lundi 31 janvier 2011

LECONS DE H1N1 : ET SI UNE IMMUNISATION PARTIELLE POUVAIT ETRE CONTRE PRODUCTIVE...


(Je reprends et traduis les commentaires faits dans La revue Inside Vaccines à propos d'un article que j'ai pu lire dans la revue Nature )
L'article : Monsalvo, A.C., et al, Severe pandemic 2009 H1N1 influenza disease due to pathogenic immune complexes. Nature Medicine (2010)
Voici les commentaires :

L'essai : a) comprenait des malades hospitalisés en 2009 en Argentine pour grippe H1N1, des malades témoins hospitalisés sans grippe H1N1, et étudiait des tissus pulmonaires de patients décédés de la grippe en 1957 ; b) tentait de comprendre pourquoi la grippe H1N1 de 2009 avait touché une faible partie d'adultes d'âge moyen et pas les plus jeunes et les plus âgés, contrairement aux modèles typiques de la grippe et étudiait une série de marqueurs immunitaires parmi des patients ayant présenté différentes sévérités de grippes.

Les résultats fondamentaux :
  1. La charge virale du H1N1 2009 était plus faible que celle constatée dans les épidémies saisonnières antérieures. Ce résultat était cohérent parmi tous les patients atteints même dans les formes les plus sévères. La pandémie H1N1 2009 fut effectivement moins sévère et moins dangereuse que que les épidémies saisonnières antérieures.
  2. Les personnes âgées avaient un haut niveau d'anticorps protecteurs contre H1N1 2009 qu'ils avaient acquis lors d'expositions à des virus identiques dans le passé.
  3. Dans les cas les plus sévères (adultes d'âge moyen) il existait de forts taux d'anticorps non protecteurs contre H1 (une faible avidité antigénique incapable de neutraliser les antigènes). En revanche les patients d'âge moyen avaient des anticorps à forte avidité pour H1 1999. Une exposition antérieure à une maladie identique (ou à un vaccin) a entraîné la formation d'anticorps se fixant sur les antigènes mais incapables de les neutraliser.
  4. Les cas les plus sévères avaient de hautes concentrations de marqueurs de la maladie des complexes immuns : le système immunitaire s'attaque aux complexes immuns (AC/Ag) dus à la maladie initiale. Dans le cas de H1N1 cette maladie des complexes immuns a conduit aux formes respiratoires les plus sévères, voire à la mort alors que les cas sévères non H1N1 ne présentaient pas ces marqueurs. Les anticorps anti H1N1 non protecteurs ont entraîné la maladie des complexes immuns qui a causé les cas les plus sévères.
  5. Les études sur les tissus pulmonaires de la pandémie H2 1957 ont aussi retrouvé des marqueurs de la maladie des complexes immuns.
CONCLUSION : la maladie des complexes immuns est un candidat sérieux à la survenue de pandémies grippales où, globalement, le virus est léger mais peut entraîner des maladies sévères dans une population atypique comme celle des adultes d'âge moyen.

(Il est à noter que la maladie des complexes immuns avait été à l'origine de l'arrêt des essais du vaccin contre le VRS (virus respiratoire syncitial) dans les années soixante.)

Cette étude n'est pas une preuve définitive.
Il s'agit d'une piste. Sérieuse.
Mais elle invite à se rappeler les opinions toutes faites débitées par les experts pendant la pandémie grippale, experts qui devaient connaître de tels faits mais qui ne pouvaient se permettre de mettre des bâtons dans les roues de la grande machine OMS / Big Pharma lancée à grand frais sur l'autoroute de la connaissance et du bien-être des populations.

