dimanche 6 juillet 2014

Histoire de non consultation 173.


A la sortie de la boulangerie, vers midi, je rencontre Madame A, 60 ans, qui me fait un grand sourire, ce qui me surprend.
La dernière fois qu'elle est venue consulter au cabinet doit remonter à une petite trentaine d'années.
Et je me rappelle parfaitement les circonstances de sa dernière visite. Cela m'a marqué.
Pendant tout ce temps je l'ai aperçue de très nombreuses fois dans le centre ville à l'heure du déjeuner mais à une distance telle qu'elle ne pouvait m'aborder.
Je me rappelle parfaitement la raison pour laquelle, selon moi, elle a cessé de venir au cabinet. J'ai comme un sentiment de gêne depuis ces années.
Elle est restée une grande belle femme mais, maintenant que je suis près d'elle, à distance de conversation, je remarque qu'elle a vieilli (et sans doute pense-t-elle la même chose de moi).

"Docteur, je voulais vous dire combien je vous considère comme un bon médecin et je regrette de ne pas avoir continué à venir vous voir.
-Ah...
- Oui, vous savez, il y a quinze ans, j'ai fait un cancer du sein...
- Et ? "

Madame A était alors secrétaire à la mairie.

Elle était venue consulter pour que je lui represcrive la pilule. On était au tout début des années quatre-vingt, j'avais trois ans d'installation en médecine générale, j'avais été un étudiant zélé formé à Cochin Port-Royal, on m'avait enseigné...

(et, à l'époque, mais j'espère que cette époque est révolue, on me dit pourtant que je me fais des illusions, je n'avais même pas l'idée que les cours, les conseils prodigués en cours, les recommandations -- bien que ce terme n'existât pas encore--, pouvaient être criticables et critiquées. L'autorité de la Faculté, des professeurs, je n'imaginais même pas que l'on puisse la remettre en question. J'avais bien remarqué la structure pyramidale universitaire et hospitalière, son côté "le patron a toujours raison même quand il a tort", son machisme, sa misogynie, son conservatisme, sa morale réactionnaire, sa politisation à droite, et j'avais aussi pu identifier des îlots de liberté ou  de liberté de ton ici ou là mais qui pouvaient être attribués à des vengeances personnelles ou à des rancoeurs, des querelles de personnes ou des querelles politiciennes, et il y avait même eu mai 68, les événements avaient été sévèrement réprimés à Cochin avec blocages de nominations, interruptions de carrière, et cetera, mais je n'avais pas encore pris conscience que c'était scientifiquement que le discours pouvait être biaisé, influencé, perverti, par des intérêts moraux, éthiques, financiers, politiques et autres qui asseyaient le système mandarinal que l'on pouvait assimiler sans erreur à un système totalitaire)
... on m'avait enseigné que pour prescrire une pilule il fallait faire plein de trucs dont palper les seins. Je me rappelle même que la femme d'un collègue m'avait dit lors d'un "repas de labo", et j'avais opiné du bonnet (humour), à propos d'une gynécologue de Mantes "Elle ne palpe même pas les seins", ce qui était le comble de l'ignorance et de la faute professionnelle.

Donc, à l'époque, et les choses ont mis du temps à évoluer, et je crois qu'elles n'ont toujours pas évolué dans l'esprit de certains médecins, la prescription de pilule signifiait, entre autres, palper les seins, la femme les mains sur la tête, quadrant par quadrant, on décrivait même dans les bons livres la façon de placer les doigts, et, selon ma morale commune, je ne savais même pas ce qu'était une étude en double-aveugle, enfin, je savais un peu mais je n'en avais jamais lu une, mais encore moins une étude de cohorte, il fallait palper les seins. J'ignorais tout autant ce que signifiait un sur diagnostic et plein d'autres choses qui ne semblaient pas intéresser la Faculté de médecine mais il me semblait tout à fait indigne et immoral de ne pas palper les seins selon les canons de la médecine de l'époque.
Je lui avais donc palpé les seins non sans remarquer, qu'elle en avait été surprise, voire gênée. 
Et elle n'était jamais revenue me voir mais elle m'avait fait remarquer en passant que son médecin ne le lui faisait jamais.

