coût de la branche médicament (es-ce vraiment la branche la plus coûteuse ou bien la plus facile à ajuster ?) et les laboratoires qui ont des CA dignes du Luxembourg mais eux ils sont en déficit comme les pays de l'UE. Au milieux de tous ça, il y a le pauvre pharmacien avec ses pauvres millions de CA sur laquelle sa marge baisse (un CA élevé ne signifie par un bénéfice élevé).

N'es-ce pas paradoxal que pour des professions dites libérales (pharmaciens, infirmières, médecins, ...) le prix ne soit pas libre?

Depuis plus de 10 ans, on parle de la rémunération à l'acte pour changer le modèle économique de la pharmacie. Et son arrivée timide pour l'INR se fit dans la douleur: plus un an entre la convention et l'application concrète des entretiens (c'est à dire la rémunération).

Pour ce qui est du prix des NAC, je pense que vous devriez savoir que les pharamaciens subissent la marge lissée: plus c'est cher moins il y a de rémunération.
Enfin les entretiens de l'INR ne se font que sur la coumarine et la fluindione et n'est qu'une causerie: pas d'accès aux résultats biologiques (sauf si le patient vient avec) et pas d'autorité pour modifier la posologie (contrairement à certaines secrétaires de médecins qui ont protocole pour dire si il faut baisser 1/4 en fonction de l'INR).
L'entretien est juste un moyen pour la sécu de sensibiliser de manère plus large les malades à leur traitement, certains n'étant que peu conscient de la dangerosité des AVK.

Une surveillance bi-annuels, avouez que c'est plus de l'accompagnement.

Je n'ai pas encore délivrer de NAC.

Pour finir, sur la délégation des tâches, je pense que cela arrivera à cause de la pseudo-pénurie de médecins. Comme les médecins ont le droit de s'installer n'importe où, il existe des endroits sans médecins et dans ces lieux d'autres prendront leur place avec le risque qu'un jour un responsable politique s'interroge sur la pertinence du médecin généraliste, si ses fonctions sont délégués à tous. La faute aux étudiants en médecine qui hurlent à l'assassin dès que l'on leur parle de contrainte d'installation.
Les pharmaciens ont, eux bien voulu, sacrifier un peu de leur liberté pour le bien commun des malades. Et c'est par l'argument du maillage territoriales que leur syndicat peuvent avancer leur pions.

Frédéric a dit…

@ PharmaML

"Les pharmaciens ont, eux bien voulu, sacrifier un peu de leur liberté pour le bien commun des malades."

C'est bien connu, la profession est un modèle d'altruisme désintéressé et d'honnêteté.

D'ailleurs tous refusent systématiquement les nombreux cadeaux en nature et autres montages financiers avantageux que leur proposent régulièrement l'industrie pharmaceutique.

Quant à ces salauds d'étudiants en médecine qui refusent de choisir entre le bénévolat et l'esclavage en désert médical, disons que...
Les mots me manquent.

CMT a dit…

Que voilà une super illustration de ce que je disais dans les commentaires du billet précédent.
Des groupes d'intérêt s'entredéchirant pour savoir qui est le plus méritant et qui mérite la plus grosse part deu gâteau.

Je vais rajouter ma petite voix aphone au coeur des chouineurs.
En effet, j'ai lu avec horreur que les nouveaux "praticiens territoriaux" vont toucher 3600 euros par mois de salaire net dès la sortie de leur internat. C'est à peu près trois fois ce que touche un médecin territorial rattaché au conseil général en début de carrière et autant que ce que touche le même médecin en fin de carrière.
Booouuuh! C'est vraiment, vraiment trop injuste.(Caliméro)
(finalement ce n'est pas si difficile de trouver des sujets de mécontentement quand on s'en donne un peu la peine)
A JCG: tu voulais que je m'exprime et bien, je m'exprime.

