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samedi 3 mai 2025

Histoire de Santé publique sans consultation 26 : un CSP ++ qui ne connaît pas l'existence du 15.



Je rencontre boulevard du Roi (Versailles) une vieille connaissance, 77 ans, qui a l'air frais et dispos, floride, le teint bronzé par un séjour récent en Bretagne, tous les Versaillais de souche disposent d'une maison de famille en Bretagne où les cousins peuvent s'échanger leurs chaussettes bleues reprisées à l'oeuf, les loden vert passé effilés aux manches, les robes à smock trop souvent lavées, les souliers vernis, les noeuds dans les cheveux sans oublier les vélos à l'ancienne avec traces de rouille ou les costumes de bain aux couleurs passées. Bref...

Nous parlons de la pluie et du beau temps, ma connaissance est un ex-centralien qui fait du bénévolat pour permettre à de jeunes chômeurs et chômeuses de retrouver un emploi, il est occupé, il est très préoccupé par la santé (je l'apprends sur le trottoir du boulevard du Roi, à l'ombre des frênes centenaires taillés au cordeau) et il m'entreprend sur le sujet des déserts médicaux.

Sujet dangereux mais moins que de lui parler médecine et de réactiver ses angoisses.

Il a un avis très tranché : "On attend trop..." Il continue : "Les médecins n'assument plus les gardes..." Je tente d'intervenir sur les statistiques flatteuses des gardes sur la totalité de la France (95 %) mais il ne m'écoute pas, il sait ce qu'il doit penser, il continue encore : "Imaginez une urgence en pleine nuit à Versailles... Qu'est-ce qu'on pourrait faire ? Je vous le demande... - Appeler le 15 ?" Il me regarde comme si je débarquais du pôle. "Le 15 ? Ça marche à Versailles ? - Oui..." 

Il me parle aussi de ces médecins qui refusent la régulation des installations. Je lui rétorque tous les arguments que tout le monde connaît sauf Garot et sa clique opportuniste de politiciens pour lesquels l'accès aux soins se règle par un  coup de fil à des copains qui ont vu le copain du copain.

Je continue de discuter avec un Centralien qui ne sait pas compter jusqu'à 15 et j'apprends qu'il se préoccupe de sa santé avec beaucoup de constance... C'est un partisan du dépistage, il n'a jamais raté un PSA, m'affirme-t-il, jamais raté un test fécal de dépistage du cancer du colon. Quant au rôle du cholestérol dans les maladies cardiovasculaires, il n'y croit guère, mais son médecin généraliste, "il est bien", lui fait doser tous les ans... "Il suffit de manger sain" ajoute-t-il et il ajoute qu'il est un client assumé et régulier de Biocoop et des maraîchers de la région. Amen.

Je ferme ma goule. Je ne lui dis pas que je ne connais pas mon taux de cholestérol, que je n'ai jamais eu "droit" à un PSA (sauf une fois où un spécialiste de tout autre chose, il y a de nombreuses années, l'a rajouté sur l'ordonnance), que je n'ai jamais recherché, malgré de nombreuses invitations, de sang dans mes selles...

Tiens, à propos... Il est scandalisé que le ce dépistage s'arrête à 74 ans, "Je connais quelqu'un qui a fait un cancer du colon à 79 ans et il y en avait partout !"

Donc, voilà quelqu'un qui fait partie des CSP ++ et dont la retraite est un scandale pour les plus jeunes qui joue le jeu de la dépistologie et de la prévention (il ne fume pas, il boit très peu, il mange bio) et qui, s'il était interrogé lors d'un sondage comme celui-ci, dirait que l'accès aux soins à Versailles (78000) est "compliqué, loin ou partiel" alors qu'il habite à moins de 10 mn en voiture de l'hôpital Mignot et/ou de la clinique de Parly 2 (classement national du journal Le Point en 2020 : "Stimulateurs cardiaques : 5ème · Chirurgie cardiaque adulte : 9ème · Cardiologie interventionnelle : 15ème") mais qu'il ne sait pas que l'on peut appeler le 15 en cas d'urgence !

