dimanche 9 décembre 2018

Calendrier de l'avent des lectures médicales : Adam Cifu et Vinay Prasad. #16

Ce livre est un bijou. Il est écrit dans un anglais fluide et il ne fait pas seulement que poser un constat, il propose des solutions, en termes d'enseignement notamment.

Prasad Vinayak and Cifu Adam S. (2005). Ending medical reversal. Improving outcomes, saving lifes. Baltimore: Johns Hopkins University Press, 264 pp.

Il exprime ceci : trop souvent des procédures, des traitements sont mis en place sans que nous disposions de véritables preuves que cela fonctionne. Il s'en suit que lorsque les preuves d'une efficacité contraire sont réunies (des essais contrôlés par exemple) les auteurs déplorent qu'il faille très longtemps pour que les promoteurs/utilisateurs de ces traitements reviennent en arrière (gna gna gna, entre mes mains blanches, pures et expérimentées, ça marche et, d'ailleurs, les patients en redemandent) pour des raisons multiples (ne pas se dédire, ne plus profiter de la manne financière de ces procédures, mais aussi refuser les preuves contraires à ses propres croyances fondées sur l'ego et l'aveuglement).



Ainsi, lorsque l'on abandonne certains traitements, et les deux auteurs en citent 146, cela pourrait être, comme veulent le croire les optimistes, parce que les données de la science ont changé, eh bien non, c'est que souvent il n'y avait pas de données de la science lors de leur instauration et de leur popularisation !

Les deux auteurs demandent donc qu'avant de mettre en place des procédures lourdes, coûteuses et qui touchent une population saine, comme dans le cas des dépistages, on prenne le temps de réaliser des études sérieuses sur le sujet. Voir ICI pour le dépistage.

Mais aussi pour toutes les autres indications. Ils ont analysé les procédures en cours à partir d'essais publiés dans la presse médicale sérieuse : les résultats des procédures validées est ahurissant : de 38 à 54 % des procédures courantes sont effectivement prouvées par des essais validés : voir LA.

Vinay Prasad est un activiste dans le domaine de l'hémato-oncologie, des praticiens de ce type manquent cruellement en France : voir LA. Il exerce à Portland (Oregon)

Adam S Cifu est professeur de médecine interne à l'université de Chicago.

Un dernier exemple, tiré de ce livre et de celui de Margaret McCartney (LA), The patient paradox : le conseil de faire dormir les nourrissons sur le ventre date de 1958, les chercheurs ont commencé à se poser des questions en 1970 et ont publié un article demandant que l'on ne couche plus les nourrissons et ce n'est qu'en 1991 que le gouvernement britannique a pris fermement position sur cette question ! Combien de sur mortalité de nourrissons depuis 1958 ?

Les auteurs :

Vinayak K. Prasad (1982 - )





Adam S Cifu (1967 -)

samedi 8 décembre 2018

Calendrier de l'avent des lectures médicales : John Berger (texte) et Jean Mohr (photographies. #15

Le texte de John Berger et les photographies de Jean Mohr sont déchirant.e.s : ce livre est à la fois un hymne à la médecine générale alapapa (John Sassall, le médecin, fait "tout", il écoute, il recoud, il prend soin, il guérit, il rate, il lit, il déprime, ...) et un formidable plaidoyer pour ne plus la pratiquer (il a quand même fini par se suicider).

J'ai déjà vanté le livre ICI



Berger John et Mohr Jean. (1967 et 2009 pour l'édition française). Un métier idéal (A fortunate man) : Paris : Editions de l'Olivier, 170 pp.

John Sassall est un médecin de campagne et pourtant, si différent, il ressemble au médecin de la ville de Lyon raconté par Jean Reverzy dans Place des angoisses, voir ICI

La récognition est le maître concept de ce livre (la récognition comme l'action de la reconnaissance en identifiant) : "Je sais, je sais..." ne cesse de répéter John Sassall à ses patients au lieu de murmurer "Oui, oui..." 

«Quand il parle avec un malade ou qu’il l’écoute, c’est comme s’il le touchait aussi avec les mains dans l’espoir d’être moins susceptible de se tromper ; et quand il examine physiquement un malade c’est comme s’il conversait avec lui. »

Il exerce dans un milieu rural pauvre, il roule en Land Rover, s'habille avec élégance et raffinement  : il ne fait pas semblant d'être peuple.

Dans le British Journal of General Practice Roger Jones commente de façon éclairante (LA) le livre consacré à John Eskell, le "vrai" nom du praticien, et le compare de façon pertinente à Julian Tudor Hart (qui inventa The inverse Care Law ou en français La loi inverse des soins, voir ICI) et à John Fry (voir LA) qui ont, depuis leurs lieux d'exercice de médecins généralistes, posé les bases de ce qu'est la médecine générale et comment l'articuler avec le système se soins et la santé publique.

Tout cela est bien idéaliste mais nous pouvons encore rêver.

John Sassall (1919 - 1982)



Et, pour finir :

John Berger par lui-même.

Et John Berger et Jean Mohr, cinquante ans d'amitié.

John Berger (1926 - 2017) et Jean Mohr (1925 - 2018)


vendredi 7 décembre 2018

Calendrier de l'avent des lectures médicales : Jean Reverzy. #14

La lecture de Jean Reverzy, et notamment de Place des angoisses, montre que la médecine générale, au delà du gouffre thérapeutique existant entre 1954, la date de parution du roman, et maintenant n'a pas changé : il s'agit toujours d'un face à face avec la maladie, avec la souffrance, avec l'inconnu des méconnaissances de la médecine, et d'un corps à corps incessant entre les mains du praticien et les peaux des patients avec, derrière ou devant soi, l'ombre de la mort. On ressent aussi l'odeur des corps, l'odeur de la salle d'attente, celle de la salle d'examen où les malades se déshabillent, on sent l'odeur des appartements dans lesquels le médecin fait ses visites.

Reverzy Jean. (1954) Paris : Julliard, 122 pp.



 Jean Reverzy exerçait avenue Lacassagne, dans un quartier miséreux, fait d'usines et de taudis, appelé, non sans ironie, "Sans soucis". Il y logeait, nous dit son fils, Jean-François Reverzy "au quatrième étage, dans un appartement, ou plutôt, un espace vide ne comportant que l'essentiel : quelques chaises, pas de livres sinon dans une vieille bibliothèque, un ouvrage de patrologie latine héritée d'un curé de Cressanges.... il méprisait toute possession d'objets ou de biens matériels...Au rez de chaussée le cabinet médical aux allures de tombeau, tout aussi dépouillé d'artifices. Seules de médiocres photos de Baudelaire, de Rimbaud et de Mallarmé viennent rompre la monotonie jaunâtre des murs. La salle d'attente ne désemplit pas mais la misère des consultants l'oblige le plus souvent à l'exercice gratuit de la médecine."