ami89 a dit…


Bien que les idées développées dans cet article soit intéressantes comme toujours, il y a beaucoup d'approximations!
Et cette fois, vous avez décidé de tirer (en partie) sur le pharmacien d'officine.
1. Comment pouvez-vous dire qu'une rupture est un fait banal de l'existence? Le patient se marie (ou pas), a quelques enfants (ou pas), passe quelques années de vie commune et hop... On passe au prochain conjoint?
[2. J'apprends que le médecin fait 8 ans d'études...]
3. Comment pouvez-vous penser que les syndicats des pharmaciens sont plus forts que les vôtres?
Si tel est le cas, pouvez-vous expliquer cette économie: http://www.wk-pharma.fr/actualites/detail/67379/actualites-socio-pro-detail/15-milliard-d-economies-sur-le-medicament-en-2012-et-2013.html
Nos syndicats prennent un malin plaisir à baisser les prix des IPP, passant l'Oméprazole Gé. de 14€ à 9€ la boîte? Et ce n'est là qu'un exemple, puisqu'il n'y a pas que les IPP que cela concerne...
A titre d'exemple, ce mois-ci on a des antihypertenseurs, des traitements de l'asthme qui sont touchés, sans parler de certains antiarthrosiques déremboursés.
Sans oublier les économies prévues pour 2014 ici: http://www.wk-pharma.fr/actualites/detail/66247/actualites-socio-pro-detail/medicaments-1-milliard-d-euros-de-baisses-de-prix-en-2014.html
Et votre mauvaise foi / ignorance (?) ne s'arrête pas là puisque vous persistez à attaquer les entretiens pharmaceutiques. Le seul concerné (aujourd'hui) étant les AVK.
Pouvez-vous me rappeler les chiffres d'hospitalisation / décès à cause de ces traitements?
Pourquoi?
Aujourd'hui, si le million de patients traité par AVK se ruait à la pharmacie pour les 2 entretiens, cela ferait 40€ pour les pharmaciens. Précisons qu'ils ne seront pas versés en 2013. Soit un total de 40 millions d'euros répartis sur 22 500 pharmacies. Regardez, nous sautons de joie! Tellement de joie qu'on ferme carrément les pharmacies: http://www.wk-pharma.fr/actualites/detail/54919/actualites-socio-pro-detail/demographie-moins-de-pharmaciens-et-plus-de-fermetures-d-officines.html
Quant aux nouvelles missions, rappelez-moi quelle est aujourd'hui la rémunération accordée pour les pharmaciens? 0€! Je ne parle pas de l'intérêt en soi.
Les NACO rapporteront une marge plus importante aux pharmaciens? Laissez-moi rire! Vous connaissez quelque chose à la marge du pharmacien? A titre d'exemple, le Pradaxa 110mg B/60 qui coûte 75,78€ rapporte (à peu près) autant que l'Oméprazole Gé. qui coûtait 14€ et des poussières jusqu'au 01/03/2013...
Oui, le médicament générique c'est ce qui a sauvé de nombreuses pharmacies. Et c'est ce qui continue encore aujourd'hui!
Par ailleurs, en passant directement en pharmacie, la patiente ne voit pas de prescription! Le pharmacien ne prescrit pas. Et l'Aturgyl étant un médicament de Liste II, je vois mal le pharmacien "donner" ce médicament au premier patient venu!

CMT a dit…

Juste pour mémoire, je signale le rapport récent présenté par Michème RIVASI montrant que, dans l'opacité la plus totale, les prix fixés pour les médicaments sont bien pus chers en France que dans les autres pays européens.
http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Sante.-Les-medicaments-trop-chers-en-France-_43225-2206171_actu.Htm
10 milliards d'économies envisageables si les prix étaient les mêmes que dans des pays proches.
Comme pour les lunettes: la population doit-elle financer des marges suffisantes pour des officines bien trop nombreuses?
Ca peut se discuter. Mais, en fait, çà ne se discute pas. C'est comme-ça un point c'est tout. Puisque cela arrange à la fois les labos, les pharmaciens et les membres de la CEPS qui fixe les prix des médicaments.

