vendredi 18 septembre 2026

Le rapport "Information en santé" de Molimard M, Costagliola D et Maisonneuve H : une méthodologie pour le moins critiquable. (Travail en cours).

 

La photographie non retouchée de Molimard, Costagliola et Maisonneuve (MoCoMa)
AVEC Yannick Neuder et SANS Stéphanie Rist


Le collectif MoCoMa a publié le 12 janvier 2026 un rapport (ICI) qui s'intitule : 

Introduction : le contexte.

Il vaudrait mieux que vous lisiez le rapport avant que je ne le commente mais à l'impossible nul n'est tenu, c'est long, répétitif, il faut s'accrocher. Je l'ai fait pour vous.

Il est clair que le sujet de l'information en santé est crucial pour les médecins praticiens et pour les citoyens et les patients tant elle part dans tous les sens, tant on ne sait pas toujours d'où elle parle, tant on ne sait pas quels sont les liens d'intérêts qui la sous-tendent. 

Qui pourrait s'opposer a priori à une telle démarche vertueuse ?

L'irruption de la pandémie Covid 19 dans le monde développé où il était possible de parler de la Fin de la Santé Publique en s'appuyant sur des données épidémiologiques jamais enregistrées en termes d'espérance de vie à la naissance, de mortalité infantile ou de mortalité en couche a tout bouleversé. Les historiens et/ou les épistémologues auraient pu, avant son surgissement, annoncer La Fin de la Santé Publique alors que le public, les citoyens en bonne santé, sur le point d'être "malades" ou déjà malades, ressentaient le Recul de la Mort et l'avaient intégré dans leur vision du monde et de leur santé.

Ainsi, dans ce monde policé et sûr, la mort est soudain réapparue, une mort qui pouvait atteindre tout le monde (en réalité, c'est un invariant de la Santé Publique, les plus défavorisés et/ou les moins éduqués ont été les plus touchés), les réanimations se sont remplies, la peur s'est installée.

La santé publique était devenue un marché comme un autre et les habitudes des délivreurs de soisn et des receveurs de soins étaient déjà devenues consuméristes.

L'émergence d'une nouvelle  maladie infectieuse due au coronavirus SARS-CoV-2 a révélé d'une part que malgré les alertes (SRAS et MERS) la France n'était pas prête (manque de masques, manque de tests) et d'autre part que la pratique de la médecine n'était pas aussi unifiée que cela et que le prétendu "corps médical" n'existait pas : tous les médecins, praticiens ou non, tous les scientifiques non-praticiens et non-médecins rattachés à la médecine (épidémiologistes, statisticiens, virologues, anatomo-pathologistes, physiciens, et cetera) avaient des avis sur la pandémie et les donnaient es qualités et ex cathedra sans toujours se fonder sur des données que l'on désignera comme robustes. Il n'y avait pas de consensus. Il n'y a d'ailleurs toujours pas de consensus sur de nombreux sujets concernant la façon de gérer la post pandémie, les études de qualité manquent, les complotistes et les raoultiens continuent de parler et les académiques n'admettent pas (beaucoup) les interrogations. 

Ces différences de points de vue, d'approches, de théories physio et étio-pathogéniques, parfois contradictoires, loufoques, dangereuses ou validées a posteriori sans oublier les différentes prises en charge proposées qui partaient dans tous les sens pouvaient paraître acceptables puisque cette pandémie due à un coronavirus méchant et mutant, était nouvelle. Les médecins et les chercheurs se devaient de formuler des hypothèses et de proposer des traitements dans l'urgence en respectant le Primum non nocere ce qui ne fut pas toujours le cas et il est compréhensible que nombre de ces hypothèses aient été erronées, démenties par les faits, par l'expérience ou par des études et que nombre de ces traitements non fondés sur des études robustes (nous ne parlerons pas des études falsifiées) ne soient pas efficaces. 

La confusion qui a régné et qui continue de régner, l'inertie des idées fausses est considérable, ont permis de révéler à certains qu'avant le covid la situation était (presque) identique : les prises en charge de maladies connues, de symptômes identifiés, de maladies non encore déclarées ou qui ne le seraient jamais, étaient souvent non fondées sur des preuves, parfois fondées sur des preuves incertaines, et que les recommandations n'avaient pas toujours une fiabilité suffisante et n'étaient pas toujours rédigées de façon indépendante. La politique de gestion des liens d'intérêts financiers et académiques n'est toujours pas claire.

