dimanche 26 octobre 2014

Avalanche d'examens complémentaires. Histoire de consultation 177.


Madame A, 71 ans, est hypertendue connue depuis des siècles, traitée par un bêtabloquant (c'était la mode à l'époque), le betaxolol, et par une statine (pravastatine 20), tous deux prescrits par mes soins depuis une bonne vingtaine d'années.
La dernière fois qu'elle a vu "son" cardiologue, le docteur B, c'était, selon le dossier, il y a 5 ans. Et  le compte rendu de consultation était, comme à son habitude, laconique (une dizaine de lignes) et... rassurant.

Cette patiente est "ma" malade, je ne peux pas dire que je l'ai récupérée d'un autre médecin ou qu'autre chose ait pu influencer ma prescription : je suis responsable de ses médicaments. Et je suis responsable du fait que je m'en "occupe" (presque) seul.
Il y a également des siècles qu'elle présente un souffle systolique 2/6 au foyer aortique qui a été échocardiographié au moins deux fois par le cardiologue qui est désormais parti à la retraite. Depuis lors le souffle que j'entends est identique à lui-même.

Avant les grandes vacances elle a fait un séjour aux urgences pour un malaise non identifié qui a fini par être considéré comme "vagal" par le compte rendu de ces mêmes urgences.
Jusque là : tout va bien.
Mais un des médecins des urgences, celui qui l'a examinée ou un autre, celui qui lui a fait faire un ECG et une prise de sang, s'est étonné qu'elle n'ait pas vu de cardiologue récemment. "Votre médecin aurait quand même dû..."
Bon, est-ce que quelqu'un a vraiment dit cela, est-ce une façon pour la patiente de me reprocher de ne pas lui avoir dit qu'il fallait surveiller ce souffle, voire cette hypertension, je n'en sais rien... 
Elle est venue consulter pour le "renouvellement" de ses médicaments et  pour que je lui écrive une lettre pour le cardiologue. Son mari était là et il n'avait pas l'air content non plus.
Elle ne savait pas que le docteur B était parti à la retraite depuis environ 2 ans et elle m'a demandé de lui trouver un autre cardiologue.

A M* la cardiologie s'est beaucoup transformée. D'abord à l'hôpital où le chef de service est parti, où nombre des assistants ont fait de même et où la cardiologie interventionnelle a été arrêtée sur décision de l'ARS au profit de deux centres d'excellence "privés" du département (78).  Je ne ferai pas de commentaires sur la fin de la cardiologie interventionnelle à l'hôpital de M* pour des raisons confraternelles et parce que je n'en connais pas tous les tenants et les aboutissants. Disons qu'ils ne "voyaient" ps assez de patients, qu'ils ne posaient pas assez de stents et qu'ils ne dilataient pas assez les coronaires pour que cela soit "efficace". Disons que l'ARS considère qu'en deçà d'un certain nombre de gestes techniques il est possible de penser que c'est mal fait. On a déjà vu cela à propos des maternités. Quant aux centres d'excellence "privés", j'en parlerai une autre fois.
A M*, donc, la cardiologie libérale de ville a elle-aussi beaucoup changé : il y avait jadis six cardiologues, puis cinq, puis quatre, puis deux. Il y avait bien entendu aussi les consultations de l'hôpital. Puis, par une sorte de deus ex machina six installations se sont faites, ce qui fait qu'il y a désormais 8 cardiologues en ville. Trois à M**, 2 à M* (les anciens qui sont restés) et 3 au Val Fourré (en ZFU, alias zone franche urbaine). Si j'avais le temps je vous raconterais le pourquoi du comment de l'affaire alors que dans le même temps des médecins généralistes disparaissaient sur la même zone. Mais, à la réflexion, je me tairais (voir un billet précédent ICI) et, pour l'instant, je m'en tiendrais à ce billet qui est assez explicite.