Nous sommes debout dans la rue, sur le trottoir non loin de la boulangerie.
"Et mon médecin ne m'avait jamais palpé les seins. C'est vous qui aviez raison.
- Je ne comprends pas.
- Eh bien oui, s'il m'avait palpé les seins, il aurait trouvé la tumeur, j'aurais gagné du temps et j'aurais eu des traitement moins durs.
- Vous aviez quel âge ?
- Quarante-cinq ans."

Que fais-je ? Je lui raconte l'histoire du dépistage du cancer du sein, j'insiste sur le fait que la palpation des seins... que le dépistage organisé actuel et controversé ne commence qu'à 50 ans...
Je lui offre un grand sourire. Et je ne dis rien. Et nous en restons là.

Je ne sais pas dans quelles circonstances son cancer du sein a été découvert, quel type d'intervention elle a subie, si elle a eu une radiothérapie, une chimiothérapie.

Elle ajoute ceci : "Vous n'auriez jamais dû ce jour là examiner mes seins, je n'y étais pas prête, vous avez fait cela comme si vous m'aviez serré la main, cela m'a traumatisée, j'étais votre objet, et, en outre, j'ai vraiment cru qu'il y avait quelque chose de sexuel dans votre façon de faire. J'étais troublée et vous aviez l'air si froid, si professionnel. Vous étiez  inhumain."

Je voulais donc dire ceci :