Ainsi, la remise en cause implicite de l'Evidence Based Medicine est à la fois le fait de ses partisans sincères (qui la trouvent dévoyée et perfectible) comme de ses adversaires qui en soulignent (souvent à juste titre) les imperfections et (avec acharnement) ce qu'ils considèrent comme des excès dont les valeurs et préférences des patients.

L'humilité doit être la règle quant à l'affirmation que les prises en charge quotidiennes que nous effectuons sont robustes, validées par des essais de qualité, fondées sur des recommandations solides et établies par des praticiens libres de liens/conflits d'intérêts.



C'est le troisième billet de blog que j'écris à propos du Comité dont voici pour chacun des membres le nombre de publications (16/09/2026): Molimard Mathieu (284), Costagliola Dominique (761) et Maisonneuve François (295).


Commentons donc le rapport !

Le préambule : trois ambiguïtés méthodologiques

Ce rapport dit rapporter en 68 pages les propos tenus par 270 personnes lors de 156 entretiens que MoCoMa a menés. Le verbatim représente un total de 800 pages selon les auteurs.

La première ambiguïté tient à la possible confusion des genres entre une recension d'entretiens, une interprétation de ces entretiens par MoCoMa et des recommandations préconisées par MoCoMa.

"It does not matter who votes, but who counts the votes." ---Stalin "Peu importe qui parle, mais ceux qui interprètent" --- MoCoMa


La deuxième ambiguïté tient au choix des personnes qui ont été interrogées (je n'en fais pas partie) : qui a été retenu, qui a été écarté, qui a refusé. Ce n'est pas mentionné.

C'est un peu comme si les auteurs d'une méta-analyse ne justifiaient pas les raisons pour lesquelles telle étude avait été analysée et pourquoi telle autre ne l'avait pas été. En résumé : "Faites-nous confiance mais vous n'aurez pas les data".



Il n'existe par ailleurs aucune donnée démographique ou sociologique sur la qualité des interrogé.e.s, leur âge, leur profession, leur statut, leur appartenance, sinon de vagues allusions, sans bien entendu de proportions (pourcentages de professionnels de santé et lesquels, et cetera).

GIGO (Garbage In, Garbage Out)

Ensuite, il est précisé que les entretiens ont été anonymisés, je cite, "Pour garantir une parole libre et sereine, nous nous sommes engagés à ne citer directement aucun participant." Les noms des interrogés sont pourtant cités en Annexe.

Si j'étais méchant (et rigoureux) je dirais que ce rapport est un un avis d'experts, ce qui, dans la pyramide des preuves, n'a pas une très grande valeur : Grade C  ?

Quels experts ?

Sur PubMed et au moment où j'écrivais (avril 2026) voici la dernière publication où le nom Molimard M est cité.


Il y a 17 auteurs dont Molimard M.

Sur les 16 restants, 8 ont été interrogés par la commission, soit 50 % !

Il est clair que corrélation mais n'est pas causalité. 

La même chose pour Costagliola D. 


Comme il y a 84 auteurs dans un domaine de recherche étroit, je n'ai pas retrouvé de corrélation flagrante.

Pour Maisonneuve Hervé


Parmi les 15 signataires + Hervé Maisonneuve, 5 sur 15 ont été interrogés par la commission MoCoMa, 2 signataires non interrogés sont membres de l'industrie pharmaceutique (GSK et Pfizer) et un signataire interrogé fait partie d'une entreprise d'IA.

Cueillette des cerises et liens d'intérêts.

Par curiosité j'ai aussi pratiqué la cueillette des cerises (le cherry-picking) en allant regarder dans Transparence Santé le statut des deux premiers médecins interrogés cités en Annexe et j'ai trouvé 108 déclarations publiques d'intérêts (DPI) pour l'un et 104 pour l'autre. Il est pourtant clair, je ne peux que faire confiance, que la gestion des liens/conflits d'intérêts a été menée avec rigueur par MoCoMa et pas dans une démarche privée avec des règles seulement connues des auteuristes.