Donc, j'ai adressé ma patiente au docteur C.
Le docteur C l'a reçue dans des délais raisonnables, lui a fait un examen cardiologique complet puis a proposé une épreuve d'effort (sur des données ECG j'imagine car, cliniquement, l'interrogatoire était muet).
Puis j'ai revu la patiente, son mari avait besoin de médicaments pour la tension, qui m'a dit textuellement : "Au moins, le docteur C, il est pas comme le docteur B, y m'a fait faire des examens..."
Mouais.
Je n'avais pas encore reçu le compte rendu de l'épreuve d'effort que j'apprenais qu'elle allait subir une scintigraphie cardiaque avec test à la dobutamine dans un centre privé extérieur au 78. Dans le 92.

Et à la fin tout était normal.

Je revois "ma" patiente avec son souffle, sa pression artérielle contrôlée (le bêtabloquant a été conservé pour des raisons surprenantes), sa statine (le cardiologue a précisé que le mauvais cholestérol pourrait être "un peu plus bas") et son mauvais caractère (que je ne connaissais pas auparavant).
"Alors, tout ça pour ça ?
- Que voulez-vous dire ?
- Vous vous plaigniez que je ne vous ai pas réadressée au docteur B qui n'avait pas jugé bon non plus de demander des examens... Vous les avez faits, les examens.
- Oui. Je suis rassurée.
- Mais... vous n'aviez rien... vous n'étiez pas essoufflée, il est possible que ces examens n'aient servi à rien... On vous a baladée à droite et à gauche...
- Et si j'avais eu quelque chose...
- Le risque était infime..."
Le mari : "C'était à vous de lui dire de ne pas le faire...
- Mais le ver était dans le fruit...
- Que voulez-vous dire ?
- A partir du moment où les urgences vous ont dit d'aller consulter un cardiologue, j'étais mis hors jeu. Vous vouliez cette lettre et je n'ai pas eu le culot de vous dire que cela ne servait à rien.
- Vous n'étiez pas sûr de vous ?
- Non. Vous vouliez consulter un cardiologue parce que vous étiez inquiète mais je n'avais pas d'arguments solides pour vous prouver que cela n'allait servir à rien... Et, le plus grave, ce n'est pas d'aller voir un cardiologue, mais tous les examens qu'il a demandés après.
- Il ne valait pas mieux les faire ?
- Je ne crois pas. Je crois qu'ils étaient inutiles.
- C'est facile de dire cela après...
- Moui... c'est l'intuition clinique...
- Comment aurait-on dû faire ?
- Je ne sais pas. Laissez moi réfléchir..."
Est-il possible de tout dire ? Est-il possible de dire à des patients que la médecine est en train de se moquer d'eux ? Est-il possible de dire à des malades qu'ils sont devenus des marchandises échangeables, des sujets d'une histoire qui ne les concerne pas ? Est-il possible de leur dire qu'il existe des réseaux, des circuits de malades, des médecins obligés et des médecins obligeants, des redevances de cliniques, des passe-droits, des sur diagnostics, des faux diagnostics, des diagnostics à tort et que ce n'est pas l'inquiétude des médecins qui les entraînent à prescrire toujours plus d'examens complémentaires (et accessoirement de médicaments) mais la logique du marché, l'impérieuse nécessité de rentabiliser les équipements coûteux qui ont été installés ici et ailleurs, de les faire tourner à plein régime, des équipements qui sont parfois inutiles parce que trop nombreux, et que donc, les dirigeants de cliniques, les fabricants de matériel, les fournisseurs d'isotopes, ont besoin de chair à pâté pour rentabiliser les investissements et, surtout, les retours sur investissements, et que les médecins généralistes ne sont plus suffisants, il faut des super docteurs, des rabatteurs, des représentants de commerce, pour alimenter le ventre de la machine de la santé, cette santé qui n'a pas de prix, cette santé qui valorise les examens coûteux, les machineries complexes, qui culpabilise les patients, les malades, les médecins pour qu'ils aient peur, qu'ils pètent de trouille, et tous les moyens sont bons, dont le PSA, la mammographie, la pose de stents inutiles (aux US un article grand public résume la situation : ICI), les dilatations sans objet, j'en passe et des meilleures, les campagnes de "sensibilisation" orchestrées par des fabricants de produits de beauté (Estée Lauder Pour Octobre Rose), cette santé qui oblige les citoyens à penser que le dépistage c'est bien, on ne discute pas, que les vaccins c'est génial, on ne discute pas plus et que ceux qui s'y opposent sont des passéistes, et cetera.
"Je crois, mes chers amis, que j'aurais dû vous dire qu'un malaise vagal, cela peut arriver à tout le monde, que cela n'a aucun rapport avec un petit rétrécissement aortique, et j'aurais dû écrire une lettre pour un cardiologue plus cool, moins interventionniste, cela existe à M*, et vous dire, après l'épreuve d'effort, s'il y en avait eu une, de renoncer.
- Mais, excusez-moi de vous dire cela, cela fait tellement longtemps que l'on se connaît, après ce que l'on m'avait dit à l'hôpital, j'avais besoin de faire des examens... Mais, nous sommes d'accord, le docteur B, il avait raison de pas s'inquiéter."