Vous n'ignorez pas ce que je pense de ces classements alakhon. Mais...


lundi 2 décembre 2024

24 Aphorismes Médicaux pour choquer son entourage profane et non profane.

#24 Chaque fois que l'on accole un adjectif à médecine, ce n'est plus de la médecine.

C'est la fin de ces aphorismes. Bon Noël.

#23 Le médicament le plus utilisé en médecine générale est le médecin lui-même

Michael Balint (1957)

Pour plus de détails sur lr manque d'études le concernant : LA.

1896 - 1970


#22 La loi de Brandolini en médecine.

La quantité nécessaire pour réfuter des sottises est supérieure d'un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire.

Alberto Brandolini (2013)

Exemple : 4 ans et demi pour rétracter l'étude Gautret/Raoult.

Alberto Brandolini



#21 La loi de Goodhart appliquée à la Santé publique.

"Lorsqu'une mesure devient un objectif, elle cesse d'être une bonne mesure... car elle devient sujette à des manipulations directes (truquage des chiffres) ou indirectes (travailler uniquement  à améliorer cette mesure)"

Charles Goodhart (1975)

Exemples : pression artérielle, taux de cholestérol, glycémie. Ad libitum.

#20 Prise de décision partagée en santé.

La prise de décision partagée en santé est une ruse juridique mise en place par les soignants pour les innocenter en cas d'échec et pour les glorifier en cas de succès.




#19 Les économistes de la santé sont à la santé ce que les professionnels de santé sont à l'économie.

Pseudonyme, 2024.



#18 Big Data en médecine

"Le Big Data prétend se jouer de la complexité des données... alors que la pierre d'achoppement est la complexité des phénomènes." 

"Le Big Data signifie prendre la corrélation pour la causalité."

Jean-Pierre Dupuy (2024)

#17 L'hospitalocentrisme est la maladie infantile de la Santé publique



#16 Les vaccins sont des médicaments comme les autres.

Il est possible de tester leur efficacité sur des critères cliniques (prévention des formes graves, transmission, par exemple) et pas seulement sur des critères de substitution (les taux d'anticorps) en menant des essais contrôlés. Il est aussi nécessaire d'en déterminer les effets indésirables sévères et inattendus. 

#15 La médecine a fait tellement de progrès que plus personne n'est en bonne santé.

Aldous Huxley (1894 - 1963).




"Medical science has made such tremendous progress that there is hardly a healthy human left."

#14 La médecine préventive est 3 fois arrogante :

La médecine préventive est trois fois arrogante : Premièrement, elle est agressivement affirmative traquant les individus sans symptômes et leur disant ce qu'ils doivent faire pour rester en bonne santé... Deuxièmement elle est présomptueuse, persuadée que les actions qu'elle préconise feront, en moyenne, plus de bien que de mal à ceux qui les acceptent et qui y adhèrent. Finalement, la médecine préventive est autoritaire, attaquant ceux qui questionnent la validité de ses recommandations.

David Sackett

#13 La maladie est le salaire du péché.

De très nombreux soignants pensent cela tout comme de très nombreux citoyens.

"Vous l'avez mérité"

C'est bien entendu plus grave pour les soignants qui prescrivent et délivrent des soins.

Mais c'est aussi très préjudiciable pour les patients.




#12 Dépistage

Aucun dépistage de cancer n'a montré qu'il diminuait significativement la mortalité globale des personnes qui y participaient.

@ZoltiumHQ


#11 Effet Matthieu.

La privatisation de l'État providence ne conduit pas à faire disparaître les droits sociaux mais à en concentrer le bénéfice sur ceux qui en ont le moins besoin.

Par référence à un verset fameux de l'Évangile selon Saint Matthieu (XXV, 29) : "À celui qui a, il sera beaucoup donné et il vivra dans l'abondance, mais à celui qui n'a rien, il sera tout pris, même ce qu'il possédait."