J'ai aussi répertorié  dans ce rapport de 68 pages le nombre de fois où le mot "intérêts" avait été utilisé accolé à liens ou conflits : 8 fois ! Dans un rapport comprenant 292 091 caractères (espaces non inclus) ! Il est clair que les liens et conflits d'intérêts en santé ne contribuent IRL que pour 0,022 % à l'information en santé !

La corruption par l'industrie pharmaceutique et des matériels est pourtant une donnée mondiale connue, répertoriée, sourcée. Un article de 2021 : LA. Un article de 2026 : ICI. C'est encore du cherry-picking ! Un article plus récent (2026) sur ce qui se passe aux US : LA.



La troisième ambiguïté vient de ce que la santé en tant que telle n'a pas été définie par MoCoMa. S'agit-il de la définition énoncée par l'OMS en 1946, une définition extensive qui peut d'ailleurs expliquer certaines dérives actuelles puisqu'elle intègre le bien-être et l'environnement ? 

"La santé est un état complet de bien-être physique, moral et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité."

Il semble que cette définition convienne à MoCoMa qui citent par exemple le dérèglement climatique comme une source de désinformation en santé.

Ainsi, est-ce que l'industrie du bien-être fait partie de la médecine ? Est-ce que la musicothérapie pratiquée dans des structures hospitalières est de l'art ou de la médecine ? Si c'est le plaisir d'écouter de la musique point n'est besoin de mener des essais robustes, si c'est de la médecine il semble nécessaire de tenter le coup. Un essai Beethoven vs Mozart avec un troisième groupe placebo (qu'il sera difficile de choisir : la musique d'ascenseur ?).

Une autre question n'a pas été abordée par le Comité MoCoMa : la médecine est-elle une science ? Nous proposons la définition de Petr Skrabanek et James McCormick in "Idées folles, idées fausses en médecine. 1992 (en français), éditions Odile Jacob. Chapitre 6, Éthique et médecine, p177) 

"... la médecine n'est ni art ni science. C'est au contraire une discipline empirique fondée sur des talents diagnostiques et thérapeutiques, aidée par la technologie, c'est à dire l'application efficace de la science."

Les exemples donnés par les auteurs dans les pages suivantes sont "éclairantes". Un médecin généraliste qui prescrit un antibiotique ou une radiographie n'a pas besoin dans le premier cas d'avoir fait des recherches en microbiologie et en biochimie et dans le second un diplôme de physique ! On peut espérer en revanche que ceux qui donnent les autorisations de commercialisation des antibiotiques et ceux qui pratiquent les radios ont des compétences académiques...

La médecine contient-elle la science ? La science contient-elle la médecine ? Y a-t-il des solutions de continuité ? Y a-t-il des zones d'intérêts communs ?

Les cibles du Comité MoCoMa sont bien entendu, je cite, les médecins parallèles, les médecins complémentaires, les médecines intégratives, et cetera. Pas la médecine académique, c'est à dire celle pratiquée par leurs pairs.

Erreur ! En l'occurrence ce ne sont pas leurs pairs : les trois membres de MoMoCoMa, et ce n'est pas une tare, ne sont pas des médecins praticiens.

Ainsi, le Comité, et les déclarations subséquentes de Mo qui se répand sur tous les plateaux et media, ne précisent pas les différences (probables) entre la science (on ne sache que les 3 éminents membres de MoCoMa soient mathématiciens, astrophysiciens, biologistes moléculaires ou éthologues), la médecine, la santé, le bien-être et/ou la technologie.


Il est quand même tout à fait surprenant et dérangeant que la méthodologie utilisée pour l'écriture de ce rapport ne soit pas transparente, qu'elle soit très critiquable et qu'elle produise des conclusions qui seraient incritiquables.


Quelques réflexions sur le rapport

Avant-propos

Mêmes réflexions que dans le Préambule : il ne s'agit ni d'un rapport de consensus (aucune information contradictoire aux recommandations des auteurs n'est mentionnée), ni d'un article scientifique comme un État de l'art, ni d'un compte rendu sociologique (aucun verbatim)... C'est de la cueillette de cerises.