  1. Le jugement empathique des patients à l'égard du médecin est un leurre qui conduit à la sur estimation de soi, à la perte des repères, au sentimentalisme médical, à la notion de toute puissance, et, au bout du compte, au burn-out (je n'entre pas à dessein dans le modèle du transfert / contre transfert) (1) quand les divergences entre la réalité rêvée et le vécu quotidien deviennent aiguës. La patiente pense que si on lui avait palpé les seins le cancer aurait été diagnostiqué plus tôt. Pas sûr.
  2. L'Etat de l'Art est à la fois une donnée qui permet de se repérer, de se décider, de travailler, de survivre, et une illusion qu'il convient d'analyser de façon instantanée (ce que l'Etat de l'Art cache : les liens et conflits d'intérêts sous-jacents, l'effet de mode, les illusions collectives, l'absence de données contrôlées, le corporatisme, la volonté de puissance, l'argent, le suivisme...) et de façon longitudinale (la relativité des connaissances, leur volatilité, il ne faut pas avoir raison trop tôt -- et trop tard, douter même si tout va dans le même sens, ne pas lire que les publications qui vont dans le sens de l'histoire et de son histoire personnelle, ne pas tweeter que les publications qui vont dans le sens de ce que l'on pense a priori,...). 
  3. La prescription d'une contraception hormonale n'avait pas la même signification philosophique et sociétale en 1982 que maintenant. On m'avait appris qu'il s'agissait d'un médicament et qu'il y avait des risques, des risques en général, risques avancés qui ne sont pas les mêmes que ceux que l'on avance aujourd'hui. Ainsi, avec le temps, est-on passé d'une grande prudence (examen gynécologique complet, prise de sang, et cetera) dans la prescription de pilule à un je-m'en-foutisme banalisant (le sociétal, à savoir la liberté de la femme pouvant disposer de son corps à tout prix, prenant le pas sur le conservatisme de la mise en avant de possibles effets indésirables mortels ou invalidants) à une prise de conscience des dangers là encore mis sous le boisseau pour cause de société. Mais que de résistances encore ! Nous en avons largement parlé ici et tous les problèmes ne sont pas réglés entre les "sociétaux" qui nient  tout effet indésirable de la contraception hormonale (car la pilule est la plus grande révolution scientifique et sociétale du vingtième siècle...), les big pharmiens qui nient aussi pour faire du chiffre et pour toucher des pourboires et les médecins qui s'occupent de leurs patientes sans se soucier de l'idéologie ou du fric et qui savent que la pilule n'est pas un médicament et que ses effets indésirables sont à la fois mortels, invalidants et... sociétaux.
  4. L'histoire que je raconte est à mon avis exemplaire de l'évolution des relations patients / médecins depuis 1982 et ne conclut rien sur le problème scientifico-sociétal du dépistage organisé du cancer du sein. 
  5. Exemplaire d'un point de vue relationnel : j'avais des certitudes et je les ai imposées à ma patiente ; je ne lui ai pas demandé son avis ; je lui ai palpé les seins sans lui expliquer pourquoi je le faisais ; que savait-elle de l'intérêt de palper les seins ? Ignorais-je (la réponse est non) que palper des seins est aussi un acte sexuel ? 
  6. Exemplaire du problème scientifico-sociétal posé par le dépistage organisé du cancer du sein par mammographie qui dépasse le débat scientifique pur (je suis d'accord : un débat scientifique pur n'existe pas mais il existe cependant une part objective des données -- à ceci près que générer des données, c'est à dire faire des hypothèses, penser un protocole, l'écrire, penser des cahiers d'observation, les écrire, présupposer un mode d'analyse statistique, interpréter les données, écrire l'article, surtout la discussion, est hautement subjectif et impur et influencé par le promoteur de l'essai qu'il soit public ou privé, promoteur qui n'est pas une entité flottant dans les espaces éthérés de la science mais immergé dans la société) : il est plongé dans le bain sociétal qui comprend pêle-mêle, la mort, la maladie, la peur de la mort, la peur de la maladie, le corps des femmes, le patriarcat, la médicalisation de la vie, et cetera.
  7. J'ajoute également que si un sondage était effectué chez les médecins sur le fait de palper des seins dans le cadre des visites de prévention et / ou de dépistage, nul doute qu'une immense majorité de ces praticiens, généralistes comme gynécologues ne diraient pas que la palpation des seins, isolée ou avant une mammographie de dépistage, est un facteur avéré de sur diagnostic. Et encore : j'ai longtemps conseillé aux femmes l'autopalpation de leurs seins de façon systématique, autre source de sur diagnostics.
  8. Qu'en conclure pour le dépistage organisé du cancer du sein par mammographie ? J'en ai parlé mille fois sur ce blog. J'écrirai, lorsque l'article de la Revue Prescrire dont j'étais relecteur paraîtra, un billet sur l'INCa qui nia tout sur diagnostic pendant des années pour en arriver au chiffre scandaleusement sous estimé de 10 %, ce qui montre combien les agences gouvernementales sont aussi influencées et influençables que les groupes privés qui, influencés et influençables, tentent d'influencer de façon ontologique. Il est désormais nécessaire de proposer une porte de sortie pour abandonner le dépistage organisé du cancer du sein par mammographie. De telles sortes que personne ne perde la face et qu'il n'y ait pas un séisme dans la société française. Il faut réenvisager les programmes de prévention et de dépistage. A vos réflexions !
La patiente s'est donc trompée sur moi et je ne l'en ai pas dissuadée. Par auto empathie ?

Je vous recommande encore de lire Rachel Campergue. "No mammo ?" ICI

(Illustration : le meilleur quatuor de musique contemporaine dans son cd le plus accompli. 1966. Don Cherry. Leandro Gato Barbieri. Henry Grimes. Ed Blackwell.)