Cet exemple de cardiologie ne rend pas compte du fait que toutes les spécialités sont intéressées.
Nous parlerons un autre jour de Jean de Kervasdoué.

Illustration : Jeff Wall After 'Invisible Man' by Ralph Ellison, the Prologue 1999-2000
mca.com.au

10 commentaires:

jean bernard rottier a dit…

J'ai une histoire similaire que je traîne depuis une dizaine de jours, hésitant à en parler (car, par principe, je ne critique pas les ophtalmos :-)).

Il s'agit d'un patient de 85 ans, vu pour la première fois car son ophtalmo est parti en retraite.

Il a une dmla exsudative multi injectée, au stade terminal : pour chiffrer son acuité visuelle on marque "VBLM" ce qui veut dire " voit bouger la main".
Il n'y a plus rien à faire de plus, je lui dit.
Son fils l’emmène alors consulter dans un grand hôpital parisien pour un 2 ieme avis .
Voici une partie du compte rendu du confrère :
" pour sa dmla exsudative il peut être envisageable de tenter un traitement par injection intravitéenne de Lucentis à gauche ainsi qu'à droite, le patient ayant bien compris que ce traitement risque de ne pas modifier l'acuité visuelle étant donné l'avancé de sa maculopathie. il préfère poursuivre son suivi au Mans merci de ce que vous ferez pour lui"

Je suis coincé, son fils rappelle il pense "qu'on peut tenter l'injection", je lui explique les risques (il y en a toujours) et le coût ( 1300€) et lui demande d'en reparler à son père.

Revient vers moi en disant que son père veut essayer au moins sur un oeil ...

Il est évident que s'il payait l'ampoule lui même il me demanderait si ça vaut vraiment le coût.

Il est évident aussi que c'est le fils qui veut l'injection...


Il est quasiment impossible de combattre un 2ieme avis d'un spécialiste d'un grand hôpital.

NP a dit…

Mais pourquoi l'hospitalier propose-t'il les injections sachant que l'acuité ne remontera pas ?
On comprend que fils et père n'ont pas "fait le deuil" de la vue du père.
Je pense qu'on peut argumenter contre les spécialistes hospitaliers quand les patients l'autorisent, ça m'est arrivé...
Et ce problème se rencontre autant avec de grandes autorités du privé...