Synthèse

MoCoMa attribuent à la désinformation en santé 

  • "Le retour de maladies que l'on pensait éradiquées", dont acte pour les USA, mais en France il serait nécessaire de donner des exemples (la dépression résistante aux IRS ?)
  • "une augmentation de la mortalité infantile", en France, dans l'Union Européenne, aux USA, dans le monde ? Rappelons que la dégradation des chiffres de la mortalité infantile concerne surtout la France dans l'UE (le nuage de la désinformation n'atteindrait-il que notre pays ?). Il est étonnant que les rapports concernant cette augmentation n'aient pas été lus par MoCoMa : voir une ébauche de littérature ICI.
  • "un abaissement de l'espérance de vie", là encore, en France ? S'agit-il de l'espérance de vie à la naissance, à 40 ans ou au moment de la retraite ? De l'espérance de vie en bonne santé ? Rappelons qu'aux US, ce sont les opioïdes prescrits par des médecins sous l'influence de laboratoires voyous et criminels qui ont fait diminuer l'espérance de vie de jeunes hommes blancs plutôt CSP + : LA (pardon de citer Wikipedia qui me semble ici pertinent). Rappelons que le Co de MoCoMa est épidémiologiste. Je vous présente 2 graphiques tirés d'un rapport de la DREES (paru certes après le rapport, LA) qui ne disent pas tout à fait la même chose que MoCoMa (en France) :

"Le diagnostic est partagé" : on veut bien croire MCM qui se font une haute idée de leurs propres certitudes et qui pensent sans doute que le principe de la désinformation en santé ne peut s'appliquer à eux-mêmes.




Comme le disait Popper, une théorie scientifique, et ici un point de vue scientifique, ne peut être qualifié de scientifique que lorsque l'on peut le critiquer.



MoCoMa proposent alors "Une stratégie nationale autour de 9 recommandations structurantes" On croirait lire le plan marketing d'une agence de publicité pour un "produit". Nous les commenterons après avoir analysé un nouveau chapitre introductif qui arrive comme un cheveu sur la soupe..

Introduction

MoCoMa — après un avant-propos et une synthèse, ils n'ont pas peur de la redondance —  rédigent une introduction où l'ultracrépidarianisme trône en majesté : on a droit à des réflexions philosophiques, sociologiques, anthropologiques, éducationnelles et même juridiques. On ignorait les compétences toutologiques de MoCoMa...

La lecture attentive de cette Introduction nous permet pourtant d'entrevoir qu'elle est un plagiat d'IA. Les exemples sont nombreux de phrases reprises telles quelles sur les différents sites qui recensent les mêmes sources. On n'en conclut pas que MoCoMa se sont servis de l'IA pour écrire leur rapport mais, par gentillesse, on en conclut que les interrogé.e.s par MoCoMa parlaient IA. Cela ne nous rassure ni d'un côté ni de l'autre. Le professeur Molimard, le Mo de MoCoMa, "chercheur de l'équipe AHEAD" selon une source bordelaise (LA), est d'ailleurs impliqué dans l'IA.

La lecture sur site des missions de AHeaD montre l'humilité scientifique de ces chercheurs (ICI)


Autre exemple où MoCoMa reproduisent des propos plutôt dépassés (mais il s'agit sans doute des effets de la recension des propos des interrogé.e.s : la référence sur les différences entre Mésinformation, Désinformation et Mal-information est celle d'un document du Conseil de l'Europe publié en 2017, soit bien avant le Covid) en citant un article qui traite du sujet en général et pas de la santé en particulier (LA). Comme le montre le tableau utilisé qui semble un peu "court" pour une analyse sur la santé.


MoCoMa utilisent alors un concept flou qui n'est fondé sur aucune donnée expérimentale, "la bonne information".