Voici les questions, cependant, que l'on doit se poser à la lumière de ces faits :
  1. Est-ce que les études faites sur les vaccins antigrippaux vérifient que les anticorps produits ont une forte avidité ?
  2. Est-ce que les anticorps à faible avidité retrouvés chez les adultes présentant une maladie sévère sont dus au vaccin ou à des expositions précédentes à la grippe ?
  3. Est-il réellement avisé de proposer la vaccination de toute la population au risque de rendre toute la population vulnérable si un virus identique survient et que les anticorps ont une faible avidité ?
Cette étude a le mérite de poser de vraies questions.
Cette étude renforce l'idée que le raisonnement scientifique se doit d'être en première ligne et non les solutions militaires : on vaccine tout le monde et personne ne bouge.
Trouver des solutions sanitaires efficaces fondées sur des approches pragmatiques et ciblées en ciblant les populations à risque est probablement le meilleur moyen de sauver des vies et d'éviter les dégâts collatéraux des initiatives médicales de masse volontiers non nécessaires et pobablement contre productives.

3 commentaires:

voix medicale a dit…

sait-on le pourcentage de gens vaccinés dans les cas graves répertoriés à l'hôpital?

Docteurdu16 a dit…

Personne n'était vacciné... C'était l'épidémie de 2009, avant le vaccin.

Anonyme a dit…

Très intéressant, Dr Grange.
Je résume, voir si j'ai bien compris: les personnes préalablement exposées à un virus ou un vaccin et qui ont fabriqué des anticorps contre ce virus, peuvent, quand un virus pandémique bénin comme le H1N1 survient, virus bénin dont les antigènes sont légèrement différents de ceux du virus ou vaccin précédents, déclencher une maladie des complexes immuns. Maladie où les anticorps de la personne s'attaquent au complexe formé par les antigènes et les anticorps de la maladie actuelle. Cette maladie pourrait être la cause des cas sévères de grippe. D'où, l'idée qu'en vaccinant tout le monde on risquerait d'augmenter le nombre de syndromes grippaux sévères. D'autant plus que la vaccination est censée avoir lieu tous les ans ce qui n'est pas le cas de la grippe naturelle. Et je pense que c'était le sens de la question de voix médicale: les personnes ont elles été vaccinées pendant les années précédentes?
La vaccination de masse contre la grippe pose d'autres questions:
- son efficacité est de faible à nulle selon l'âge si on se réfère aux méta-analyses de la collaboration Cochrane (d'autant plus discutée que les études montrant une certaine efficacité ont en majorité, été financées par les labs pharmaceutiques).
- les effets secondaires proches dans le temps relevés sont quantitativement importants pour les effets secondaires qualifiés de gênants avec les vaccins avec adjuvant (douleurs, vertiges, syndromes pseudo-grippaux, céphalées), et parfois très graves (paralysies, infarctus, avortements pour les femmes enceinte....) et probablement sous-estimés
- l'on ne sait pas comment la vaccination, notamment avec les vaccins fractionnés, peut interférer avec l'immunité naturelle, notamment chez le nourrisson. L'immunité conférée par le vaccin est uniquement humorale et pas forcément bien ajustée au virus réel. Et cette immunité vaccinale peut-elle interférer avec le phénomène de "pêché originel"qui met en route l'immunisation chez le nourrisson et qui implique une immunité cellulaire à la fois beaucoup plus complexe , complète et durable que la seule immunité humorale due aux anticorps?
- et cela mène à l'idée que le problème de l'avidité (ajustement des anticorps générés avec les antigènes du virus réel) se pose de manière beaucoup plus aigüe avec le vaccin puisque celui-ci ne répond pas à un virus réel mais essaye de l'anticiper.
Et, autre chose concernant la "pandémie grippale". Une réunion a eu lieu le 29 juin 2009 (Congrès sur les maladies infectieuse au sujet de la grippe réunissant des représentants de l'INVS, de l'INSERM, des médecins hospitaliers. Les bonnes questions étaient déjà posées: disproportion des mesures et des procédures par rapport à la bénignité du virus avec la désorganisations des services induite, risque d'un rapport bénéfice/risque défavorable dans le cas d'une vaccination de masse, intérêt limité de l'ostéalmivir et risque d'effets secondaires, importance de s'appuyer sur les médecins libéraux...
Comment ça se fait que les gens de terrain se posaient si tôt les bonnes questions et que lorsque le gouvernement et les "experts" s'en sont mêlés on n'a apporté que des mauvaise réponses?
http://www.em-consulte.com/article/226982#N10051
CMT