Lassitude :

"L’histoire d’un médecin est celle de sa lassitude ; son drame celui d’un épuisement surmonté. il devient "celui qui, au lieu du rêve, ne dispose plus que du chien et loup de la Veille fatigante "

La mort :

"La mort, étrange associée à ma vie! Le premier jour où sa main se posa sur mon épaule, je ne me doutai pas qu'elle m'accompagnerait si longtemps. Plus tard, comme une vieille douleur, je me suis pris à l'aimer. Récompense de tant de marches, de gestes et de paroles jetées à des êtres dont je n'ai pas retenu le nom, elle demeure comme le souvenir de leur passage et du mien. Et si je redoute encore la mort, malgré la certitude d'un néant mérité, c'est par crainte que rien ne subsiste du merveilleux fardeau accroché à mes épaules."

Ces extraits sont issus d'un billet paru ICI et signé a.fabre. 


Un long extrait : 

« De même que le repas que m’offrit le professeur Joberton de Belleville, événement singulier de ma jeunesse, ma visite à Dupupet reste pour moi un sujet de méditation, d’étude, d’étonnement et parfois de crainte. Ma mémoire l’a simplifiée en quelques faits : ma brève attente dans les ténèbres où brillait la plaque de cuivre, l’exploration du bois rugueux, puis ma marche hardie, le début de la phrase immense accompagnant mon dialogue avec Dupupet, le silence soudain, l’auscultation du vieux mâle dont le thorax, frappé par mon index, résonnait comme le bois léger de la porte. Enfin le contact obscène et tentateur des trois billets. En me remémorant tout cela, il m’arrive de penser qu’une science est encore à naître qui se préoccupera de l’approche des vivants, de leur contact, de leur retrait, des mouvements de leurs corps et de leurs membres. Science qui serait celle de la solitude de l’homme et, par là, celle de l’homme même : c’est pourquoi elle n’ a encore tenté personne. Et le rêve seul est permis devant le mystère des forces qui attirent les êtres, les éloignent ou les immobilisent face à face, cependant que la pensée se contente de cette observation, sans conclusion ni profit pour l’intelligence, de sons articulés, de signes écrits, de gestes, de décharges, de regards, grâce auxquels semblent communiquer les âmes.
Je mourrai sans satisfaire la curiosité qui m’a tourmenté ; mais la curiosité vaut par sa seule existence ; ses questions n’ont pas besoin de réponse. Je ne saurai jamais pourquoi, après avoir frappé à la porte de deux êtres qui s’appelaient Dupupet, une heure durant je leur parlai, je le écoutai, je leur fis signe , alors que, sans paraître m’entendre et cependant en parfait accord avec moi, ils modulèrent le chant de leur langage. Après avoir pénétré dans l’intimité des vieillards, avec une facilité si grande qu’il me fallut des années de réflexion pour m’en étonner, je ne sentis plus de même : il y eut de ma part un progrès, non de compréhension, mais d’attitude. Je crois que la pauvreté de Dupupet, proche de la mienne, n’y fut pour rien ; mais le changement était en moi.
Je m’étais trouvé près d’un vieillard endormi, je l’avais réveillé ; nos voix s’étaient levées pour proclamer notre alliance, pendant que derrière nous une femme se signalait par une phrase sans fin. Je ne voulais rien comprendre, parce que rien d’humain ne se comprend, mais j’avais trouvé ma place au milieu des hommes. »

Issu d'un billet : LA.


1914 - 1959

jeudi 6 décembre 2018

Calendrier de l'avent des lectures médicales : Jules Romains. #13

Romains Jules. (1923) Knock ou le triomphe de la médecine. Paris : Gallimard, 118 pp.



La fameuse phrase que Jules Romains a fait prononcer en 1923 au docteur Knock, « Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent », résume de façon lumineuse la première partie de l’histoire de la médecine moderne. Tout est dit. Tout est exprimé. L’intuition géniale de Jules Romains va au delà des faits établis par la chronologie des progrès médicaux qui, en l’occurrence, n’ont aucune importance, ils ne sont que des outils ultérieurs au développement de l’idéologie knockienne. La pièce est intitulée « Knock ou le triomphe de la médecine », ce qui est à la fois prémonitoire et incomplet. Prémonitoire, puisque la médecine et les médecins ont envahi la société tout entière au point de régir la vie des citoyens depuis leur pré conception jusqu’à leur mort, et le plus souvent, avec leur assentiment. Incomplet, car la médecine n’est rien sans le reste, à savoir les politiques de santé publique et les « bonnes » conduites individuelles. 

La vision knockienne, c'est le point de vue du médecin, une vision certes toute-puissante et paternaliste, et qui ne se préoccupe que des intérêts du docteur Knock, de l’état de ses finances et, mais cela n’apparaît qu’après dans la pièce, mais c’est sans doute à l’origine de tout cela, de sa volonté de prendre le pouvoir sur la population du canton. Knock est un infatigable idéologue qui parle d’un paysage « tout imprégné de médecine » dont le premier acte fut d’organiser des consultations gratuites les jours de marché et qui énonce ceci : « J’estime que malgré toutes les tentations contraires, nous devons travailler à la conservation du malade. » Knock embarque dans son commerce le tambour du village, l’instituteur, le pharmacien et les corps constitués en général. 
Jules Romains, en filant la métaphore commerciale, fondait une nouvelle pratique médicale qui atteint aujourd’hui son apogée et dépassait les propos dévastateurs de Molière en 1673 (Le malade imaginaire) et de Georges Bernard Shaw en 1906 (Le dilemme du médecin) qui dénonçaient, au delà de son mercantilisme, l’ignorance et l’arrogance du corps médical.

Jules Romains a inventé le disease mongering (voir ICI), le consumérisme, et nul doute que l'OMS, sans le savoir, a parachevé son oeuvre lorsqu'elle  a dit la santé en 1946 : « La santé est un état complet de bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » 

Ainsi, de façon prophétique et alors que les véritables progrès thérapeutiques n’étaient pas advenus (antibiothérapie, traitements cardiovasculaires, oncologie, vaccins, notamment), l’OMS annonçait que le knockisme allait s’étendre au delà de la médecine et des médecins, anticipant l’élargissement des champs de compétence des différents acteurs de la santé (les médecins, les patients, l’industrie pharmaceutique au sens large, les pouvoirs publics, les payeurs) et préfigurait les transformations des représentations collectives de la santé que l’on pouvait désormais résumer à un slogan, « toujours plus ! », à un précepte, « la santé n’a pas de prix » ou encore à deux affirmations éthiques, « la santé est un droit » et « la souffrance est une anomalie ». 

Le knockisme pur et dur, celui des médecins, était dépassé : le patient devenait un sujet pensant, le pharmacien une industrie, l’instituteur un donneur de recommandations et le tambour de village le propagateur des politiques publiques.  


Jules Romains (1885 - 1972)

mercredi 5 décembre 2018

Calendrier de l'avent des lectures médicales : Michael Balint. #12

Michael Balint (1896 - 1970) est un psychiatre et psychanalyste d'origine hongroise. On le connaît surtout pour les groupes dits Balint dans lesquels des médecins généralistes racontent des consultations en présence d'un superviseur, ici Balint lui-même, afin d'analyser comment le médecin s'est comporté, pourquoi il l'a fait, comment il aurait pu faire autrement ou s'il était légitime de faire ainsi ou autrement.

On retrouve dans le livre la plupart des situations que nous connaissons et que nous avons vécues en médecine générale. Mais il est évident, au delà bien entendu des psychiatres et des psychothérapeutes, que toutes les spécialités médicales sont concernées. Dès les années soixante Balint avait pourtant identifié que le coeur du métier relationnel, c'était la médecine générale.