MoCoMa donne 3 exemples de la lutte contre la désinformation qu'ils jugent sans doute pertinents :

  1. Un livre écrit par le directeur de l'AFP, Fabrice Fries,  (Fries F. L’emprise du faux. Désinformation : le temps du combat. Editions de l’Observatoire, 2021, 208 pages),  qui fut patron de presse (Vivendi Universal Publishing) à la tête de journaux comme, entre autres, "L'Express" ou "L'Expansion" mais aussi "Le Quotidien du Médecin" dont on connaît la qualité des informations médicales (fournies exclusivement par l'industrie pharmaceutique)... Il a aussi été dirigeant de Publicis Consultants, c'est à dire un publicitaire corporate, un lobbyiste en quelque sorte.
  2. Le sociologue Gérald Bronner et le rapport "gouvernemental" qu'il a dirigé intitulé "Les lumières à l’ère numérique. Presses Universitaires de France 2022, 232 pages". Il est assez curieux de constater que les thèses de Gérald Bronner sont parfois ambiguës et pourraient, dans le contexte de la désinformation, prêter à confusion quand il critique le GIEC ou quand il combat le principe de précaution — ce qui est une position tout à fait légitime sauf qu'il le fait avec des exemples erronés. 
  3. La Fondation Descartes (LA). Le conseil d'administration est présidé par le fondateur donateur Jean-Philippe Hecketsweiler, ex vice-président chez JP Morgan ! L'indépendance est garantie. Quant au conseil scientifique, savez-vous qui l'encadre ? Gérald Bronner !
Bon, c'est un peu approximatif, MoCoMa.


Revenons aux 9 recommandations structurantes.

1


Cette recommandation est épaisse, fournie, dense. Elle part dans toutes les directions. Il semble que MoCoMa veuillent réformer l'enseignement en France. Depuis la maternelle jusqu'à l'université. On ignorait que les sciences de l'Éducation soient le dada de MoCoMa. Mais ce catalogue de bonnes intentions, qui pourrait s'y opposer ? Qui pourrait prétendre le contraire de ce qui est écrit ? Jules Ferry n'a qu'à bien se tenir : MoCoMa arrivent. Ils vont réformer l'Éducation nationale en deux coups de cuillère à pot. Et la France, sous l'impulsion de ces lumières bronnerriennes, va faire grimper la France dans le classement PISA.


2


MoCoMa ont des ambitions : réformer les études médicales et scientifiques. Rien que ça. Mais il y a plus. MoCoMa veulent "former" les scientifiques, oui oui, leur apprendre l'esprit critique, renforcer la littératie numérique, et cetera. MoCoMa sont les démiurges d'une Nouvelle Société, eux trois qui sont passés au travers des impostures raoultiennes d'avant Covid (ou, pire, qui les ont vues et ne les ont pas signalées), eux qui n'avaient jamais lu de façon critique un article de Raoult et de sa clique, eux qui ont tout gobé et qui disent désormais avoir tout su...

On note que MoCoMa veulent aussi former les journalistes, c'est à dire leur apprendre leur métier. On les imagine débouler avec leur mentor en journalisme, Fabrice Friers, dans les rédactions du "Monde", de "Libération" ou du "Figaro",  sans oublier France-Culture, France-Inter ou CNews, pour leur apprendre la façon exacte de parler de la science. 

MoCoMa veulent également développer de nouvelles formations universitaires !

Le bannissement académique de pratiques de soins non validées est nécessaire. Mais c'est à notre avis une partie d'un problème plus général : il serait aussi nécessaire dans ce grand chamboule-tout de s'intéresser à la délabélisation de pratiques de soins académiques (dans les hôpitaux, par exemple) non validées. 

Tout le monde devrait connaître "les données de la science" pour justifier des prises en charge "académiques". MoCoMa sont silencieux sur ce point.

Dans le domaine de la santé mentale, une étude internationale récente (LA) rapporte ceci :

  • 11.6% of recommendations in psychiatric guidelines are rated by guideline authors as supported by high-level evidence, comparable to findings from other specialties, with >40% of recommendations citing two or more randomised controlled trials.

Pour ce qui est de la France un site très connu, souvent encensé, toujours recommandé, Antibioclic, est analysé par un article (LA). Ses conclusions ne sont pas fameuses :

"There is a lack of quality in the development process of the current French guidelines in primary care infectiology. This process should be reconsidered, with higher insistence as to its quality."


Rappelons qu'au CHU de Bordeaux où exerce Mo l'ostéopathie a droit d'académie (au moment où j'écris ces lignes) : voir LA.