10 commentaires:

m bronner a dit…

Merci pour ce billet mais...après un tel inventaire, proposer une sortie du dépistage organisé semble impossible sinon de changer radicalement de point de vue au sens large et cela dépasserait amplement le seul domaine du dépistage pour toucher à la façon de voir la médecine et les médecins. Malgré cela je suis en tout point en accord avec ce que vous dites donc:- proposons!
Le préalable me semble être une modification de point de vue de l'inca et de l'has et donc du ministère.
1- sortir de la communication d'octobre rose et couper tout financement.
2- proposer aux hopitaux de se désengager d'octobre rose.
Pour la patiente-lambda comme moi, le fait qu'un organisme officiel apparaît de près ou de loin dans la communication d'octobre rose lui donne une caution de sérieux. Il devient impossible pour une femme de faire la part des choses et cela d'autant plus que vous mêmes, les médecins, n'en êtes pas capables!
sans doute que pour les généralistes la profession semblerait évoluer vers une fonction de "iatrogéniste" au sens où il pourrait expliquer l'ensemble d'une problématique sans être forcément dans l'interventionnisme car il est sans doute moins courtisé et séduit par big-pharma. Le discours concernant le cancer du sein est une soupe d'émotion dont il faudrait sortir. La médecine et son raisonnement spécifique doivent être expliqués et non pas tenus secrets parce que trop compliqués à comprendre! Il faudrait selon moi sortir des attitudes systématiques qui dès l'instant où elles deviennent systèmes organisent en parallèle leur propre continuité dans le temps et vivent en elles-mêmes sans plus réfléchir le sens de leur propre justification. En exemple,j'ai observé ces derniers mois l'émergence des "packs"dépistage du cancer sein+colon etc.qui auront l'inconvénient de ne pas laisser l'un évoluer sans l'autre. Car dès l'instant où, une fois le schmilblick installé, l'un des deux devrait se renégocier totalement à la lumière des dernières études on hésiterait à le remettre en question de peur de nuire à l'autre.
Donc la seule solution serait un "dépistage"au cas par cas. Mais comment faire pour que les médecins ne se sentent pas tenus pour gérer la trouille du cancer, celle des procès etc, comment faire pour qu'ils ne soient pas incitatifs?
C'est entre les mains des institutions. Il faut des recommandations "correctes" et une attitude qui ne soit pas paternaliste. Laisser le choix au patient sans lui proposer un choix et sans le renégocier.
C'est le point de vue qui doit changer...pas évident.
Et puis peut-être une bricole qui ne me semblerait pas inutile "un livret" radiographie pour le patient afin que l'on puisse visualiser le nombre de mammos par exemple (parfois considérable selon les cas).

Peut-être que nous devrions tous en même temps à l'aide du même dossier demander à rencontrer nos députés pour leur expliquer que la médecine nous rend malade dans certains cas!

une société qui marche sur la tête,
Entendu à la radio ce matin:- grande décision de prévention dans les festivals de musique, proposer au spectateur l'usage de bouchons d'oreille!!!

ANNETTE LEXA a dit…

"Peut-être que nous devrions tous en même temps à l'aide du même dossier demander à rencontrer nos députés pour leur expliquer que la médecine nous rend malade dans certains cas!"

Voilà une proposition concrète que je rejoins à 100% !
Nous avons à lutter contre un esprit collectif moutonnier qui sur de nombreux sujets est extrêmement difficile à changer, du fait d'une inertie énorme et d'interêts financiers et lobbyistes.
C'est là que je rejoins la proposition de Martine Bronner d'en faire une affaire politique. la santé est une affaire politique dont les citoyens devraient s'emparer sérieusement. Effectivement médecins et patients convaincus devraient interpeller leurs députés sur ces questions de Dépistage Organisé, même si je ne me fais pas d'illlusion ! Si l'Etat se désengageait de sa mission de bienfaisance paternaliste, on assisterait très certainement à une privatisation et au développement d'une nouveau business du dépistage de grande ampleur qui pourrait devenir encore plus dangereux, puisque les ressorts du marketing de l'industrie sont encore plus redoutables pour manipuler les consciences que les "recommandations" des Agences institutionnelles. La peur de mourir est un levier d'une puissance inégalée, tout comme le sexe et ce qui tourne autour !