Balint Michael. (1960) Le médecin, son malade et la maladie. Paris : Payot, 422 pp.

Balint souligne l'importance de l'écoute en tant qu'elle est différente de l'anamnèse clinique classique. Et cette écoute doit mener à une compréhension et à une utilisation de la compréhension en vue d'un effet thérapeutique.

Il reconnaît que la pratique de ces groupes a plus soulevé de problèmes que donné de solutions...

Mais surtout : 

"La discussion a vite montré (...) que le médicament de beaucoup le plus fréquemment utilisé en médecine générale était le médecin lui-même. Autrement dit ce n'est pas uniquement la fiole de médicament ou la boîte de cachets qui importent mais la manière dont le médecin les prescrit à son malade ; en fait l'ensemble de l'atmosphère dans laquelle le médicament est donné et pris.... Cependant (on) ne tarda pas à découvrir qu'il n'existe aucune pharmacologie de ce médicament essentiel. (...) dans aucun manuel on ne trouve la moindre indication sur la dose que le médecin doit prescrire de sa propre personne, ni sous quelle forme, avec quelle fréquence, quelle est sa dose curative et sa dose d'entretien, etc. Il est plus inquiétant encore de constater l'absence complète de littérature sur les risques possibles d'une telle médication, par exemple sur les diverses réactions allergiques individuelles pouvant se rencontrer chez les malades, et qui doivent être surveillées attentivement, ou encore sur les effets indésirables du médicament. En fait, la pauvreté des informations sur ce remède -- le plus utilisé -- est terrifiante et désastreuse (...) En général on répond à cela que l'expérience et le bon sens donnent au médecin l'habileté nécessaire pour se prescrire lui-même ; mais l'insuffisance de cette opinion -- qui ne rassure qu'elle-même -- éclate quand on la compare... aux notices des médicaments (...)
... Notre but principal était d'examiner aussi complètement possible la relation toujours changeante entre médecin et malade, c'est à dire d'étudier la pharmacologie du 'médecin en tant que remède'"

C'est l'objet des groupes Balint.

Ainsi, le médecin en tant que médicament peut être considéré comme un pharmakon, en grec le remède et le poison, et entraîner à la fois un effet placebo, un effet nocebo et, surtout des événements indésirables. Il peut aussi soulager, voire guérir.

Balint aborde tous ces sujets, l'effet placebo, le médecin remède, et cetera.

La lecture est exigeante car lire les cas cliniques peut paraître fastidieux mais leur interprétation par le groupe est souvent jubilatoire.

Se plonger dans le texte originel est important pour ne pas entendre parler de Balint en deuxième main et, surtout, à tort.








mardi 4 décembre 2018

Calendrier de l'avent des lectures médicales : Margaret McCartney. #11

Margaret McCartney est médecin généraliste à Glasgow. Elle était éditorialiste au BMJ. C'est une femme formidable.

J'ai résumé le livre ICI en, pardonnez du peu, 23 points.

J'espère qu'une traduction en français est prévue. 




McCartney Margaret. (2012) The patient paradox. How sexed-up medicine is bad for your health. Londres : Pinter and Martin, 335 pp.

Je traduis une partie de la quatrième de couverture : 

"Bienvenue dans le monde de la médecine sexy où les patients ont été transformés en consommateurs, où les centres médicaux et les salles d'attente sont encombrés de gens en bonne santé attirés par la prise de leur pression artérielle et par le dosage du cholestérol, les frottis du col utérin et les dépistages des cancers du colon ou du sein.
Dans le monde de la médecine sexy les compagnies pharmaceutiques dissimulent les recherches qu'elles n'aiment pas, les associations de bienfaisance utilisent souvent des connaissances scientifiques douteuses et des attaché.e.s de presse rusé.e.s pour alerter sur les maladies en laissant un cortège de désinformation dans leur sillage.
Notre obsession du dépistage engloutit le temps des dirigeants du NHS et l'argent de gens en bonne santé qui paient des mille et des cents à des compagnies privées pour des tests dont ils n'ont pas besoin.
Dans le même temps on laisse les vrais malades se débattre avec des services incohérents et des options confuses..."

Et encore : 

"Le plus grand changement qui est survenu dans ma carrière a été l'apparente détermination des professionnels de santé à amener les personnes en bonne santé à fréquenter les consultations et les centres de santé pour les transformer en malades."

La claire distinction entre qui est un patient et qui est une personne n'existe plus. Les citoyens sont désormais invités de façon pressante à passer des tests de dépistage soit pour confirmer un état de non maladie, soit pour prédire un risque de mort ou de maladie. (...) ... Les victimes de la nouvelle médecine sont les gens qui sont étiquetés malades ou à risque d'être malades ou qui sont traités par des médicaments ou soumis à des procédures alors qu'ils n'en profiteront jamais.



NB : Je conseille de lire les commentaires épatants de CMT à la fin du billet de décembre 2015 : LA.

lundi 3 décembre 2018

Calendrier de l'avent des littératures médicales : Marc Girard. #10

Ce livre de Marc Girard est un brûlot.

Il a été écrit en 2013. Je l'ai relu à l'occasion de ce calendrier de l'avent.

Si vous le reliez au livre de Céline Lafontaine, voir ICI, vous vous rendez compte que les deux auteurs en arrivent au même constat en partant de points de vue différents : le corps féminin est brutalisé, sur exploité, sur médicalisé, médicalisé simplement, et qu'il est à la fois une valeur d'usage et une valeur d'échange et que rien ne peut arrêter cette frénésie.



Girard Marc. La brutalisation du corps des femmes dans la médecine moderne. Jouars-Pontchartrain, 137 pp.

Toutes les femmes devraient lire ce livre pour comprendre quels sont les enjeux de la médecine moderne à leur égard. Elles devraient le lire pour ne pas se laisser abuser par l'extrême attention que les médecins, hommes et femmes, leur porte, non pour les protéger mais pour les dominer.

Il cite Thomas Diafoirus dans Le malade imaginaire, qui, incapable d'exprimer son désir à sa promise, lui propose d'aller disséquer une femme...

Marc Girard nous dit d'interroger les femmes qui sont autour de nous et d'inventorier les dégâts de la médicalisation de leur corps : " Hystérectomies injustifiées, conisations abusives, irradiations des seins, mastectomies élargies, épisiotomies, césariennes, contraception hormonale, pilule contre l'acné, vaccination contre le papilloma virus, 'enfer procédural inhumain de la procréation médicalement assistée', traitement hormonal de la ménopause, traitement généralisé de l'ostéoporose" sans compter la médicalisation de la sexualité (on met au point un Viagra féminin), la médicalisation de l'enfantement et sa périduralisation, la médicalisation de l'élevage des enfants, la stigmatisation des grossesses non désirées, la lévothyroxisation des femmes, la location-vente des utérus, la mutualisation des touchers vaginaux sous anesthésie, et cetera.

Illich est tout près. Car, au bout du compte, ne s'agit-il pas d'une dépossession du corps des femmes par la médecine qui n'est pas, au sens weberien, axiologiquement neutre ? Une dépossession du corps des femmes par l'hétéronomie ?