Docteurdu16 a dit…

@ Ami89
L'intérêt de la transparence des billets c'est que l'on peut corriger les erreurs.
Merci.
Bon.
Je ne tire pas à vue sur les pharmaciens : je n'en ai rien à cirer.
Ce que tu écris me confirme ceci : le dépistage en pharmacie, c'est de la poudre aux yeux, les syndicats font cela pour que vous oubliez toutes les couleuvres que vous avalez.
Donc : sans intérêt.
Que les génériques aient sauvé les pharmacies me rend perplexe : que l'invention la plus administrative, la plus déresponsabilisante, la plus néo libérale, la plus globalisante qui soit soit ainsi perçue...
Un de mes amis pharmacien qui se reconnaîtra dit que l'arrivée des génériques, c'est la plus grande catastrophe qui soit arrivée aux médicaments et aux pharmaciens.
Voici : le rhume, ce n'est ni le médecin, ni le pharmacien.
Quant à la rupture, ce n'est pas obligatoirement médicalisable. Tout comme le deuil. C'est l'autonomie kantienne ou illichienne.
Merci pour ces commentaires et amitiés.

ami89 a dit…

Puisque le sujet est lancé, je vais déborder...

@CMT: Je suis d'accord avec ce que vous dites: les médicaments sont chers en France, et il y a une surconsommation. Aucune doute là-dessus. En revanche, "cela arrange [...] les pharmaciens" c'est vite dit... Est-ce qu'ils ont vraiment leur mot à dire?
Aucun mot n'est touché concernant la marge du pharmacien d'officine par rapport à ces autres pays...

@docdu16: Merci d'avoir répondu aussi rapidement. Et je renouvelle mes excuses.
D'accord aussi sur votre commentaire. Pour les génériques, oui, c'est une grosse aberration inexplicable.
Ca donne parfois ceci: http://ami89-pharma.blogspot.fr/search/label/G%C3%A9n%C3%A9riques
Cela fait perdre un temps fou au comptoir, aujourd'hui encore. Sans parler du fait qu'on augmente le risque d'erreurs. Aussi bien au niveau de la dispensation, que de la prise du médicament.
Maintenant il y a 2 manières de réagir pour un pharmacien d'officine: dire non aux génériques et recevoir des coups de la sécurité sociale ou se plier à la politique, essayer de bien faire son travail, et accessoirement contribuer à un modeste effort d'économie.
A choisir, selon le contexte actuel, et en sachant que la marge est améliorée par les médicaments génériques, ce n'est pas difficile.

Frédéric a dit…

@ Madame CMT

Je ne saurais dire si c'est le côté enthousiaste ou le côté extrémiste qui me plait le plus chez vous...

Mais vous me plaisez c'est sûr.

Cordialement !

CMT a dit…

A Frédéric,
je vous expliquerai bientôt, j'espère, en quoi être fou est extrèmement bon pour la santé mentale (j'exagère un petit peu).

Qui bénéficie des la cherté des médicaments? Voici:http://www.medcost.fr/html/chiffres_sante/industrie_pharma/medprix.htm
Les opticiens disent qu'il leur faut vendre les lunettre très cher pour faire de la marge, car ils en vendent en moyenne deux par jour.

Une autre solution: réduire le nombre de magazins d'optique et permettre à plus de monde de se payer des lunettes.
Tout se discute.

CMT a dit…

Une référence plus récente, car je me suis aperçue que la précédente datait un peu (1999):> augmentation du pourcentage de l'industrie pharmaceutique (de 64 à 67%)à supposer que la base de calcul demeure la même
http://www.leem.org/article/prix-des-medicaments-indices-evolutions-0

ami89 a dit…

Merci pour ces liens intéressants.
En réalité, c'est de l'ordre de 27,5% de marge brute, tout confondu.
Si on analyse juste le médicament remboursable, c'est beaucoup plus bas (après, ça dépend de plusieurs facteurs évidemment).

http://www.jaibobola.fr/2011/11/marge-grossiste-pharmacie.html

A cela, on retranchera le loyer et les différentes charges, les salaires et tout ce qui va avec.
Ce qui laisse 11% environ pour rembourser le crédit, payer l'IR (ou l'IS), bien vivre...

zigmund berthold a dit…

après avoir parcouru les autres comms, une précision : je n'ai pas perçu de tir à vue sur les pharmaciens. la délégation de taches dont je parle est celle que je connais dont on nous rebat les oreilles en ophtalmo : embauchez des orthoptistes pour la première partie de la consultation ...
(mais ça nous entraine trop loin)
nous avons aussi nos "rhumes" en ophtalmologie

docplancher a dit…

pour CMT: il y a vraiment des toubibs qui acceptent de bosser pour 1200€/mois??Si oui , c'est vrament des glands

