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mardi 12 juillet 2022

Une gonalgie bien ordinaire. Histoire de santé publique sans consultation 5.

Le genou de Claire. Eric Rohmer. 1970


Monsieur A, 83 ans et est en pleine forme (il est cependant traité, selon lui, pour une hypertension légère à modérée, il reçoit une statine, mais je n'en sais pas plus car il n'y a pas eu de consultation, c'est un voisin, je n'ai pas insisté). 

Il a marché un peu plus longtemps que d'habitude et il a désormais mal au genou. Non seulement il a mal au genou mais son genou est gonflé.

Son médecin traitant ne peut le recevoir avant quelques jours.

Sa femme est inquiète.

Il se rend aux urgences de l'hôpital public.

Il y passe six heures.

Les urgences, pardon de vous déranger, c'est quand même un lieu à risque majeur d'infection nosocomiale et, en cette période de pandémie, malgré la vaccination complète de Monsieur A (2 + 2 Pfizer), il vaut mieux ne pas trop y séjourner.

Quoi qu'il en soit, pendant ces six heures, il a eu droit à des radiographies simples du genou ("y a de l'arthrose") et à un diagnostic de sortie qui est, je cite, "épanchement de synovie". Un peu de paracétamol, ajoute-t-il.

On lui a conseillé de consulter un rhumatologue et on lui a prescrit une IRM du genou.


Rien ne va dans cette histoire de santé publique sans consultation.

Rien.

(Il est possible à ce stade de commencer par engueuler le patient et son entourage : on ne va pas aux urgences pour un genou qui fait mal et qui est gonflé)

(On peut aussi engueuler le médecin généraliste qui n'a pas assez de plages d'urgence pour recevoir un patient de 83 ans qu'il connaît pour un genou mécanique qui fait mal et qui est gonflé)

(On peut aussi engueuler la structure publique d'urgences qui n'a pu "trier" à l'entrée et dire à ce patient qu'il risquait plus à attendre six heures aux urgences dans un lieu clos mal ventilé que de souffrir quelques jours en attendant un rendez-vous chez son médecin traitant)

(On peut aussi engueuler le gouvernement pour ne pas donner assez de moyens à l'hôpital et aux urgences pour pouvoir recevoir en urgences un vieux monsieur qui a mal au genou)

(On peut aussi engueuler la médecine libérale qui est défaillante parce que les médecins ne veulent plus travailler, surtout les femmes, ne veulent plus prendre de gardes et ne veulent plus assumer le fait de recevoir de façon urgente un "épanchement de synovie")

(On peut aussi engueuler les pouvoirs publics de ne pas contraindre les médecins libéraux, à qui, je cite, "on a payé les études", à être disponibles 24/24, 7/7, 365/365, pour recevoir un patient épanché de synovie)

(On peut aussi s'étonner que le patient sorte des urgences avec le conseil d'aller voir un rhumatologue et de pratiquer une IRM)

(On peut encore s'étonner du degré de méconnaissance de la santé publique de base pour un citoyen qui fait partie des Catégories Socio-Professionnelles supérieures. Il est possible également que notre épanché de synovie ait parcouru un article écrit par un médecin attiré par les lumières des réseaux sociaux et des magazines de vulgarisation scientifique ou par un journaliste épris de cardiologie voulant sauver son prochain pour garder son poste de pigiste en éblouissant son employeur rapportant que les douleurs isolées d'un genou, le gauche, celui du coeur, peuvent être un signe précoce d'infarctus du myocarde chez les personnes âgées où les symptômes sont si différents et trompeurs...)

Rien ne va donc mais ainsi va le monde.

Et ce, d'autant plus, et là je suis coupable, que rétablir la "vérité" ou commencer un semblant d'information avec son voisin de boulangerie sur les "vrais" enjeux de la santé publique en France, non seulement ne servirait à rien mais plongerait encore plus notre octogénaire dans le doute qui le conduirait, la prochaine fois, non pas à se rendre chez son médecin traitant ou chez un rhumatologue, mais chez un ostéopathe ou un naturopathe. 

Je n'ai donc rien rétabli du tout, j'ai rassuré.

Cela dit, consulter ce que raconte l'assurance maladie sur les gonalgies (ICI), aurait pu conduire notre Monsieur A à vérifier que sa convention obsèques est de qualité.