En France, nous avons un train de retard sur les pays anglo saxons et généralement , nous importons les idées nouvelles tardivement et de manière déformée, pour la mettre à la sauce française.. (cf tout récemment la gestion calamiteuse de la théorie du genre) .Alors que les USA sont revenus du dépistage systématique, et semblent prôner le libre choix (si tant est que ce choix repose sur une information non biaisée, ce qui est une autre histoire) , nous persistons à nier l'évidence, comme le nuage de Tchernobyl qui , nous assurait-on à l'époque très doctement, s'était arrêté aux frontières. Tout jeune doctorante en toxicologie à l'époque, ce mensonge m'avait scandalisée , tout comme tant d'autres qui ont suivis en matière de santé et d'environnement…. (à suivre)

ANNETTE LEXA a dit…

…(suite) Alors, oui, tant qu'une entité faite de citoyens éclairés ne se réveillera pas pour dénoncer rationnellement les dérives des politiques de santé, nous en resterons là. Ce serait assez simple à expliquer aux vulgum pecus (députés inclus) par exemple la différence entre une statistique publique et un risque individuel, entre un danger et un risque. On pourrait aussi exiger que soit enseigné aux médecins quelques rudiments de psychologie humaine (voir le cas de la palpation systématique des seins totalement traumatisant chez une jeune fille quand elle est faite par un médecin homme, qui laissera des traces indélébiles, pour une balances bénéfice /risque plus qu'improbable).
Les français n'ont jamais aimé les maths, et cela ne date pas d'hier, et bien, il serait temps pourtant d'expliquer simplement comment actuellement on tort, on déforme la réalité du monde, particulièrement dans les sciences "molles " (biologie, médecines, sciences sociales, économie) avec des armes redoutables que sont des algorithmes, des modélisations, des statistiques, les biais dans les enquêtes épidémio..., et que c'est une arme redoutable lorsqu'on s'en sert ensuite pour prendre des décisions politiques dangereuses.
On pourrait utiliser aussi l'arme de l'émotionnel en le renversant: à l'imprécation "cette femme a sauver sa vie en montrant ses seins" ou autres culpabilisations de mères qui ne feraient pas vacciner leur fille, on pourrait très bien formuler un turc du genre " avez vous envie de mourir ou être mutilée pour avoir été enroulée sans avoir été prévenue des conséquences ? vous considérez vous comme une moyenne statistique?
Personnellement, je voudrais juste qu'éthiquement, on laisse le CHOIX du dépistage, du traitement thérapeutique au patient sans le culpabiliser, le manipuler, le rejeter, le suspecter, l'engueuler (on me rapporte dans des milieux bien informés des oncologues qui engueulent leurs patients gravement atteints, pour avoir le culot d'aller chercher un peu de réconfort dans une médecine complémentaire, en réalité, ils cherchent juste un peu d'humanité, de réconfort devant leur peur de la mort, dans un monde de brutes gestionnaires pseudo rationnalisants)
On nous bassine ad nauseam à longueur de journée partout de compassionnel, d'égalitatisme, d'humanisme, d'émotionnel, et on a une médecine toujours aussi scientiste, inhumaine tenue par des gestionnaires et des lobbyies privés, donc peut être encore plus cynique qu'avant , et qui se cache derrière du personnel soignant bien souvent réellement compassionnel chargé de faire "du lien social" et qui racommode ce qui peut l'être mais qui est dépassé) . C'est à une autre médecine plus respectueuse de l'être humain qu'il faut appeler. et un autre rapport in fine à la mort.. mais , çà c'est une autre histoire !

BT a dit…

Oui d'accord avec Annette lexa, il faut faire entrer la médecine dans un débat démocratique citoyen.Il faut oser dépasser le périmètre des blogs entre gens convaincus.