Ce qui est le plus intéressant dans cette affaire c'est qu'il est possible que ce livre soit illisible pour  tout le monde : pour certains médecins certains de leur science émancipatrice, pour certains machistes qui rigoleront, pour certaines et certains féministes qui passeront outre, pour les tenants de l'Eglise de dépistologie, pour les amis des femmes autoproclamés, et cetera.

Et, ce qui ne manquera pas d'en surprendre plus d'un, il est possible de défendre les femmes en ne combattant pas par principe le patriarcat.

Bonne lecture.   

dimanche 2 décembre 2018

Calendrier de l'avent des lectures médicales : Céline Lafontaine. #9

Céline Lafontaine, est professeure de sociologie à l'Université de Montréal et à Paris Sorbonne (LA). Elle mène, entre autres, des recherches sur les aspects sociaux, culturels et symboliques des technosciences.

J'ai fait la recension de son livre en juin 2014 (ICI). 


Lafontaine Céline. (2014) Le corps-marché. La marchandisation de la vie humaine à l'heure de la bioéconomie. Paris : Seuil, 288 pp.

Dans des échanges que j'avais eus avec elle après la publication de mon billet elle avait souligné combien ce que j'avais retenu de son livre lui avait plu, à savoir  : comment l'idéologie néo libérale (philosophique et économique) avait accaparé l'économie de la santé et de la recherche et comment la bioéconomie était en train d'exploiter le corps humain en reproduisant et en accentuant les inégalités désormais mondialisées.

Son analyse de la bioéconomie est sidérante (ses tenants, ses aboutissants, ses conséquences) mais surtout le cynisme et l'anormalité de ses théoriciens est stupéfiantes : Illich avait parlé de médicalisation de la santé et Céline Lafontaine surenchérit en décrivant la biomédicalisation de la santé globalisée.

La bioéconomie, pour elle, se fonde essentiellement sur une biopolitique néo libérale caractérisé par un individualisme triomphant et une logique identitaire désormais associée au culte de la santé parfaite qui décline les nouveaux concepts que sont le biocapital et la biocitoyenneté.

"... la biocitoyenneté s'inscrit dans un processus plus large de dépolitisation des questions de santé publique (lutte contre les inégalités, contre la pauvreté et pour l'accès aux soins) au profit d'une biologisation des identités citoyennes."

Je rajouterai ceci à mes commentaires de 2014 : le néo libéralisme jette la morale par la fenêtre, il n'est plus question que de de droit des minorités et de liberté négative ; le corps humain est devenu une ressource comme une autre (comme du pétrole ou des terres rares) que le biocapital est en train de valoriser en utilisant les bonnes vieilles méthodes du colonialisme en exploitant par exemple les corps des femmes des pays pauvres ; car ce point est capital : c'est encore le corps des femmes qui est l'enjeu de cette course effrénée ; les frontières entre l'humain et le non humain s'effacent : ce sont les techniques de reproduction, de sélection, de traitements qui ont été expérimentés dans le monde animal qui sont désormais appliquées à l'homme, non, à la femme.





samedi 1 décembre 2018

Calendrier de l'avent des lectures médicales : David Michaëls. #8

David Michaels n'est pas traduit en français. Comme nombre de livres que je présente ici.



Ce livre a pourtant fait l'effet d'une bombe car l'auteur, un épidémiologiste de formation, démonte de façon systématique la façon dont les industriels (big tobacco est en première ligne) trafiquent la réalité, mentent, cachent des faits, payent des experts pour mentir, créent des agences faussement indépendantes, organisent des conférences de consensus prétendument officielles, financent des études cliniques, chimiques, toxicologiques, pour entretenir le doute, pour semer la défiance, pour stimuler la peur ou pour endormir le public, c'est selon, corrompent les politiciens, les agences gouvernementales, les universités, les universitaires, en connaissant la vérité. On apprend aussi que big tobacco, dans un souci évident de véracité scientifique, exigeait que des essais en double-aveugle démontrent formellement la toxicité du tabac pour la reconnaître.

Dirigeant une agence gouvernementale états-unienne, Occupational Safety and Health Administration (OSHA) pendant de nombreuses années, il n'a eu de cesse de combattre, et même pendant l'ère Bush, la fabrique de l'incertitude. 



Michaels David. (2008) Doubt is their product. How Industry's Assault on Science Threatens your Health. New York: Oxford University Press, 2008. 327 pp. 

Un bon résumé en anglais du livre : ICI. 
Doubt Is Their Product presents the ways business interests take advantage of scientific and regulatory processes to obscure the need to address the many current global occupational and environmental problems. Part of the scientific process is to explore and describe the uncertainty that is part of every scientific endeavor. The very nature of scientific exploration is to ask and answer the next question. But rather than accepting the process of scientific discovery, business interests press to have every tiny bit of uncertainty explored before any policy decision can be made, demanding proof rather than precaution—in fact, they even manufacture uncertainty. As a result, decisions are not made; policy is not advanced; problems are not addressed.




vendredi 30 novembre 2018

Calendrier de l'avent des lectures médicales : Sébastien Dalgalarrondo. #7

Voici un ouvrage de sociologue qui analyse en se plaçant d'un point de vue non médical, avec parfois une certaine naïveté, comment les molécules anti sida ont été développées et quel fut le contexte relationnel de l'époque entre médecins, big pharma, pouvoirs publics et associations de patients.








Dalgalarrondo Sébastien. (2004). Sida : la course aux molécules. Paris : Edition de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, 379 pp.

Il est étonnant que cette analyse n'ait pas plus été prise en compte par tous les intervenants et notamment les associations de patients car elle souligne les bienfaits et les limites de leur interventionnisme. Il est vrai que l'enjeu était d'une tout autre importance que le remboursement des anti Alzheimer. 

La lecture est passionnante, digne d'un roman policier, et, en même temps, l'approche sociologique éclaire d'une façon originale, surtout pour les médecins qui se cantonnent trop souvent dans une attitude médico-médicale, cette aventure qui a conduit à la tri thérapie.

L'auteur souligne qu'il a tenté de raconter une histoire politique du sida et comment cette épidémie a transformé la mise au point et la diffusion des traitements. Il individualise trois transformations : tout d'abord l'érosion spectaculaire de la tradition clinique avec la désormais prééminence des essais contrôlés, de la randomisation et du placebo que l'auteur appelle la modernité thérapeutique d'Etat ; ensuite, le désenclavement de ce monde spécialisé des essais contrôlés d'une part par l'interventionnisme des associations de lutte contre le sida et des associations de patients et, d'autre part, par le retour des cliniciens, c'est ce qu'il appelle la subversion de la modernité thérapeutique ; enfin, la troisième transformation : les répercussions sur le capitalisme pharmaceutique.

On voit que la fièvre est retombée aujourd'hui et qu'en France, l'ambiance générale est plutôt business as usual avec un capitalisme pharmaceutique d'Etat, c'est à dire que l'industrie pharmaceutique a pris le pouvoir et, plus précisément, dans les marchés d'hypercroissance comme la cancérologie et les maladies chroniques utilisant des traitements biologiques.