CMT a dit…

En général j’évite de parler de politique, comme je le fais en face d’un patient, pour ne pas mélanger les sujets et pour ne pas dissuader des personnes qui auraient des opinions différentes des miennes d’avoir accès à des informations qui pourraient leur être utiles.
Mais on ne peut nier que tous ces sujets sont entremêlés et que des décisions politiques peuvent avoir des conséquences directes sur la pratique de la médecine. Je parlerai donc de politique au sens noble, c'est-à-dire comprendre ce qui se joue, par-dessus nos têtes, pour être des citoyens avertis et éventuellement, actifs ou engagés.
Il se négocie en ce moment ce qu’on appelle le TAFTA (accord transatlantique de libre échange) entre les Etats Unis et l’Union européenne. Il s’agit d’un traité international et, donc, dans la hiérarchie des normes juridiques, il occupe la place la plus élevée en dessous de la constitution http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://juriswin.files.wordpress.com/2011/10/hierarchie-des-normes.jpg&imgrefurl=http://juriswin.com/2011/10/11/la-hierarchie-des-normes-expliquee-a-mon-petit-frere/&h=567&w=778&tbnid=Cq_GD1iQb4H6sM:&zoom=1&tbnh=93&tbnw=127&usg=__Igbj3FjBxCo7dofaAFSNCJ5WW-c=&docid=AQQNeJ06OFKoFM&sa=X&ei=n-5NVI61BMyBaaSegbgE&sqi=2&ved=0CCkQ9QEwAg&dur=104 . Comme le droit européen s’impose en droit français ( les directives s’imposent de manière différée après aménagement des lois nationales, les décisions et les règlements s’imposent immédiatement, cela veut dire que toutes les lois qui seront votées après la signature de ce traité devront se soumettre à ce qui aura été décidé par cet traité. En clair, dans ce traité le libre échange est érigé en principe absolu par les négociateurs (Union européenne et Etats Unis). Ce traité acte le fait que le principe du libre échange sera désormais, pour l’Union européenne comme pour les Etats Unis, le principe juridique le plus élevé et donc la valeur la plus élevée à défendre pour les Etats, au-delà même des droits de l’Homme. Jusqu’à maintenant les droits de l’Homme étaient, au moins à un niveau symbolique, puisque les déclarations et résolutions n’étaient pas contraignants car non soumis à des sanctions en cas de non application...voir suite

CMT a dit…

SUITE
Pour le TAFTA il n’en ira pas de même. Les Etats signant ce traité se verront contraints d’abaisser constamment les normes de protection des citoyens (droit du travail, pollution, droits du consommateur, droit sanitaire…) et de les aligner sur les normes les plus faibles, afin de favoriser le libre échange, sous peine de sanctions financières qui seront présentées par des gouvernants corrompus comme la justification de la soumission à ces règles.
Ce traité a des chances d’acter la primauté absolue des droits des multinationales sur les droits des citoyens de l’Union européenne y compris les droits de l’Homme les plus élémentaires https://france.attac.org/actus-et-medias/les-videos/article/les-dangers-du-traite?pk_campaign=Infolettre-143&pk_kwd=le-traite-transatlantique-tafta . De plus, les litiges opposant les Etats aux multinationales seraient réglés par des tribunaux privés.
Concrètement, cela pourrait signifier, par exemple, la possibilité pour les laboratoires pharmaceutiques de faire de la publicité directe aux consommateurs, la vente des médicaments en grande surface, prolongation des brevets des médicaments, disparition de l’assurance maladie publique au profit d’assurances privées…
Le citoyen n’intéresse pas, mais gêne les multinationales en tant que détenteur de droits et personne autonome capable de faire ses propres choix. Il intéresse les multinationales exclusivement à trois niveaux :
- en tant que détenteur d’une force de travail qui peut être mis en compétition avec d’autres afin d’abaisser le coût du travail
- en tant que détenteur d’un pouvoir d’achat et consommateur potentiel
- en tant que corps, à la fois utilisateur et utilisable comme destinataire final et instrument de produits et procédures marchands
Voir intervention de Gotszche au congrès d’Oxford sur le surdiagnostic http://www.preventingoverdiagnosis.net/ , démontrant de manière convaincante que un le dépistage mammographique organisé ne sauve pas de vies, génère 50% de surdiagnostics et qu’une femme qui ne se rend pas au dépistage réduit son risque d’avoir un diagnostic de cancer de un tiers. Le dépistage organisé du cancer du sein est avant tout une bonne affaire pour Big Pharma, Big Matériel et Big cliniques privées.
Après « la soumission librement consentie », ce qui nous attend et nous arrive déjà est « le dépeçage librement consenti ».