L'effet Matthieu désigne la capacité des forts à devenir les premiers bénéficiaires des dispositifs visant à améliorer le sort des faibles.

In : L'esprit de Philadelphie. Alain Supiot. 2010. Paris, Le Seuil.



#10 Médecine et morale.

Chaque fois qu'un médecin fait la morale il ne fait ni de la bonne médecine ni de la bonne morale.




#9 Diagnostic

Une erreur de type 1 condamne un innocent.
Une erreur de type 2 acquitte une coupable.



#8 Prescrire est plus facile que ne pas prescrire.

Jamais un patient n'a traduit en justice un médecin qui lui avait prescrit un dosage de PSA sans l'avoir informé du rapport bénéfices/risques.

Dans le métro.


#7 Surdiagnostic

Un surdiagnotic de cancer, par exemple, est un authentique cancer qui, s'il n'avait pas été décelé, n'aurait provoqué ni morbidité ni mortalité.

Le surdiagnostic, toutes pathologies confondues, est la pandémie silencieuse des pays développés.



#6 Placebo 

"Prescrire un placebo est un danger pour le patient comme pour le prescripteur." 

Shapiro HM, 1986.

Mais il peut être éthique de prescrire un placebo en le disant au patient (cela ne change en rien son effet).


#5 Les études en conditions réelles

Les études en conditions réelles pour démontrer l'efficacité d'une molécule ou d'un traitement, c'est comme danser un slow avec sa soeur, ça ne mène à rien.

(Adapté de Diego Maradona : "Arriver dans la surface et ne pas pouvoir tirer au but, c'est comme danser avec sa soeur")

1960 - 2020


#4/24 Les examens complémentaires


La prescription d'examens complémentaires est souvent le cache-misère d'une triple absence d'interrogatoire, d'examen clinique et de connaissance de la sémiologie mais malheureusement aussi la première étape d'un traitement inutile.


#3/24 Quatre-vingt % des déterminants de santé sont non-médicaux.


Les médecins en concluent contre toute évidence qu'il faut intensifier la médecine.

#2/24 La loi inverse des soins (Inverse Care Law)



La possibilité d'accès à des soins médicaux de qualité est inversement proportionnelle aux besoins des populations concernées.

 

#1/24 La médecine n'est ni un art ni une science.

"La médecine n'est ni art ni science. C'est au contraire une discipline empirique, fondée sur des talents diagnostiques et thérapeutiques, aidée par la technologie, c'est à dire l'application efficace de la science." Petr Skrabanek et James McCormick



dimanche 1 septembre 2024

Médecine : une réflexion sur le minimalisme. Un regret : le conditionnel contrefactuel n'existe pas avec les patients.

via @IrenaBuzarewicz


Je n'ai pas publié de bilans médicaux depuis environ deux mois mais cela ne signifie pas que ma flemme correspond à l'absence de données intéressantes. Au contraire. J'ai éprouvé un certain découragement en raison de l'abondance des articles qui partent dans tous les sens de la médecine et du soin et qui ne cessent de confirmer qu'il y a plus de procédures abusives dans le soin que de procédures qui sauvent des vies. Ensuite, les thèmes qui nous occupent depuis des années sont toujours d'actualité et rien ne change beaucoup.

Je vais commenter deux points de vue sur la médecine.

L'un concerne le minimalisme.

L'autre concerne le conditionnel contrefactuel.

Ces deux points de vue illustrent selon moi à merveille deux concepts que je défends et développe depuis des années : la médecine n'est pas une science et les prises en charge médicales sont hasardeuses.


Le minimalisme en médecine

Voici l'article (ICI) que vous devriez lire avant mon résumé et mes commentaires : il est court, l'anglais est facile).


Je ne suis pas d'accord avec tous les exemples et toutes les conseils de l'auteur, ce serait trop facile... Mais.