m bronner a dit…

Bonjour, je comprends Annette Lexa et la proposition de retourner l'argument émotif...et d'un point de vue individuel j'ai utilisé par facilité cette technique! Mais finalement cette technique que nous critiquons d'utilisation de l'émotion n'est pas la bonne à mon sens car d'abord c'est une "technique", c'est une recherche de comment "communiquer" un message grâce à l'artifice de l'émotion. Je pense sincèrement qu'il faut sortir du "comment dire" pour se focaliser sur ce que l'on dit. Et proposer non pas une réaction émotive mais la réflexion. C'est peut-être vain! Je ne sais pas. Mais nos édiles sont censés être à peu près cortiqués, donc susceptibles de comprendre un raisonnement. Car avant tout c'est les édiles qu'il faudrait informer afin d'incurver et de peser sur les attitudes des institutions. Donc un dossier médical dans les "données scientifiques" du moment ne masquant rien, ni les faiblesses d'un point de vue, ni les faiblesses de l'autre. Dossier étayé d'une réflexion sociologique et historique simple. Qu'attendait on du dépistage quand il a été instauré? Est ce que ces attentes correspondent à une réalité? etc
le but, pour moi, serait de faire comprendre qu'on ne peut pas penser et choisir à la place d'autres personnes, qui plus est avec des idées fausses.
Somme toute là où un médecin peut choisir pour autrui sans demander...c'est en cas d'urgence vitale. Est il question là d'urgence vitale?
Mais ce serait proposer de changer de point de vue...

BG a dit…

Annette Lexa dit

"Les français n'ont jamais aimé les maths, et cela ne date pas d'hier, et bien, il serait temps pourtant d'expliquer simplement comment actuellement on tort, on déforme la réalité du monde, particulièrement dans les sciences "molles " (biologie, médecines, sciences sociales, économie) avec des armes redoutables que sont des algorithmes, des modélisations, des statistiques, les biais dans les enquêtes épidémio..., et que c'est une arme redoutable lorsqu'on s'en sert ensuite pour prendre des décisions politiques dangereuses."

Un exemple :

Appelons p et p' les probabilités de guérison de calculs rénaux par des traitements A et A' . On veut tester si on peut accepter p=p' ou au contraire p>p' ou l'inverse. Chacun admettra facilement que le test n'aura de signification QUE si p et p' existent. Cela pourrait aller sans le dire mais va mieux en le disant car, la plupart du temps on oublie ce petit détail...

Dans un exemple célèbre [1] on a constaté sur des données globales que le traitement A' était plus efficace que le traitement A. Mais cette conclusion devrait être assortie de la réserve suivante :

« sous réserve que les probabilités p et p' existent, c'est à dire que chaque malade ait la même probabilité de guérison par A et la même par A'. »

Tant qu'on ne le sait pas on ne peut en réalité rien conclure. Mais on passe très souvent outre à cette restriction tant chacun à hâte de publier un résultat … et de l'appliquer... Dans cet exemple, quand on dissocie les petits calculs des gros on met en évidence que le traitement A est plus efficace que A' aussi bien pour les petits que pour les gros calculs. Cette anomalie apparente a été nommée paradoxe de Simpson. Mais, en amont de ce paradoxe qui a fait couler beaucoup d'encre (taper paradoxe de Simpson sur google), il y a la condition plus fondamentale mais encore cachée que p et p' doivent exister avant d'être déclarés égaux … Oui, on en est encore la en médecine, en sociologie et j'en passe ...

Exemple avec les études cas-témoins Tardieu sur le risque de sclérose en plaques après vaccination hépatite B chez les enfants. Le test consiste à comparer les probabilités p et p' d'avoir été vacciné chez les cas et les témoins. Là aussi il est essentiel de s'assurer que p et p' existent avant de prétendre les avoir valablement comparées.