Chantal a dit…

@NP vous posez la question : "Mais pourquoi l'hospitalier propose-t'il les injections sachant que l'acuité ne remontera pas ?"

pour moi, la rßeponse est celle-ci: pour faire avancer l'expérience du médicament (comment agit-il jusque quel degres de la pathologie avec quels effets secondaires) et de l'acte médical en soi (et si l'hopital enseigne alors il faut bien des sujets d'apprentissage), augmenter le nombre d'acte et le CA de Big Phrama. Bref, le malade est la souris laboratoire sans le savoir et qui, en plus, paye via son assurance de maladie!

Je trouve cette manière de vouloir naitre de l#espoir, alors qu'il n#y en a pas, est cruel.

Bonne soirée

ANNETTE LEXA a dit…

CMT a parfaitement atteint le cœur du problème, à savoir le dernier rempart qui saute en transformant le corps en marchandise destinée à enrichir de actionnaires voraces (opérations , impants, vaccins, examens inutiles, GPA…).
Mis à la sauce américaine, on pourrait encore se battre et se dire que ce serait une sorte d’ « empowerment »,( une reprise en main de leur santé par les citoyens) avec des recours en « class action » pour les entreprises et les médecins voyous (voir le livre de Peter C. Gøtzsche , Deadly Medicines and Organised Crime , qui fait froid dans le dos), mais avec l’Etat qui s’ en mêle comme en France, cela pourrait engendrer un monstre, une sorte de « soft power » à la française qui fait froid dans le dos (voir les antécédents de gestion calamiteuse avec 0 coupable, 0 responsable comme l’affaire du sang contaminé, l’accident de Tchernobyl, amiante, ESB, H1N1…..)

Alors qu’aux USA, sur les sites officiels, on peut lire des propos scientifiquement honnêtes (dans le respect des valeurs et préférences des patients), concernant le dépistage du Cancer du Sein comme par exemple « Screening mammography can help reduce the number of deaths from breast cancer among women ages 40 to 74 … « (http://www.cancer.gov/cancertopics/factsheet/detection/mammograms) , en France, nous, pendant ce temps en 2014 on a Octobre Rose (voir la pub sur les abris bus « Faites comme moi, Le dépistage du cancer du sein sauve des vies « ou celle d’Estée Lauder « Votre engagement : vous faire une mammographie régulièrement ») ou encore « Vous devez être régulièrement suivie par un médecin traitant ou par un gynécologue qui n'hésitera pas à vous prescrire les examens nécessaires en cas de doute. Ce suivi médical doit avoir lieu tous les 6 mois ou tous les ans à partir de 30 ans.Il est important que chacune devienne actrice de sa santé en pratiquant tous les mois une auto-palpation des seins. Votre médecin traitant ou votre gynécologue vous fera pratiquer une mammographie tous les 2 ans au minimum, tous les ans s'il estime cela nécessaire…. »
( http://www.cancerdusein.org/le-depistage/limportance-du-depistage-precoce)

Etre acteur de sa propre santé ( traduction française de empowerment) , concept à priori intéressant dans un monde libéral idéalisé où il signifie responsabilisation, émancipation, et consiste à apprendre à analyser une situation, définir les problèmes, décider et accepter des risques, devient en France synonyme de participation à des programmes officiels après un effort pédagogique soutenu pour obtenir l’adhésion volontaire…). Lorsque le soft power recycle les mots pour leur faire perdre leurs signification première, çà rappelle la LTI de Victor Klemperer ou la novlangue d’Orwell.
Ce n’est pas tant le traité TAFTA qui m’inquiète le plus, c’est la transplantation dans la culture française de concepts libéraux dans un pays qui ne l’est pas, c’est la manière dont il va être accommodé dans la langue française. On ne peut plus obliger, alors on utilise la langue, la plus pauvre de préférence, une langue qui fabrique la réalité du monde qu’on veut imposer. Car si « Etre acteur de sa propre santé,» ou « co-acteur » signifiait, avec l’arrivée des mutuelles obligatoires, des assureurs privés en santé, de porter un bracelet électronique « connectés » qui enregistrera en continu nos paramètres biologiques ? de réduire les remboursement à ceux qui n’auront pas participé aux dépistages organisés ? A quand des dépistages organisés par les mutuelles en entreprise pour les salariés ?