Daniel Morgan nous dit qu'il ne faut pas faire une religion de la prévention pas plus que du dépistage. Que dans certains cas, quand on ne peut pas prévenir les maladies on fait plus de mal que de bien. Qu'il ne faut délivrer des prises en charge et des traitements que lorsqu'ils ont fait preuve de leur efficacité. Mais que, malgré toutes explications que l'on peut donner aux patients, une majorité de patients veulent plus de médecine.


L'auteur, états-unien, est professeur d'épidémiologie, de santé publique et de maladies infectieuses, écrit qu'il existe 3 catégories de médecine, 1) la prévention des maladies, 2) le traitement des facteurs de risque des maladies et 3) le traitement des symptômes et/ou des maladies. Or, les médecins connaissent pour la plupart les limites de ces 3 médecines mais en parlent rarement aux patients : il est plus facile de prescrire que d'expliquer pourquoi on ne prescrit pas. Il cite l'exemple d'un éditorial (LA) indiquant que le dépistage des cancers ne bénéficie qu'à 1 personne sur 1000 sur une période de 10 ans.


Enfin, il indique que la médecine minimale (qui ne peut se concevoir qu'à l'échelle individuelle et dans une relation médecin malade confiante et appropriée) peut s'appliquer à l'âge de 3 ans comme chez un homme 59 ans ou une femme de 45 ans. Il donne des exemples. Il n'oublie pas de rappeler les succès récents des traitements modernes et les inégalités dans la santé et la délivrance des soins qui tiennent à la race (nous sommes aux US), au genre et à la richesse.

Voici mes commentaires : 

L'incuriosité en médecine.

On nous a appris qu'en médecine "il fallait être curieux". Ce conseil était sous-tendu par un certain nombre de présupposés remplis de critiques implicites.

La curiosité part d'un bon sentiment : il ne faut pas passer à côté de quelque chose qui pourrait augmenter les chances du patient. Ne pas être curieux correspondrait à une perte de chance. Un médecin curieux est un médecin compétent : il sait examiner les patients, il sait quels examens prescrire et comment les interpréter, il connaît la littérature et il a des intuitions liés à sa grande expérience.

En médecine, et d'autant plus que l'on connaît le résultat final du diagnostic et du traitement, on sera toujours accusé de ne pas en avoir fait assez, jamais d'en avoir trop fait. L'exemple du dosage du PSA est clair : jamais un patient n'a traduit en justice un médecin parce qu'il lui avait demandé de doser le PSA. Pourtant...

La médecine ne peut pas tout.

Ne pas être trop curieux signifie qu'il ne faut pas entreprendre des démarches (examens complémentaires), tenir des propos (faire des promesses inconsidérées aux patients non pas seulement en termes de médecine mais aussi en termes d'attentes des patients, les fameuses valeurs et préférences, souvent citées, rarement prises en compte), engager des traitements sans tenir compte de la balance bénéfices/risques vue du côté patient et non du côté médecin.

La médecine est hasardeuse.

On voit que je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'a écrit Daniel Morgan, que Daniel Morgan n'est pas d'accord avec nombre de ses confrères états-uniens et que les patients sont loin de saisir tous les enjeux de la santé publique (le fait que seuls 10 à 20 % des déterminants de santé sont médicaux) à titre général et à titre personnel.
Il n'est pas de semaines où nous ne découvrons que des traitements utilisés large manu par de nombreux médecins dans le monde voient leur efficacité démentie par des essais robustes et leur usage devenir peu pertinents.




Le conditionnel contrefactuel en médecine praticienne n'existe pas



Adam Cifu écrit beaucoup sur la médecine et c'est toujours intéressant car soit il flatte notre ego en écrivant ce que vous pensez depuis longtemps et que vous n'avez pas encore pu exprimer, soit il dit le contraire de ce que vous pensez, en totalité ou pas et vous vous posez des questions dans le style : comment un type aussi intelligent que lui ne pense pas comme nous ? Voici l'article (LA). Je vous conseille de vous abonner à Sensible Medicine, c'est gratuit et c'est plein de ressources.