Le livre a vieilli sur certains points mais les analyses sont toujours aussi d'évidence.



jeudi 29 novembre 2018

Calendrier de l'avent des lectures médicales : Rachel Campergue. #6

Le livre de Rachel Campergue est pour moi une des plus formidables expériences que j'ai connues, un coup de poing dans la figure, un rappel à l'ordre éthique et déontologique pour tous les médecins. Comment ce non médecin, cette citoyenne non malade, qui plus est, a pu, par ses propres moyens, sans aides extérieures ou presque (je pense au regretté Bernard Junod, à Marc Girard ou à Philippe Nicot et à la Revue prescrire) écrire livre aussi sidérant qu'un médecin aurait dû écrire par simple correction intellectuelle.



Voici ce que j'ai écrit en 2011 sur le site Amazon dès que j'ai terminé la lecture de la dernière page du livre :
Le livre de Rachel Campergue est remarquable : permettez qu'un médecin ait honte qu'il s'agisse d'un non médecin qui ait écrit cette somme extrêmement documentée. Ce livre est complet, rempli de références lisibles en ligne, et rend compte de l'aveuglement coupable des élites de la santé publique de notre pays. Le livre nous annonce aussi ce qui va nous arriver : une intensification des campagnes grand public ininformatives comme elles se déroulent déjà aux Etats-Unis. Il serait temps que nous nous réveillions et qu'une enquête indépendante sur les bienfaits et les méfaits de ces campagnes de dépistage, soit menée, une enquête qui ne soit pas écrite d'avance par les Agences gouvernementales qui, en France, écrasent tout sur leur passage et, notamment, l'esprit critique et l'indépendance d'esprit. Les quelques médecins qui, en France, expriment des doutes, notamment Bernard Junod, risquent, malheureusement, d'être plus rapidement entendus par les citoyens non experts que par les médecins de base englués dans l'idéologie millénariste de la prévention. Lisez ce livre et posez des questions à votre médecin généraliste, à votre radiologue, à votre oncologue.
Bonne lecture.
Ce qui est terrible dans cette affaire, c'est l'aveuglement coupable des autorités, c'est le fait que la ministre de la santé actuelle, Agnès Buzyn, qui fut directrice de l'InCA puis de la HAS, n'a pas changé d'un iota sa position pour des raisons multiples et variées (cochez la ou les cases) : bêtise, corruption, corporatisme, intelligence, aveuglement, croyance, croyances, ...

Combien de radiologues osent ouvrir le bec ? Combien d'oncologues osent ouvrir le bec ? Combien de radiothérapeutes osent ouvrir le bec ? Combien d'anatomo-pathologistes osent ouvrir le bec ? Combien de gynécologues osent ouvrir le bec ? Combien de chirurgiens osent ouvrir le bec ? Combien d'épidémiologistes osent ouvrir le bec ?

Quelques faits :


  • Le dépistage organisé du cancer du sein ne sauve pas de vies chez les femmes de 50 à 74 ans.
  • Plus on pratique de mammographies et plus le nombre de diagnostics de cancers du sein augmente mais la mortalité par cancer du sein est stable. 
  • Le nombre de sur diagnostics et de sur traitements (et je rappelle que le sur traitement signifie parfois le combo complet chirurgie/radiothérapie/chimiothérapie) atteint selon les études 20 à 50 % des patientes.
  • Avant 50 ans et en absence d'antécédents familiaux de cancer du sein, le sur diagnostic est encore plus important.
  • En France plus de 2 millions de mammographies sont effectuées chaque année.
  • En France il y a environ 50 000 nouveaux cas de cancers du sein diagnostiqués (allez faire un tour au point 3 pour imaginer ce que cela signifie).
  • Madame Buzyn trouve que tout cela est très normal.
  • Les femmes sont manipulées (voir ICI sur le blog de JB Blanc) mais puisque je suis un homme il vaut mieux que je me taise ; on leur ment, on leur fait peur, on leur fait des sur promesses.
  • Les courses "roses" sont des opérations commerciales banales encouragées par les autorités.
  • Les choses ne sont pas près de s'arrêter.
  • Pour plus d'informations allez lire le site Cancer Rose.

  • En lisant Rachel Campergue nous mettons nos pas dans ceux d'Illich : la médicalisation de la société  est dangereuse ; elle ne justifie pas la dépistologie généralisée (prostate, sein, colon) qui n'a pas encore démontré son efficacité sur la diminution de la mortalité globale ; nous mettons nos pas dans ceux de Peter Gotzsche qui a dénoncé le dépistage organisé du cancer du sein et son lot de sur diagnostics. Et nous mettons nos pas dans la dénonciation du complexe santéo-industriel par Jeanne Lenzer. Le monde s'organise.


    mercredi 28 novembre 2018

    Calendrier de l'avent des lectures médicales : Jeanne Lenzer. #5

    L'actualité des révélations des #ImplantFiles et le dévoilement du scandale international des implants médicaux rend la lecture de Jeanne Lenzer indispensable. 
    Jeanne Lenzer a longtemps collaboré au British Medical Journal et ses articles sont parus dans le New York Times Magazine, dans Atlantic, dans The New Republic et dans d'autres publications. 
    Je rappelle qu'elle a écrit son livre récemment et qu'elle décrivait, à partir d'un cas, le système non régulé de la commercialisation des implants médicaux, la faiblesse coupable de la FDA due à sa corruption, l'absence d'essais cliniques de bonne qualité, les tromperies des fabricants, la corruption des médecins et la passivité des autorités.

    J'en avais fait un résumé (laudateur) en mai 2018 : LA.


    Lenzer Jeanne. (2017) Danger within us. America's untested, unregulated médical device industry and one man's Battle to survive it. NewYork: Little, Brown and Company, 329 pp.


    Le livre de Jeanne Lenzer, The danger within us, est un bijou. Ecrit pour le grand public et dans un style volontiers journalistique, il raconte l'histoire d'un patient épileptique qui a lutté et a fini par survivre (mais à quel prix !) à l'industrie américaine des dispositifs médicaux non testés et non contrôlés, et l'auteure nous donne en exemple ce que peut être une santé tournée exclusivement vers le profit.

    Quand vous aurez lu ce livre il vous sera difficile de regarder le site promotionnel de Cyberonics : LA  sans avoir envie de quitter l'exercice de la médecine et de vous interroger sur ce que les autres laboratoires font. Quant aux propos de cette association, elle vous achèvera : ICI

    Car Jeanne Lenzer, à partir d'un cas exemplaire de patient, nous décrit non seulement les dangers de se faire implanter un VNS (Vagus Nerve Stimulator) dont l'AMM a été obtenue avec des études peu convaincantes, sauf pour les experts de la FDA (l'exposé qu'elle fait des trucages des essais, des dissimulations de données, et comment les experts passent outre), mais surtout l'incroyable façon qu'a eue Cyberonics, la société qui commercialise le stimulateur, de corrompre la FDA, de corrompre les prescripteurs, de falsifier les publications, de ne pas déclarer les effets secondaires graves qu'elle connaissait, de mettre en avant des témoignages positifs de patients en taisant les autres, et de mettre en danger la vie de ces mêmes patients avec un cynisme (le mot est faible) incroyable. Selon les données (critiquables comme toujours) des bases publiques de recueil de données (MAUDE, Manufacturer and User Facility Device Experience) le VNS aurait entraîné depuis sa commercialisation en 1997 le décès de 2000 patients (2016) au prix de 40 000 dollars le dispositif.