Or les enfants jeunes (<10 ans) ont été vaccinés à 25% environ alors que les classes d'âges vaccinées en sixième le furent entre 75 et 80% et que les adolescents ont pu avoir été vaccinés à 40-50% à l'époque. On voit donc qu'il était indispensable de créer au moins 3 groupes et que faute de cela les études n'ont rien étudié du tout. Voir [2] [3] et [4]

[1] http://sciencetonnante.wordpress.com/2013/04/29/le-paradoxe-de-simpson/

[2] http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2011/03/18/20609338.html

[3] http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2014/02/25/29306665.html

[4] http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2014/02/28/29328071.html

ANNETTE LEXA a dit…

Le cas du Dc Nicole Delepine m'a convaincu de ce qui se joue actuellemet sur le terrain du traitement u cancer en France. Et merci à Docteurdu16 qui m'a permis de découvrir Peter Gotzsche !
Nous devons dénoncer l'arrogance médicale et financière auprès de nos élus qui n'ont pas à se mettre à genou devant les intérêts d'une poignée de leaders totalitaires; Il en va de nos libertés, de nos vies et de nos morts, de nos démocraties, qui sont déjà bien mises à mal, car doucereusement , nous dérivons, dérivons, et la prophétie orwellienne pourrait se dessiner si nous n'y prenons pas garde.
Docteurdu 16 est un blog excellent, la plume est un régal et on y apprend plein de choses, pour une non médecin mais néammoins docteur en toxicologie et férue d'histoire et d'épistémologie (le menu fretin de la science universitaire , qui ne pèse rien au regard de la grandeur de la médecine française).
Le post de mai dernier "Rencontre Prescire 2014" est un bijou , qui m'a fais vraiment rire , car , fréquentant aussi les colloques et autres rencontres , je ne peux que m'y retrouver, cela me fait penser à l 'humour très british de David Lodge dans "un tout petit monde".
Mais cela ne suffit pas.
Seuls ceux qui ne risquent pas trop gros pour leur carrière peuvent vraiment s'engager, ou alors, c'est qu'ils n'ont plus rien à perdre (Nicole Delepine) ou qu'ils ont une sorte de "foi" chevillée au corps '(G.E.Seralini).
Il y a suffisamment d'arguments scientifiques pour dénoncer les dérives de ces pratiques (merci au docteurdu16 pour sa revue et ses réferences biblio; merci à formindep) mais il faudrait toucher les medias, et adresser des courriers ou pétitions à nos députés, réussir à créer un mouvement de citoyens capables d'aller parler aux députés et aux sénateurs pour faire entendre une autre voix que celle des leaders d'opinions , non?

pr mangemanche a dit…

=>" Ignorais-je (la réponse est non) que palper des seins est aussi un acte sexuel ? "

Voilà une formulation bien gênante...
La palpation est un acte médical, ce n'est pas une caresse, ni une stimulation. C'est un geste technique.
Que ce geste concerne une région ou un organe chargé émotionnellement ou symboliquement n'est pas contestable.
Qu'il doive s'accompagner d'un respect supplémentaire de pudeur et d'explications à cet égard non plus.


Mais, selon moi, ce n'est pas "aussi un acte sexuel".
Il me paraît important justement d'éviter cette confusion.

Docteurdu16 a dit…

@Pr mangemanche.
J'ai posé à dessein cette question car la patiente qui n'est pas revenue au cabinet a dû envisager la palpation comme un acte sexuel. Elle l'a envisagé car son médecin ne le faisait pas. Je ne lui ai pas donné à l'époque l'explication du pourquoi je le faisais et pourquoi il ne l'a pas fait et elle a pu penser que je le faisais pour d'autres raisons que médicales.
Il ne faut pas se cacher derrière les bonnes manières, la sexualité et la pudeur, sont dans les cabinets, il suffit de lire les CR du CNO sur les plaintes des patientes et des patients à l'égard des médecins. Rappelons pr mangemanche qu'aux US il est impossible à un médecin homme de palper les seins d'une de ses patientes hors la présence d'un chaperon.
Mais vous avez raison : la palpation des seins est un acte technique mais comme tout acte technique, et a fortiori quand signifiant et signifié peuvent s'entrechoquer, il doit être expliqué et commenté.
Les problèmes que je rencontre avec les examens gynécologiques dans mon coin en sont exemplaires.
Bonne journée ... à Pékin.

Anonyme a dit…

Le billet et ses commentaires (Dr Delepine citée en exemple...): salmigondis d'approximation qui au final dessert vos idées