Le conditionnel contrefactuel, c'est, je cite Wikipedia (ICI) : 


C'est un genre philosophique, historique et littéraire très abondant qui remonte pour la philosophie à l'antiquité.

Donnons 2 exemples littéraires qui illustrent le concept (on appelle cela des uchronies) : 

  • Philip K. Dick : Le maître du haut château (1962) : l'Allemagne nazie, l'Empire du Japon et l'Italie fasciste ont gagné la guerre.
  • Philip Roth : Le complot contre l'Amérique (2004) : en 1940, c'est Charles Lindbergh, sympathisant nazi, qui est élu à la place de FD Roosevelt et qui signe avec Hitler un pacte de non-agression.

Adam Cifu rend visite dans un équivalent EHPAD US  à un patient de 90 ans qu'il trouve en moins bon état que 2 ans auparavant quand il a été décidé de ne pas traiter son cancer. C'est un patient qu'il connaît bien, lui et sa famille, et depuis de très nombreuses années. Bla-bla.

Il se pose la question : et si le cancer avait été traité, quel serait son état ? Choisir de ne pas commencer une thérapie et laisser la perspective de soins palliatifs semblait la meilleure option.

Et il écrit : en médecine, malheureusement, nous ne pouvons être rassurés par le contrefactuel. Et il donne 3 exemples. Que ce serait-il passé si ?

  • Un effet indésirable sévère et rare d'une statine : était-il vraiment judicieux de l'avoir prescrite ?
  • Ne pas prescrire de Paxlovid hors indications et voir le malade ne pas bien aller
  • Un cancer du colon métastasé découvert à 52 ans : aurait-il fallu dépister avant contre les recommandations ?


Il est évident que dans les situations d'urgence, on sait ce que ce serait passé si les médecins n'étaient pas intervenus. Et dans d'autres situations moins urgentes où l'évolution sans soins était prévisible.

Cela me rappelle cette fameuse phrase de Kundera : "Dans la vie il n'y a pas de brouillon." 


PS du 6/09/2024

En médecine, les brouillons peuvent exister à l'échelle populationnelle (et avec des circonstances désastreuses quand un brouillon est considéré a posteriori comme un infâme torchon) mais cela ne peut exister à l'échelle individuelle : il est trop tard pour changer.

Il est donc difficile en médecine praticienne de revenir en arrière, de savoir ce qui ce serait passé si.. et les regrets que nous pouvons exprimer à propos d'une prise en charge qui a été décidée sont sans lendemain ou à ranger du côté subjectif de l'expérience car il n'est pas possible de mener des essais contrefactuels à propos d'un patient. Nous disposons d'essais, pas toujours, et quand ils existent pas toujours de bonne qualité, qui ne peuvent résoudre des problèmes individuels qui sont soumis aux aléas de la vie.

Exercer la médecine, prodiguer des soins, est une éternelle interrogation sur ce qui se serait passé si on ne l'avait pas fait... ou si on l'avait fait autrement. Avoir du recul comme moi, 42 ans d'exercice pur de la médecine générale, se rappeler aussi les patients vus au cours des stages hospitaliers, l'externat, l'internat, consulter la liste des milliers de patients que l'on a suivis pendant des années, entrer dans leurs dossiers (je l'ai fait récemment à propos d'une expertise), s'interroger sur ce qu'on aurait pu faire mieux, sur ce que les patients auraient pu faire mieux, sur l'écart entre la routine des procédures et l'originalité d'un patient en tant qu'individu, non pas seulement comment il réagit aux traitements et aux prises en charges mais comment il perçoit son état, sa maladie, et comment il envisage les enjeux sur sa propre vie...