    Le point essentiel est le suivant : le business de la santé aux US est plus important en chiffre d'affaires  que big oil, big banking, et surtout que le si célèbre complexe militaro-industriel : les dépenses liées à ce dernier étaient évaluées en 2015 à 1,3 mille milliard de dollars contre 3,2 mille milliards de dollars pour les dépenses de santé (avec des résultats déplorables en termes de santé publique). Pour la suite : ICI.


    Jeanne Lenzer is associate editor at The BMJ, an independent journalist and a former senior clinical policy analyst for The Institute of Family Health, New York. In these capacities and as an occasional medical editor, she has been paid by many outlets, such as The BMJ, New York Times Magazine, Discover, The Atlantic, The New Republic, Mother Jones, The American Prospect, USA Today, Newsweek Japan, The Independent on Sunday, Slate, Huffington Post, American College of Emergency Physicians’ ACEP News, Harvard’s InteliHealth, and John Snow, Inc. She has received speaker’s fees and travel expenses from academic and professional physician groups and journalism groups. She does not accept pay or gratuities from drug or device makers, health insurance companies, or attorneys. Over a decade ago, she was paid by the New York State Office of Professions for case reviews related to physician assistant practice and once by an attorney to review a PA’s duty of care related to a lawsuit. She does not have any known investments in pharma or device makers, or insurers, but does have a small retirement fund through TIAA-CREF, a fund for academics and teachers.

    mardi 27 novembre 2018

    Calendrier de l'avent des lectures médicales : Peter Gøtzsche. #3

    Illich critiquait la contre-productivité du système de santé (voir LA) et McKeown, à l'inverse (voir ICI), magnifiait les résultats obtenus par le système de santé en relativisant, dans une perspective historique, les rôles respectifs de la médecine pure et dure et du reste (les progrès de l'hygiène, la sécurité alimentaire et les services de santé et de protection sociale).
    Peter Gøtzsche dénonce lui le complexe santéo-industriel, qu'il appelle une mafia, et, surtout, les malversations, la corruption et les effets indésirables majeurs des procédures médicales.
    Son éviction de la Cochrane (ICI) est la conséquence de ses prises de position scientifiques et politiques qui allaient à l'encontre du complexe santéo-industriel.

    Le business de la santé aux US est plus important en chiffre d'affaires que big oil, big banking, et surtout que le si célèbre complexe militaro-industriel : les dépenses liées à ce dernier étaient évaluées en 2015 à 1,3 mille milliard de dollars contre 3,2 mille milliards de dollars pour les dépenses de santé 

    Lire Gøtzsche est indispensable. La prescription de médicaments est la troisième cause de décès après les maladies cardiovasculaires et le cancer. il est allé regarder ce qui se passait.


    Gøtzsche Peter. 2013 Deadly Medicines and Organised Crime. How big pharma has corrupted healthcare. London: Radcliff Publishing, 310 pp.

    Il y a aussi la traduction française de Fernand Turcotte dans une édition canadienne que je n'ai pas lue   :






    Vous pouvez aussi aller jeter un oeil sur son blog : LA.

    Les 4 grands thèmes de Peter Gøtzsche sont : le sur diagnostic et le sur traitement, le dépistage organisé du cancer du sein ne sauve pas de vies, les données de sécurité et d'efficacité du Gardasil ne sont pas jugeables carde nombreux documents n'ont pas été rendus publics par les firmes pharmaceutiques, les anti dépresseurs, trop prescrits, sont dangereux chez les plus jeunes en augmentant le nombre de suicides.


    lundi 26 novembre 2018

    Calendrier de l'avent des lectures médicales : Thomas McKeown. #2

    McKeown est l'imparfait contradicteur de Ivan Illich puisque sous le prétexte de raconter ce qui a conduit aux formidables succès épidémiologiques de l'époque moderne, il fait la part de ce qui revient à la médecine et de ce qui revient au reste, les effets concomitants et déterminants de l'amélioration d l'hygiène publique et privée, de l'amélioration de l'alimentation et de la sécurité alimentaire et de l'organisation des services de santé et de protection sociale universalisés et solvabilisés. Il contredit à la fois la thèse d'Illich et celle des triomphalistes de la médecine pure et dure.



    McKeown Thomas. (1979) The rôle of Medicine: Dream, Mirage or Nemesis. Oxford: Basil Blackwell.



    Le livre est accessible en ligne (et en anglais ; cela fait partie des innombrables livres non traduits en français...)  : ICI.

    Une critique favorable du livre en anglais : 
    In a book that is often grouped with Effectiveness and Efficiency (Cochrane) and Limits to Medicine(Illich), Dr McKeown attempts to calculate the role of medicine in the improvement in health seen over the preceding centuries. He also points out the current problems with medicine (in the 1970s, anyway) and makes suggestions for the future of medical practice, education and research.  Fortunately, many of his suggestions have been realised, but unfortunately, the contribution of medicine to the continuing improvement in health remains overestimated.
    Pour la suite : LA.

    Et des critiques défavorables, dont celle-ci de 2002 : ICI.

    Dont voici la conclusion : 
    A large and growing body of research suggesting that broad social conditions must be addressed in order to effect meaningful and long-term improvements in the health of populations has validated the underlying premise of McKeown's inquiries. This research challenges public health professionals to view targeted interventions and social change, not as dichotomous or opposing choices, but rather as essential complements to each other, and to find ways to integrate technical preventive and curative measures with more broad-based efforts to improve all of the conditions in which people live. These concepts, which lie at the heart of the McKeown thesis, account in large measure for its continuing resonance in the field of public health. McKeown's work, empirically flawed though it may have been, placed before a wide audience a set of practical and ethical challenges with which policymakers in the United States and internationally will continue to grapple in the coming decades.

    Et encore celle-ci (LA) de 2008 dont voici le résumé : 

    Thomas McKeown was right in his primary claim that changing environments, rather than improved medical care, were responsible for much of the long wave of historical mortality decline in the UK since 1700. He was, however, apparently unaware that the beginning of the decline in infant and early-childhood mortality lagged behind that for adults by a few decades, and therefore that its causes might have been fundamentally different. In fact, current evidence indicates that his suggestion, that ‘improved nutrition’ was the underlying factor in the overall decline, now appears to have been essentially correct for the much earlier decline in adult mortality, especially due to tuberculosis. However, the current consensus is that changing reproductive patterns, occasioned by a changing socio-cultural and perhaps legal environment, related to child labor laws, lay behind the much later and very rapid decline in early-life mortality. One must therefore give McKeown great credit for his grasp of both the importance of nutrition, and of the environment, as basic determinants of health.



    dimanche 25 novembre 2018

    Calendrier de l'avent des lectures médicales : Ivan Illich. #1

    C'est le début de la présentation de livres dont la lecture paraît indispensable à tout médecin, tout professionnel de santé, tout acteur du soin, tout aidant, tout citoyen non malade ou malade, tout décideur politique ou administratif ou privé, tout commentateur de la santé (journaliste, économiste, philosophe, épistémologue, démographe, géographe, et cetera).
    Il est évident que je ne partage pas tout ce qui est écrit mais la seule façon de ne pas être d'accord c'est de lire ce que l'autre pense.