CMT a dit…

A Docplancher
J’avoue mon ignorance. Je ne sais pas ce que le mot »gland » veut dire exactement. Mais en l’occurrence, le féminin conviendrait mieux. Des »glandes » sûrement. La grille indiciaire démarre au premier échelon à 1754 euros bruts pour les médecins territoriaux. Il y a toujours une prise en compte de l’ancienneté, des années d’internat, ce qui fait qu’on peut démarrer, à la sortie de l’internat à quelques 2000 euros bruts. Mais après la progression est très très lente. Et on peut faire du sur place pendant plusieurs années avant de changer de classe (sauf si on a du piston bien entendu). Voire ne jamais changer. Car le changement de classe n’est pas automatique et se décide en commission administrative paritaire, dont les critères de décision demeurent obscurs. Et ces derniers temps cela devient de plus en plus fréquent d’attendre et d’attendre. Voici la grille indiciaire http://www.emploi-collectivites.fr/Grille-indiciaire-territoriale-medecin-territorial/14/12.htm.
Pour une femme c’est une manière de ne pas trop déléguer ses devoirs parentaux. Et, pour ma part, depuis que j’ai découvert la prévention, j’ai toujours trouvé beaucoup de satisfaction dans mon travail. Mais je ne devrais pas dire ça ici.
Voici, pour poursuivre sur l’autre sujet un document assez synthétique de Michèle Rivasi en réponse au LEEM, syndicat des médicaments http://www.michele-rivasi.eu/medias/cout-des-medicaments-en-france-la-reponse-au-leem/ .
Disons que l’argumentaire ne tombe pas vraiment sous le sens et qu’il faut s’y attarder un peu quand on n’est pas expert du problème. Mais, en gros, si on fait des recoupements avec le rapport de l’IGAS, le fait que la France arrive à dépenser le double de ce que dépense l’Italie (quelques 35 milliards en France) pour les médicaments pour un bénéfice sanitaire équivalent pourrait s’expliquer :
-parce que les prix fixés par le Comité Economique des Porduits de santé , CEPS, est très élevé, et que même les génériques sont plus chers en France qu’ailleurs en Europe.
-parce que les dépenses de médicamenteuses hospitalières augmentent de manière galopante, et que cette augmentation n’est pas compensée par une diminution suffisante en ville. Les médicaments « innovants », notamment anticancéreux, financés dans le cadre de la « liste en sus » coûtent très cher pour peu de bénéfices http://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/RM2012-044P_Financement_Medic_en_sus_.pdf (« Sous ce prisme d’analyse, de très nombreux médicaments
figurant sur la liste en sus ne présentent pas ou plus de progrès thérapeutique significatif. Mais les
règles suivies pour fixer leur prix ne prennent pas assez en compte ce constat et aboutissent à des
résultats très discutables. »)
- Parce que les médecins (dont 80% des généraliste et 70% des spécialistes reçoivent des visiteurs médicaux) prescrivent des médicaments récents et chers, dont les effets indésirables sont mal connus et qui n’apportent pas grand-chose par rapport aux existants (ASMR faible ou nul)
- Parce que les Français, contrairement aux Allemands, aux Italiens aux Britanniques, vont voir le médecin et se bourrent de médicaments pour un simple rhume
- Parce que l’ANSM continue à retirer des médicaments peu chers et anciens à l’efficacité et aux effets indésirables biens connus pour laisser la place à des médicaments chers et récents
- … et j’en oublie
Globalement le reste à charge augmente pour les patients.