Ainsi, on le comprend, et malgré tous les discours lénifiants, la médecine n'est ni un art ni une science et l'espérance de vie absolue, relative ou en bonne santé est liée au hasard. Au hasard des rencontres entre le bon médecin et le bon patient, au hasard des susceptibilités individuelles et surtout au hasard des valeurs et préférences des soignants et des soignés.

lundi 1 avril 2024

Bilan médical du lundi 25 au dimanche 31 mars 2024 : Servier délinquant et adoubé, corruption des médecins aux US et en France, opacité de l'EMA, études observationnelles alakhon, Bernie Sanders, lombalgies : échec de l'exercice, PSA, CAC et bureaucratie.

Via @kiki2larc
Le visage à l'origine du Saint Suaire enfin révélé.


Difficile de publier un bilan médical de la semaine un premier avril !

Ce sera donc le seul poisson d'avril.


Le reste est "vrai".


Servier a gagné.

Servier est revenu dans l'appareil d'Etat.

Servier arrose, corrompt, triche, handicape, tue et les médecins s'en moquent. Ils ont prescrit (pas tous) du mediator et ils n'ont jamais été inquiétés. Jamais un obésologue, un endocrinologue, un diabétologue, un charlatonologue, n'a été poursuivi en justice pour avoir prescrit du médiator hors AMM à des patientes (la majorité) dans une indication sans objet et pour des raisons de clientélisme.

Les congrès de cardiologie continuent d'être sponsorisés par le laboratoire Servier.

Des études cliniques continuent d'être menées et des médecins acceptent l'argent de Servier pour des essais d'implantation, des essais sans portée pour les patients, pour des molécules qui ont fait cent fois la preuve de leur inintérêt.

Et le ministre de la santé, Frédéric Valletoux, qui a été pendant de nombreuses années, président de la Fédération Hospitalière Française (la FHF) ne sait pas que Servier est un groupe criminel. Il participe à une manifestation organisée par le journal L'Opinion, organe de presse "pro-business", dirigé par Nicolas Beytout et dont les actionnaires minoritaires sont Bernard Arnault (22,8 %), la famille Bettencourt (17,1 %) et Murdoch (7,6 %). Il participe à un colloque où le nom de Servier apparaît en gros sur les écrans, comme une bannière.

Encore une fois la santé publique est bafouée.


Roselyne Bachelot, 77 ans, a été placé à la tête d'un organisme pour qu'elle ne s'ennuie pas.



La corruption des médecins. C'est aux US ! 12 milliards de dollars en 10 ans.

Une étude (ICI) indique qu'entre 2013 et 2022 l'industrie pharmaceutique, ne parlez pas de Big Pharma, c'est du complotisme, a payé 12 milliards de dollars aux médecins et que 57 % d'entre eux ont au moins touché une fois de l'argent.


Les 25 médicaments les plus sponsorisés.


Les 25 matériels les plus sponsorisés


Les 13 spécialités les mieux rémunérées.



Mais aussi en France !


Je vous en avais déjà parlé ICI, le Free-lunch Index français, à partir d'un article écrit par Scanff A et al : LA



Le manque de transparence, c'est en Europe : EMA.

Demander à l'agence européenne de déclarer les liens d'intérêts de ses membres est un sport de combat : LA


La conclusion :


En français : c'est pas de la tarte !

Taxonomie des preuves en fonction de leur poids : les études observationnelles sont trop souvent alakhon


Mr Wolf : Pulp Fiction



C'est ICI pour l'article.


Bernie Sanders annonce la diminution par 10 du prix des aérosols dans l'asthme et la BPCO aux US

Trois des plus grands laboratoires commercialisant des aérosols (Glaxo Smith Kline, Astra Zeneca, Boehringer Ingelheim) ont répondu à une commission d'investigation du Sénat des EU en acceptant une diminution par 10 des prix des aérosols !

Ce qui les rend au niveau des standards européens. Ajoutons que les prix français sont les plus bas que cite Sanders.

La video est LA.





MG regardant l'avenir des soins primaires (allégorie)


Dans les lombalgies communes, l'exercice physique ne fait pas mieux que rien.