« Est-il possible de dire à des malades qu'ils sont devenus des marchandises échangeables, des sujets d'une histoire qui ne les concerne pas ? « a écrit Docteurdu16. Leur dire qu’ils sont de la chair à pâté alors qu’ on se joue tout simplement de leur peur de mourir pour faire de l’argent facilement?
Mais, qui va leur dire si les médecins , pour des raisons de « confraternité » ne le peuvent pas ? et avant qu’il ne soit trop tard ?

CMT a dit…

A Annette Lexa,
Je ne suis pas vraiment d’accord avec vous à propos du CDC, entre autres. Ce n’est pas une institution neutre et ses avis viennent s’ajouter à la publicité directe faite auprès des consommateurs au sujet des médicaments et vaccins, telle qu’elle est autorisée aux Etats Unis, pour nourrir une vision scientiste de la santé qui va dans le sens de Big Pharma mais pas dans celui des citoyens et patients. Les positions du CDC ne sont ni honnêtes ni nuancées, pour les avoir lues. Et, pour le cancer du sein, quand, dans le texte que vous mettez en lien, le CDC ne fait pas de différence entre les femmes de plus de 40 ans et les femmes de plus de 50 ans, pour le dépistage systématique par mammographie (« Results from randomized clinical trials and other studies show that screening mammography can help reduce the number of deaths from breast cancer among women ages 40 to 74, especially for those over age 50 (1). »), il est juste en train de servir sur un plateau dix millions de femmes supplémentaires à Big Pharma et Big Matériel, avec des risques très importants de provoquer non seulement des mammectomies inutiles, mais des décès inutiles dans cette tranche d’âge de 40 à 50 ans sans aucun bénéfice, puisque cette recommandation ne s’appuie sur aucune étude ayant démontré un bénéfice du dépistage systématique et qu’elle n’est adoptée dans aucun pays occidental et ne correspond même pas aux recommandations américaines.
Historiquement, le CDC a joué un rôle très délétère et très nuisible pour la santé de la population à chaque moment critique. Par exemple en soutenant que le virus A H1N1 pandémique étant un virus nouveau et donc menaçant pour les populations, ce qui a permis de cautionner la vaccination planétaire par des vaccins plus ou moins expérimentaux, alors que l’on s’est aperçu, à postériori (mais il aurait suffi d’avoir fait un minimum de recherche fondamentale avant pour le savoir), qu’une bonne partie de la population était en réalité immunisée contre ce virus, en raison de phénomènes de protection croisée à médiation cellulaire, d’une part et parce que un virus semblable avait circulé depuis des décennies dans le monde. Ou encore, en faisant pression sur les experts de l’association de diabétologie américains, en 2009, pour ne pas revenir sur la notion de prédiabète, ce qui a permis de considérer comme « prédiabétique » le tiers de la population américaine, éligible dès lors à des traitements. Et c’est une condition qui n’est pas (encore) reconnue dans le reste du monde.
Les plus grands scandales sanitaires ont eu lieu aux Etats Unis, en raison d’un système totalement corrompu d’un bout à l’autre de la chaîne, et les américains ne connaissent de la prévention que la prévention à postériori, c’est dire la réparation à grands coups de milliards de dollars, une fois que le mal est fait.

Je crois que vous avez une image bien idyllique des Etats Unis. Aucun pays ne fait aussi mal en matière de santé avec autant d’argent.
Quant à votre idée que le TAFTA n’a pas tant d’importance que ça…
Vous savez , si vous pouvez vous faire soigner dans un hôpital à peu de frais c’est parce qu’il y a des lois qui le permettent. Si votre employeur ne peut pas vous mettre à la porte du jour au lendemain sans préavis c’est parce que des lois l’en empêchent. Si Total ne construit pas un puits de forage à 10m de votre maison pour proscpecter le gaz de schiste, c’est parce que la loi le lui interdit. Etc, etc.
Nous ne nous en rendons pas compte, mais toute notre vie est régulée par des lois.
Sans lois protectrices du citoyen et des droits de l’Homme c’est juste la loi du plus fort. Et la loi du plus fort n’est pas en faveur du citoyen moyen.