Le docteur SBK a dit…

Depuis que les pastilles pour la gorge ne sont plus remboursées j'en vois moins.
Il y a aussi l'urgence ressentie: dans toutes les émissions télé ils insistent: "au moindre signe consultez votre médecin"
Et voilà comment les consultations sont encombrées.

m bronner a dit…

J'en pense que nous désirons le "silence absolu des organes".
J'en pense que tout a été organisé pour que nous en
entendions le moindre bruit.
J'en pense qu'il est disgracieux d'être obligé de se servir d'un mouchoir;
et aussi que chaque symptôme peut être l'annonce du pire.
J'en pense qu'en matière de santé comme en politique, on ne nous laisse plus penser. Chaque propos consacré à la santé va se conclure par une proposition de consultation au cas où!
Et le médecin est à la place du devin...
J'en pense qu'en matière de santé, on ne nous laisse plus ne pas la penser...le bon citoyen se doit d'entretenir son corps selon le calendrier des révisions prévu par l'état et ceci auprès des concessionnaires agréés!
J'en pense qu'au moindre signe qui manifeste que notre corps n'est que "chair" et par là même putrescible, l'ensemble de nos concitoyens va proposer "de faire quelque chose" un traitement de fonds, une visite chez le spé, voire à l'hôpital et se détourner du tire-jus glaireux avec une moue dégoûtée.
Car oui, et je sais que c'est dégoûtant et dangereux, j'ai gardé et j'aime sortir de ma poche le gros mouchoir à carreaux...

NP a dit…

@Docplancher et CMT. Docplancher choisissez vos mots. CMT, j'ai du mal à trouver les miens devant celà. Je veux bien être taxé de corporatisme si je dis que les bras m'en tombent et j'accepte d'être un suppôt du libéralisme et d'une guerre déclarée des agents économiques si je dis alors à quoi bon ?
Tout ça pour ça ? En plus d'être un cerveau et une polémiste redoutables, un médecin consciencieux, investi et responsable, vous êtes une sainte.
Que peuvent y comprendre des jeunes: concours, études, métier utile et de responsabilité pour ces perspectives ?
Ben, moi aussi je suis perdu...

CMT a dit…

A NP
Soyons réalistes. Si vous me demandez si j’aspire à vivre dans un trois pièces HLM à 5, je vous dis non. J’ai déjà donné. Si vous me demandez si je suis prête à consacrer tout mon temps à gagner le plus d’argent possible pour vivre dans un palace et rouler en BM, je vous dis non aussi.
Les gens qui ont apporté quelque chose en termes de relfexion avaient beaucoup de temps à disposition pour penser : Voltaire, Montaigne, Diderot. Même mon chouchou, Spinoza, qui répudié par sa famille et sa communauté, devait gagner sa vie en polissant des verres d’optique, se laissait beaucoup de temps pour penser en évitant de fréquenter ses contemporains, même s’il a entretenu une copieuse correspondance. Je veux dire que penser demande du temps et qu’on ne peut pas penser si on est tout le temps en train d’agir, de travailler, de consommer ou autre. Du temps et de l’espace de cerveau disponible, comme le disait JCG.
Il y a aussi pour moi des contraintes pratiques. Un conjoint, non médecin, travaillant quelques 60 à 70 hs par semaine. Personne pour prendre le relais à part moi. Je me suis arrangée pour que mes enfants « ne manquent de rien ». Même si à présent je me pose la question , comme les parents modernes en général devraient le faire : n’aurait-il pas été plus bénéfique de s’arranger pour qu’elles « manquent de quelque chose » ?
Et aussi, je dois le dire, une certaine déception de la médecine générale. Quelque chose qui n’accrochait pas. Mais depuis que je lis JCG je comprends mieux quoi. Et je commence à croire qu’il y a moyen d’y remédier.
Quant à ce que dit docplancher, je fais une traduction littérale, ça me passe très au dessus de la tête. Ce qui veut dire en clair : je m’en fiche.
Beaucoup d’hommes se prennent pour les rois du monde quand ils doublent un papi dans son tacot au volant de leur puissante BM. Moi et le papi on s’en fout. Parce qu’on sait bien qu’une voiture n’est jamais qu’un objet qui sert à aller d’un point à un autre.