Je vous avais déjà parlé ICI (point 136) d'une étude de 2023 peu convaincante sur les effets de la prise en charge des lombalgies communes sub aiguës par la méthode McKenzie (prise en charge des patients avec kinésithérapie, et cetera...), eh bien une méta-analyse peine à montrer l'intérêt de l'exercice physique à partir d'essais randomisés exercice vs placebo (faux exercices) et rien. C'est LA

La critique principale est qu'il s'agit d'une méta-analyse menée à partir d'études contrôlées randomisées d'un faible niveau de preuves.

La première réflexion est celle-ci : depuis le temps que les lombalgies banales existent, depuis le temps que l'on compte des malades par millions et partout dans le monde, on n'a toujours pas été fichus de mener des essais contrôlés de qualité ! Pourquoi ?

La deuxième est celle-ci : il s'agit encore d'une maladie où les prises en charge sont essentiellement fondées sur l'absence de preuves !


Le dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA est une catastrophe sanitaire et personnelle pour les citoyens !

On l'a dit cent fois dans ce blog mais il faut le répéter, le répéter, le répéter.


1 décès évité et 40 surdiagnostics

Pour le dépistage du cancer du poumon


via @BoussageonR


On le rappelle : le CAC (score calcique) ne doit pas être utilisé en routine.

On sait que les généralistes sont des chieurs, mais rappeler l'avis du conseil scientifique du CNGE datant de 2022 (LA), sur la non-utilité de la mesure du CAC en complément ou à la place de SCORE 2 pour évaluer le risque cardiovasculaire des patients met manifestement les cardiologues à la peine comme le montre certaines d leurs mises au point (qui ne mettent rien au point).

Il existe des études en cours concernant la valeur du CAC (qui durent depuis si longtemps que l'on se demande quand les résultats vont "sortir" et s'ils vont "sortir"). Pour l'instant il paraît superflu de mesurer le CAC sinon dans le but de faire monter la valeur boursière des lieux de soins où le CAC est pratiqué de routine.  

Le CAC n'est bon que pour le CAC 40.




Les vaches sont bien gardées par le mille-feuilles bureaucratique.



Je me rappelle avoir eu comme patiente une responsable du social à la mairie de Mantes-La-Jolie qui m'avait avoué que lorsqu'elle avait pris ses fonctions elle avait mis au moins un an à comprendre l'empilement du mille-feuilles administratif et qui adresser à qui en cas de problèmes. C'était il y a 20 ans.

Je me rappelle aussi les "instructions" que nous laissions à nos remplaçants "en cas de problème". C'était une façon pour nous de réaliser la complexité de l'organisation médico-sociale de notre secteur d'activité en médecine générale.

Ce mille-feuilles administratif ou ce puzzle bureaucratique rendent inadéquates toutes les tentatives de simplification qui ont toujours conduit à un empilement et non à une réduction de l'épaisseur des feuilles.

Où va l'argent ?

Les termes ronflants, les acronymes mystérieux, les interactions invisibles et les freins visibles à ces interactions, les "territoires" comme objets de pouvoir et non comme communautés des hommes et des femmes s'occupant du médico-social.

Il est possible que ce schéma soit un fake.

Mais ce n'est pas le cas.

C'est le symbole à la fois de l'intervention de l'Etat (indispensable) et de sa paralysie.

Cela fait des années que "tout le monde" le dit et rien ne change.

Ce n'est pas prêt de changer.

Trop d'intérêts sont en jeu.


La série de la semaine (SF)






dimanche 19 novembre 2023

Bilan médical du lundi 13 au dimanche 19 novembre 2023 : Eglise de dépistologie (col, sein, prostate), DMP, mépris des MG, biologie en médecine générale, Orbita 2 et Florian Zores, autocensure.

Médecin (homme) attendant que l'Eglise de Dépistologie soit identifiée comme une secte. 

303. Eglise de dépistologie.


Biche. 2019. In Charlie Hebdo.