ANNETTE LEXA a dit…

A CMT :

je suis d'accord avec vous. c'est moi qui me suis mal exprimée

j’ai lu trop vite la recommandation du National Cancer Institute et la limite inférieure de 40 ans m’a échappée, effectivement, autant pour moi ☹.. Mais ce que je voulais dire est qu’on y lit l’expression « can help reduce » ce qu’on peut traduire par « peut aider à réduire », ce qui est tout de même moins affirmatif que « sauve des vies ». C’était le sens de ma remarque. Mais , sans doute ai-je été un peu trop naïve de croire que l’approche plus libérale des USA avec a priori la possibilité d’y dire et faire ce qu’on veut, contrebalance la corruption qui y règne. Pourtant j’ai lu le livre de Peter Gøtzsche…

Pour le TAFTA, là aussi je me suis mal exprimée.(décidément… il faut vraiment se relire avant de poster … ☹ ) : je ne voulais pas dire que je ne m’inquiétais pas des conséquences de ce traité, bien au contraire, je voulais juste dire que j’étais plus inquiète encore de la manière dont on allait nous faire passer la pilule en terme de communication, c’est-à-dire les éléments de langage auxquels nous allions avoir droit pour légitimer les conséquences du traité une fois acté en cachette des citoyens européens. C’est en effet un traité qui pourrait avoir des conséquences incommensurables, dans le domaine de la santé et de l’environnement, de l’agro -alimentaire. Quand on apprend que Google entend proposer aux diabétiques des lentilles de contact qui mesurent la glycémie en continu… c’est la porte ouverte vers l’insertion de puces électroniques dans le corps, qui pourraient aussi capter toutes sortes d’informations biologiques...

pr.mangemanche a dit…

@ Annette Lexa
Pour ce qui concerne les dépistages organisés par les mutuelles ou par les entreprises pour leurs employés, ils sont déjà en place.
Ils concernent certaines catégories de salariés ( cadres sup. dans la grande distribution par ex.) ou certaines entreprises. Les salariés concernés se sentent privilégiés de bénéficier de cette action soit-disant préventive et mesurent leur importance dans l'entreprise au coût de ce bilan de dépistage supporté par l'entreprise, comme une sorte d'avantage en nature.
On pouvait comparer son prestige en termes de catégorie de voiture de fonction, on pouvait bénéficier d'une garantie mutuelle d'entreprise pour des soins, on peut maintenant se vanter d'un bilan annuel ou bisannuel de santé, de "dépistage" de santé incluant l'épreuve d'effort et la mesure de l'épaisseur intima-media carotidienne par échographie ( facteur de risque cardio-vasculaire ô combien sujet à caution), au même titre que d'un banal avantage en nature, complétant le salaire.
Sans parler de l'aspect attractif ou "prescripteur" de comportement pour les cadres moyens et les autres employés qui lorgnent vers le haut de la pyramide hiérarchique...
De même, à propos de prévention, et de prescription de comportement, que penser d'une entreprise qui propose à ses salariées de financer la congélation de leurs ovocytes comme on l'a vu récemment ? que penser de celles qui acceptent ? Comment peut-on imaginer l'entretien d'embauche ? (" vous savez, chère future employée, parmi les avantages sociaux de notre entreprise, nous vous proposons la prise en charge financière de la congélation de vos ovocytes...").
Quand on connaît les non-dits, les sous-entendus, les enjeux d'un entretien d'embauche d'une femme ayant eu des enfants (combien, quand) ou n'en ayant pas (encore ?)...