Dr Bill a dit…

@ Dr 16.
La question est comment comprendre la médicalisation du rhume. Consumérisme médical?
Civilisation de la cybernétique ou l'être humain est pensé comme une machine?
Intolérance à la moindre manifestation désagréable du corps?
Anxiété diffuse et incapacité à interpréter ce que l'on ressent et nécessité d'un avis de l'"homme de l'art"?
Culte de la performance ou le moindre élément qui gène doit être supprimé ?
Gagne pain du généraliste ?
Conditionnement par l'industrie pharmaceutique pour vendre du "rhinocalm" ou autres ?
Je note dans les commentaires une tentative de réhabilitation du "tire jus"! Conflit d'intérêt avec les fabricants de mouchoirs?
Petite pathologie pour petit médecin ?
Anxiété sur les messages du corps qu'on ne comprend pas et qui inquiètent?
Culte du corps qui ne peut être vécu que comme source de plaisir ?
En réalité il y a sans doute autant de questions que de patients. Mon expérience me montre qu'à l'occasion de ses consultations "rhino" beaucoup de choses s'expriment et j'en apprend beaucoup.
Maintenant est ce que ça justifie une consultation ? A vrai dire je n'en sais rien.

Docteurdu16 a dit…

@ Dr Bill
C'est la médicalisation du monde qui est en jeu.
Vous connaissez mes idées.
On médicalise le monde avec l'aide et l'insistance des médecins.
On se débarrasse des médecins qui réfléchissent en créant des algorithmes directement opérationnels.
On délègue les tâches.
On ne conserve que des médecins techniciens payés à la tâche : le ménisque droit, le cholédoque, le néphron, la dépression.
Et la réflexion sur la prévention, le dépistage, le diagnostic et le traitement sont laissés à la communauté des e-citoyens qui recréent une hiérarchie 2.0.
Tout le monde a droit au slogan des publicitaires : un symptôme + un traitement.
Un type de cheveux : un shampooing.
Un évier : un produit.
C'est le consumérisme sans les médecins...
Bonne journée.

Eric Guerber a dit…

Bonjour. Méd généraliste rural je me disais en vous lisant : je ne vois quasiment plus de Rhume! Délais d'attente guérissant les rhumes ?
Délégation de Tâches : comment résoudre l'équation de plus en plus de Travail et de moins en moins de médecins ? Travaillant en maison médicale avec 1 orthoptiste avec des délais de consultation ophtalmo de 6 mois au moins, nous sommes sur 1 projet de dépistage des rétinopathies par rétinographes portables informatisés par l'Orthoptiste avec lecture par 1 ophtalmologue. Eh bien dur dur de faire avancer le projet avec les oph
Nous avons mis en place la vaccination faite par des I DE et avions travaillé pour la prise en charge des Variations des INR par tous les professionnels de santé mais les crédits et la disponibilité et le manque de temps et d'Energie n'ont pas permis d'aboutir pour l'INR .
Médicaments prix génériques marge des pharmaciens et rémunération des uns et des autres répartition sur le territoire des uns et des autres gardes: Tout le débat est pourri par, à mon sens une gestion de la santé sur un mode capitaliste,alors qu'il devrait être socialisé.

CMT a dit…

Je crois que nous ne remarquons pas à quel point la publicité (j'aurai l'occasion d'en parler à propos de Winnicott) et le mimétisme conditionnent notre rapport au monde. Cela fait deux décennies que les publicitaires ont compris que pour que nous incorporions un message il fallait s'adresser directement à notre subconscient en esquivant notre raison. D'où les femmes nues pour vendre des yaourts, les allusions au sexe dans toutes les publicités. Le but étant de générer une "pulsion d'achat" et non une réflexion sur la nécessité d'un achat.
Ils ont aussi compris que la diffusion et la répétition d'un message a bien plus d'importance que sa rationalité sa pertinence ou sa légitimité pour en déterminer l'acceptation. Et le pouvoir d'amplification des messages est immense, à al fois parce que les groupes de presse, les médias, sont contrôlés par un nombre de plus en plus réduit de personnes et en raison des conflits d'intérêt.

Je crois que l'information est un antidote. L'information de qualité.
Et personne d'autre que le médecin va prendre sur lui d'expliquer à un malade que venir le voir pour un rhume est inutile. Le patient ne maîtrise pas les signes de gravité et les facteurs de risque. Il entend seulement dire que certaines maladies graves peuvent se présenter de manière anodine.

L'arrêt des antitussifs chez les nourrissons a été une expérience intéressante. Le discours était cohérent. Pharmaciens médecins et autorités disaient la même chose. Une fois que les parents ont compris ils ont cessé de réclamer.