Rappelons pour ceux qui pensent que les critiques contre le dépistage en général et contre certains dépistages en particulier sont le fait d'activistes qui souhaitent la mort de leurs patients, que Cancer Rose, l'association mal nommée (c'est mon avis et je le partage) a publié LA récemment un billet en français de Gilbert Welsh que tout professionnel de santé, tout patient, tout citoyen, devraient avoir lu pour se faire une idée des problèmes.



303.1 Dépistage du cancer du col : les femmes encore une fois méprisées et infantilisées


Les femmes méritent autonomie, dignité et choix informé. Margaret McCartney.

Un article du BMJ : Les convocations pour le dépistage du cancer du col devraient traiter les femmes comme des adultes... LA

303.2 Dépistage du cancer du sein : les femmes encore une fois méprisées et infantilisées




Les femmes méritent autonomie, dignité et choix informé. Margaret McCartney.


303.3 Dépistage du cancer de la prostate : les hommes encore une fois méprisés et infantilisés.




Le professeur Alexandre de la Taille (DPI = 435, soit 435 liens d'intérêts sur le site Transparence Santé) est interrogé par une certaine Marine Cygler (ICI) et il fait fort de chez fort. Il enfile tous les poncifs de la dépistologie avec une abnégation qui suscite l'enthousiasme. Il a fait une communication aux Journées Nationales de la Médecine Générale, un machin inventé par une revue médicale sponsorisée par l'industrie des médicaments et du matériel, La Revue du Praticien MG.

Le professeur est chef de service du service d'urologie de l'Hôpital Henri Mondor (AP-HP), le service public, le tarif de sa première consultation est de 115 euro et, selon Doctolib, il reçoit tous les quarts d'heure.

En bon Orwellien, la guerre c'est la paix, et cetera, il dit : "Le diagnostic précoce, ce n'est pas le dépistage organisé".

On finit par cela : 

C'est pourquoi il ne faut pas doser le PSA.

304. Allégorie : le dossier médical partagé (DMP)



305. Le mépris des MG, épisode trouzemille : les certificats médicaux jugés abusifs.

Le docteur Michaël Rochoy s'est attaqué depuis des lustres aux certificats inutiles demandés par nombre d'institutions, d'associations, de mairies, de je ne sais quoi (ICI) et aux certificats illégaux demandés par les assureurs (LA). Aller sur son site permet de s'informer sur ces deux questions, permet de se défendre et permet de s'améliorer.

Une thèse que nous n'avons pu encore lire (auteur : Idriss Modson) rapporte 203 demandes de certificats :


306. Et comme Outreau ne dort jamais, Michaël Rochoy et Solange Déplanque mettent en ligne : 

un site d'aide à la prescription d'examens biologiques à destination des médecins généralistes.


C'est LA.

On peut critiquer, on doit critiquer, mais, surtout, il est nécessaire, il faut, critiquer de façon constructive. Merci à tous.


(Je ne sais qui a fait ce dessin)

(les revenus des 5 éditeurs de science les plus importants : 1 milliard de dollars US entre 2015 et 2018)

307. A la suite de la publication d'Orbita 2, Florian Zores commente : angioplastie vs rien dans l'angor instable.

Je vous avais parlé d'Orbita 2 au numéro 299 du Bilan Médical de la semaine précédente (ICI). Florian Zores a commenté LA.

Comme d'habitude, billet complet.

A lire en détail.

Je vous offre la conclusion ou du moins ce que j'ai retenu de la conclusion : 

L’angioplastie dans la maladie coronaire chronique garde toute sa place, mais en deuxième ligne, après échec d’un traitement pharmacologique bien conduit. Pour savoir si l’angioplastie est un traitement de première ligne, il faudra attendre une hypothétique ORBITA-3 : traitement anti-angineux + procédure placébo vs traitement placébo + angioplastie.

 

Steve McQueen (1963)

308. Auto-censure

Je n'arrive pas à écrire que je n'arrive pas à "croire" au Covid long...