    Illich Ivan. (1975) Nemesis médicale. L'expropriation de la santé. Paris: Seuil, 224 pp.

    "L'entreprise médicale menace la santé. La colonisation médicale de la vie quotidienne aliène les moyens de soins. Le monopole professionnel sur le savoir scientifique empêche son partage. 
    Une structure sociale et politique destructrice trouve son alibi dans le pouvoir de combler ses victimes par des thérapies qu'elles ont appris à désirer. Le consommateur de soins devient impuissant à se guérir ou à guérir ses proches. Les partis de droite et de gauche rivalisent de zèle dans cette médicalisation de la vie, et bien des mouvements de libération avec eux. L'invasion médicale ne connaît pas de bornes." voir ICI

    La contre-productivité

    Dans la première partie de sa vie, Ivan Illich s’est attaché à travers ses livres les plus connus (Une société sans école (1971), Énergie et équité (1973), La Convivialité (1973), Némésis médicale (1975)), à élaborer une critique de la société industrielle en montrant que ses structures de services, l’école, les transports, la médecine, vont, passé un certain seuil, à l’encontre des objectifs qui leur sont attribués. L’école ôte à l’élève l’envie et la capacité d’apprendre par lui-même, l’autoroute empêche les moyens de transports traditionnels comme la marche ou le vélo d’exister, l’hôpital crée plus de maladies qu’il n’en soigne. C’est ce qu’exprime son concept de contre-productivité. Mais le plus grave est que ces services institutionnalisés rendent le recours à des savoirs experts incontournables, privant les individus de moyen simples et à leur portée, à leur mesure, de gérer leur vie ou de résoudre leurs problèmes. En bref, la société industrielle engendre l’hétéronomie et aliène les femmes et les hommes qui la composent. Il n’en va cependant pas ainsi de tous les systèmes techniques. L’important est que l’équilibre entre autonomie et hétéronomie soit respecté. Je ne fabrique pas ma bicyclette tout seul, mais je peux la conduire et la réparer sans un long apprentissage. Ici, entre mon outil et moi, la synergie est positive, c’est la convivialité. Une voiture à l’inverse impose sa loi au conducteur, mais aussi une certaine conception de l’espace et du temps. Elle suppose un réseau routier élaboré, un apport énergétique externe et une capacité économique telle que passé un certain seuil elle fait perdre plus de temps qu’elle n’en fait gagner. Voir LA.

    mardi 13 novembre 2018

    Placebo, effet placebo, granules, homéopathie, éthique, Assurance maladie.


    Pour résumer de façon succincte et non exhaustive.
    1. La médecine "moderne", "scientifique" (et "occidentale") est fondée en théorie sur l'exigence de preuves qu'une procédure (une molécule seule ou associée, une intervention chirurgicale, une prise en charge kinésithérapique, un dispositif implantable, une mesure de dépistage, une mesure de prévention, un ou des soins, et cetera) est efficace et qu'elle présente un rapport bénéfice/risque acceptable. Ces preuves peuvent être apportées au mieux par au moins un essai contrôlé positif (mais il vaut mieux qu'il y en ait deux), c'est à dire randomisé, en double-aveugle, procédure active versus placebo (essais de supériorité) ou procédure active versus procédure ayant déjà fait la preuve de son efficacité (essais de non infériorité). 
    2. La médecine moderne évaluative date de 1948 quand a été publiée la première étude randomisée en double-aveugle streptomycine versus placebo dans l'indication tuberculose pulmonaire, Streptomycin treatment of pulmonary tuberculosis, dont les promoteurs étaient une structure publique.
    3. Il s'agissait de prendre en compte (et d'éliminer) l'effet placebo, c'est à dire d'identifier le "vrai" pouvoir thérapeutique d'une molécule active, toutes choses égales par ailleurs (1) (2) (3). Quelques précisions supplémentaires : (4)
    4. En 2018 aucun essai "granules homéopathiques versus placebo" n'a fait la preuve de l'efficacité des dites granules.
    5. La messe est dite
    6. Je vous épargnerai la fameuse, trop fameuse phrase : l'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence.
    7. Du point de vue de la médecine moderne les granules homéopathiques, quelles que soient les indications thérapeutiques dans lesquelles ils sont proposés, peuvent donc être considérés comme des placebos purs
    8. Il paraît donc normal et licite que les granules homéopathiques ne soient plus remboursés par l'Assurance maladie.
    9. Ce qui est gênant est ceci : nombre de molécules, de procédures et/ou de soins, sont remboursés par l'Assurance maladie sans qu'ils aient été soumis à des essais contrôlés ou, plus grave, il arrive que des essais aient été menés et aient montré qu'ils n'étaient pas efficaces et il n'y a pas eu de déremboursement (5). Des chercheurs états-uniens et britanniques ont montré que seules 35 à 54 % des procédures thérapeutiques sont validées selon les critères de la médecine moderne (voir LA)
    10. On peut donc affirmer que l'utilisation de placebos en médecine est courante, qu'elle soit volontaire ou involontaire.
    11. L'utilisation des placebos impurs est rarement abordé. Les placebos impurs sont par exemple des antibiotiques prescrits pour des angines virales ou dans des bronchites sans facteurs de risque. Ce sont aussi des vitamines prescrites hors carence ou des fluidifiants bronchiques. Les placebos impurs sont aussi des molécules actives prescrites hors AMM dans des indications où des évaluations scientifiques n'ont pas été faites mais où des bruits de couloir parlent d'une efficacité (cf. infra point 18).
    12. La question n'est donc pas, comme il est lu ici ou là, de renoncer ou non à l'effet placebo en médecine car il est inhérent à la pratique médicale mais aussi à la pratique non médicale qu'elle soit sacrée ou non.  A partir du moment où une personne souffrante, malade décide de consulter un médecin, un non médecin ou un chaman, elle se livre, par conventions sociales, sociologiques,  religieuses, anthropologiques ou autres à l'effet placebo. C'est l'aspect contextuel de la recherche du soulagement ou de la guérison (ce que l'on appelle de façon contemporaine Les représentations collectives de la santé). Même s'il n'y a pas de prescription médicamenteuse.
    13. Renoncer à l'effet placebo serait aussi renoncer à l'efficacité globale des procédures actives (cf. supra le schéma en haut du billet) mais c'est bien entendu impossible puisque l'efficacité de tout geste de soins comprend l'effet placebo (même et surtout un simple contact physique empathique avec le patient).
    14. Donc, les homéopathes qui argumentent sur l'effet placebo que les médecins non homéopathes combattraient se trompent de cible. Tout comme les médecins non homéopathes qui leur répondent.
    15. Un des arguments "marronniers" des homéopathes, non démontré à ma connaissance, serait qu'il écoutent plus et mieux leurs patients que les autres. C'est introduire une nouvelle notion, celle du médecin médicament qui est une notion répandue chez tous les pourvoyeurs de soins (voir plus haut l'effet contextuel). Un analyste d'obédience freudienne, Michael Balint, souvent cité, peu lu, a mis à jour deux faits de ses observations tirées de la pratique de groupes avec des médecins généralistes, sur les interactions entre patients et médecins : a) le médecin considère souvent qu'il est le meilleur médicament pour son patient ; b) le médecin peut exercer un effet nocebo considérable sur ses patients. D'où l'intérêt des groupes Balint pour en discuter.
    16. Une incise : un placebo peut entraîner un effet nocebo. Les essais randomisés en apportent la preuve. Dans un essai placebo versus anti hypertenseur il existe des effets indésirables de la série cardiovasculaire dans le groupe placebo. Dans un essai placebo versus anti ulcéreux il existe des effets de la série gastroentérologique dans le groupe placebo. Ainsi, par un effet évident, les effets indésirables supposés de la molécule active sont attribués au placebo.
    17. Une autre incise : il est parfois très difficile de démontrer l'efficacité d'une molécule dans des domaines où il est reconnu que l'effet placebo en général, lié à la prescription on non d'une molécule active, est très élevé. L'effet placebo est en moyenne de 30 à 35 % mais il peut atteindre 75 à 80 % dans les pathologies anxieuses et/ou dépressives !
    18. La vraie question est celle-ci : Est-il éthique de prescrire un placebo à un patient en sachant qu'il s'agit d'un placebo ? (6)
    19. Répétons les propos de Howard M Shapiro qui me semblent fondamentaux : "... Je voudrais souligner plusieurs dangers liés à l'utilisation d'un placebo : cela pollue la relation médecin malade, cela accentue la relation asymétrique -paternalisme- existant entre les médecins qui savent et les patients qui souffrent, cela peut être médicalement dangereux -spécialement quand le but du médecin est de savoir si oui ou non le patient souffre d'une affection organique- et renforce l'arrogance du médecin, infantilisant les patients encore plus... Finalement nous avons à considérer ce qui peut être le plus grand danger pour le médecin, à savoir que donner un placebo pourrait lui donner une opinion encore meilleure de ses propres capacités à aider."
    20. En résumé : quand les homéopathes nous parlent de l'effet placebo, au lieu de leur répondre, "Ben, on est pareils", ce qui est vrai, il serait plutôt nécessaire de les (nous) interroger sur l'aspect éthique de la prescription d'un placebo.
    21. Ainsi, l'autre question cruciale est : les homéopathes sont-ils sincères en pensant ne pas prescrire un placebo ? (Il est probable qu'il est difficile de parler des homéopathes en général, certains étant exclusifs, d'autres prescrivant des procédures non homéopathiques en plus de leurs prescriptions de granules, d'autres ne le faisant qu'exceptionnellement, en appoint.)
    22. Faudrait-il qu'ils disent à leurs patients (comme cela a été suggéré par certains chercheurs à propos de placebos non homéopathiques - avouons que cette distinction ne manque pas de sel !) : Je vous prescris des granules homéopathiques qui n'ont pas fait la preuve de leur efficacité dans des essais contrôlés mais qui peuvent vous soulager.
    23. Et surtout : il existe un problème d'indications. Quand un homéopathe prescrit des granules pour soulager l'anxiété, ce n'est pas pareil que lorsqu'il prescrit d'autres (?) granules pour traiter un cancer.
    24. Ce qui sous-tend ceci : Est-il éthique de prendre en charge un patient dans une pathologie pour laquelle nous ne sommes pas capables de lui proposer des solutions répondant à l'Etat de l'Art actuel ?
    25. Pour terminer ce bref aperçu abordons la question suivante : Faut-il que les consultations faites par des homéopathes soient remboursées par l'Assurance maladie ? La réponse est compliquée :  les homéopathes purs sont des médecins qui prescrivent des placebos à des patients qui croient en l'homéopathie. Est-il contraire à l'éthique de prescrire des placebos granuleux dans des indications comme l'anxiété, le rhume ou l'insomnie ? Voir le point 18. Mais si les indications sont cancer, corps étranger intra trachéal ou vaccination contre la grippe, cela relève du Conseil de l'ordre des médecins.
    26. Enfin : l'homéopathie est une croyance à l'aune de ce que nous savons actuellement de la médecine moderne. Cette croyance est facile à combattre avec des arguments scientifiques, éthiques et pratiques. Il est en revanche plus difficile de lutter contre les croyances de la médecine académique. Mais c'est un autre sujet (cf. point 9).
    27. Quant aux laboratoires qui fabriquent des granules homéopathiques, c'est une histoire qui mériterait une enquête approfondie sur l'industrie pharmaceutique en général et sur la corruption des esprits en particulier.