ANNETTE LEXA a dit…

A pr.mangemanche et à tout le monde …

ce post du docteurdu16 sur les avalanches d’examens complémentaires m’ont conduit à me poser la question du pourquoi de cet absurdité .
Et j’ y vois spontanément 2 éléments d’explication (mais il y en a forcément d’autres ).

La typologie des patients rencontrés par les médecins :

-L’hypocondriaque caractérisé par une préoccupation obsessionnelle de son corps qui l’amène à interpréter tout signe reçu de son corps comme le signe d’une maladie grave. Les examens n’y fon rien,

-Le nosophobe qui lui se sait en bonne santé mais a une peur irrationnelle de contracter une maladie (peur des bactéries…)

-Le patient atteint de somatisation , qui est incapable de prendre psychiquement en charge ses problèmes, le corps prenant le relais de son mal être avec tout une série de symptômes (dermato, maux de ventre, malaises et douleurs divers)

-Ceux qui pratiquent le déni. Mais ils ne consultent généralement pas. Et attendent que la maladie soit déclarée. Exemple le fumeur, gros mangeur, stressé qui fera un AVC, du diabète..

-Les patients qui sont à l’écoute de leur psyché et de leur corps et qui consultent à bon escient et ont une sorte d’intuition (comme l’intuition clinique dont parle le docteurdi16)


Enfin, je vois aussi un autre aspect plus lié à la communication entre patient et médecins :

L’intuition (plus fortement ancrée dans le cerveau droit, plus holistique ) n’est pas privilégiée dans nos sociétés pour approcher la connaissance. Tout simplement parce la majorité de la population a un hémisphère cérébral gauche dominant. On a privilégié donc l’approche procédurale comme le GPS ou l’arbre de décision , cet outil d’aide à la décision initialement prévue pour l’ingénierie (on imagine aisément combien cela doit être efficace pour détecter une anomalie dans une centrale nucléaire ou pour la gestion d’une réseau ferré) et qui a envahi la médecine au point d’être devenu l’outil dominant avec l’avalanche d’examens qui permet d’éliminer toute les causes possibles et d’arriver au diagnostic
On peut lire sur Wikipedia , à « arbre de décision » : « La lecture d’un arbre de décision est très intuitive, c’est ce qui fait son succès. » : c’est un absurdité. C’est tout sauf intuitif. Personnellement bien que scientifique (je suis toxicologue réglementaire principalement), mon hémisphère dominant est le droit , donc il n’est pas adapté à l’arbre de décision qui reste pour moi un outil ardu parce que mon raisonnement intuitif ne passe pas par ce système procédural , étape pat étape, et que j’ai intuitivement une vision globale du problème et généralement j’arrive à la bonne conclusion rapidement sans l’utiliser…mais sans pouvroi aussi expliquer facilement comment j’en suis arrivée à ma conclusion, car cela me demande un effort énorme.
Le docteurdu16 parle dans son texte d’intuition clinique, notion incompréhensible, voire suspecte pour un cerveau gauche dominant, qui demandera des preuves (des examens) : à à la fin de son avalanche d’examens, si le patient cerveau gauche dominant rencontre à nouveau son médecin cerveau droit dominant , il va lui dire forcément « vous aviez raison , mais pourquoi ne me l’aviez pas dit , ou expliqué avant ? « . Mais cela demanderait de la part de notre médecin cerveau droit dominant un effort pédagogique et il n’a pas pas forcément conscience de çà, pas le temps ni l’envie.

Bien des incompréhensions dans nos sociétés sont dues à cette incapacité des hommes à confronter ces 2 visions du monde : arbre de décision contre approche intuitive. Les décideurs et autres gestionnaires (de santé , ou autre aspects des sciences humaines et sociales) privilégient l’approche cerveau gauche , dévalorisent l’approche intuitive cerveau droit en demandant des « preuves », et c’est un grand gâchis car cette approche peut s’avérer tout aussi valable dans certains cas, comme en médecin (elle reste cependant à privilégier en ingéniérie, voir le cas de la centrale nucléaire ou le réseau ferré).