jeudi 14 septembre 2017

Bracelets d'identité à l'hôpital.















Dédicace spéciale pour Ph Ameline.

BRACELET

J'avais ironisé il y a quelque semaines sur le port des bracelets d'identité pour les nourrissons dans les maternités (un élément du pompeux dispositif d'identitovigilance et de traçabilité intégré dans le processus qualité de tout établissement de soins désirant faire moderne). J'avais écrit en substance : "La pose de bracelets d'identité chez les nourrissons est le témoin évident de l'anonymisation définitive des patients à l'hôpital."

Que n'avais-je écrit ?

Les urgentistes (et les hospitaliers) avaient mis le paquet dans le style : Comment un crétin de généraliste peut-il nous apprendre notre métier ? C'est toujours les gens qui n'y connaissent rien qui parlent. Les bracelets d'identité sont un progrès déterminant pour la sécurité des patients.

Disais-je le contraire ?

Nos amis urgentistes avaient oublié ceci : la pose de bracelets d'identité (il faut d'ailleurs pour qu'il soit posé que le personnel soignant ou non dispose de la carte d'identité du patient, de son passeport ou d'un titre de séjour, ce qui pourrait aboutir finalement à ce que l'on s'assure qu'il ne s'agit pas de faux papiers...) est sans doute un progrès concernant la sécurité des patients (voulez-vous que je vous serve la rhétorique officielle ?, "Cette mesure s’intègre dans un dispositif bien plus large de sécurité par l’identification du patient qui concourt au bon déroulement de la prise en charge de celui-ci. Il constitue une sécurité supplémentaire mais ne se suffit pas à lui seul. Il ne remplace en aucun cas le professionnel dans sa pratique et la relation de confiance établie entre le soignant et le soigné.") mais ce n'est qu'un maigre progrès, un pis aller vis à vis de la dégradation des conditions de soins et de travail dans les hôpitaux. On pose un bracelet d'identité aux patients parce qu'il n'est plus possible aux soignants (débordés, mal payés, démotivés) de connaître les patients, de les identifier vraiment, de leur prodiguer des paroles et des soins personnalisés. L'hôpital taylorisé, industrialisé, T2Aisé est acté (comme disent les technocrates) et revenir en arrière serait un recul. On nous le dit. C'est le progrès.

Vous avez compris ?

Je retrouve le courrier d'un syndicat d'infirmiers du 22 janvier 2008 remis à Roselyne Bachelot alors que l'administration souhaitait généraliser le bracelet à tous les patients de l'hôpital Saint-Louis. J'ai trouvé le truc un peu outré, un peu j'en fais des tonnes, mais, finalement, pas mal du tout. Vous pouvez le lire ICI.

Bon, pour résumer, le bracelet c'est super chouette, ça évite de se tromper, "La petite dame du box 7, elle va mieux ?", "Le pappy dans le couloir, il est réchauffé ?". Cela ne peut plus se passer comme cela. Merci les urgentistes.

Mais réfléchir sur l'aspect éthique (on est là pour sauver des gens, hein) ou sur le bordel organisé dans les hôpitaux... Y a plus personne.



MADAME A

Madame A est puéricultrice dans une maternité. Depuis 20 ans. Elle craque depuis plusieurs mois (elle a aussi des problèmes personnels, comme on dit). La réorganisation de la maternité, la façon de rendre physiologiques les naissances, les tâches accumulées, l'injustice, la façon impersonnelle de traiter les problèmes de personnel, elle craque. Il faudrait qu'elle s'arrête mais "je ne peux pas faire cela à mes collègues".

Je passe sur les détails. Elle me raconte ceci : "Le matin, lorsque je fais la transmission, je pleure parce que je ne me rappelle même pas la tête des nourrissons dont je m'occupe. C'est terrible ce que l'on nous fait faire."

Les urgentistes (et les hospitaliers) ont raison : heureusement qu'il y a le bracelet.

Illustrations : Chatiliez Emile. La vie est un long fleuve tranquille. 1988.

4 commentaires:

martine bronner a dit…

Dans le même esprit....mais c'est pour la sécurité! J'accompagne une vieille dame dans sa chambre d'hospitalisée. Pour le prélèvement de sang sur un bras, on lui demande son nom, prénom, nom de jeune-fille et date de naissance pour être sûre qu'elle est bien elle; puis dans la foulée, dix secondes plus tard, la même dame lui redemande son nom, prénom, nom de jeune-fille et date de naissance pour le prélèvement sur l'autre bras. J'eusse aimé que la patiente donne une réponse différente. Comme ça juste pour voir!