    Notes

    (1) Iain Chailmers, un des fondateurs de la Collaboration Cochrane, en explique ICI les raisons. Pour les plus curieux l'étude de 1948 n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe, elle a une histoire racontée brièvement par Bothwell et Podolsky dans le NEJM : LA.
    (2) Rétrospectivement on peut dire que les promoteurs prenaient peu de risques... Pourtant, des cliniciens se sont cru obligés de le faire et ils ont eu raison.)
    (3) Cette étude aurait pu être le modèle qui allait être suivi par tous et partout pour l'expérimentation et la commercialisation de nouvelles procédures. Mais ce n'est qu'en 1970 que la FDA a exigé ce type d'études et seulement pour les molécules, pas pour les procédures en général !
    (4) Dans les essais cliniques randomisés en double-aveugle (et malgré toutes les critiques méthodologiques que l'on peut faire en général et selon les essais) les patients sont avertis qu'ils sont tirés au sort, et l'aspect des molécules (principe actif et placebo) est identique, ce qui évite en théorie l'effet médecin bien qu'il faille également prendre en compte l'effet centre (la structure dans laquelle le patient est reçu), l'effet boîte, l'effet couleur, bla bla bla, ce qui élimine également les effets classiques en médecine "ouverte" à savoir la régression à la moyenne, l'effet Will Rogers et le paradoxe de Simpson mais surtout l'effet Hawthorne (LA) : Les modifications des comportements naturels de sujets d'études en raison de leur participation à cette dernière peut entraîner une surévaluation des effets du traitement, en particulier dans le groupe contrôle
    (5) De nombreux exemples contraires peuvent être trouvés mais il s'agit le plus de retraits du marché liés à des effets indésirables graves
    (6) (http://www.bmj.com/cgi/content/full/337/oct23_2/a1938)
    A peu près la moitié des internistes et des rhumatologues qui ont répondu à l’enquête (679 sur 1200 contactés, 57 %) rapportent qu’ils prescrivent des placebos de façon régulière (46 à 58 % selon les questions posées). La plupart des praticiens (399, 62 %) pensent que cette pratique est éthiquement admissible. Peu rapportent l’usage de comprimés salés (18,3 %) ou sucrés (12,2 %) comme traitement placebo alors qu’une large proportion rapporte l’usage d’analgésiques en vente libre en pharmacie (over the counter) (267, 41 %) et de vitamines (243, 38 %) comme traitement placebo durant l’année pasée. Une petite mais notable proportion de médecins rapporte l’usage d’antibiotiques (86, 13 %) et de sédatifs (86, 13 %) comme traitement placebo pendant la même période. Bien plus, les praticiens qui utilisent les traitements placebo les décrivent à leurs patients comme potentiellement bénéfiques ou comme non classiquement utilisés pour leur maladie (241, 68 %) ; très rarement ils les décrivent explicitement comme des placebos (18,5 %).

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