3


MoCoMa prônent le retour de commissaires politiques que l'on appellerait des commissaires scientifiques qui délivreraient la bonne parole dans les ministères, dans les sociétés savantes, dans les universités, dans les écoles, et même dans la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique (SFPT) (ICI). 

L'angle mort des sociétés savantes que MoCoMa, surtout Mo dans ses propos publics, mettent en avant pour en faire la pierre angulaire de l'information en santé est, d'après moi, celui-ci : les sociétés savantes sont des bases avancées de l'industrie pharmaceutique.

La société savante à laquelle appartient Mo, la SFPT, est elle-même victime d'entrisme de l'industrie. Nous ne négligeons pas le fait que 1) il est de plus en plus difficile de ne pas travailler avec l'industrie pharmaceutique en raison de la baisse des financements publics et en particulier pour les jeunes chercheurs, 2) un certain nombre de médecins académiques, PU et PU-PH, adhèrent à la doctrine Lina/Buzyn, c'est à dire que ce sont les meilleurs médecins chercheurs et/ou expérimentateurs qui sont engagés par l'industrie pharmaceutique et des matériels et que les experts ne peuvent être, es qualités, que membres des boards de l'industrie ou des agents d'information délivrant, c'est l'expression consacrée, "la bonne parole", à l'attention des pairs et/ou des profanes, 3) la gestion des règles transformant des liens d'intérêts en conflits d'intérêts est le plus en faveur de la négation des conflits que de leur prise en compte. 

Le 14 avril 2026 : 



Le 12 juin 2026 : le Président de la HAS se plaint des intervention incessantes de l'industrie pharmaceutique LA.

La réalité dépasse la fiction.

La phrase attribuée à Agnès Buzyn "les médecins sans liens d'intérêts avec l'industrie sont sans intérêt" pourrait être transformée en "les sociétés savantes sans liens d'intérêts avec l'industrie sont sans intérêt" 

Les membres des groupes de travail de la SFPT sont souvent, pas toujours, sponsorisés par l'industrie. je vous donne quelques exemples dans l'Annexe II.

Quant aux grandes sociétés savantes en cardiologie, cancérologie, diabétologie ou pneumologie, elles ne vivent que grâce à l'industrie.


4


MoCoMa veulent créer un nouveau label. Il sera donc nécessaire de constituer un Comité Info-Score Santé avec des scientifiques de qualité choisis par MoCoMa et/ou les sociétés savantes.



5



MoCoMa créent une nouvelle agence gouvernementale. Avec quel argent ? Une nouvelle agence avec des Commissaires Scientifiques adoubés par MoCoMa qui délivreront "la bonne parole", la parole du Comité.


6


MoCoMa veulent développer l'infovigilance. Rappelons que Mo fait de la pharmacovigilance depuis des siècles : veut-il faire ce qu'il n'a pas fait jusqu'à présent ? Était-ce seulement par manque d'argent ?



7



MoCoMa abordent le côté répressif de l'affaire. Ils ou elle veulent des sanctions (à partir de la page 42). On se rend compte de la vraie nature de MoCoMa : être non seulement des khalifes à la place des khalifes mais éliminer leurs opposants.

Renforcer la régulation des media en s'appuyant sur l'ARCOM par exemple dont on connaît la fantastique inefficacité dans le domaine de l'information : voir ICI ou LA.

Voir aussi le 30/03/2026




... et le 11/06/2026




8



Au lieu de faire de l'infodémiologie, MCM pourraient favoriser les recherches françaises en épidémiologie où nous sommes à la traîne par rapport aux pays nordiques par exemple (mais Co est épidémiologiste). Est-ce seulement un problème de moyens ? Ou un problème purement politique ?


9



Enfin, last but not least, agir au niveau européen. Il est vrai que, par exemple, la politique du médicament ne se fait plus en France mais à l'Europe où les lobbys sont puissants et notamment les lobbys pharmaceutiques.







CONCLUSION


Cet inventaire à la Prévert pourrait être interprété comme une tentative de prise de pouvoir de MoCoMa sur le discours santéal en France.

Ce qui est marquant : aucun des trois n'est clinicien. On pourrait affirmer avec provocation et ironie qu'il s'agit de l'étape ultime de l'hospitalo-centrisme : un hospitalo-centrisme sans malades.