En tant que patiente dans une structure de gestion d'hôpital j'ai tempêté contre le bracelet pour les adultes. Vainement. Un bracelet à code-barres, comme un bout de viande à l'étal considéré comme une avancée de la qualité des soins, je doute.

Anonyme a dit…

Pour ma mere hospitalisee aix urgence (avec un bracelet). Changement de service 3 jours plus tard (meme hopital) : changement de bracelet. Pour rire je dis a ma mere verifions qu il n y a pas de fautr d orthographe : c etait le bracelet d un monsieur. Appele de l aide soignante qui s excuse, coupe le bracelet et en met un nouveau. Je verifie et encore une erreur. Le 3eme fut le bon. A aucun moment il ne fut verifie par le personnel pendant la pause. Ma mere devait faire un examen sous anesthesie generale. Je n ose imaginer ce qui etait prevu pour les autres personnes.
Donc non, les bracelets ne qont pas une securite. Juste un moyene de se dedouaner.

Louis a dit…

Bah, j'avais été réorienté par un MG aux urgences (suspicion de perforation intestinale) ils ont voulu me mettre un bracelet "pour gagner du temps" puis "au cas où je perde connaissance" et enfin, devant ma moue dubitative "pour éviter les erreurs". En fait ils expérimentaient manifestement le truc et c'était rigolo à voir : genre j'ai un peu honte de vous mettre un code barre mais c'est bien pratique et ça me donne une sensation de pouvoir même si je ne le fais pas pour ça. Puis ça a pas l'air de vous choquer, hein ? Alors au cas où je suis allé tituber jusqu'à chez moi. Par chance, l'objet métallique inconnu qui m'avait transformé, à en croire mes bilans, en octogénaire, m'a laissé la joie de survivre jusqu'au scanner du lendemain (passé en vraie urgence cette fois, et sans bracelet). Moralité : plutôt crever que vivre en étant réduit à un code barre. Personnellement, un code barre, ou l'absence de considération, en soi, ça ne me pose aucun problème. Par contre, une remarque pratique qui peut mener à bien des économies : Il est préférable de tatouer un identifiant sur l'avant-bras qui corresponde directement au numéro d'identification sociale ; ça se perd pas d'une fois sur l'autre et comme ça, on fait pas les choses à moitié. Ben oui, la déshumanisation dans le secteur du soin, il faut un certain standing...

Béatrice Sellès a dit…

Merci.

La "technologie qui résout tout", tout est dit.
L'important c'est de diminuer le TMS, de monter le taux d'occupation des lits, de facturer de l'acte. C'est pas grave si les rapports humains deviennent optionnels.

Ah!

Ça me rappelle une anecdote.
Il y a longtemps, j'étais jeune diplômée et je travaillais dans "un grand hôpital parisien", dans "un service réputé" (et où c'est vrai, une certaine qualité de prise en charge régnait).
Un samedi on avait un lit, les urgences nous imposent via l'administrateur de garde un patient, un très vieux monsieur dément qui s'était échappé de sa maison de retraite à Nice, avait pris le train, et au terme de tas d'errances (passage par la Suisse...) s'était retrouvé à la gare de Lyon, pas mangé ni bu depuis 48h probablement, malaise, chute, trauma crânien, pompiers, CHU.
Séjour aux urgences de quelques heures (c'était calme...), examen normal au bout du temps standard de surveillance neuro, malgré sa démence, son grand âge, sa déshydratation, on décide qu'il est sortant, le cadre infirmier essaie d'organiser son retour à son EHPAD et compte le remettre dans un train, tout seul hein il est bien venu tout seul, mais la SNCF y met du sien, grande grève, plus de trains.
Bref on nous l'impose en hébergement jusqu'à la fin de la grève.
Le dimanche RAS.
Le lundi ma collègue tente de le lever le matin, et là, impossible, plus le contrôle de ses jambes.
Scanner, hématome sous dural, transfert en neuro-chir.

Merci la grève SNCF qui lui a sauvé la vie.

Merci les procédures et l'engorgement continuel des urgences.