BT a dit…

Certainement que cette patiente a du temps à tuer et qu'elle n'a qu'elle à s'occuper. Il devient très compliqué pour une famille dont les parents travaillent toute la journée toute la semaine de trouver des créneaux pour le dentiste le gynécologue et l'ophtalmologue qui ne recoivent pas après 19h ou le samedi matin. Pensez si cette famille voulait consulter pour un rhume pour l'un de ses membres! alors que des RDV plus importants n'ont pas pu être honorés.

Anonyme a dit…

je me souviens d'un certain Guy qui en 2009 dans son rapport sur les "maisons de santé" (la dernière nouvelle idée à la mode) à Bachelot a dit et écrit que le premiers recours était le maillon faible du système de santé. Ben le rhume en MG c'est ça. Cause ou conséquence, j'en sais rien...Toujours est-il que c'était déjà bien vu pour nous enfoncer encore davantage. Pendant ce temps, d'autres ont pris notre place de MG et font du "vrai acte" avec une vraie plus value pour que la société, elle soit belle et meilleure ...

docysnock a dit…

j'étais passer à côté de ce post.

Il manque une bonne raison à la consultation médicale pour un rhume :
les générations de confrère qui ont dit "venez vite avant que ça tombe sur les bronches"

30 plus tard voilà le résultat.

CMT a dit…

Bravo à docysnock (voir son blog),
la relève arrive...

Pharma riberac a dit…

Bonjour à tous

Un billet fort intéressant et une discussion soutenue ensuite. On s'engueule pour finalement tous dire la même chose, corporatistes que nous sommes.

En réalité nous sommes tous dans le même bateau de la médicalisation outrancière.

Je suis pharmacien, moitié docteur, moitié épicier. La pénurie de médecin me fait paradoxalement du bien puisque les patients viennent me voir.
Et là, mon équipe et moi sortons le grand jeu, remontée des symptômes, discussion avec le patient et conseil pour expliquer qu'effectivement c'est un rhume !!!!

Donc paracétamol, eau de mer, non pas d'aturgyl ni derinox (mode prescrire ON). "Pas de derinox ???? Mais mon médecin me le donne tout le temps !!!"
Ben oui justement donc je lui laisse, c'est SON PRODUIT À LUI !!!

Et voilà vous savez soigner votre rhume !!!
L'éducation thérapeutique est faite aussi.

Sinon je peux aussi faire de l'ordonnance-epicierie. Renvoi chez le toubib (tombe sur les bronches toussa) et j'ai un panier moyen (business) 7 fois supérieur youpi !!

Alors oui justement je trouve que les dépistages critiqués peuvent être utiles. On passe voir le pharmaco parce que la gorge fait trop trop mal. Strepto ? Toubib !!
Moins de monde inutilement chez le médecin, des consultations mieux faites et une rémunération à la hauteur (23€.....).

Je me tiens à votre disposition pour un cours de marge dégressive lissée qui fait je peux virer 15% du CA de mon officine sans que ça ne change rien à sa rentabilité. Économique. Oui oui 15% ! Allez-y sortez 15% de chacune des 22000 pharmacies.... Renvoyez ce cout sur l'hôpital ou où vous voulez, ça n'est de la marge que pour les labos "innovants" et miracle le médicament ne coûte pas plus cher qu'ailleurs en Europe. La joie des vases communicants.

Ne jouez pas le jeu des politiques, diviser pour mieux régner.
Il y a de nombreuses idées à creuser et dans lesquelles le patient sortira gagnant, pour une fois.

Allez, médicalement votre

PharmaML a dit…

@ Frédéric: "C'est bien connu, la profession est un modèle d'altruisme désintéressé et d'honnêteté. "

Quelle était la profession de Mr Cahuzac, déjà??

Aucune profession n'a le monopole de l'altruisme ou de concentrer la mesquinerie (affaire Cyclamed, ...), mais reconnaissez que la manière dont elle s'organise peux lui être porté à crédit.

Pour les étudiants en médecine, le choix sera d'autant plus dur que la décision de la profession aura été longue à prendre.

@ Pharma riberac: vous déposez vos cours où??

bluerhap a dit…

Je me joins à Zigmund : je suis entièrement d'accord avec votre post, et c'est un sujet fréquent de débat au sein de notre groupe de pairs.