Indépendamment des conditions de son écriture et de son opaque méthode de travail, ce rapport ne vaut que par ce qu'il oublie.

Il oublie les conditions de la recherche clinique en France et, au-delà, de la recherche en santé, qui sont dominées par l'argent de l'industrie pharmaceutique.

Il oublie que l'enseignement académique de la médecine n'est jamais évalué et qu'il est influencé par des liens et conflits d'intérêts des enseignants parfois chercheurs.

Il oublie que la formation médicale continue des médecins est financée uniquement par l'industrie des médicaments et des matériels.

Il oublie que l'évaluation des pratiques de soin dans le milieu hospitalier, notamment les CHU, est ignorée et qu'au moins la moitié de ces pratiques ne reposent pas sur des données validées mais sur l'expérience personnelle (Eminence Based Medicine).

Il oublie que le circuit des publications est entièrement dominé par de grands éditeurs et pollué par de nombreux journaux escrocs.

Il oublie que les sociétés savantes sont très souvent des émanations directes ou indirectes de l'industrie et qu'elles sont des interlocutrices privilégiées de l'HAS pour l'évaluation des médicaments avec une gestion plutôt restrictive de la notion de liens/conflits d'intérêts.

Il oublie l'état catastrophique de l'épidémiologie en France.

Il oublie la corruption académique lié au système des promotions et à l'argent de l'industrie pharmaceutique qui oblige les membres de MoCoMa à encenser sur X par exemple leurs copaines et les copains des copains. 

Ces propositions sont alléchantes d'un point de vue théorique, inapplicables en pratique, et nécessitent des investissements considérables dans de nouvelles structures qui créeront des doublons, qui alourdiront le mille-feuilles administratif, mais elles sont vaines car elles ne prennent pas en compte le "système" qui favorise la corruption, la concussion, le favoritisme, le népotisme et la mise en avant d'intérêts qui n'ont rien à faire avec l'intégrité scientifique.




ANNEXES


ANNEXE I : les déclarations publiques d'intérêts des médecins interrogés par MoCoMa.

Nous avons vu plus haut que les deux premiers pris en exemple comptabilisaient 108 et 104 DPI. J'ai continué et je n'ai pas été au bout de mes surprises : dans l'ordre : 5, 0, 119 (Jérôme Barrière), 39, 79, 0, 98, 0, 385 (Bruno Crestain, association Souffle)...

Ce qui m'a intrigué : les interrogés étaient parfois des proches de la SFPT, ou des followers X de MoCoMa, mais il ne semble pas que des bloqués sur X par le premier M aient été interrogés...


ANNEXE II : Les Déclarations Publiques d'Intérêts (DPI) des membres de la SFPT telles que l'on peut les trouver sur le site Transparence Santé : 

Le président du groupe de travail neuropychopharmacologie : David Devos (le 19/02/26 : DPI = 170)

Le président du groupe de travail Médicaments et Covid 19 : Michel Cucherat (le 19/02/26 : DPI = 57 en tant qu'universitaire et comme consultant à Mably —42300—, DPI = 150)

Le président du groupe de travail Pharmacologie cardiovasculaire : Jérémy Bellien (le 19/02/26 : DPI = 0)

Pour le reste...

ANNEXE III : L'état de la rétractation d'articles avec Raoult et sa clique et sans 

ICI


PS : le professeur Molimard ne répond pas aux invitations de CNews mais publie sur X le 29/07/2026


DPI au 19/08/26 des auteurEs du rapport

Molimard Mathieu : 8 (depuis 2017, MM n'a pas de DPI avec l'industrie pharmaceutique) ; 5 pour HAS selon DPI santé. 284 publications selon PubMed.

Costagliola Dominique : DPI = 9 ; 23 pour ANSM et HAS. 761 publications selon PubMed

Maisonneuve Hervé : 20.  Et 2 pour Santé Publique France. 295 publications selon PubMed


PS du 02/09/2026 

Nomination au conseil scientifique de l'ANSM du professeur Mathieu Molimard : LA.


PS du 15/09/2026 : les intervenants détenteurs de la Vérité en santé. Dont Agnès Buzyn.








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